Chirurgie esthétique

J’ai échancré la peau de la terre

ébréchée par les pas de l’Étranger,

j’ai enlevé les mycoses,

et les joyeuses blessures

pieusement encastrées dans la mémoire planétaire.

Le ciel souffre de l’obésité,

il n’est plus l’acrobate de ses jours,

il ne peut plus étreindre la lune de l’humour.

J’y ai enfoncé mon scalpel

pour vider le ventre divin

de ses horribles secrets

sans raccrocher l’entaille baignée de sang.

De loin, m’appellent les arbres parjures

qui ont lancé l’exode des pauvres fourmis.

J’y ai injecté de la chlorophylle

pour que la verdure engendre la tolérance éternelle.

Même la mer des poètes a changé de couleur,

la nageoire des sirènes s’est noircie d’opprobre,

et les roches n’ont qu’à lever les bras au Ciel.

Par malheur, j’ai évoqué le poète des guérisons

pour panser les inflammations aquatiques.

Hélas ! Comme le monde a besoin de secours

avant que le temps lui tire les pieds !

Là, je vois deux hommes se quereller,

j’accours pour arracher leurs cœurs,

et les mettre entre mes genoux,

je les frotte avec un abrasif sans pitié,

puis les replace

pour voir la paix ruisseler des yeux sauvages.

Mohamed Gassara
Mohamed Gassara
Poète tunisien et étudiant en Lettres à l'Université de Sfax.

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Mohamed Gassara (20 janvier 2021). Chirurgie esthétique. Résonance générale. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/uy8m


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