« Le fauteuil d’amour » du prince de Galles : la légende à l’épreuve des archives.
Dans le cadre de ma thèse sur la maison d’ameublement parisienne Soubrier, j’ai rédigé un article de type « biographie d’objet », paru en juin dernier, dans le n° 22 des Cahiers de l’Ecole du Louvre. Il a pour sujet le meuble le plus insolite qui soit jamais sorti de ses ateliers, le « fauteuil d’amour », commandé selon la légende, par le prince de Galles, futur Edouard VII, vers 1890. Il était destiné à être installé dans la chambre qu’il occupait au Chabanais, maison close la plus célèbre du monde à la Belle Époque, afin de faciliter les ébats de ce quinquagénaire plantureux.

Fauteuil d’amour, © Maison Soubrier
La Maison Soubrier fait partie des maisons d’ameublement de renom du faubourg Saint-Antoine. Créée sous la Restauration, elle exerce l’essentiel de son activité de 1830 à 1960, proposant à une clientèle bourgeoise aisée, une grande diversité de meubles et de décors, dans une variété de formes, de styles et d’ornements adaptés aux évolutions du goût et de la mode et fabriqués selon des méthodes qui allient tradition et mécanisation dans un souci constant de qualité. Entreprise respectable et respectée, dirigée par des chefs d’entreprise devenus des notables, la Maison Soubrier n’en accepte pas moins de réaliser dans ses ateliers, ce meuble sulfureux. Icône de l’érotisme, le « fauteuil d’amour » avec sa silhouette déliée et le raffinement de son ornementation sculptée, est avant tout un meuble extrêmement sophistiqué dont la réalisation a requis toute la virtuosité et le savoir-faire des artisans de la maison. Conservé actuellement dans ses locaux, il a fait l’objet de copies que j’ai retrouvées et analysées.
Depuis sa création, ce fauteuil jouit d’un statut ambigu : caché mais célèbre dans le milieu de l’érotisme. Destiné à un usage intime, la rumeur s’en empare très vite ; objet de curiosité et de fascination, il suscite gêne, répulsion. Il s’agit d’un meuble mystérieux sur lequel la documentation est quasiment inexistante et qui n’a, jusqu’à présent, jamais fait l’objet de recherches scientifiques. Ce siège insolite constitue donc un bon exemple de la façon dont se forgent les légendes qui jalonnent l’histoire de l’art. Celle qui entoure le fauteuil repose à l’origine sur des faits historiques qui mettent en scène le Paris galant de la Belle Epoque, au temps de la splendeur du Chabanais ; elle prospère avec les fantasmes des journalistes et se voit confortée par le parcours muséal qu’effectue le siège à travers un certain nombre d’expositions prestigieuses, nationales et internationales.
En 2017, tout change pour le chercheur : la famille Soubrier fait don de l’intégralité du fonds d’archives de la maison au musée des Arts décoratifs de Paris. L’étude de ce fonds exceptionnel par son ampleur et sa diversité, m’a permis de découvrir des documents inédits qui remettent en question les éléments de la légende, tout en suscitant de nouvelles interrogations.
MARIEZ Michèle, « Le fauteuil d’amour » du prince de Galles : la légende à l’épreuve des archives, Cahiers de l’Ecole du Louvre [en ligne], n°22, 2024. En ligne : https://journals.openedition.org/cel/32020.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Michèle Mariez (21 février 2025). « Le fauteuil d’amour » du prince de Galles : la légende à l’épreuve des archives. Regards EDLiens. Consulté le 7 mai 2026 à l’adresse https://regardsedl.hypotheses.org/1256
