Le sorcier de l’île d’Anticosti: l’homme derrière la légende (XIXe siècle) Deuxième partie

Suite du précédent billet: Le sorcier de l’île d’Anticosti: la légende (XIXe siècle)

L’homme

La vie de Louis Gamache, dit  »le sorcier de l’île d’Anticosti » est aussi intéressante que la légende. C’était un homme au passé mystérieux.  On ne sait pas avec certitude où et quand il est né. Peut-être à l’Islet en 1784 (je n’ai pas réussi à trouver l’acte ) un lecteur m’a gracieusement fait parvenir la date de son baptême (26 août 1787).

Acte de naissance de Louis Gamache. Extrait BMS l'Islet

Jeune, il aurait parcouru les mers avec la marine britannique. On sait qu’il a épousé en 1808 à Rivière-Ouelle Françoise Bacelet, dit Casirtan (Cassista).

Source: Family Search

En 1810, Gamache amène femme et enfant (c’est-à-dire leur fils Pierre-Louis) sur l’île d’Anticosti.

Dans le but, pense-t-on, d’éviter les perquisitions des autorités, il se prévaut très tôt du titre de seigneur de l’île, prétendant l’avoir achetée d’un sieur Hamel. Or, aucune preuve de cette transaction n’a été retrouvée et il faut y voir un subterfuge de la part de ce personnage original qui, par ailleurs, n’hésite pas à garder chez lui, pendant tout un hiver, un huissier venu réclamer le paiement d’une dette. (réf)

On constate donc que Gamache était un personnage rusé. En se proclamant seigneur, il faisait croire à tous qu’il détenait la propriété de l’île ainsi que tous les droits inhérents. Lui et sa famille étaient à peu près les seuls habitants de l’île. Il y avait aussi des fois des invités involontaires, c’est-à-dire les naufragés (l’île étant aussi surnommée l’Ile aux naufrages) et les bateaux à la recherche d’un havre. Le  »sieur » Gamache pouvait donc chasser et pêcher sans avoir à rendre de comptes à quiconque. Gamache a entretenu sa légende – et protégé l’exclusivité de son domaine- en faisant circuler plusieurs histoires sur son compte. Cela rappelle l’histoire de Pierre Bécard de Granville à l’Ile aux Oies au siècle précédent.

Gamache ne restait pas toute l’année sur l’île; il a entre autres commercé avec les Montagnais de l’actuelle Côte-Nord.

Son épouse et leur fille Christine décédèrent à L’Isle-Verte en 1836, probablement à cause de la vérole. Gamache et son épouse auraient eu en tout neuf enfants.

Selon le DBC, Gamache aurait ensuite épousé Catherine Lots en 1837. Catherine Lots serait décédée à l’Ile d’Anticosti en 1845. Un décès tragique.

Elle est alors seule avec ses enfants dont l’aînée a six ans, tandis que Gamache se trouve à la chasse. Après une absence de plusieurs jours, celui-ci la découvre et lui fait des funérailles très sommaires, selon les moyens dont il dispose. (réf)

Louis Gamache serait quant à lui décédé le 11 septembre 1854 sur l’île,

mais aucun acte de sépulture n’a été retrouvé. La tradition veut qu’il soit mort seul et qu’un trappeur du nom de Goudreau l’ait découvert plusieurs jours après son décès et l’ait enterré auprès de sa seconde femme. (réf)

Tout un monsieur, le seigneur de l’île d’Anticosti!

Bibliographie

Ferland, Jean Baptiste Antoine (abbé), Le sorcier de l’isle d’Anticosti; récit par l’abbé Ferland. A la recherche de l’or; voyage du YukonMontréal, Bilaudeau, 1914, 65 pages

Jolicoeur, Catherine. [en ligne] Dictionnaire biographique du Canada, Gamache, Louis. Page consultée le 30 juillet 2011.

Billets reliés

Légende: Le masque de fer de l’Ile aux Oies (1683-1749)

Le naufrage du Lunenburg (4 décembre 1905, Iles de la Madeleine)

Pirates ou corsaires? A l’abordage sur le Saint-Laurent

Un chocolatier français à l’Ile d’Anticosti, Henri Menier

Sur le web: Mémoires de marées – Survol des naufrages gaspésiens

Disparition à la Grosse-île [septembre 1906]

De remarquables oubliés

Le loup-garou du Kamouraska (1766-1767)

Le livre Lieux de légendes et de mystère du Québec

Contes et légendes du Québec (Site internet Y paraît que)

Le sorcier de l’île d’Anticosti: la légende (XIXe siècle) Première partie

La légende

Le golfe du Saint-Laurent vu de l’île d’Anticosti, 1912. Source Bibliothèque et archives Canada no MIKAN 3320550

En 1852, l’abbé Ferland visite l’île d’Anticosti. Il y rencontre celui que l’on surnomme le sorcier de l’île, Louis Gamache. Dans Le sorcier de l’isle d’Anticosti; récit par l’abbé Ferland. A la recherche de l’or; voyage du Yukon (édition de 1914), l’abbé Ferland relate leur rencontre ainsi que les nombreuses histoires qui circulent sur ce personnage qui en fait frémir plus d’un. Voici quelques extraits.

