Axel Magnan, économiste du Travail à l’IRES a abordé dans son intervention « Les entraves de fait et de droit à La Défense des travailleurs migrants ». Il souligne que la question des salariés agricoles précaires est fréquemment abordée sous l’angle de la fraude, des pénuries de main d’oeuvre, de l’invisibilité. Pourtant, en amont la question des politiques publiques mises en oeuvre à destination de cette catégorie de travailleurs mérite d’être posée.
Les conditions dans lesquelles ils sont employés a des conséquences importantes sur leur santé, leur niveau de rémunération, leur autonomie.
Dans un premier temps, Axe Magnan dresse une photographie de ces contrats précaires. Il identifie le lien entre le salariés et l’exploitation agricole : il distingue ainsi ceux qui sont embauchés directement par l’exploitation de ceux qui sont embauchés par un intermédiaire sur l’exploitation. Par ailleurs, on peut également classer les salariés en fonction de leur statut de résidence. Ces différents paramètres d’analyse permettent de constater un triple mouvement touchant les travailleurs agricoles : salarisation, précarisation, externalisation.
Dans la seconde partie de son propos, Axel Magnan met en évidence l’absence de prise en considération de la problématique des travailleurs précaires dans le secteur agricole par les politiques publiques, ce que trahissent les « trappes de précarité ». Les dispositifs d’aide et de soutien à l’emploi qui concernent les travailleurs occasionnels / demandeurs d’emploi ne sont en effet applicables que sur les salaires autour du SMIC. Dès que l’employeur augmente le salaire, les exonérations diminuent, voire disparaissent. Or un tel dispositif a un coût important pour l’Etat, tout en favorisant la précarité desdits travailleurs.
Ces éléments, ce déséquilibre entre la protection des intérêts des travailleurs et celle des exploitants agricoles peuvent probablement être rapprochés de la dérive institutionnelle constatée par Axel Magnan. Il qualifie de telle, la situation dans laquelle une institution ne change pas alors que le monde change autour. Ainsi, l’évolution du statut juridique des travailleurs agricoles n’a pas été prise en considération au niveau du fonctionnement institutionnel de la chambre de l’agriculture ou de la MSA. Alors que le secteur est marqué par un important changement démographique du fait que la majorité des travailleurs agricoles sont aujourd’hui des salariés, la MSA reste la seule caisse de sécurité sociale européenne à ne pas être gérée de manière paritaire. De ce fait, les besoins des salariés sont très insuffisamment pris en considération.
Les questions soulevées dans cette intervention sont d’une brûlante actualité. Elles révèlent l’urgence qu’il y a à aborder les mutations des mondes agricoles en prenant en considération les intérêts de l’ensemble des protagonistes, en ce compris ceux sans lesquels les entreprises ne pourraient mener à bien leur activité.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Bénédicte Lavaud-legendre (12 mars 2024). Les entraves de fait et de droit à la défense des travailleurs temporaires migrants. Réseaux et traite. Consulté le 27 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/w04c