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Voisin-âges : pratiques, perceptions et politiques publiques à l’épreuve des proximités

Atelier Habitat et âges de la vie (HAGEVIE)Lundi 17 mars 2025 (9H-12H30)

Dans le cadre de la troisième matinale du groupe HAGEVIE, nous vous proposons d’explorer, de manière pluridisciplinaire, les concepts de voisinage et de proximité articulés aux questions des âges de la vie.  Notions larges par excellence, elles demeurent néanmoins structurantes pour comprendre les modes de vie en communauté. À l’heure où la solitude se présente comme une « tendance forte et structurelle de ces deux décennies » (Petits Frères des Pauvres, 2021; Van De Velde, 2024) avec un nombre de personnes seules qui a triplé depuis 1962 selon l’INSEE, il est essentiel de questionner la place de ces interactions, ou absence d’interaction, dans le vécu des différents âges.

À première vue, la notion de voisinage apparaît comme un ensemble d’interactions restreintes induites par la proximité résidentielle. Cependant, la réalité du voisinage repose sur des bases structurelles complexes (Drulhe, Clément, Mantovani et Membrado, 2007) qui se résument entre « être voisin » et « voisiner » : d’une part les conditions de la relation de voisinage, d’autre part l’intégration dans un ensemble d’activités entre voisins. Les interactions civiques de base (« bonjour / bonsoir ») sont le point de départ d’un cadre normatif qui se complexifie en une diversification variable des contacts. Les salutations se transforment peu à peu en échange de prénoms, en premiers avis sur l’autre voire en formes d’entraide, tout cela ayant souvent pour limite la préservation de l’intimité. De cette manière, la reconnaissance de l’autre et la préservation de son intimité sont les deux principes essentiels des relations de voisinage. La relation avec les voisins s’explique alors par la recherche d’une « bonne distance » malgré la proximité résidentielle (Membrado, 2004).

De nos jours, le voisinage et la proximité sont deux concepts influencés par les évolutions des modes de vie variables en fonction des âges : la nécessaire adaptation au vieillissement et aux dépendances que cela implique, l’augmentation de la part des ménages d’une seule personne, la recomposition des liens sociaux et des solidarités au sein des territoires en sont des exemples parmi d’autres. Les dernières années du XXe siècle ont vu une production pluridisciplinaire riche croisant l’évolution des mondes relationnels en fonction de l’âge (Bidart, 1997 / Phillipson, Bernard, Philips, Ogg, 1999 / Blanpain, Pan Ké Shon, 1999 / Mantovani, Membrado, 2000 / Membrado, 2004 / Drulhe, Clément, Mantovani et Membrado, 2007). L’immense majorité de ces productions prend pour exemple les personnes âgées et l’expérience du vieillissement au regard du voisinage et des solidarités de proximité. L’analyse de la « dégradation progressive du paysage relationnel » (Blanpain et Pan Ké Shon, 1999) au sein de la tranche d’âge des soixante ans et plus est également un résultat fréquemment analysé. Des études prenant en compte d’autres tranches d’âges existent, comme pour les étudiants (Goux et Maurin, 2005 / Moreau et Pecqueur, 2012 / Dietrich-Ragon, 2021) ou les jeunesses des Quartiers  Politique de la Ville (Lenardou, Chentouf, Mesellem, Chevalin, Pouzet, Kohn, 2002) mais s’inscrivent plus souvent au sein de recherches sur le chômage, le logement ou les études.

