Papers by Alexandre Fillon
Un vitalisme nietzschéen ? Remarques sur la volonté depuissance et l’affirmation de la vie

HAL (Le Centre pour la Communication Scientifique Directe), 2019
Le problème du discours pour la philosophie Cet article a simplement un but méthodologique. Nous ... more Le problème du discours pour la philosophie Cet article a simplement un but méthodologique. Nous avons constaté que, bien souvent, les études d'histoire de la philosophie qui portent sur le discours philosophique choisissent d'égrainer tout le long de leurs analyses des remarques sur ce discours sans véritablement les rassembler. Cela a pour effet fâcheux de toujours laisser dans le vague la nature de l'enquête, et de dissoudre les problèmes et les implications qu'elle pose, alors que ceux-ci méritent, par leur portée considérable, d'être approfondis et examinés pour eux-mêmes. Il nous semble que tant que cet effort méthodologique n'est pas effectué, une telle enquête pourra toujours apparaître, à bon droit, artificielle. Nous chercherons ainsi à exprimer l'intérêt philosophique qu'il peut y avoir à penser le discours de la philosophie, et surtout à circonscrire ses différents champs d'exploration, avec leurs difficultés propres. Trois grands domaines semblent se dégager où l'examen du discours philosophique peut s'avérer précieux : l'histoire de la philosophie, le langage, enfin le statut spéculatif de la philosophie.

Nietzsche-Studien
The Thought of Eternal Recurrence: From Discourse to Doctrine. This article gives a new interpret... more The Thought of Eternal Recurrence: From Discourse to Doctrine. This article gives a new interpretation of eternal recurrence, based on the observation that the central debate about this idea in Nietzsche studies is quite unique in the history of philosophy. This debate is based on a rather radical conflict between Lehre and Rede, doctrine and discourse. Purely doctrinal interpretations tend to underestimate the significance of the discursive form chosen by Nietzsche to express his thought in favor of the Nachlass, whereas discursive readings are generally characterized by an anti-doctrinal, parodic and purely critical function. However, it is possible to reconcile the specificity of the discourse of the eternal recurrence in Nietzsche’s published works with his attempt to establish a real philosophical doctrine. By considering the fictional structure of eternal recurrence in Nietzsche’s published works, we can reinterpret the meaning of Nietzsche’s philosophy of affirmation, which i...

The Effects of Language : essay on the Nietzschean Discourse
L’objet de cette étude est de déterminer le rôle nouveau que Nietzsche confère au discours philos... more L’objet de cette étude est de déterminer le rôle nouveau que Nietzsche confère au discours philosophique dans la perspective d’une réforme de la culture, d’étudier les modalités spécifiques du discours nietzschéen ainsi que les rapports nouveaux entre langage et philosophie qu’il implique. Telle que Nietzsche la comprend, la philosophie n’est plus une activité seulement théorique, car elle a pour tâche de créer et d’enraciner de nouvelles valeurs qui organiseront de nouvelles formes de vie humaine. Elle doit parvenir à agir de façon effective sur la culture, afin que le projet de création de valeurs ne reste pas un simple idéal théorique. Mais de quelle manière la philosophie peut-elle agir efficacement sur la culture ? Comment peut-elle-même produire des effets ? Tel est, selon notre hypothèse, le problème spécifique du discours nietzschéen. Ce dernier revêt dès lors une importance inédite car il constitue le seul instrument dont dispose en propre le philosophe pour créer des valeu...

Le philosophe médecin : une réforme de la praxis philosophique ?
Nietzsche, on ne le sait que trop bien, a le sens de la formule et le goût des métaphores. Lorsqu... more Nietzsche, on ne le sait que trop bien, a le sens de la formule et le goût des métaphores. Lorsque celles-ci connaissent un trop grand succès, hélas, leur force et leur richesse se retournent contre elles. Elles deviennent des adages, des évidences, des principes, et perdent l’intelligence de leur équivocité. On efface d’elles la rencontre surprenante entre deux ou plusieurs éléments qui auparavant ne parvenaient pas à communiquer et qui désormais se colorent réciproquement, rencontre qui, si elle est réussie, ajoute, rectifie certaines significations, peut se faire « conductrice d’électricité mentale » , comme l’a si bien exprimé André Breton. Il ne faut jamais perdre de vue que toute métaphore consistante a sa logique secrète, et que celle-ci repose tout autant sur la non-coïncidence, sur le refus de la fusion des éléments rapprochés. La métaphore du philosophe médecin semble parfois menacée, à cause du succès posthume de la formule « médecin de la culture » , de se figer en idée reçue. Son apparente et trompeuse simplicité peut lui faire subir le sort d’autres fameux énoncés nietzschéens devenus presque inaudibles. Nous souhaiterions ici seulement étudier la logique propre de cette comparaison entre le philosophe et le médecin afin de comprendre le rôle spécifique qu’elle joue dans la description renouvelée du type du philosophe. Ce faisant, on aura ainsi l’occasion de comprendre par un cas exemplaire la logique métaphorique du discours nietzschéen.