Dans les premiers jours de septembre 1852, je m’embarquais sur la  »Doris », afin de visiter, pour la première fois, les côtes désertes et inhospitalières de l’île d’Anticosti.  Peu élevée, bordée de récif et souvent couverte de brumes épaisses, cette terre est forte dangereuse pour les bâtiments qui entrent dans le Saint-Laurent ou qui en sortent. L’automne et le printemps, les vents soufflent avec une extrême violence; aussi de nombreux naufrages ont rendu tristement célèbre le nom de l’île d’Anticosti.

Autrefois, quand un vaisseau venait se briser à la côte, les hommes de l’équipage, qui n’étaient pas engloutis par les flots ou broyés par les rochers, étaient condamnés à périr de faim et de froid, sans pouvoir espérer de secours.

[…]

Nous n’avions plus qu’une étape à visiter dans l’île, celle de la baie de Gamache; j’avais hâte d’y arriver, car depuis plusieurs années le nom du sieur Gamache retentissait à mes oreilles, sans que j’eusse trouvé l’occasion de voir le personnage lui-même. Il n’est pas un pilote du Saint-Laurent, pas un matelot canadien, qui ne connaisse Gamache de réputation; de Québec à Gaspé, il n’est pas une paroisse où l’on ne répète de merveilleuses histoires sur son compte. Dans les récits populaires, il est représenté comme le beau idéal d’un forban, moitié ogre et moitié loup-garou, qui jouit de l’amitié et de la protection spéciale d’un démon familier.  On l’a vu debout sur un banc de sa chaloupe, commander au diable d’apporter un plein bonnet de bon vent; un instant après, la chaloupe de Gamache faisait vent arrière, les voiles pleines, sur une mer unie comme une glace, tandis que, tout autour, les autres embarcations dormaient sur l’eau, sur un calme plat.

Pendant un voyage qu’il fit à Rimouski, il donna un grand souper au démon, non pas à un diablotin de seconde classe, mais au bourgeois lui-même. Seul avec ses compagnons invisibles, il a massacré des équipages entiers et s’est ainsi emparé de riches cargaisons. Vivement poursuivi par un bâtiment de la compagnie des postes du Roi, il a disparu avec sa goélette,  au moment où il allait être saisi, et l’on n’a plus aperçu qu’une flamme bleuâtre dansant sur les eaux.

Vous pouvez lire la suite du récit de l’abbé Ferland ici, ça en vaut la peine… Un personnage somme toute sympathique mais un peu inquiétant…

Et pour en savoir plus sur ce que l’on sait réellement sur le sorcier, lisez la deuxième partie de ce billet.

Bibliographie

Ferland, Jean Baptiste Antoine (abbé), Le sorcier de l’isle d’Anticosti; récit par l’abbé Ferland. A la recherche de l’or; voyage du Yukon. Montréal, Bilaudeau, 1914, 65 pages

Jolicoeur, Catherine. [en ligne] Dictionnaire biographique du Canada, Gamache, Louis. Page consultée le 30 juillet 2011. Adresse URL

Billets reliés

Légende: Le masque de fer de l’Ile aux Oies (1683-1749)

Pirates ou corsaires? A l’abordage sur le Saint-Laurent

Un chocolatier français à l’Ile d’Anticosti, Henri Menier

Créatures fantastiques du Québec tome II

Disparition à la Grosse-île [septembre 1906]

Créatures fantastiques du Québec: un plongeon dans l’imaginaire québécois

Le loup-garou du Kamouraska (1766-1767)

Le livre Lieux de légendes et de mystère du Québec

Contes et légendes du Québec (Site internet Y paraît que)

Un chocolatier français à l’Ile d’Anticosti, Henri Menier

M. H. Menier image fixe/ Imprimerie C.-O. Beauchemin, 1897, Source BANQ

Au Québec et ailleurs, on nomme des routes, des rues, des bâtiments et des parcs en l’honneur de personnes qui ont marqué notre histoire. Cette série de billets a pour but de vous faire découvrir ces gens. Une rue à Baie-Comeau et une autre à Sept-Iles ainsi qu’un village à l’Ile d’Anticosti portent son nom. Qui était Henri Menier?