À l’heure de la mixité sociale et de la lutte contre la ségrégation sociale dans les zones urbaines et rurales, cette matinale vise à éclairer le sujet des voisinages à partir des perceptions, des appréhensions et des répercussions qu’il suscite au sein des politiques publiques. Le développement de formules d’habitats dits « intergénérationnels » soulève des questions sur les défis liés à ce mode d’habitat partagé : que signifie réellement habiter ensemble dans une société vieillissante ? Comment ce nouveau modèle offre-t-il des solutions « gagnant-gagnant » (Némoz, 2007) pour faire face aux inégalités vécues par et entre les générations ? Le cas de l’habitat intergénérationnel illustre, parmi d’autres, l’intersection entre les âges qui nous paraît être un angle mort dans l’approche des relations de voisinage et de proximité. Venir échanger sur ces relations serait aussi l’occasion de s’intéresser à une variété d’espaces, qu’ils soient urbains ou ruraux, à une variété d’usages et à la manière dont l’ensemble peut se rencontrer, se combiner, ou s’entremêler.

Cette matinale souhaite également aborder ces relations par le prisme des tranches d’âges, par des relations que nous qualifions d’intragénérationnelles, c’est-à-dire qu’elles encouragent et favorisent la création de liens entre générations basés sur la réciprocité, l’affection, le partage de savoirs et/ou d’expériences (Quéniart et Hurtubise, 2009). Ces pistes intègrent pleinement la question de l’appropriation de son habitat et plus généralement de son lieu de vie. Examiner la concentration de certains âges dans certains quartiers urbains ou ruraux et les répercussions qu’elle entraîne permettrait par exemple de croiser une analyse des parcours de vie et des politiques publiques. En effet, l’émergence « d’espaces générationnés » (Revington, 2022) où se concentrent une population d’une même tranche d’âge interroge : quelle place pour la mixité sociale tant souhaitée par les politiques publiques ? Des espaces de vie aussi segmentés impliquent-ils des relations de voisinages particulières ? Quelles sont les conséquences pour les autres tranches d’âges au sein de ces territoires appropriés ?

D’autres interrogations concernant les pratiques et les perceptions générationnelles du voisinage pourraient être abordées durant cet atelier : quelles attentes, conflits ou solidarités émergent des voisinages entre jeunes, actifs et seniors ? Quels rôles jouent les lieux partagés dans la construction de ces relations ? En abordant le voisinage par le prisme des politiques publiques, comment ces dernières, locales comme nationales, intègrent-elles ces relations de voisinage entre et au sein des âges ? Comment ces politiques analysent-elles les dispositifs spécifiques comme l’habitat intergénérationnel ? L’atelier souhaiterait également travailler sur les temporalités et les rythmes de vie qui coexistent dans le voisinage : comment les différents âges façonnent-ils les usages des espaces et des temporalités (nuisances, occupations d’espaces partagés ou publics) ? En quoi les conflits d’usage peuvent-ils créer des tensions ou des opportunités nouvelles de cohabitation ? Enfin, une approche spécifique par les solidarités et les innovations sociales qui naissent et se développent au sein du voisinage serait un autre axe de développement intéressant de cet atelier. Des exemples d’initiatives innovantes, favorisant des relations intergénérationnelles dans leur diversité, le rôle des associations ou des tiers-lieux dans la création de ces relations seraient autant d’axes à aborder et interroger.

 

Contexte de cette matinale:

Le groupe du REHAL “HAGEVIE” organise des matinales afin de faire discuter des enquêtes croisant habitat et âges. Cette série de matinales invite les sociologues, urbanistes, designers, architectes, géographes à partager leurs questionnements, intérêts, terrains.

 

Programme de 9h00 à 12h30 (Télécharger le programme)

9h10- 9h50: Isabelle Mallon, Professeure de sociologie à l’Université Lumière Lyon 2, responsable Master Sciences sociales, parcours Santé Vieillissement et Directrice du Centre Max Weber  UMR 5283,Le voisinage au fil de l’âge. Résultats de l’enquête Mon quartier, mes voisins. 

Résumé: Dans les représentations sociales, le voisinage apparaît comme un contexte particulièrement important pour les personnes âgées, au point d’être constitué dans l’action publique comme l’échelle la plus adaptée dans la lutte contre l’isolement ou le soutien aux personnes dépendantes. L’enquête “Mon quartier, mes voisins” réalisée entre 2018 et 2019 montre au contraire que les personnes âgées se situent plutôt en retrait dans ce registre de pratiques et de relations par rapport aux personnes plus jeunes, et en particulier à celles âgées de 30 à 44 ans.

