Se maintenir en bonne santé psychique dans les TAAF. Sélection et prévention depuis les premiers hivernages scientifiques antarctiques et subantarctiques
· Maëlezig Bigi (MCF, CNAM ; LISE)
Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) ont été créées par décret en 1955, un an après l’invention du « syndrome mental d’hivernage » par le médecin J. Rivolier (1989). Hivernant en Terre Adélie en 1952, il observe que l’isolement, le confinement au sein d’un groupe disparate et non choisi, la routine et les conditions climatiques conduisent systématiquement à des manifestations d’épuisement psychique. Les hivernants et hivernantes (depuis 1995), qui passent autour de 12 mois dans les bases antarctiques et subantarctiques des TAAF – dont 7 à 8 mois d’hiver en nombre réduit et sans possibilité de rapatriement – ont alors tendance au repli sur soi ou à la paranoïa (Rivolier, 1998). Ainsi, l’occupation continue de ces territoires, garantie de la souveraineté française sur ces terres inhabitées, est concomitante de la connaissance des risques psychosociaux qu’implique cette présence. Bien qu’il se soit étoffé au fil des décennies, nous verrons que la sélection est toujours au cœur du dispositif de prévention TAAF/IPEV. Conduits dès le début des années 1960, les travaux du Dr. Rivolier sur l’adaptation constituent un jalon important dans l’histoire des outils de sélection dans les TAAF et révèlent des tensions toujours actuelles autour de la définition de la bonne santé psychique.
Anatomie d’une étude de macareux: Établir, gérer et partager le terrain en ornithologie marine (issu de sa thèse : “Free as a bird? Geography of marine ornithologists’ mobilities to the field site”.)
Cette présentation propose une analyse approfondie d’une étude collective en ornithologie marine, Fayet et al. (2021), afin de comprendre comment des terrains dispersés deviennent un objet scientifique commun. En retraçant l’établissement et les transformations des quatre colonies mobilisées, je montre que ces sites sont avant tout portés par des trajectoires scientifiques individuelles. Leur sélection n’est donc pas anodine, ni ne relève uniquement d’une motivation épistémique. Elle résulte de négociations personnelles et situées de l’accessibilité, qui constituent un véritable capital pour les ornithologues. C’est à partir de ces arrangements individuels que des terrains isolés sont mis en réseau, tout en restant des territoires appropriés et étroitement gardés par les chercheurs.
Vous trouverez le programme de cette saison #3 du séminaire pour 2025-26 et plus d’informations sur notre site hypothèses: scioutpost.hypotheses.org/seminaire
source : capture d’écran d’une des sessions de l’auteure sur le jeu No Man’s Sky du studio de jeu Hello Games.
Les avant-postes scientifiques au cœur des imaginaires vidéoludiques
Vendredi 13 février 2026. 10h-13h, salle 5.023, Campus Condorcet
Loeva La Ragione est anthropologue du digital (PhD), Chercheuse associée au Digital Humanities Lab de l’Université de Bâle / Collaboratrice du GameLab UNIL-EPFL / Membre de la DSI Community Gaming de l’Université de Zurich et du Laboratoire d’anthropologie culturelle et sociale de l’Université de Lausanne
Un laboratoire caché sur une planète lointaine, une station orbitale tournée vers l’inconnu, une base abandonnée dans la jungle avec de précieuses données…
Dans les mondes vidéoludiques, les avant-postes scientifiques isolés ne sont pas de simples décors : ils deviennent des métaphores narratives où la curiosité scientifique et l’imaginaire collectif se rencontrent. Qu’il s’agisse de trouver des solutions pour préserver un monde en péril, d’explorer et de récolter des données sur de nouveaux écosystèmes, de trouver des ressources ou de bâtir des colonies autosuffisantes, ces avant-postes rappellent aux joueurs et aux joueuses que chaque avancée technique a un prix. Ainsi, à travers une variété de styles fictionnels inspirés d’époques et de lieux divers, les avant-postes virtuels ouvrent la voie à la découverte tout en soulevant d’importants dilemmes moraux. Ils deviennent un moteur de jeu essentiel, en donnant corps à des récits qui reflètent l’actualité, les rapports de force et les enjeux contemporains du monde physique. Entre vision optimiste du futur, dystopie ou rappel de notre propre histoire, ces avant-postes servent tantôt des objectifs salvateurs, tantôt des intentions destructrices, portés par des civilisations et des protagonistes virtuels qui ne sont parfois pas si éloignés de nous. Pour mieux comprendre les origines et le rôle de ces espaces scientifiques isolés, nous allons donc nous immerger dans les univers vidéoludiques, au cœur de l’expérience esthétique et narrative qu’ils proposent.
