La traîtrise du temps

Le printemps dans le gosier,

le paon s’est pendu

dans un jour muselé  

pour laisser son plumage coloré

voler sur les cous luxueux et dégorgés.

La corde était pitoyable…

elle a laissé passer

un flot d’extase amère

avant d’étreindre sa gorge duveteuse.

Par nostalgie volante, il s’est souvenu de ses étés chypriotes,

de sa fidèle serveuse

qui lui raconte des histoires zoologiques.

Des blés italiens,

qui remplissent son petit ventre bourgeois.

De l’invitation au Palais royal

pour assister au congrès des paons.

Des chandelles qui illuminent

sa table à dîner.

De ses spectacles,

de ses admirateurs,

de ses costumes,

il a séquestré ses larmes,…

il a voulu garder ses somptueux lupins sur la tête

jusqu’à sa dernière minute.

Un hymne asiatique s’élève,

puis un cheveu élégant tombe,

plein d’enthousiasme

lorsque sont arrivés les petits poussins

béqueter ses yeux bleus

sous le regard boueux des vautours de terre.

Mohamed Gassara
Mohamed Gassara
Poète tunisien et étudiant en Lettres à l'Université de Sfax.

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Mohamed Gassara (20 janvier 2021). La traîtrise du temps. Résonance générale. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/uy8o


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