Grands événements et conflits urbains : habitat et habitants en tension – Appel à communications
L’atelier “Habitat et conflictualité” lance un appel à communications pour le séminaire Grands événements et conflits urbains : habitat et habitants en tension qui se tiendra les 29–30 juin 2026 | Cergy Paris Université
Argumentaire (à télécharger)
Dans le cadre des activités du groupe « Habitat et conflictualités » du Réhal, un séminaire organisé en 2023 a interrogé les liens entre conflictualités, tourisme et habitat. Prenant appui sur les prolongements de ces réflexions, et en lien avec l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris 2024 en région parisienne, ce nouveau séminaire propose de centrer l’analyse sur les conflits urbains liés aux grands événements ainsi que leurs effets sur l’habitat et les habitants.
Les JOP constituent, à cet égard, un cas emblématique : ils concernent prioritairement une ou plusieurs villes, mobilisent des investissements financiers considérables (Chappelet, 2016) et sont fréquemment saisis comme des leviers de recomposition urbaine inscrits dans des projets urbains globaux (Roult, Lefebvre, 2010) comme ce fut par exemple le cas à Barcelone en 1992. Cependant, ils participent aussi à la production d’équipements rapidement obsolètes que l’on surnomme « éléphants blancs » (Athènes, 2004 ; Pékin, 2008 ; Rio, 2016), qui peuvent contribuer à l’éviction ou au déplacement de personnes jugées « indésirables » (Rio, 2016) ou entraîner des déplacements de population qui ne se sentent plus à leur place dans ces nouveaux quartiers (Londres, 2012). Les grands événements en général, qu’ils soient culturels, politiques, économiques ou sportifs comme les JOP, sont souvent présentés par le marketing territorial comme des vecteurs de dynamisme économique ou de rayonnement international mais ils catalysent aussi des transformations urbaines aux effets qui peuvent être ambivalents et contestés (Delaplace, 2023). Dans le cadre des JOP, des groupes de contestation se sont ainsi constitués dans les villes candidates et dans les villes hôtes à l’origine de mouvements internationaux anti-olympique et anti-bids (Fabry & Zeghni, 2020). Le mouvement anti-bids rassemble des militants issus de groupes locaux qui craignent les effets néfastes liés à l’aménagement de nouvelles infrastructures pour accueillir ce méga-événement. Ces mobilisations peuvent apparaitre dès l’annonce d’une potentielle candidature (ibid).
Parmi les enjeux les plus saillants, la question du logement occupe une place centrale : accélération des dynamiques de gentrification (Boykoff, Gaffney, 2020), hausse des loyers, transformation du parc résidentiel, évictions temporaires ou définitives de populations précaires (Sebillotte, 2024), reconfigurations des usages de l’habitat et de l’habiter dans les quartiers concernés, etc. Les grands événements produisent ainsi des tensions spécifiques entre les habitants « ordinaires », les publics de l’événement, les acteurs institutionnels, les opérateurs privés. Ces tensions redessinent les rapports de pouvoir autour de l’accès à la ville et à ses ressources résidentielles.
Au-delà du cas particulier des JOP de Paris 2024 qui a été l’objet d’une attention importante du milieu de la recherche, nous souhaitons interroger d’autres terrains supports de grands événements, que ces derniers soient sportifs, culturels ou économiques, en France comme à l’international. Il s’agit de comprendre comment l’habitat – et plus largement l’habiter – devient un enjeu et un support de conflictualités avant, pendant et après ce genre d’événement : modification des formes urbaines et des systèmes de transport, recomposition des voisinages, formes d’appropriation et de désappropriation, reconfigurations des usages quotidiens, stratégies de résistance, de contournement ou d’accommodation des habitants.
Ce séminaire souhaite également interroger les formes d’expression de ces conflits, en écho à la notion de « rupture de contrat entre habitants et touristes » (Duhamel, 2023), transposée ici aux relations entre habitants, publics et acteurs de l’événement. Comment s’énoncent et se donnent à voir de telles ruptures de contrat ? Quels registres de justification, de légitimité ou de dénonciation sont mobilisés par les habitants, les collectifs, les associations, mais aussi par les institutions locales ou les organisateurs ? Quels dispositifs de régulation, de compensation ou de participation sont mis en place, et avec quels effets sur les conflictualités ?
Dans ce contexte, les contributions attendues devront s’inscrire dans au moins un des axes suivants :
- Décrire et recenser les différents types de conflictualités liées aux grands événements et leurs évolutions, en portant une attention particulière aux temporalités (avant / pendant / après l’événement) et aux échelles (bâtiment, quartier, agglomération, métropole).