Une fortune acquise grâce au chocolat

Henri Emile Anatole Menier est né le 14 juillet 1853 à Paris, héritier d’une prospère famille de chocolatier, les Menier. Il a été maire de Noisiel, en France, de 1881 à 1913.

Il s’est porté acquéreur quelques mois avant son décès, en 1913, du château de Chenonceau.

Chocolat Menier : [affiche] ([Tirage avec signature]) / [Firmin Bouisset, 1893]
Chocolat Menier : [affiche] ([Tirage avec signature]) / [Firmin Bouisset, 1893]
Source: Bibliothèque nationale de France

Ménier était un grand sportif. Il aimait s’adonner à la course automobile et au yachting. Il était aussi amateur de chasse et pêche et c’est grâce à ses deux passions que son attention se porta sur l’Ile d’Anticosti.

L’Ile d’Anticosti

L’Ile d’Anticosti est une île d’une superficie de 7 900 km², située dans le golfe du Saint-Laurent. Les Amérindiens furent les premiers à y établir une présence. L’explorateur Jacques Cartier la  »redécouvrit » en 1534. En 1680, l’île fût donnée à Louis Jolliet par le roi de France en récompense de ses bons et loyaux services.  Jusqu’à ce qu’à son achat par Menier en 1895, l’île était peu développée.

Donc, Henri Menier acheta en 1895 l’Ile d’Anticosti pour la coquette somme de 125 000$. Il voulait bien sûr y chasser et y taquiner le poisson, mais il voyait aussi grand.  Il développa d’abord le village d’English Bay (rebaptisé par la suite Baie-Sainte-Claire). Il déménagea le tout à la baie Ellis; c’est là que sera fondé le village de Port-Menier qui existe toujours.

Lorsque Henri Menier était en France, c’était son ami Georges-Martin Zédé qui gérait l’île. Il y développa

 la coupe du bois, l’agriculture, la pêche et la mise en boîte du homard et du saumon (réf)

C’est aussi grâce à Menier que l’on peut voir autant de cerfs de Virginie, des renards, des castors, des rats musqués, des orignaux et des lièvres sur l’île.

Manoir bâti pour Henri Menier sur l'île d'Anticosti. Incendiée en 1953, suite aux ordres de la Consolidated Bathurst Ltd. Source: Bibliothèque et Archives Canada

Henri Menier décèda en 1913 à cause du diabète. Son frère Gaston prit la relève et continua le développement de l’île, qu’il revendit en 1926 à la Wayagamack Pulp and Paper au coût de 6 millions de dollars. L’époque des papetières dura quelques décennies. La dernière papetière propriétaire de l’île, la Consolidated Bathurst Ltd, fût expropriée par le gouvernement du Québec en 1974. La réserve faunique de l’Île-d’Anticosti, d’une superficie de 303 km², a été créée en 1980. Maintenant, l’île est gérée selon le modèle municipal standard.

En 1999, Jean-Claude Labrecque réalisa  Anticosti Au temps des Menier.

Dans un prochain billet, je vais vous raconter l’histoire d’un mystérieux habitant de l’île d’Anticosti…

Port-Menier. Source: dnas2 sur Flickr

Bibliographie

Wikipédia. Henri Menier. Page consultée le 4 juillet 2011. Adresse URL

Wikipedia. Ile d’Anticosti. Page consultée le 23 juillet 2011. Adresse URL

Municipalité de l’Ile d’Anticosti. Pagée consultée le 4 juillet 2011. Adresse URL
Billets reliés

Des Canadiens-français sur le Nil (Khartoum, Soudan, 1884-1885)

3. Ces gens qui ont marqué notre histoire: Johan Beetz

Pehr Kalm, un Suédois en Nouvelle-France (1748)

Peinture: Cornelius Krieghoff (1815-1872)

Noms et lieux du Québec: significations et origines

L’Almanach du peuple Beauchemin au début du XXe siècle

Quand j’étais plus jeune (*Note. Au Québec, on commence à utiliser cette phrase dès son 18e anniversaire*), j’adorais lire l’Almanach du peuple, surtout pour ses histoires insolites. Plus tard, j’ai découvert la valeur historique de ces almanachs, particulièrement ceux du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

Les premiers almanachs

La première édition de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Almanach du peuple est imprimée en 1855 par Beauchemin & Payette. Il s’agit d’une publication annuelle, qui est encore publié de nos jours à ma connaissance.

