Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Présentation

Ce programme de recherche, qui se déploie sous la forme d’un cycle de conférences (2022-2024), et de deux journées d’étude en 2024 (La simplicité au 19e siècle, 29 mars 2024 ; Littérature et arts : entre Orient et Occident, 17 mai 2024), aborde la question de la simplicité comme forme artistique mais aussi comme valeur, connotée soit positivement (la simplicité peut être considérée comme éthiquement bonne, car elle suppose l’absence de duplicité), soit négativement (la simplicité peut signifier au contraire simplification et appauvrissement).

De fait, le développement des sciences et des techniques, la complexification des structures sociales, des circuits économiques, des enjeux de pouvoir, tout semble éloigner toujours davantage l’homo economicus de la simplicité. Dans son sens premier, la simplicité est ce qui est un, ce qui ne comporte pas plusieurs plis, ce qui n’est pas double ou pluriel sur le plan physique, ou encore ce qui ne présente pas de duplicité sur le plan moral. L’idéal de simplicité ne serait-il pas, alors, seulement une utopie, ou pire, une illusion ? utopie ou illusion qui, pourtant, n’a cessé d’apparaître comme un véritable enjeu culturel, comme un horizon éthique et esthétique à préserver et à repenser, corrélé, selon les époques et leurs problématiques propres, aux notions de clarté intellectuelle, de vérité, d’absence d’artifice, de retenue et de sobriété. Depuis les premiers effets de la révolution industrielle jusqu’à aujourd’hui, la notion intervient, de fait, dans les polémiques et les conflits politiques engendrés par des visions fortement polarisées autour des questions de croissance et de décroissance, de productivisme et de sobriété.

En art (littérature, architecture, sculpture, danse, arts graphiques, musique…), la notion de simplicité est associée à celles de primitivité, de naïveté, de naturel, de stylisation, d’épure, d’abstraction, de minimalisme, de non-art. En littérature, s’invitent dans le débat les questions de rhétorique (qu’est-ce qu’un style simple, et quels sont les buts qu’il recherche ?), de genres littéraires (le conte, le récit bref, la littérature de jeunesse, la poésie, le roman populaire…), mais aussi d’altérité culturelle (les cultures orientales et extrêmes orientales, indiennes, africaines, autochtones ont-elles le même rapport à la notion de simplicité que les cultures occidentales ?). L’idéal de simplicité pourra également être pensé, indépendamment des questions de formes, comme le fruit de parcours complexes aboutissant à des choix de vie (sobriété, rusticité, retrait du monde) incarnés par des personnages fictionnels ou par des figures artistiques finalement eux aussi plus complexes qu’ils n’en ont l’air (le « peuple », les « simples », les « innocents », les « idiots »). La simplicité sera ainsi interrogée à travers des formes qui mesurent ces tensions entre la complexité du monde et le désir d’un rapport plus immédiat, plus simple (plus facile ?) avec les choses et les êtres.