Évaluation des sciences de la nature, critique de la métaphysique chez Nietzsche
Les Études philosophiques, 2019
Cet article s’efforce de determiner quel est le lien entre physique et metaphysique dans le disco... more Cet article s’efforce de determiner quel est le lien entre physique et metaphysique dans le discours nietzscheen a partir de la critique de la metaphysique qu’il opere. Nous voudrions montrer en particulier que la position de Nietzsche est sensiblement differente de deux representations que nous pourrions facilement avoir de lui sur cette question. La premiere consisterait a croire que sa critique de la metaphysique entraine dans son sillage une critique de la physique et des sciences en general. A l’oppose, la seconde soulignerait chez lui un eloge vibrant des sciences de la nature, dans un esprit positiviste, qui s’accompagne d’une critique de la metaphysique. L’evaluation que Nietzche donne des sciences de la nature est en fait bien plus nuancee et ne peut etre assimilee a ces deux positions.

Le philosophe médecin : une réforme de la praxis philosophique ?
in I. Wienand, P. Wotling (dir.), Die Frage der Medizin in Nietzsche Philosophie, Basel / Berlin, Schwabe, 2020
Nietzsche, on ne le sait que trop bien, a le sens de la formule et le goût des métaphores. Lorsqu... more Nietzsche, on ne le sait que trop bien, a le sens de la formule et le goût des métaphores. Lorsque celles-ci connaissent un trop grand succès, hélas, leur force et leur richesse se retournent contre elles. Elles deviennent des adages, des évidences, des principes, et perdent l’intelligence de leur équivocité. On efface d’elles la rencontre surprenante entre deux ou plusieurs éléments qui auparavant ne parvenaient pas à communiquer et qui désormais se colorent réciproquement, rencontre qui, si elle est réussie, ajoute, rectifie certaines significations, peut se faire « conductrice d’électricité mentale » , comme l’a si bien exprimé André Breton. Il ne faut jamais perdre de vue que toute métaphore consistante a sa logique secrète, et que celle-ci repose tout autant sur la non-coïncidence, sur le refus de la fusion des éléments rapprochés. La métaphore du philosophe médecin semble parfois menacée, à cause du succès posthume de la formule « médecin de la culture » , de se figer en idée reçue. Son apparente et trompeuse simplicité peut lui faire subir le sort d’autres fameux énoncés nietzschéens devenus presque inaudibles. Nous souhaiterions ici seulement étudier la logique propre de cette comparaison entre le philosophe et le médecin afin de comprendre le rôle spécifique qu’elle joue dans la description renouvelée du type du philosophe. Ce faisant, on aura ainsi l’occasion de comprendre par un cas exemplaire la logique métaphorique du discours nietzschéen.