Description 

En 1889, cette publication a une centaine de pages. En 1896, on en a 200 et en 1918, c’est près de 500 pages qui sont offertes aux lecteurs. Aujourd’hui, combien de pages?

L’Almanach  du peuple, au début du siècle, se signale par son nombre important de publicités. Ces publicités nous montrent les techniques de marketing pas toujours subtiles de l’époque. Les publicités pour les remèdes font particulièrement sourire aujourd’hui. Quand même, on ne peut qu’être jaloux; au début du XXe siècle, selon la publicité, à peu près toutes les maladies pouvaient être guéries 😉

Publicité vantant les vertus curatives du whiskey. Almanach du peuple, édition 1907. A défaut de guérir quelque chose, le whisky devait rendre le malade joyeux...

On y trouvait aussi la météo, les éphémérides, la liste des fêtes religieuses et des membres importants du clergé, les députés fédéraux et provinciaux, les tarifs et règlements des postes, des articles sur l’histoire du Canada, la politesse, des contes, des conseils d’hygiène, des articles sur les Franco-américains, des jeux et tours de magie, les sports, l’astrologie, les disparus célèbres et les événements marquants de l’année, la science, l’agriculture, etc. On propageait les valeurs du temps: religion, respect des autorités civiles et religieuses, promotion de l’agriculture et l’éducation.

L’almanach se voulait un outil d’éducation, de divertissement et d’information à petit prix, pour un large public.

Des collaborateurs exceptionnels

  • L’Almanach du peuple fut illustré par deux illustrateurs de talent, Henri Julien et E.- J. Massicotte. Henri Julien collabora à la publication de 1893 jusqu’à 1909, année de son décès. E.-J. Massicotte prit le relais de 1909 à 1929.

Édition 1915


  • La journaliste Françoise (Robertine Barry), une des premières femmes journalistes au Québec

Françoise, pseudonyme de la journaliste Robertine Barry, Almanach du peuple, 1907

  • Louis Fréchette publia dans l’Almanach des contes comme Un fantôme (1915).

  • Lionel Groulx publia la nouvelle Les adieux de la grise (1917).

Sur archive.org, on trouve quelques éditions de l’Almanach Beauchemin

Edition 1907, 1915, 1917 et autres

Bibliographie

François Landry. « Bien plus qu’un almanach! : la librairie Beauchemin », Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 29, 1992, p. 32-35.

Les Chemins de travers, animé par Serge Bouchard, édition du 2 janvier 2011, épisode L’histoire de l’almanach, Adresse URL

Billets reliés

En 1913-1914, que voulait-on que les jeunes Canadiens-français lisent?

Les Albums Massicotte

Jacques Viger et l’album Souvenirs Canadiens: le Québec au 19e siècle

La caverne d’Ali Baba des archives numériques…

Sur le web: Mémoires de marées – Survol des naufrages gaspésiens

Je voudrais porter à votre attention la série Mémoire de marées, survol des naufrages gaspésiens, une série de huit capsules de cinq minutes. Je vous recommande particulièrement l’épisode 4 sur les naufragés et le numéro 7 sur la bataille du Saint-Laurent.

Bonne écoute!

Pour en savoir plus sur la production de Mémoires de marées, lire: Johanne Fournier, Le Soleil. »Récits de naufrages racontés en images » 1er mai 2011. Adresse URL

Billets reliés

Le naufrage du Titanic d’après les journaux québécois de l’époque

Le naufrage du Lunenburg (4 décembre 1905, Iles de la Madeleine)

Le naufrage du Lady Seaton (Iles de la Madeleine, 4 décembre 1847)

La tragédie de l’Empress of Ireland, 29 mai 1914, en images

Pirates ou corsaires? A l’abordage sur le Saint-Laurent

Photographie: Sherbrooke en 1858

Photographie | Vue de Sherbrooke depuis l'est, Qc, vers 1858 | MP-1974.61
Voici une photo prise par Alexander Henderson  en 1858 ou 1859 à partir du quartier Est de Sherbrooke. On y voit entre autres ce qui constituera plus tard le centre-ville. On y observe deux ponts couverts (vraisemblablement à l’emplacement de celui qui relie ce que l’on nomme aujourd’hui rue King Est et King Ouest ainsi que du pont des Grandes-Fourches) et une église qui semble être située sur le site de la future basilique-cathédrale Saint-Michel. Quand Henderson a pris cette photo, il était probablement près de l’actuel CHUS Bowen. Depuis, vous vous en doutez, bien des bâtiments ont été érigés dans le périmètre représenté.