 

9h50-10h30: Valérie Hugentobler, sociologue, professeure HES-SO à la Haute école de travail social et de la santé Lausanne (HETSL | HES-SO), co-doyenne du Laboratoire de recherche santé-social (LaReSS) et membre du réseau Âge, Vieillissements et Fin de vie (AVIF). Résultats du 5eme Age Report sur l’habitat et le vieillissement en Suisse. “Habiter, vieillir et voisiner”

Résumé: Ce cinquième Age Report met l’accent sur la manière dont le voisinage peut influencer la vie des personnes âgées et comment, à leur tour, les personnes âgées contribuent à façonner cet environnement résidentiel. Quel rôle joue le voisinage, en fonction des différents territoires de vie, des formes d’habitat et des styles de vie des habitants et des habitantes ?

 

10h40-11h20: Noémie Rapegno, Géographe, enseignante-chercheuse à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), Pratiques des espaces dans les habitats alternatifs, quels accès aux sociabilités.

Résumé: À partir d’une enquête ethnographique réalisée dans deux habitats s’adressant à des personnes âgées qui ont un besoin d’aide important pour la réalisation des actes essentiels de la vie quotidienne, nous proposons d’étudier les usages de l’espace par les habitants et les façons de voisiner. Ces habitats, qui prennent la forme totalement ou en partie d’une colocation, ont été pensés pour promouvoir le lien social et en cela réduire le sentiment de solitude et lutter contre l’isolement. Localisation facilitant l’insertion dans les sociabilités de proximité (le voisinage, les commerces), cohabitation de petits groupes de locataires, possibilité d’être chez soi et promotion de l’hospitalité font partie des principes à l’origine de ces initiatives. Bien que la dimension collective et l’ouverture sur le quartier soient recherchées par les porteurs de projet, leur mise en pratique s’avère parfois délicate.

 

11h20-12h00: Fanny Gerbaud, architecte et sociologue, ingénieure de recherche du Ministère de la Culture au sein du laboratoire PAVE, « Mes voisins coopérateurs », un regard sur le projet de coopérative d’habitat sénior Boboyaka.

Résumé:« Vieillir chez soi, ensemble et heureux », telle est la devise des Boboyaka, un groupe d’une vingtaine de séniors, constitués en coopérative depuis 2016, qui ambitionne de créer puis de gérer à son image l’habitat de leurs vieux jours. Autour des 20 logements envisagés, le programme complexe et la localisation du projet visent à tisser des liens au-delà des seuls membres pour redonner une place pérenne aux séniors dans la société et la ville. L’intervention portera un regard sur ce projet coopératif « en train de se faire » autour de la notion de voisinage. Si notre recherche en cours s’intéresse principalement au processus de conception coopératif du projet architectural (puis de l’appropriation des logements), nous proposons d’évoquer trois principaux aspects lors de cette séance d’Hagévie : créer et choisir ses voisins ; faire lien entre générations/avec la ville ; composer pour vieillir ensemble tout en restant chez-soi.

 

12h00-12h30: discussion


Vous pouvez suivre la matinée grâce à ce lien

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Pour toute information complémentaire, vous pouvez contacter les organisateurs : Audrey Courbebaisse (audrey.courbebaisse[AT]rennes.archi.fr) Marion Ille-Roussel (marion.ille[AT]paris-valdeseine.archi.fr), Thomas Watkin (thomas.watkin[AT]unimes.fr ), Jules Gales (jules.gales[AT]univ-tlse2.fr)

L’ensemble des activités de l’atelier HAGEVIE est accessible sur le site du REHAL :

https://rehal.hypotheses.org/category/atelier-habitat-et-ages-de-la-vie

 

