Communication lors du Congrès de l’Association Française de Sociologie (Toulouse, juillet 2025)

Mondes ouvriers dans le Domfrontais. Analyse des petites hiérarchies et distinctions de classes dans un espace social populaire
Cette communication analyse la dimension spatiale des rapports de classes dans le Domfrontais en examinant les positions sociales des ouvrier·es dans ce bassin d’emploi, en particulier de celles et ceux qui travaillent dans l’industrie agroalimentaire. L’enquête auprès de salarié·es et ancien·nes salarié·es des industries laitières et de volaille implantées sur le territoire, et les entretiens menés avec différents acteurs de la formation et de l’emploi, montrent une segmentation des mondes ouvriers : les conditions de travail et salariales constituent les ouvriers de l’industrie laitière comme une fraction bien mieux dotée que ceux qui travaillent dans la volaille qui exercent un travail difficilement soutenable (Ardenti, Mathieu et Gorgeu, 2010) et déqualifié (« la seule exigence c’est de vouloir travailler » explique un directeur d’agence d’intérim, en regrettant la « pénurie de main-d’œuvre » dans le secteur). À l’intérieur de ces deux pôles d’ouvriers, on constate également des formes de hiérarchisation selon les postes occupés (l’abattoir étant le plus dévalorisé, où travaille principalement la main-d’œuvre étrangère), selon les rapports à la mobilité professionnelle, ou au regard d’investissements différenciés dans l’entreprise (les mandats syndicaux par exemple). Les qualifications et ressources des ouvrier·es varient fortement et contribuent à les positionner inégalement.
Si ces hiérarchies ouvrières se donnent à voir au travail, elles s’actualisent aussi dans d’autres aspects relatifs aux conflits moraux portées notamment par les injonctions environnementales (agriculture raisonnée) ou éthique (souffrance animale). La communication s’intéressera dès lors à la manière dont les enjeux environnementaux viennent se brancher sur ces conflits de respectabilité, alimentant des stratégies de distinction ou renforçant des logiques de stigmatisation. Lorsque la situation professionnelle est source de disqualification sociale et symbolique dans l’espace populaire local, celle-ci peut être redoublée par des disqualifications sociales plus diffuses, souvent perçues comme émanant d’élites distantes (Coquard, 2019), ce qui ne manque de venir alimenter les antagonismes politiques (Mauger et Pelletier, 2023), mais aussi des formes d’honorabilité sociale (Pudal, 2011, Misset et Siblot, 2019) ou encore des logiques de distinction vis-à-vis des fractions les plus disqualifiées des mondes populaires (Schwartz, 2011).
Publication d’un chapitre d’ouvrage par le collectif ROCS
Le collectif ROCS a écrit un chapitre dans l’ouvrage « Espaces critiques » publié en 2025 aux Presses Universitaires Rennes dans la collection Géographie sociale.

« Ah vous êtes là vous aussi ! ». Enquête collective sur la multipositionnalité associative et politique à l’échelle locale
Ce chapitre s’inscrit dans le cadre d’une enquête collective revisitant, quarante ans après, l’un des terrains de l’Action thématique programmée du CNRS sur l’Observation du changement social et culturel (ATP OCS) : le Domfrontais, dans l’Orne. L’entrée sur le terrain par le monde associatif nous permet d’accéder aux acteurs et actrices occupant des positions dominantes (notamment politiques) dans l’espace social local, en suivant les réseaux d’interconnaissance et d’appartenance institutionnelle. Deux objectifs sont poursuivis dans cette contribution. Le premier consiste en une réflexion méthodologique sur l’analyse d’un réseau associatif couplé à l’ethnographie collective, tandis que le second propose d’analyser les formes de reproduction des inégalités dans le Domfrontais en formulant des pistes de recherche à propos des groupes relativement dominants dans cet espace local.
Pour plus d’informations : https://pur-editions.fr/product/9926/espaces-critiques
Communication lors des Journées internationales de sociologie du travail (Évry, juin 2024)