On peut voir sur une carte publiée sur le site de BANQ de 1881 les deux ponts ainsi que l’église. On remarque que pour celui des Grandes-Fourches, l’acier avait remplacé le bois et que le toit avait été enlevé. Une carte absolument magnifique, très détaillée.

Je voudrais souligner par la même occasion que le Service des bibliothèques des archives de l’Université de Sherbrooke a mis en ligne quelques cartes de Sherbrooke et Lennoxville bien intéressantes à consulter.

Billets reliés

Le photographe Alexander Henderson (1831-1913)

Photographies: Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’est/ Eastern Townships Resource Centre

Qui sont les Home Children?

Une visite de Sherbrooke en 1910 en images

Qu’est-il arrivé à Thomas Davis? (Sherbrooke, 17 février 1884)

Évasion à la Citadelle de Québec, 16 octobre 1838

Il y avait de l’action à Québec en octobre 1838. Entre autres, deux prisonniers qui avaient participé aux rébellions au Haut-Canada, soit William Wallin Dodge et Edward Alexander Theller,  s’évadèrent de la citadelle grâce aux patriotes Charles Drolet et John Heath. Theller avait été condamné à mort, puis sa sentence avait été commuée en déportation. En attendant, Theeller et Dodge furent envoyés à Québec où, visiblement, ils ne se plaisaient pas.  Voici comment l’événement fut rapporté dans les journaux.

Extrait du journal le Canadien, publié à Québec, le 17 octobre 1838, p. 2

Evasion de prisonniers politiques – Grand mouvement hier matin parmi la garnison et la police de cette ville, et par contre-coup vive sensation parmi les citoyens, à la nouvelle que cinq des Prisonniers du Haut-Canada s’étaient évadés, pendant la nuit, de la citadelle où ils étaient étroitement gardés et surveillés de près, puisqu’il leur a fallu tromper la vigilance de plusieurs sentinelles, de deux surtout, dont l’une était en faction en dedans de l’enclos de leur prison et l’autre en dehors. Le bruit court qu’ils ont réussi à faire boire à leurs gardes de la boisson dans laquelle ils avaient jetés de l’opium, ce qui les auraient endormis, et on ajouté que quatre soldats ont été mis sous arrêt en conséquence de cette évasion. Le Mercury dit qu’on pense que les évadés ont reçu l’assistance de quelques amis dans la ville.  Ceci n’est guère probable, quand on réfléchit que deux ont été s’adresser et se faire prendre dans une auberge vis-à-vis de la Cathédrale Anglicane, où c’était pour eux aller se jeter dans la gueule du loup, ce qu’ils n’auraient pas fait s’ils eussent de l’assistance de quelques amis.  Un autre a été trouvé dans les broussailles près de la tour no1, ce qui démontre encore qu’ils n’avaient personne pour les assister, car c’est justement l’endroit où se font les premières recherches en pareil cas.

Porte Prescott et vue de la Citadelle de Québec extrait de Canadian Scenery Illustrated, tome 1, par William Henry Bartlett

On apprend en outre que les deux qui ont été pris dans l’auberge avaient erré toute la nuit par la ville, ce qui n’aurait pas pus arriver s’ils eussent eu des rapports avec quelques amis. Ces suppositions sont jetées dans le public pour justifier la conduite vraiment brutale de la police dans l’intérieur du domicile d’un citoyen respectable de cette ville, M. Morin, où l’on ne s’est pas borné à faire les recherches les plus minutieuses, mais où l’on a été jusqu’à bûcher une partie une partie du plafond pour parvenir à un recoin du grenier sans issue, et cela en son absence et sans sa permission, sans que les bucheurs aient montré aucune autorité pour un pareil procédé. M. Morin estime à £7 ou 8 les dégâts que l’on a commis chez lui, sans compter les autres  désagréments qu’il a eu à souffrir; par exemple, on l’a retenu prisonnier chez lui pendant quelques heures, de même qu’un client qui était venu lui parler.

On a aussi fait les recherches les plus minutieuses dans tout le couvent des Dames Ursulines, depuis la grave jusqu’au grenier. Là au moins, on n’a commis aucun dégât; mais l’idée que des évadés de prison auraient cherché et trouvé un refuge dans l’intérieur du cloître des Dames Ursulines, est plus que ridicule en même temps qu’offensante pour ces Dames, puisqu’il est à peu près impossible qu’un homme, et surtout un inconnu s’introduise dans la maison sans qu’elles en aient connaissance. On a aussi fait des recherches dans tous les environs du Couvent, et sur le cap, et ces recherches n’ayant rien d’inconvenant, les citoyens s’y sont soumis avec plaisir. Les recherches qui ont été faite chez M. Morin, et dans les couvents sont dues, dit-on, à ce qu’un soldat ou sergent aurait déclaré avoir vu entrer chez M. Morin, hier matin vers huit heures, Theller, un des évadés. Belle heure et bon endroit pour se montrer dans les rues pour un échappé de prison qui sait que la police et la garnison sont à ses trousses. Certes, si notre police et notre garnison perdent la tête pour si peu de choses, nous sommes bien mal gardés.

