Paolo Renoux rejoint le groupe Solal
Paolo Renoux a rejoint le groupe de recherche Solal. Il a démarré une thèse en février 2022, sous la co-direction de Daniel Cefaï (CEMS-EHESS) et de Anne Lhuissier (CMH – INRAE), intitulée «Ecologie des ressources et modes de survie des personnes à la rue à Paris. Les apports de l’aide institutionnelle et de l’économie invisible”
Le projet de thèse
Cette recherche propose de décrire de façon très précise, au moyen d’une enquête ethnographique, les ressources disponibles dans le milieu de vie des personnes à la rue, que ce soit en termes d’assistance institutionnelle ou de débrouille hors institution. Plus précisément, elle vise à comprendre comment des personnes combinent, à l’échelle microsociologique de leur vie quotidienne, dans l’environnement urbain du Grand Paris, les aides matérielles proposées par les institutions et les expédients procurés par des pratiques économiques, souvent invisibles du point de vue des institutions (récupération, vente illicite, manche, vol, réseaux informels d’échanges, etc.). Un premier moment de l’enquête ethnographique permettra de lister et de décrire toutes ces pratiques tout en étant attentif à leurs ancrages spatiaux (cartographie de ces activités à l’échelle de Paris, mise en relation avec une cartographie des services d’aide). Un second moment, relevant d’une micro-anthropologie économique, se fera par des suivis, au jour le jour, de personnes engagées dans ces pratiques. Elle permettra de décrire, en recourant à la méthode d’ethnocomptabilité, des budgets individuels, et d’y faire la part des apports des activités économiques autonomes et des revenus et services d’assistance dans la vie des plus démunis. Toutes ces activités vont de pair avec le développement de réseaux de relations sociales dans lesquels elles sont encastrées. L’analyse de réseaux égocentrés et une microsociologie des mondes sociaux permettront d’en rendre compte. En s’inscrivant dans une collaboration avec le Samusocial de Paris, cette thèse se donne pour objectif d’accroitre les connaissances scientifiques sur le problème du sans-abrisme tout en produisant des savoirs pratiques, utiles pour orienter de façon pertinente les actions humanitaires de cette organisation.
La genèse du projet
Ce travail doctoral fait suite à une enquête de terrain menée en seconde année de master à l’EHESS, qui avait permis d’explorer dans le détail les modes socio-économiques de subsistance d’un Parisien sans-domicile (1) . Cette enquête – il s’agissait déjà d’une ethnographie sensible à la démarche d’ethnocomptabilité – s’inscrivait dans une enquête collective beaucoup plus large, « Hors-Services », menée par l’Observatoire du Samusocial de Paris et qui portait sur les manifestations socio-économiques de la crise sanitaire sur le secteur de l’hôtellerie-restauration (2).
Fort de cette expérience, l’idée de poursuivre ce travail en thèse prend forme : il s’agit de réitérer l’expérience du suivi ethnographique à plus grande échelle, avec plusieurs personnes à la rue. Ce projet se construit en liens étroits avec l’équipe de l’Observatoire du Samusocial de Paris, qui devient financeur de la thèse par le biais d’une Convention industrielle de formation par la recherche (Cifre).
Le terrain d’enquête
Le terrain propre à cette enquête est mouvant, jamais fixé à l’avance. Si des lieux précis de recrutement sont parfois privilégiés (accueils de jour, haltes de nuit, restaurants solidaires, etc.), ce sont les suivis ethnographiques eux-mêmes qui transportent l’enquêteur de lieux en lieux, très divers (guichets multiples d’aides d’urgence, rue, magasins) et parfois complètement inattendus (Université de la Sorbonne, hôpital psychiatrique par exemple). La personne suivie devient une accroche ethnographique, une chaloupe à laquelle l’enquêteur s’agrippe pour naviguer de lieux en lieux, de mondes sociaux en mondes sociaux. Le terrain, c’est ici des vies, pleines et entières qu’il s’agit de suivre, de décrire en en saisissant les réalités matérielles, spatiales, les (in)cohérences, les malheurs et les espoirs. Plus concrètement, le terrain d’enquête concerne l’ensemble du territoire parisien fréquenté par des personnes sans-domicile.
(1) Renoux Paolo, « La grande débrouille. Ethnographie des modes socio-économique de subsistance d’un Parisien roumain à la rue », Mémoire de master 2, sous la direction de M. Daniel Cefaï et M. Stéphane Baciocchi, Paris, EHESS, septembre 2021.
(2) Cette enquête collective d’ampleur donne lieu à deux rapports : Guénée Lorraine, et al., « Hors service. Enquête sur les manifestations socio-économiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie-restauration (Ile-de-France, mars 2020-mai 2021) », Paris, Rapport de l’Observatoire du Samusocial de Paris, juin 2021, 254 p. ; Fourestier Adèle, et al., « En bout de chaîne. Parcours de crise et crise de parcours de travailleuses et travailleurs immigrés de l’hôtellerie-restauration (Paris, mars 2020-mai 2021) », Paris, Rapport de l’Observatoire du Samusocial de Paris, mars 2022, 255 p. Ces deux rapports sont accessibles en suivant ce lien : <https://www.samusocial.paris/hors-service-enquete-sur-les-manifestations-socioeconomiques-de-la-crise-sanitaire-de-la-covid-19>.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Solal (19 mai 2023). Paolo Renoux rejoint le groupe Solal. SOLAL. Consulté le 27 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/uget