Évaluation des sciences de la nature, critique de la métaphysique chez Nietzsche
Les Études philosophiques, 2019/4, Physique et métaphysique dans la pensée allemande, de Kant à Heidegger, p. 581-600., 2019
Dans la sixième section de Par-delà bien et mal intitulée « Nous, savants » (wir Gelehrten), Niet... more Dans la sixième section de Par-delà bien et mal intitulée « Nous, savants » (wir Gelehrten), Nietzsche distingue avec netteté le type du philosophe de celui de l’homme de sciences. L’homme de sciences à l’esprit objectif, que Nietzsche compare dans ces textes à un miroir, s’efforçant de refléter la réalité et de conserver la moindre empreinte des faits qu’il peut effleurer, ne doit être qu’un instrument pour le philosophe, « l’homme à la plus vaste responsabilité », dont la tâche est dite supérieure à la seule recherche de la connaissance. Dans ces textes, le lecteur semble discerner de la part du philosophe un certain mépris hautain envers les sciences, auquel une longue tradition l’aura habitué. Le scientifique est un esprit superficiel, un génie peu profond ayant le goût des petits faits et n’allant pas au fond des choses. Il sera conforté dans sa lecture par le début de cette section, où Nietzsche dénonce un mépris inverse, celui des scientifiques modernes, forts de leur réussite et de leurs succès, envers la philosophie qui voit ses prétentions légitimes se rétrécir et s’effriter. Nous ne pouvons cependant pas confondre cette position avec celle de la métaphysique se saisissant comme connaissance plus fondamentale que les sciences, et particulièrement la physique. Ce n’est pas au nom d’une connaissance métaphysique que Nietzsche distingue le philosophe du scientifique, ni en fonction d’un mépris instinctif et ignorant – ce qu’il compare à la situation d’un aveugle qui critiquerait les couleurs –, mais au nom d’une réforme philosophique. Le philosophe au sens où Nietzsche le redéfinit n’est ni physicien, ni métaphysicien. Il ne sera pas question ici de s’interroger sur une portée physique ou métaphysique du discours nietzschéen, mais d’examiner plus modestement ce que son discours dit de la métaphysique et des sciences de la nature, depuis son questionnement sur la culture, et quel lien il établit entre eux. Or, la position de ce discours n’est pas si aisée à déterminer en ce qui concerne ce lien, car il n’a rien de commun avec les rapports traditionnels établis en philosophie entre physique et métaphysique.

Le problème du discours pour la philosophie
in Logiques du discours philosophique en Allemagne, de Kant à Nietzsche, Reims, Éditions et Presses Universitaires de Reims, 2019
Cet article a simplement un but méthodologique. Nous avons constaté que, bien souvent, les études... more Cet article a simplement un but méthodologique. Nous avons constaté que, bien souvent, les études d’histoire de la philosophie qui portent sur le discours philosophique choisissent d’égrainer tout le long de leurs analyses des remarques sur ce discours sans véritablement les rassembler. Cela a pour effet fâcheux de toujours laisser dans le vague la nature de l’enquête, et de dissoudre les problèmes et les implications qu’elle pose, alors que ceux-ci méritent, par leur portée considérable, d’être approfondis et examinés pour eux-mêmes. Il nous semble que tant que cet effort méthodologique n’est pas effectué, une telle enquête pourra toujours apparaître, à bon droit, artificielle. Nous chercherons ainsi à exprimer l’intérêt philosophique qu’il peut y avoir à penser le discours de la philosophie, et surtout à circonscrire ses différents champs d’exploration, avec leurs difficultés propres. Trois grands domaines semblent se dégager où l’examen du discours philosophique peut s’avérer précieux : l’histoire de la philosophie, le langage, enfin le statut spéculatif de la philosophie.

Pourquoi faire de la fiction en philosophie ? À propos du récit de l’éternel retour dans Ainsi parlait Zarathoustra
in C. Bertot, J. Leclercq, N. Monseu et P. Wotling (dir.), Nietzsche, penseur de l’affirmation. Relecture d’« Ainsi parlait Zarathoustra », Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2019
Souvent, la rencontre entre littérature et philosophie ne fait guère bon ménage. Qu’un philosophe... more Souvent, la rencontre entre littérature et philosophie ne fait guère bon ménage. Qu’un philosophe se pique de littérature, on jugera que c’en est de la mauvaise, ou qu’une telle annexion n’est justement plus de la littérature ; qu’un écrivain produise un essai philosophique, on le félicitera, mais sans prendre celui-ci au sérieux. Même en mettant de côté l’orgueil et le bon goût de chaque parti, un tel chevauchement met le lecteur dans un embarras légitime : comment faut-il lire le texte ? Devons-nous traverser la forme littéraire, à supposer que cela soit possible et qu’il ne faille considérer comme littéraire que la « forme », afin d’en extraire le mouvement de pensée et le traduire dans un langage plus adéquat, un langage plus argumentatif et conceptuel ? Mais dans ce cas, ne rendons-nous pas la tentative littéraire artificielle et sans intérêt, et sommes-nous encore fidèle au mouvement de transformation du discours ? D’un autre côté, si rencontre réelle il y a, nous sentons bien à la lecture qu’il nous est impossible d’en rester à la seule littérarité, tant le caractère philosophique du discours l’excède de tous côtés. Tout lecteur de Nietzsche connaît cet embarras au plus haut point devant Ainsi parlait Zarathoustra.