[…]

Mais nous n’avons pas encore dit comment l’évasion avait eu lieu. Les évadés après avoir endormi la surveillance des gardes, soit par l’opium soit autrement, ont limé un des barreaux de leur loge, sont montés sur la tour du pavillon, et en on coupé la corde qui les a aidés à se glisser en bas, d’où ils ont pu facilement pénétrer dans la ville. Sur celui qui a été arrêté près de la tour, on a trouvé des limes et autres instruments qui ont pu servir à l’évasion des prisonniers. Sutherland qui était renfermé séparément n’a pas eu l’occasion de s’échapper.

Et après?

A son retour aux États-Unis,

Theller entreprit une tournée triomphale dans plusieurs grands centres des États-Unis. À son grand plaisir, il fut « fêté et traité comme un héros ». D’après lui, cette tournée était « une initiative impudente, mais heureuse », qui fit « plus pour la cause du malheureux Canada » que toute autre chose.

De retour à Detroit en décembre, Theller fut arrêté sans délai pour violation des lois américaines sur la neutralité, puis libéré, probablement sous caution (réf)

Theller a écrit sa version de ses aventures, dans Canada in 1837-38 : showing by historical facts, the causes of the late attempted revolution, and of its failure ; the present condition of the people, and their future prospects, together with the personal adventures of the author, and others who were connected with the revolutiontome 1 et 2, publiés en 1841.

Ensuite, il vécut heureux et eut probablement beaucoup d’enfants.

Billets reliés

Une visite de la prison de Québec en 1835

Registre d’écrou de la prison de Québec: un prisonnier « dead by the visitation of God » (1834)

La déportation d’après les registres d’écrous des prisons de Québec (Bas-Canada, 19e siècle)

Patrimoine: des prisons qui ont une deuxième vie (première partie)

Photographies: Travailler dans les usines de la Nouvelle-Angleterre (Burlington, Vermont, début XXe siècle)


En mai 1909, Lewis Wickes Hine a photographié plusieurs travailleurs d’usines de Burlington, Vermont, pour le compte de la National Child Labor Committee (NCLC). Pourquoi ces travailleurs-ci? À cause de leur âge. C’étaient des enfants et des adolescents. La NCLC dénonçait le travail des enfants. Elle voulait obtenir des réformes pour que cesse l’exploitation des enfants. Ainsi, elle a chargé Lewis Wickes Hine de photographier les conditions de vie et de travail de cette main-d’oeuvre vulnérable.  Inutile de dire que cette mission ne fut pas de tout repos; certains patrons n’aimaient pas ce type de publicité.

Voici certaines de ces photos. J’ai sélectionné celles où l’on voit des enfants ayant des noms à consonance francophone. Les légendes sont celles indiquées sur le site de la Library of Congress, source des images.

Pour voir la collection photographique complète de la NCLC (5000 photographies), c’est par ici.

Some of the boys working in Chace Cotton Mill, Burlington, Vermont (see label to photo #730) for names. May 5, 1909. 6 P.M. -Caption #730: All these small boys, and more, work in the Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Many of the smallest ones have been there from one to three years. Only a few could speak English. These are the names of some:- Lahule Julian, Walter Walker, Herman Rotte, Arsone Lussier, Addones Oduet, Arthur Oduet, Alder Campbell, Eddie Marcotte, John Lavigne, Jo Bowdeon, Phil Lecryer, Joseph Granger. A small mill.- Location: Burlington, Vermont

Some of the girls from the Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Girl on left hand end is Cora Collette. Girl in middle is Anna Grenier. Been in mill 2 years. 6 P.M. May 5, 1909. Location: Burlington, Vermont.