Une crise du renouvellement des générations ouvrières dans l’industrie agroalimentaire ? Le travail ouvrier dans le bassin du Domfrontais (Orne)
À partir d’une enquête ethnographique collective [collectif ROCS, Revisite de l’Observatoire du Changement social] dans l’espace social du Domfrontais (Orne, Normandie), nous proposons d’explorer la « crise » de l’emploi dans l’industrie agroalimentaire (ici, une industrie laitière et une industrie de transformation de volailles et de lapins) dans cet espace rural. Réelle ou supposée, cette « crise » a des implications sur les politiques d’entreprise, en matière de gestion de la main-d’œuvre, de formation continue des salarié∙es, de transformation de l’organisation du travail, etc. Elle exprime plus largement une rupture dans le renouvellement des générations ouvrières et interroge les stratégies des organisations syndicales.Si la rhétorique d’une « pénurie de main-d’œuvre » est commune aux deux usines étudiées et amène les directions à investir dans la modernisation de l’outil de production afin d’accroitre l’attractivité mais aussi la compétitivité de la filière, les difficultés de recrutement se déclinent différemment dans les deux sites et participent de la hiérarchisation du monde ouvrier dans l’espace social du Domfrontais. D’un côté, dans l’industrie laitière, ce sont les ouvrier∙es qualifié∙es, aux profils proches des technicien∙nes, qui semblent difficiles à trouver dans le bassin d’emploi, accentuant leur position d’élite ouvrière. De l’autre, dans le secteur de la volaille et du lapin, la pénibilité du travail associée à de faibles rémunérations fait figure de repoussoir pour les jeunes générations ouvrières, renforçant ainsi la disqualification qui pèse sur ces ouvrier∙es, situé∙es tout en bas de la hiérarchie ouvrière locale. Conséquence concrète sur la gestion de la main-d’œuvre, le personnel est constitué de plus d’un quart d’intérimaires et certains postes très physiques et sales – la découpe – sont réservés aux travailleurs étrangers.La crise de l’emploi dans l’industrie agro-alimentaire a par ailleurs des implications sur le renouvellement du militantisme ouvrier dans le Domfrontais. L’industrie laitière constitue historiquement un secteur peu combattif en raison d’une politique patronale cherchant à limiter l’implantation syndicale dans l’usine et à favoriser l’adhésion des salarié∙es à la culture de l’entreprise (du fait notamment d’une politique de formation et de mobilité ouvrière valorisée en interne). Pour les représentant∙es du personnel dans l’usine de volailles et de lapins, les difficultés rencontrées dans le renouvellement des équipes militantes relèvent tout autant des effets de l’internationalisation de la production sur le travail que d’une supposée indifférence des jeunes ouvrier∙es pour l’action collective. Cela dit, l’orientation contestataire de l’une des organisations semble se traduire dans une audience électorale et un recrutement syndical notables, attestant d’une combativité renouvelée dans le monde ouvrier.
Publication d’un chapitre d’ouvrage par le collectif ROCS
Le collectif ROCS a écrit un chapitre dans l’ouvrage « Étudier les ruralités contemporaines » publié aux Presses Universitaires du Midi dans la collection Ruralités Nord-Sud. Le chapitre s’intitule « Retours dans le Domfrontais. Premiers jalons pour la revisite d’une enquête collective ». Le chapitre rend compte de notre démarche d’enquête collective portant sur les dynamiques sociales dans le Domfrontais.

Cette enquête s’inscrit dans le prolongement des études menées en géographie sociale par les membres fondateurs de notre UMR ESO 6590 au sein de l’Action Thématique Programmée (ATP) sur l’Observation du Changement Social et Culturel des années 1970. Par cette enquête, nous manifestons notre intérêt pour l’étude « du changement social dans les campagnes, l’articulation du local et du global, l’interface du rural et de l’urbain », dans une perspective de ce que Bernard Kayser appelait l’analyse « stratégique » : celle du « jeu des acteurs, des conflits latents ou ouverts, des habitants locaux, des agents extérieurs » (Kayser, 1989).
Selon l’Atlas des campagnes de l’Ouest (Margetic et al. 2013), le Domfrontais appartient, du point de vue socioprofessionnel aux « mondes ruraux où les ouvriers sont de plus en plus présents (36% en 2007) ». Les travaux rassemblés dans cet atlas ont permis de quantifier ces dynamiques pour Domfront. Nous approfondissons la réflexion via une démarche monographique construite autour d’une enquête qualitative fondée sur des travaux antérieurs, pour une lecture diachronique des transformations sociales à l’œuvre dans cet espace. Réinvestir un ancien « terrain » ATP sous la forme d’une enquête collective nous permet une « mise en commun contemporaine des données » (Laferté, 2014). Ces orientations nous semblent particulièrement pertinentes : elles engagent dans une même démarche l’étude des « transformations qui affectent directement le quotidien des classes populaires », l’exploration empirique « des modes d’organisation de la vie quotidienne » (Collectif Rosa Bonheur, 2014) et nous placent dans la perspective d’analyse des espaces sociaux localisés (Laferté, 2014). La surreprésentation des classes populaires dans les campagnes et les bourgs ruraux (Mischi, 2013; Laferté, 2014; Collectif Rosa Bonheur, 2014), nous a conduit à enquêter certaines de leurs fractions, sur leurs lieux de travail (usine agro-alimentaire) ou à leur domicile (logements collectifs ou individuels).
Domfront a connu une industrialisation tardive, contrairement aux bourgs ruraux voisins qui semblent avoir mieux résisté à la crise industrielle (Flers, Tinchebray). Nous mettons en évidence les spécificités du Domfrontais, postulant l’existence d’un type particulier d’espace social localisé. Nous exposerons les positions sociales des habitants qui expliquent selon nous davantage l’appropriation de l’espace et de ses usages. L’approche en termes de classes sociales sous-tend une attention privilégiée aux tensions et jeux de pouvoir exprimés comme autant d’expressions concrètes de transformations globales observées au niveau local (Rosa Bonheur, 2014).
Pour plus d’informations : https://pum.univ-tlse2.fr/~Etudier-les-ruralites~.html#
Séance hors-les-murs du Pôle rural de la MRSH de Caen
16 mai 2017 – Crèvecoeur-en-Auge