- Analyser les modalités d’expression, de traduction et de mise en visibilité des conflits, qu’il s’agisse de mobilisations habitantes, de controverses médiatiques, de contentieux juridiques ou de formes plus diffuses de résistance et de désaccord.
- Étudier les stratégies de gouvernance et les dispositifs d’action publique visant à prévenir, atténuer ou reconfigurer les conflits, qu’elles soient portées par les collectivités, les organisateurs, les bailleurs, les acteurs économiques, les associations. Questionner leurs effets de ces stratégies sur l’habitat et les habitants.
- Présenter des expériences remarquables ou des enquêtes de terrain portant sur des contextes de grands événements, en privilégiant les approches comparatives (France / international, villes hôtes / villes non hôtes, événements sportifs / culturels / politiques / économiques, etc.).
Bibliographie
- Boykoff, J., & Gaffney, C. (2020). The Tokyo 2020 Games and the End of Olympic History. Capitalism Nature Socialism, 31(2), 1–19. https://doi.org/10.1080/10455752.2020.1738053
- Chappelet, J.-L. (2016). Jeux Olympiques. Raviver la flamme, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 133p.
- Delaplace, M., Ballester, P. (2023). L’événementiel en ville : entre attractivité touristique et externalités négatives. City & Tourism, 2023, 2 (1), 6 p. ⟨10.21494/ISTE.OP.2023.0929⟩. ⟨hal-04049773⟩
- Delaplace, M., & Simon G. (2017). Touristes et habitants. Conflits, complémentarités et arrangements, Gollion (Suisse), Infolio éditions, 173p.
- Duhamel, P. (2023). « Le « sur-tourisme » ou la rupture d’un contrat habitants/touristes : le cas des lieux touristiques en Europe », L’information géographique, 2023/2, p.100-122
- Duhamel, P. (2018). Géographie du tourisme et des loisirs. Dynamiques, acteurs, territoires, Paris, Armand Colin, 288p.
- Fabry, N., & Zeghni, S. (2020). Pourquoi les villes ne veulent-elles plus accueillir les Jeux Olympiques ? Le cas des JO de 2022 et 2024, Revue Marketing Territorial, n°4, http://publis-shs.univ-rouen.fr/rmt/index.php?id=454
- Roult, R., & Lefebvre, S. (2010). Reconversion des héritages olympiques et rénovation de l’espace urbain : le cas des stades olympiques / Re-using Olympic legacies and urban regeneration: The case of Olympic stadiums. Géographie, économie, société, 12(4), 367–391.
- Sebillotte, O. (2024). Il ne faut pas que les touristes nous voient… Les JO et l’invisibilisation des personnes migrantes à la rue, Les Temps qui restent, 2(2), p. 87-117. https://doi.org/10.3917/tqr.002.0087
Informations pratiques
Le séminaire de l’Atelier n°6 « Habitat et conflictualité » se déroulera sur deux jours, les 29 et 30 juin 2026 à Cergy (Université CYU) et Saint-Denis. Les informations sur le lieu seront fournies ultérieurement.
Il se déroulera de la manière suivante (à confirmer) :
- Journée du 29 juin : présentation de travaux des chercheurs et chercheuses (Cergy)
- Journée du 30 juin, visite-terrain, sur les traces des conflits des JOP (Saint-Denis)
Modalités de soumission
Afin de concevoir le programme, les propositions de communication – sont à envoyer à Quentin Brouard-Sala ([email protected]), à Pierre Bergel ([email protected]), à Didier Desponds ([email protected]), à Claire Fonticelli ([email protected]), et à Alexia Gignon ([email protected]), avant le 5 février 2026.
Les propositions (1 page environ) devront comprendre :
- Un titre provisoire ;
- Les nom, prénom, rattachement institutionnel et adresse mail de/des auteur·rice·s ;
- Une présentation synthétique de la problématique, du terrain ou du matériau mobilisé. Un développement sur l’approche théorique et la méthodologie, en lien avec un ou plusieurs des axes proposés ;
- Une courte bibliographie de référence (5 références maximum)
Comité d’organisation :
- Pierre Bergel, Professeur émérite, université de Caen Normandie,laboratoire ESO
- Quentin Brouard-Sala, Ingénieur de recherche contractuel et enseignant,Université d’Angers, laboratoire ESO
- Didier Desponds, Professeur émérite, université CY Cergy, laboatoirePlaces
- Claire Fonticelli, Maîtresse de conférences, Université d’Aix-Marseille, laboratoire Lieu
- Alexia Gignon, ATER, CEDETE, Université d’Orléans, Lab’URBA, Université Gustave Eiffel
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Lucie Bony (3 décembre 2025). Grands événements et conflits urbains : habitat et habitants en tension – Appel à communications. GIS Recherche Habitat Logement (REHAL). Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://rehal.hypotheses.org/2169