Les meilleurs effets de l’art. L’émergence de la théorie du style dans Humain, trop humain
C. Denat et P. Wotling (dir.), Humain, trop humain et les débuts de la réforme de la philosophie, Reims, Éditions et Presses Universitaires de Reim., 2017
Parmi les domaines où Humain, trop humain révèle toute sa singularité, l’esthétique occupe une pl... more Parmi les domaines où Humain, trop humain révèle toute sa singularité, l’esthétique occupe une place privilégiée. Les textes de la quatrième section « De l’âme des artistes et des écrivains », ainsi que ceux qui la prolongent dans Opinions et sentences mêlées et Le voyageur et son ombre , marquent tout d’abord le début d’un radical changement dans la façon d’aborder l’art et son action au sein de la culture par rapport aux textes antérieurs, essentiellement La naissance de la tragédie. On interprète souvent, non d’ailleurs sans raisons, ce changement de compréhension par la rupture de Nietzsche avec Wagner, et on serait alors tenté de le présenter comme une simple évolution de préférences esthétiques, prenant de plus en plus dans Humain, trop humain II la forme d’une opposition entre un éloge du classicisme et un blâme du romantisme. Néanmoins, si ces perspectives sont justes, encore faut-il en mesurer la portée philosophique.

La dynamique de l'expression chez Merleau-Ponty : une approche phénoménologique des rapports entre le langage et la pensée
Langage et pensée dans la philosophie française, Jun 2016
Dans une lettre de candidature au Collège de France adressée à Martial Guéroult en 1952, Merleau-... more Dans une lettre de candidature au Collège de France adressée à Martial Guéroult en 1952, Merleau-Ponty, tout en revenant sur sa trajectoire philosophique, formule clairement le problème qui l’occupera jusque dans Le Visible et l’invisible :
Si maintenant nous considérons, au-dessus du perçu, le champ de la connaissance proprement dite, où l’esprit veut posséder le vrai, définir lui-même des objets et accéder ainsi à un savoir universel et délié des particularités de notre situation, l’ordre du perçu ne fait-il pas figure de simple apparence, et l’entendement pur n’est-il pas une nouvelle source de connaissance en regard de laquelle notre familiarité perceptive avec le monde n’est qu’une ébauche informe ?
Comment unifier le monde du perçu et le « monde » de l’idéalité ? Comment comprendre qu’ils ne font qu’un, qu’ensemble ils tissent un monde commun ? On ne peut aplanir l’un sur l’autre, réduire le sensible à de pures essences, ni faire comme si la pensée ne se comportait pas différemment du corps, du moins dans ses résultats. Nier une des dimensions dans lesquelles nous ne cessons de vivre aboutirait à un même positivisme. Il faut donc tenir compte de la spécificité du mode d’être de la perception et de celle du mode d’être de la pensée, sans néanmoins aboutir à un dualisme qui les rendrait étrangers l’un à l’autre, qui n’expliquerait rien et rendrait incompréhensible, miraculeux, le fait de pouvoir sentir, percevoir, toucher et simultanément évoluer dans un univers de significations et de connaissances claires et distinctes. Merleau-Ponty formule très clairement ce double écueil à éviter à la fin d’une note de septembre 1959 : « Est-ce le même être qui perçoit et qui parle ? Impossible que ce ne soit pas le même. Et si c’est le même, n’est-ce pas rétablir la “pensée de voir et de sentirˮ, le Cogito, la conscience de… ? » .
Comme nous allons le voir, c’est par l’approfondissement du langage, par le retour à son faire et par la notion d’expression, dans le sens très singulier que va lui conférer le philosophe, que ce dernier dépassera cette aporie et s’engagera dans une interrogation ontologique que Le Visible et l’invisible, accompagné de ses notes posthumes, esquisse brillamment . Comment comprendre l’accès à l’idéalité depuis notre enracinement sensible ? Comment moi, conscience incarnée, moi qui suis un corps vivant, puis-je également vivre dans cet univers de sens auquel je participe, plus ou moins activement, de sorte que la plupart du temps j’oublie presque que je suis surtout ce corps qui habite le monde ? Je le peux grâce au langage, lequel constitue la source de toute connaissance, de tout jugement, et doit être saisi comme le lieu d’un étonnant chevauchement entre le sensible et l’idéalité, que la notion d’expression explore très précisément dans les relations entre les signes linguistiques et leurs significations.