Le 16 mai 2017, au château de Crèvecœur-en-Auge, nous communiquions dans le cadre du séminaire du Pôle Rural de l’université de Caen Normandie, lors d’une séance consacrée à la place du patrimoine dans les sociétés rurales. À cette occasion, nous présentions une réflexion sur les opérations de labellisation du patrimoine accompagnant les recompositions socio-territoriales dans le Domfrontais.
Au point de départ de ce travail, nous avons présenté les ressources valorisées par le Parc Naturel Régional Normandie-Maine : les aménités paysagères du Domfrontais (la fosse Arthour notamment), le patrimoine historique avec la cité médiévale de Domfront, le bâti de villages ordinaires (colombages dans le pays du Passais) mais aussi un produit gastronomique (l’appellation d’origine protégée – AOP – Poiré du Domfrontais). Après ce cadrage général, nous avons présenté les différentes étapes de cette politique de mise en valeur d’éléments du patrimoine à des fins touristiques et récréatives. Pour ce faire, nous avons pris l’exemple de la valorisation du patrimoine bâti médiéval de la cité domfrontaise dans le cadre d’événements comme les Médiévales et les Hastingales.
Notre propos a ensuite été consacré à l’articulation de cette politique de mise en valeur du patrimoine à celle des recompositions territoriales (créations de communes nouvelles et modifications d’intercommunalités). Ces recompositions sont l’occasion pour les élus de mettre en valeur le patrimoine local, comme en témoigne l’utilisation de toponymes relatifs au terroir et à la gastronomie (exemple : Domfront-en-Poiraie) ou aux paysages « naturels » du Domfrontais (exemple : Les Monts d’Andaines). L’analyse des recompositions territoriales des communes dans l’Orne, liées à la loi NOTRe, nous permet de dégager deux pôles majeurs : le bocage ornais et le Perche. Plusieurs démarches de labellisation sont engagées dans ces deux pôles : Bellême, Domfront-en-Poiraie et Longny-les-Villages sont, par exemple, toutes trois labellisées Petites Cités de Caractère.
Par ailleurs, on peut identifier un développement local du cyclotourisme par la mise en place d’un réseau de voies vertes reliant les communes de ces deux pôles, et l’accueil en août 2017 de la semaine fédérale des cyclotouristes dans le Perche. A l’intersection de la Véloscénie et de la Vélofrancette, Domfront-en-Poiraie bénéficie aussi du label Ville et Territoire Vélotouristiques.
À l’occasion de ces labellisations, nous avons pu observer que les élus des deux pôles fonctionnent en réseaux. À Domfront-en-Poiraie, cette labellisation est portée à la fois par des élus de la majorité et de l’opposition, notamment des élues municipales multi-positionnées d’un point de vue politique, associatif et professionnel. Elles portent ces projets de labellisation à l’échelle communale mais aussi dans le cadre d’une démarche entrepreneuriale, avec le label Accueil Paysan pour l’activité agricole par exemple. D’ailleurs, la localisation des fermes labellisées Accueil Paysan dans l’Orne reprend justement l’organisation en réseaux des pôles domfrontais et percheron, bénéficiant entre autres des flux de cyclotouristes.

Les réformes gouvernementales conduisant au gel de nombreux contrats aidés pointent l’actualité de ces enjeux. Avec le surcoût de 131 000 euros pour palier le désengagement de l’État, la commune de Saint-Fraimbault redoute de ne pouvoir renouveler l’embauche de sept employés en contrats aidés du service des espaces verts. Le risque serait de perdre une ou plusieurs des quatre fleurs dont la commune bénéficie au titre du label Village Fleuri (Ouest-France, 24 octobre 2017), label qui contribue à l’attractivité touristique de la commune et de ses environs.
Atelier Espaces & Sociétés
12 septembre 2016 – Caen

25 ans de dynamiques rurales
du 23 au 27 mai 2016 – Toulouse