Robinsonnade, gestion scientifique et l’horreur là dehors : Les avant-postes de la science en jeu vidéo
Jan Verlin est maître de conférence en science politique; Chercheur au laboratoire Triangle (CNRS UMR5206); Directeur adjoint de la Chaire géopolitique de risque, Ecole Normale Supérieure; Membre du bureau du CrisisLab Sciences Po; Chercheur associé, Centre de sociologie des organisations, Sciences Po. Les jeux vidéo ne se contentent pas de représenter la science : ils construisent des imaginaires spatiaux et culturels profondément ancrés dans l’histoire des infrastructures scientifiques aux marges, tout en les réinvestissant dans des registres ludiques spécifiques. Cette présentation propose d’analyser comment les jeux vidéo mobilisent trois figures majeures. La figure de la robinsonnade scientifique perpétue le mythe du chercheur solitaire, capable de domestiquer un environnement hostile grâce à l’ingéniosité technique de ses instruments. Les jeux de gestion de bases scientifiques, quant à eux, reconduisent les logiques extractivistes et logistiques propres aux stations de recherche, dans lesquelles les marges sont configurées à la fois comme des espaces de production de savoirs et comme des lieux d’extraction de ressources. Enfin, le registre de l’horreur donne à voir l’anxiété constitutive de ces installations : la crainte de l’altérité radicale, de l’incontrôlable, de ce qui résiste à la rationalité scientifique, mais qui demeure l’horizon de l’impératif de conquête savante.
Le 13 juin 2025 à Aubervilliers (Campus Condorcet, métro Front Populaire) se déroulera une journée d’études autour de
L’histoire des observatoires astronomiques (XVIIe-XXIe siècles).
Cette journée est organisée dans le cadre du projet ANR Scientific Outposts, les avants-postes de la science, qui s’intéresse notamment à la question de la matérialité des lieux de science “éloignés”.
Resumé : Les stations marines ont longtemps été explorées par les études scientifiques et technologiques (STS) et les sciences humaines en tant qu’objets frontières entre le terrain et le laboratoire. En outre, de par leur position d’« avant-poste », elles englobent deux domaines qui ont été séparés par l’organisation moderne de la connaissance – la mer et la société – non seulement d’un point de vue épistémique, mais aussi physique. Contrairement aux expéditions marines limitées dans le temps ou au travail de laboratoire pur, les stations marines font de la « science les pieds dans l’eau » tout en se situant au sein de sociétés locales concrètes. Sur la base d’une ethnographie de quatre mois de la plus ancienne institution de ce type au monde, la Station Marine de Concarneau en Bretagne, France, je discute de sa mise en œuvre pratique de valeurs hétérogènes associées à la connaissance marine dans le cadre de la transformation globale des relations entre la mer et la société.
Vous trouverez le programme de cette saison #2 du séminaire pour 2024-25 et plus d’informations sur notre site hypothèses: scioutpost.hypotheses.org/seminaire
– Le séminaire a lieu tous les seconds vendredis matin de chaque mois pour l’année au Campus Condorcet. Bat. Rech. Sud, Salle Jopoï (5.023). Station métro Front Populaire, ligne 12.
Au plaisir d’échanger sur les avant-postes de la science !
Séance 5: Vendredi 14 MARS 2025
Les avants-postes de la science et la décolonisation
10h-12h30, Campus Condorcet. Bat. Rech. Sud, Salle Jopoï (5.023). Station métro Front Populaire, ligne 13. Nous aurons le plaisir d’écouter deux interventions :
David Redon (LCSS, Université des Antilles): « “La fabrique singulière de la recherche en contexte postcolonial guyanais depuis une base de lancement et un site industriel aérospatial (19622022) »
L’exposé portera sur l’histoire longue de la base spatiale française de Kourou en Guyanne, depuis les années 1960 jusqu’aux années 2000 dans une perspective post-coloniale.
Clémentine Gutron (CNRS, CAK) : « “Le pouvoir de fouiller: missions archéologiques et décolonisation au Maroc »
L’exposé portera sur l’héritage de l’archéologie coloniale au Maroc, à travers l’histoire de certaines missions dont celle de Volubilis.
Vous trouverez le programme de cette saison #2 du séminaire pour 2024-25 et plus d’informations sur notre site hypothèses: scioutpost.hypotheses.org/seminaire
– Le séminaire a lieu tous les seconds vendredis matin de chaque mois pour l’année au Campus Condorcet. Bat. Rech. Sud, Salle Jopoï (5.023). Station métro Front Populaire, ligne 12.
Les centres de prévision météorologique ultramarins. Enquête historique sur la « puissance météorologique » française
Stage de Master 2 de 6 mois, Chaire Géopolitique du Risque, Ecole Normale Supérieure
Date de publication : 15 novembre 2024
Date de clôture : 31 décembre 2025
Mots clés : études des sciences ; politique de recherche ; météorologie ; stations éloignées, outre-mer.
