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Devenir guide-conférencière, mode d’emploi

De mars à juin 2022, j’ai dû exercer un stage professionnel dans le cadre du M1. Étant en Erasmus à Séville à cette époque, j’ai profité de mon séjour à l’étranger pour trouver un stage dans une entreprise, sortant du cadre du laboratoire de recherche et correspondant à mon projet professionnel : un stage comme guide-conférencier dans une entreprise de visite guidée, Sevilla Free Tour.

Donner le cap. Photographie: Heidi Fin sur Unsplash

Je souhaite avant tout remercier l’entreprise Sevilla Free Tour de m’avoir acceptée en son sein, à Francisco d’avoir été mon maître de stage, ainsi qu’aux guides Valentín, Alfredo et Lydia de m’avoir aidée dès le départ et de m’avoir accueillie parmi l’équipe. Enfin, je remercie madame Larriba d’avoir envoyé la fiche de présentation du DESU Guidage, me permettant de pouvoir effectuer une formation qui correspond totalement à mon projet professionnel.

Guide-conférencier? Quèsaco?

Un guide-conférencier ou guide interprète est une personne dont le travail consiste à accompagner un groupe durant une visite d’une institution ou bien dans la rue. En général, le guide permet à ce groupe de découvrir le patrimoine d’un lieu, en l’abordant sous un certains point de vue. Il travaille donc dans le secteur du tourisme, de la culture et est un acteur de la valorisation du patrimoine.

Comme on peut le voir, cette définition regroupe deux professions distinctes:

  • Guide accompagnateur: il accompagne un groupe lors d’un séjour dans une ville ou un lieu, il gère l’administration du groupe, et veille au bon déroulement du voyage. Cependant, il n’est pas habilité à faire des visites guidées, sauf si elles sont dans la rue ou s’il est détenteur de la carte de guide conférencier.
  • Guide conférencier: il organise et élabore des visites guidées, soit qu’il a appris pour une institution, soit des visites “d’auteur”, confectionnées par ses soins. Il peut éventuellement prendre le rôle d’un guide accompagnateur. C’est un métier réglementé où il est obligatoire de posséder la carte de guide conférencier, il peut aussi être spécialisé dans certaines langues ou certains domaines.

Ce sont les deux principales professions du métier de guide, même si depuis quelques années de nouveaux types de guide émergent (greeter et guide free tour), qui entrent en concurrence avec les métiers plus traditionnels du secteur.

Afin d’être considéré comme guide conférencier et ainsi pouvoir guider dans des établissements fermés, il est nécessaire de posséder la carte de guide conférencier, qui répond à la réglementation L.221-1 du code du tourisme. La carte est un gage de certification, valable en France et dans les États de l’Union Européenne (elle ouvre à une justification de qualification à l’étranger).

Le guide peut travailler pour une entreprise ou un office du tourisme en tant que salarié, mais la grande majorité des guides sont en auto-entreprise. Comme tout métier, il existe des syndicats (FNGIC ou la SNG-C) qui permettent de se regrouper et de faire entendre ses droits.

Mon stage professionnel: Sevilla Free Tour

Sevilla Free Tours

Personnellement, j’ai le privilège d’avoir un projet professionnel assez bien dessiné depuis la licence: j’aime exposer un projet devant un public, proposer une explication sur un thème précis, faire découvrir de nouveaux sujets à un public, je n’ai pas de problème à parler devant une assemblée grâce à plusieurs années de théâtre, et j’aime le domaine de la culture et de l’art. Le métier de guide s’est donc présenté comme une évidence. Mais comme dit précédemment, le métier de guide ne s’improvise pas, et le meilleur moyen de savoir si une profession vous correspond c’est de la tester.

Ainsi, je me suis mise en quête d’un stage à Séville, et après avoir candidaté dans plusieurs entreprise de guidage, j’ai eu la chance de recevoir une réponse positive de la part de Sevilla Free Tour. J’ai effectué mon stage entre mars et juin 2022, où j’ai pu découvrir les nombreuses facettes de ce métier.

Au cours de ce stage, j’ai suivi toutes les visites proposées par l’entreprise, en anglais et en espagnol. N’étant pas une guide “cartée”, j’ai surtout assumé la responsabilité de guide-accompagnateur. En voici les principales missions:

Photo prise par mon tuteur de stage pendant une visite
  • Le “pick-up“: j’ai récupéré certains des clients directement dans le hall de leur hôtel afin de les ramener jusqu’au point de rendez-vous. Cela est dû à un partenariat entre l’entreprise et l’hôtel, et pour le client, l’accompagnement personnel apporte une valeur d’exclusivité et de “privilège”. Pendant le trajet, je lançais des sujets de discussions, je répondais à certaines questions des clients, et je devais créer une ambiance chaleureuse et accueillante avant le début de la visite.
  • L’accompagnement de visite: j’ai suivi toutes les visites proposées afin de voir comment les guides exerçaient leur métier. J’accompagnais le guide et je pouvais aussi répondre à certaines questions, je faisais aussi en sorte de gérer le groupe dans la rue, afin de ne perdre personne. Je pouvais aussi bénéficier de pourboires donnés par les clients car nous suivions le système du free tour, où le client paie à la fin de la visite le montant qu’il souhaite.
  • La responsabilité des visites: après avoir acquis de l’expérience, j’ai pu m’occuper moi-même de plusieurs groupes et donc gérer une visite de A à Z. Ce fut ma partie favorite du stage, car j’ai pu voir directement sur le terrain et expérimenter réellement le métier de guide. Il faut alors mettre en pratique toutes les connaissances apprises, et surtout les adapter au public cible. Il y a une grande capacité d’adaptation en jeu, car les imprévus sont au cœur de la profession (groupe en retard, météo, clients qui partent durant la visite, travaux, manifestations etc…). C’est une mise en condition réelle et cela a été selon moi le meilleur moyen de me confronter à la réalité du métier.

