Cette chronique m’a été inspirée par le sémillant Li-An. Mille grâces lui soient rendues.
Paru chez Les Échappés, la maison d’édition de Charlie Hebdo, La Véritable histoire de Jeanne d’Arc n’est aucunement un livre d’histoire. Un regard sur les sources citées en annexes en dit d’ailleurs long sur la nature de la documentation : Robert Brasillac, Henri Guillemin, Henri Wallon et j’en passe. Si l’on fait abstraction du Jeanne d’Arc de Valérie Toureille, la source la plus récente date de 1970. Comme l’indiquent cependant les auteurs en introduction, il s’agit surtout ici de raconter la vie et l’histoire d’une jeune femme de 19 ans, spontanée, franche, déterminée, mais un tantinet obsédée par sa foi et le mysticisme. L’interprétation du personnage de Jeanne d’Arc ne s’inscrit ainsi pas du tout dans une démarche historique, tant il apparaît évident que Lambour et Springer cherchent à se détacher de la figure nationale, lui donnant l’aspect plus léger, amusant et caricatural d’une gamine courte sur pattes, colérique et agitée. Une manière de faire conforme à ce que l’on attend d’une BD éditée par Charlie Hebdo.
Fondé sur la transcription du procès de Jeanne, le récit est narré dans un style se voulant proche de la langue de l’époque, mettant en scène les divers éléments de son interrogatoire. Bref, rien de neuf sur le bûcher pour qui connaît tenants et aboutissants de la mission de la jeune femme et les multiples tours et détours de son parcours. Mais alors, pourquoi lire La Véritable histoire de Jeanne d’Arc, hein ?
Sans doute pour le dessin de Springer, à la fois dynamique et documenté, dont le trait déride l’œil. Voici le point fort de cet ouvrage par ailleurs assez répétitif puisqu’il ne s’écarte guère des faits connus, du moins tels qu’ils nous sont connus via les témoignages des personnes qui ont croisé sa route. Entre batailles rangées, échange de villes contre trêve provisoire, sièges, retournement d’allégeance, pillage, rançons, l’ordinaire de la Guerre de Cent ans, on accompagne ainsi Jeanne dans sa mission sacrée. Une chevauchée frénétique qui voit la Pucelle s’évertuer à motiver autour d’elle la troupe des barons méfiants devant cette agitée hurlant à gosier déployé, la morve au nez, fourbissant ses armes pour mieux férir l’Anglais afin de susciter l’enthousiasme du très mollasson roi de Bourges. Ouf !
Visuellement réussi, à mille lieues du style habituel de Springer, truffé de clins d’œil aux Monty Python, à Bruegel l’Ancien voire à Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, La Véritable histoire de Jeanne d’Arc est une BD distrayante dont on pourra mettre à profit la lecture en l’approfondissant avec les ouvrages de Colette Beaune ou Valérie Toureille.
La Véritable histoire de Jeanne d’Arc – Séverine Lambour & Benoît Springer – Éditions Les Échappés, 2025
