Some of the youngest girls in Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Girls' names are Mabel Blanchette (left hand end), Lodell Blanchette (right hand end), and Agnes Fountain, young girl in middle. 6 P.M. May 6, 1909 (See #730.) Location: Burlington, Vermont

Noon hour. Herman Rette (right hand), Arsene Lussier. Both been working in Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. for over a year. (See #730.) Location: Burlington, Vermont

All these small boys, and more, work in the Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Many of the smallest ones have been there from one to three years. Only a few could speak English. These are the names of some:- Lahule Julian, Walter Walker, Herman Rotte, Arsone Lussier, Addones Oduet, Arthur Oduet, Alder Campbell, Eddie Marcotte, John Lavigne, Jo Bowdeon, Phil Lecryer, Joseph Granger. A small mill. Location: Burlington, Vermont

6 P.M. May 6, 1909. Only a few young girls work in the Chace Cotton Mills, Burlington, Vt. In front row are Anna Grenier (2 yrs. in mill), Agnes Fountain. See photo and label #730. Location: Burlington, Vermon

Noon hour at the Queen City Mill, Burlington, Vt. (Not a large mill) About a dozen small boys like the smallest here, names of small ones here are Dorio Charptier, Arthur Tessier. Location: Burlington, Vermont.

Louis Horoux. One of the youngsters in Queen City Mill, Burlington, Vt. About a dozen like here. (Not a large mill.) Location: Burlington, Vermont.

Mule-spinning room, Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Edward Marcotte, a "back-roping boy" who has been here one year. See also photo and label #730. Location: Burlington, Vermont.

Mule-spinning room in Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Left hand--Leopold Daigneau, Arsene Lussier, "Back-roping boys." See photo and label #730. Location: Burlington, Vermont.

John Lavigul. Has been doffer-boy in mule-spinning room for over a year in Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. See photo and label #730. Location: Burlington, Vermont.

A mule-spinner and his assistant (Leopold Daigneau), Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. May 7, 1909. Location: Burlington, Vermont.

Anna Grenier at her "speeder" Burlington, Vt. Has been here 2 years. Chace Cotton Mill. May 7, 1909. Location: Burlington, Vermont

Jo Bodeon. A "back-roper" in mule room. Chace Cotton Mill, Burlington, Vt. Location: Burlington, Vermont.

Jo Bodeon. A "back-roper" in mule room. Burlington, Vt. Chace Cotton Mill. Location: Burlington, Vermont.

Billets reliés

Les Canadiens français de Lowell, Massachusetts

Le Maine Memory Network: la mémoire des francophones du Maine

Critique de L’Enfant cigarier, roman historique de Marie-Paule Villeneuve qui porte sur le travail des enfants à peu près à la même époque

Photographies anciennes des francophones de Old Town, Maine

Quelques livres numérisés sur les Franco-Américains (1872-1920)

Louis Berthiaume (Lewis Barttrow) et la Guerre de Sécession

Freeman Mason de la Companie K, 17th Vermont Infantry tenant une photographie représentant son frère, Michael Mason, tué à Savage’s Station, Virginie, en 1862. Source: Library of Congress

Né le 19 janvier 1829 à Pointe-du-Lac (Trois-Rivières), Québec, Louis Berthiaume immigre avec sa famille au  Vermont en 1837. Le 23 septembre 1849, il épouse Julia Duplessis dite Sirois à Worcester, Mass. En 1862, il s’enrôle dans l’armée nordiste, pour une période de 10 mois. Il a participé notamment à la bataille de Gettysburg.

Pour en savoir plus sur son expérience à la guerre, consultez la page intitulée A VERMONT FRANCO-AMERICAN IN THE CIVIL WAR (anglais). Cette page, qui retrace les grandes lignes de sa vie, est aussi agrémentée de plusieurs photos.

Louis Berthiaume est décédé le 27 mai 1911 à Burlington, Vermont.

Billets reliés

Des Canadiens français ont participé à la Guerre de Sécession (1861-1865)

Fragments de l’histoire des francophones au Minnesota (19-20e siècle)

Liste des noms de lieux d’origine française aux États-Unis

Drinkwine, un billet sans alcool [New York, 1920]

Un visiteur prestigieux à Montréal et à Québec (mai 1842)

Le 11 mai 1842, en provenance de Kingston, arrivaient à Montréal un célèbre personnage et son épouse. Auparavant, Charles Dickens avait effectué un voyage triomphal aux États-Unis. La publication d’Oliver Twist l’avait rendu célèbre.

Charles Dickens 1860-1865. Source: National Library of Congress

Il s’agit bien sûr de l’écrivain britannique Charles Dickens. Les Dickens passèrent quelques jours à Montréal, puis arrivèrent à Québec le 27 mai pour une brève visite. Dickens a raconté ses souvenirs de son passage au Bas-Canada dans American notes. Vous pouvez lire ici ce qu’il a raconté sur le Bas-Canada.