Bibliographie :

 

  • Authier, J.-Y., Cayouette-Remblière, J., Bonneval, L., Charmes, E., Collet, A., Debroux, J., Faure, L., Giraud, C., Pietropaoli, K., Mallon, I., Santos, A., & Steinmetz, H. (2021). Les formes contemporaines du voisinage. Espaces résidentiels et intégration sociale [Rapport de recherche]. Repéré à: https://mon-quartier-mes-voisins.site.ined.fr/fichier/s_rubrique/30270/les.formes.contemporaines.du.voisinage_authier_cayouette_vf.fr.pdf consulté le 10/03/2025.
  • Blanpain, N. ; Pan Ké Shon, J.-L. 1999. « La sociabilité des personnes âgées », insee Première, n°644.
  • Dietrich-Ragon, P. (2021) . Les étudiants des catégories populaires face à la décohabitation familiale Recherche de logement et perception de sa place dans la société. Terrains & travaux, N° 38(1), 121-146.
  • Drulhe, M., Clément, S., Mantovani, J., Membrado, M. (2007). « L’expérience du voisinage : propriétés générales et spécificités au cours de la vieillesse. » Cahiers Internationaux de Sociologie, n°2, 325-339.
  • Goux, D. et Maurin, É. (2005) . Composition sociale du voisinage et échec scolaire Une évaluation sur données françaises. Revue économique, 56(2), 349-361. https://doi.org/10.3917/reco.562.0349.
  • Lenardou, B., Chentouf, M., Mesellem, M., Chevalin, S., Pouzet, P., Discutante Kohn, R. (2002) . 2. Jeunes et voisinage : exaspérations au quotidien. Dans Boivin, J., Peyre, V. et Prigent, A. (dir.), Quartiers, conflits, acteurs. ( p. 33 -59 ).
  • Mantovani, J. ; Membrado, M. 2000. « Expériences de la vieillesse et formes du vieillir », Vieillir : l’avancée en âge, Informations sociales, no 88, 2000, p. 10-17.
  • Membrado, M. (2003) . « Les formes du voisinage à la vieillesse. » Empan, no52(4), pp.100-106.
  • Moreau, C. Pecqueur, C. et Droniou, G. (2009). Étudier et habiter. Sociologie du logement étudiant , rapport du LARES et PUCA.
  • Némoz, S. (2017). Le devenir de l’habitat intergénérationnel: une revisite socioanthropologique. Gérontologie et société, 39(1), 207-220.
  • Petits frères des pauvres (2021). Baromètre Solitude et Isolement: Quand on a plus de 60 ans en France en 2021. Rapport petits frères des pauvres numéro 6.
  • Phillipson, C. ; Bernard, M. ; Phillips, J. ; Ogg, J. 1999. Older people’experiences of community life: patterns of neighbouring in three urban areas, The Sociological Review, vol. 47, no 4.
  • Quéniart, A. et Hurtubise, R. (2009). Introduction. Dans Quéniart, A. et Hurtubise, R. (dir.), L’intergénérationnel Regards pluridisciplinaires. ( p. 7 -14 ). Presses de l’EHESP.
  • Rapegno, N., & Rosenfelder, C. (2023). Pratiques des espaces dans les habitats alternatifs, quels accès aux sociabilités ? Gérontologie et société, 45 / 171(2), 65‑
  • Revington, N. (2021). Le logement étudiant, l’espace « générationné » et l’urbanisation capitaliste. Lien social et Politiques, (87), 20–41.
  • Van de Velde, C. (2024). « La montée de la solitude dans la jeunesse est une tendance forte et structurelle de ces deux dernières décennies. » Le Monde

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Lucie Bony (26 février 2025). Voisin-âges : pratiques, perceptions et politiques publiques à l’épreuve des proximités. GIS Recherche Habitat Logement (REHAL). Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://rehal.hypotheses.org/1918


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