Nietzsche: l'herméneutique au péril de la généalogie, Dec 2015
Penser la diversité des langues fut la tâche commune des fondateurs de l'herméneutique contempora... more Penser la diversité des langues fut la tâche commune des fondateurs de l'herméneutique contemporaine et sans nul doute le problème inaugural de cette tradition philosophique. Schleiermacher, Schlegel, Voss, Ast, mais aussi d'une façon plus singulière W. von Humboldt, ainsi que ces « poètes-philologues » dont Goethe demeure la figure de proue, tous étaient de grands traducteurs, de véritables philologues en prise avec des langues étrangères, que celles-ci soient anciennes ou vivantes. Leur réflexion sur l'acte de traduire, d'interpréter et de comprendre s'est abondamment nourrie de cette pratique de l'altérité des langues, de la résistance du sens, des transferts culturels ; et les grands concepts ou problèmes de l'herméneutique (sens littéral, cercle herméneutique, interprétation) proviennent directement de cette expérience. C'est la raison pour laquelle la question de la diversité des langues chez Nietzsche nous paraît être un témoin privilégié pour étudier la relation que ce dernier entretient avec la tradition herméneutique, et peut-être mieux déterminer la parenté ou la proximité de son questionnement avec certaines lignées issues de cette nébuleuse, sans négliger pour autant l'originalité de son approche. De plus, il nous semble que cette question nous permet d'examiner sous un tout autre jour la réflexion de Nietzsche sur le langage. En effet, tout lecteur avisé de Nietzsche connaît les célèbres textes consacrés au langage en général, au poids des mots qui grégarisent, à la croyance en la grammaire. Mais ces analyses se prolongent-elles jusqu'au problème de la particularisation en des langues diverses, irréductibles les unes aux autres ? Peut-on affirmer que Nietzsche est un penseur des langues ?
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Les logiques du discours philosophique en Allemagne de Kant à Nietzsche
Les logiques du discours philosophique en Allemagne de Kant à Nietzsche, 2019
Le statut du discours philosophique est un fil conducteur fondamental de la philosophie allemande... more Le statut du discours philosophique est un fil conducteur fondamental de la philosophie allemande. Du discours transcendantal à l'exigence de système, la dialectique hégélienne, la poétique philosophique du fragment, l’émergence du discours universitaire moderne, jusqu’à cet « art nouveau du discours » revendiqué par Nietzsche, nous assistons à une période de réformes du discours philosophique d’une intensité et d’une profondeur stupéfiantes. Que signifie réfléchir sur le discours de la philosophie? Quelles sont les modalités possibles pour ce discours? Quels sont les rapports entre les théories du langage développées dans cette période historique et les formes du discours philosophique? Surtout, quelles sont les raisons d’une telle réinvention permanente de ce discours? Le présent volume collectif s’attache à étudier ces problèmes fondamentaux, et ainsi à constituer une véritable histoire du discours philosophique.
Call for papers / Appel à contributions by Alexandre Fillon
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Papers by Alexandre Fillon
Si maintenant nous considérons, au-dessus du perçu, le champ de la connaissance proprement dite, où l’esprit veut posséder le vrai, définir lui-même des objets et accéder ainsi à un savoir universel et délié des particularités de notre situation, l’ordre du perçu ne fait-il pas figure de simple apparence, et l’entendement pur n’est-il pas une nouvelle source de connaissance en regard de laquelle notre familiarité perceptive avec le monde n’est qu’une ébauche informe ?
Comment unifier le monde du perçu et le « monde » de l’idéalité ? Comment comprendre qu’ils ne font qu’un, qu’ensemble ils tissent un monde commun ? On ne peut aplanir l’un sur l’autre, réduire le sensible à de pures essences, ni faire comme si la pensée ne se comportait pas différemment du corps, du moins dans ses résultats. Nier une des dimensions dans lesquelles nous ne cessons de vivre aboutirait à un même positivisme. Il faut donc tenir compte de la spécificité du mode d’être de la perception et de celle du mode d’être de la pensée, sans néanmoins aboutir à un dualisme qui les rendrait étrangers l’un à l’autre, qui n’expliquerait rien et rendrait incompréhensible, miraculeux, le fait de pouvoir sentir, percevoir, toucher et simultanément évoluer dans un univers de significations et de connaissances claires et distinctes. Merleau-Ponty formule très clairement ce double écueil à éviter à la fin d’une note de septembre 1959 : « Est-ce le même être qui perçoit et qui parle ? Impossible que ce ne soit pas le même. Et si c’est le même, n’est-ce pas rétablir la “pensée de voir et de sentirˮ, le Cogito, la conscience de… ? » .