Pour terminer, voici quelques extraits de journaux du Bas-Canada, en français et en anglais, qui donnent une idée de l’accueil qu’on lui a réservé.

Extrait du Canadien, 13 mai 1842, p.2

M. Charles Dickens, célèbre romancier anglais, et que les Américains ont fêté jusqu’à l’obsession à son arrivée chez eux, vient d’arriver à Montréal  avec sa Dame, venant du Haut-Canada.

Extrait de l’Aurore des Canada, 14 mai 1842, p. 2

*Boz: le célèbre M. Dickens, le populaire auteur anglais est arrivé hier au milieu de nous; il a reçu hier de nombreuses visites à l’Hôtel Rasco et a fait, accompagné de Lord Mulgrave, le beau tour de la montagne. Cette riante promenade dans des sites les plus pittoresques du Bas-Canada fait dire à Boz que le séjour à Montréal offre de quoi ravir un touriste.

*Charles Dickens utilisait le pseudonyme de Boz lors de ses premières publications

Extrait du Quebec Mercury, 14 mai 1842, p. 2

Mr. Dickens, the celebrated novelist, whose visit in the U. States was hailed with so much obstreperous hospitality, has continued his tour in Canada, crossing over from Buffalo and proceeding by Toronto, and Kingston to Montreal, where he with Mrs. Dickens arrived on Wednesday last, and took lodgings at Rasco’s Hotel. If the arrival of Mr. Dickens amongst us has not been marked by the aproarious demonstrations by which he was overwhelmed in New York and other cities of the Union, the quiet attentions shown to himself and lady have not less sincerely marked the estimation in which he is held as an author and are, we believe, more in unison with the feelings of our distinguished countryman, who travels to see countries, amuse and improve himself, and not to make a show of himself for the gratification of gaping curiosity. We learn that at Toronto Mr. and Mrs. Dickens were waited upon by all the élite of the society, during their short stay of two days, and dined with a large party of fashionables at the Chief Justice’s. Their reception at Kingston was equally kind. We know not what stay they intend to make in Montreal where they are receiving every attention, but we think they may be assured of an equally cordial reception in quebec.

Mercredi le 25 mai, Dickens participe à des représentations des pièces  »A Roland for an Oliver », « Pas two o’clock in the Morning » et « Deaf as a Post » (Réf, Le Canadien, 30 mai, p. 2)

Extrait du Quebec Mercury, 28 mai 1842, p. 2

Mr. Dickens, (Boz) and his lady arrived in this city, yesterday morning by the steamboat Lady Colborne, from Montreal, and departed again, in the same boat, in the afternoon; they were accompanied by the EARL OF MULGRAVE, who had been their fellow passenger across the Atlantic, and who, since their arrival in Canada East, has shown them every kindness which his rank and station enabled him to offer. They proceeded on landing to the house of Dr Fisher, where they breakfasted and then set out to view the Citaded, there they met with every attention from the Officers of the Grenadiers Guards, now forming its Garrison. Having viewed the works and enjoyed the Plains of Abraham and took a cursory view of the City. After their excursion, the partook of a Déjuné [sic] à la Fourchette, with the officers of the Grenadiers, and then returned to the steamboat which was to convey them to Montreal. They were fortunate in having a fine day for their visit, and the magnificent scenery appeared to great advantage.

We had the pleasure of seeing Mr. and Mrs. Dickens for a few minutes; they both appeared highly pleased with the reception they had experienced in Canada, and regretted that their arrangements did not permit them to make a longer stay in Quebec, with the appearance and scenery of which they expressed the highest admiration. They have, in England, a family of four children, and in leaving this city, the ultima thule* of their peregrinations, Mrs Dickens, did not conceal her feelings as a mother that her progress would, from his point, be a return to those fond objets of her maternal solicitude. So much has been written of Boz that we can only add, the impression of our short interview enabled us to form, was that, though a popular author, he is not pedant, by no means desires to make a display and is much better pleased at being quietly and kindly received as Mr. Dickens, travellings for amusement, than as the Boz whose works have created so great a sensation in the periodical litterature of the present day. His lady in an unaffected agreable person, and we regret that their, too short, visit to Quebec dit not permit us to improve an acquaintance which we had anticipated much pleasure.

*Ultima Thule= Groenland

Billets reliés

Sarah Bernhardt suscite la colère du clergé [Québec, 4 et 5 décembre 1905]

Qui sont les Home Children?

Laurentiana: le patrimoine littéraire du Québec

Pour l’amour des livres (photographies anciennes)

En 1913-1914, que voulait-on que les jeunes Canadiens-français lisent?