Au delà de la dimension “guidage”, être guide-conférencier, c’est aussi devoir gérer son image, ses réseaux sociaux, gérer sa comptabilité si l’on est auto-entrepreneur, faire un travail de traduction pour ses visites et ses flyers, avoir des compétences en graphisme, faire un travail de recherche pour écrire des visites… Le guide se retrouve alors à consacrer une grande partie de son temps à des tâches autres que celle de guidage, mais qui sont essentielles dans le développement de son activité, et surtout dans le secteur compétitif du tourisme.

Ce stage a donc été une occasion pour moi de mettre en pratique des compétences qui étaient à la base théoriques, et d’en développer d’autres, plus concrètes, en rapport avec le travail de terrain. J’ai eu la chance d’intégrer une entreprise aux des salariés très bienveillants, qui ont toujours été là pour répondre à mes questions et me conseiller pour les futures visites. J’ai pu parfaire mon niveau d’espagnol (ainsi que d’anglais avec les groupes d’étrangers venant à Séville en vacances) et je sais que ce stage a été un moment clé dans mon séjour en Espagne. J’ai eu l’impression de mettre un pied dans le monde professionnel.

Et la suite? Le DESU Ingénierie Guidage à Aix-Marseille

Une fois rentrée en France, je savais que je devais en apprendre plus sur la profession et surtout sur le moyen de me procurer cette carte de guide. Et je dois avouer que l’occasion s’est présentée avant même que je débute mes recherches.

En juin 2022 je reçois dans ma boite mail étudiante un courriel de ma professeur de civilisation qui présente un nouveau diplôme universitaire : le Diplôme Enseignement Supérieur Universitaire (DESU): Ingénierie guidage et développement durable. En premier lieu, je n’ai pas vraiment compris ce que cela recouvrait, mais lorsque j’ai lu la fiche de présentation, j’ai compris que ce diplôme était exactement ce qui allait me permettre d’obtenir mon précieux sésame professionnel.

La formation de ce DESU se déroule sur deux semestres, et panache cours théoriques (séminaires) et séances sur le terrain. Actuellement, les cours sont répartis sur deux jours (lundi et jeudi) toute la journée, et s’y s’ajoutent des cours de langues (optionnels si l’on a de quoi justifier une concordance des UE, avec une langue niveau C1 ou un niveau Master) et un voyage à l’étranger. Pour ma part, le voyage s’est passé entre le 13 et le 23 octobre 2022 à Santarém, au Portugal. Un autre séjour est prévu au second semestre mais cette fois-ci dans une ville de la Côte d’Azur: Hyères les Palmiers. Le diplôme impose également un stage de 400 heures au second semestre(de janvier à novembre, il est donc tout à fait possible de faire un stage dit “perlé”) avec un rapport de stage à préparer et une soutenance de stage.

Comme on peut le voir, cela ne sert à rien de le nier: c’est une formation qui prend beaucoup de temps, et qui est assez complexe à gérer en même temps que la préparation d’un autre diplôme. Pour pouvoir faire ce diplôme, il faut justifier d’un niveau Master ou bien être en train de l’effectuer, comme c’est mon cas actuellement. De plus, le facteur financier est aussi un point important: le formation est payante, même pour les boursiers, c’est donc une charge supplémentaire. Le coût de ce diplôme est de 810 euros à l’heure où j’écris cet article.

Il faut donc être motivé.e et prêt.e à s’investir pour avoir le diplôme de guide, et la gestion du temps de travail est très importante si l’on suit deux formations en même temps. Il est donc possible d’attendre de terminer son Master avant de commencer le DESU.

Malgré tout, je recommande vivement cette formation, la seule dans la région à préparer directement à la carte de guide. Vous trouverez ci-dessous la maquette des enseignements de ce DESU en vigueur en 2022-2023:

Le Master ELHAM et son utilité en dehors du monde académique

On peut alors se poser cette question: mais pourquoi faire un master recherche si l’on veut faire une profession qui semble éloignée du domaine académique ?

Premièrement, afin d’obtenir ce diplôme il faut absolument justifier d’un niveau Master. Il est donc obligatoire de faire son Master, soit pendant, soit avant de s’inscrire au DESU.

Deuxièmement, penser que le monde de la recherche académique et celui du guidage sont totalement hermétiques l’un à l’autre est une grosse erreur. En effet, une grande partie du travail de guide, c’est d’élaborer des visites. Et pour ce faire, il faut approfondir des recherches sur un thème donné, créer une bibliographie, croiser les sources primaires et secondaires, créer un fil conducteur et développer un plan qui s’appuie sur les différents arrêts de la visite, qui vont fonctionner comme exemples dans l’argumentation. De plus, il est tout à fait possible de choisir des sources en langues étrangères, ou bien de devoir traduire son travail et ses supports de commercialisation en différentes langues.

Ainsi, le Master ELHAM, même s’il forme à une carrière universitaire ou académique en priorité, permet de développer une certaine méthodologie tout à fait applicable dans d’autres domaines. Mais pour finir, il est important de rappeler que peu importe le parcours universitaire que l’on a (ou que l’on n’a pas), le métier de guide s’offre à tous, et toutes les expériences personnelles et professionnelles sont profitables au métier, et à bien d’autres.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Eléna Alonso (1 septembre 2023). Devenir guide-conférencière, mode d’emploi. Papel y Pantalla. Consulté le 7 mai 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/t3yg


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