Comme nous allons le voir, c’est par l’approfondissement du langage, par le retour à son faire et par la notion d’expression, dans le sens très singulier que va lui conférer le philosophe, que ce dernier dépassera cette aporie et s’engagera dans une interrogation ontologique que Le Visible et l’invisible, accompagné de ses notes posthumes, esquisse brillamment . Comment comprendre l’accès à l’idéalité depuis notre enracinement sensible ? Comment moi, conscience incarnée, moi qui suis un corps vivant, puis-je également vivre dans cet univers de sens auquel je participe, plus ou moins activement, de sorte que la plupart du temps j’oublie presque que je suis surtout ce corps qui habite le monde ? Je le peux grâce au langage, lequel constitue la source de toute connaissance, de tout jugement, et doit être saisi comme le lieu d’un étonnant chevauchement entre le sensible et l’idéalité, que la notion d’expression explore très précisément dans les relations entre les signes linguistiques et leurs significations.
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Call for papers / Appel à contributions by Alexandre Fillon
Si maintenant nous considérons, au-dessus du perçu, le champ de la connaissance proprement dite, où l’esprit veut posséder le vrai, définir lui-même des objets et accéder ainsi à un savoir universel et délié des particularités de notre situation, l’ordre du perçu ne fait-il pas figure de simple apparence, et l’entendement pur n’est-il pas une nouvelle source de connaissance en regard de laquelle notre familiarité perceptive avec le monde n’est qu’une ébauche informe ?
Comment unifier le monde du perçu et le « monde » de l’idéalité ? Comment comprendre qu’ils ne font qu’un, qu’ensemble ils tissent un monde commun ? On ne peut aplanir l’un sur l’autre, réduire le sensible à de pures essences, ni faire comme si la pensée ne se comportait pas différemment du corps, du moins dans ses résultats. Nier une des dimensions dans lesquelles nous ne cessons de vivre aboutirait à un même positivisme. Il faut donc tenir compte de la spécificité du mode d’être de la perception et de celle du mode d’être de la pensée, sans néanmoins aboutir à un dualisme qui les rendrait étrangers l’un à l’autre, qui n’expliquerait rien et rendrait incompréhensible, miraculeux, le fait de pouvoir sentir, percevoir, toucher et simultanément évoluer dans un univers de significations et de connaissances claires et distinctes. Merleau-Ponty formule très clairement ce double écueil à éviter à la fin d’une note de septembre 1959 : « Est-ce le même être qui perçoit et qui parle ? Impossible que ce ne soit pas le même. Et si c’est le même, n’est-ce pas rétablir la “pensée de voir et de sentirˮ, le Cogito, la conscience de… ? » .
Comme nous allons le voir, c’est par l’approfondissement du langage, par le retour à son faire et par la notion d’expression, dans le sens très singulier que va lui conférer le philosophe, que ce dernier dépassera cette aporie et s’engagera dans une interrogation ontologique que Le Visible et l’invisible, accompagné de ses notes posthumes, esquisse brillamment . Comment comprendre l’accès à l’idéalité depuis notre enracinement sensible ? Comment moi, conscience incarnée, moi qui suis un corps vivant, puis-je également vivre dans cet univers de sens auquel je participe, plus ou moins activement, de sorte que la plupart du temps j’oublie presque que je suis surtout ce corps qui habite le monde ? Je le peux grâce au langage, lequel constitue la source de toute connaissance, de tout jugement, et doit être saisi comme le lieu d’un étonnant chevauchement entre le sensible et l’idéalité, que la notion d’expression explore très précisément dans les relations entre les signes linguistiques et leurs significations.