Contexte et objectifs du stage :
Ce stage s’inscrit dans le projet SciOUTPOSTS (https://scioutpost.hypotheses.org/), financé par l’ANR (2023-2027) et coordonné par David Dumoulin Kervran. SciOUTPOST réunit des sociologues des sciences et du travail pour mettre à l’épreuve d’enquêtes empiriques la notion d’« avant-poste de la science», comme moyen de caractériser des sites de production scientifique typiques de l’expansionnisme impérial qui ne correspondent ni au modèle du laboratoire, ni à celui du terrain ou de l’expédition. Les enquêtes de chacun des 11 chercheur.e.s ainsi réunies permettent d’élaborer une comparaison inédite entre les stations de biologie tropicale et de biologie marine, les observatoires volcanologiques, les observatoires astronomiques, les stations météorologiques, les bases arctiques et antarctiques, mais aussi certains lieux scientifiques plus liminaires, comme les « maisons de fouille » en archéologie ou les projets de bases scientifiques dans l’espace.
Cette recherche collective comparative, centrée sur les outre-mer français permet d’explorer cinq dimensions de ces lieux d’activité : leur matérialité (les avant-postes sont dotés de bâtiments conçus pour une occupation continue à des fins scientifiques) ; leur géographie (ils sont situés sur des territoires éloignés des métropoles et relativement difficiles d’accès) ; leur politique (l’installation de ces bases répond à des objectifs scientifiques, mais s’inscrit aussi dans un cadre politique plus général, orientant notamment les liens des scientifiques avec les sociétés locales) ; leur sociabilité (ces sites induisent une vie collective particulière, marquée par l’entrecroisement des espaces privés et professionnels) ; leur épistémologie (les pratiques scientifiques ancrées dans la spécificité territoriale des avant-postes sont pensées pour la production d’un savoir universel).
Dans ce cadre collectif, le ou la stagiaire aura pour objectif de réaliser une enquête sur l’histoire des lieux de production de prévisions météorologiques implantés par les institutions françaises hors de métropole, depuis les débuts de la météorologie publique au milieu du 19e siècle, jusqu’à aujourd’hui. L’implantation de ces lieux, qu’ils soient appelés « stations » ou « centres », qu’ils disposent ou non d’instruments de mesures, interroge les dynamiques d’extension territoriale de la France. L’enquête devra porter particulièrement sur la place des stations de radiosondage dans ce maillage mondial, surreprésentées outre-mer.
Quel est l’historique de l’implantation de ces stations et centres météorologiques durant le dernier siècle colonial français ? Comment le réseau français se (re)déploie-t-il ensuite à partir de 1945 dans le contexte de la décolonisation ? Quelle place les services de prévision français occupent dans les organisations internationales météorologiques, comme le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme et l’Organisation météorologique mondiale ? À quels enjeux géostratégiques la création et la fermeture de ces stations répond-elle ? Quels usages scientifiques et opérationnels sont faits des prévisions et des relevés ? Quel rôle jouent ces stations dans le développement des sciences du climat ?
En lien avec les travaux et thématiques centrales du projet SciOUTPOSTS, l’enquête historique devra porter sur le rôle que jouent ces stations dans la construction d’une idée de la France en tant que « puissance météorologique » mondiale. Quels arguments sont mobilisés pour défendre l’extension ou le retrait de ce réseau ?
Missions :
– Réalisation d’un état de l’art synthétique de la littérature sur la question.
– Constitution et mise en ordre d’un corpus documentaire répondant aux objectifs de l’enquête.
– Organisation d’une cartographie simple et d’un récit historique comparé des stations dans les prévisions météorologiques dans les outre-mer.
– Rédaction d’un rapport proposant une analyse des matériaux collectés durant le travail d’enquête, en discussion avec la littérature sur la question et les thématiques centrales du projet SciOUTPOSTS.
Profil :
Niveau bac +5 : stage pour un.e étudiant.e de M2 en Histoire, Sciences politiques, ou Sociologie, avec de bonnes aptitudes pour l’enquête et la rédaction. Une expérience de conduite d’entretiens, ainsi que la connaissance des études sociales des sciences (science studies) seront également appréciées.
Conditions de travail :
Durée : 35 heures par semaine, 6 mois.
Début du stage : entre janvier et février 2025.
Localisation : Chaire Géopolitique du Risque (République de Savoir UAR 7227), Campus Condorcet, Bat. Rech. Sud, 5e étage. Le ou la stagiaire rejoindra l’équipe en charge du projet SciOUTPOSTS, À ce titre, elle ou il pourra bénéficier de financements pour réaliser de courtes missions (recueil de données).
Gratification : Indemnisations mensuelles au taux en vigueur à la date de début de stage (620 euros par mois environ) ; remboursement des frais de transport.
Co-encadrement : Jan Verlin (MCF, Triangle/chaire géopolitique du risque ENS) David DumoulinKervran (PU, CREDA) & Maëlezig Bigi(MCF, Lise Cnam-CNRS)
– une copie des relevés de notes de Master 1 (ou équivalent),
– le mémoire de M1 (ou équivalent) en PDF,
– une lettre de motivation dans laquelle le/la candidat.e mettra en valeur l’adéquation de son parcours avec le projet de recherche et justifiera son intérêt pour ce dernier.
Le résultat de la sélection sera notifié aux candidat.es au plus tard le 8 janvier 2025.