{"id":9452,"date":"2024-10-18T16:05:19","date_gmt":"2024-10-18T14:05:19","guid":{"rendered":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/?p=9452"},"modified":"2024-10-28T10:55:13","modified_gmt":"2024-10-28T08:55:13","slug":"lintime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/9452","title":{"rendered":"L\u2019intime"},"content":{"rendered":"\r\n<p>Freud a r\u00e9volutionn\u00e9 l\u2019intime<sup><a href=\"#footnote_1_9452\" id=\"identifier_1_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo; Freud, la r&eacute;volution de l&rsquo;intime &raquo;, conf&eacute;rence d&rsquo;&Eacute;lisabeth Roudinesco &agrave; la fondation Sigmund-Freud, 2010.\">1<\/a><\/sup>. Mais qu\u2019en \u00e9tait-il auparavant ? L\u2019intime au XIX<sup>e<\/sup> est d\u00e9j\u00e0 savamment interrog\u00e9 par historien.nes et historien.nes de la litt\u00e9rature en particulier<sup><a href=\"#footnote_2_9452\" id=\"identifier_2_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pour une bibliographie compl&egrave;te s&rsquo;agissant des &eacute;critures du moi, voir le site de Philippe Lejeune : www.autopacte.org. On pourra ajouter&nbsp;: Fran&ccedil;oise Simonet-Tenant, &laquo;&nbsp;Pour une approche historique de l&rsquo;intime&nbsp;&raquo;, Cliniques, 2020\/1 N&deg; 19, p.19-32 et Philippe Arti&egrave;res, Histoire de l&#039;intime, Paris, CNRS, coll. &laquo; &Agrave; l&#039;&oelig;il nu &raquo;, 2022, 148 p., illustration Vanessa V&eacute;rillon.\">2<\/a><\/sup>. Ici, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, nous chercherons comment les \u00e9pistoliers en parlent, comment les lettres \u00e9chang\u00e9es au sein d\u2019une famille ais\u00e9e expriment cette notion. Celle-ci, dans ce cadre-l\u00e0, est en tension entre deux injonctions contradictoires : le caract\u00e8re collectif des \u00e9changes familiaux et le d\u00e9sir, parfois, d\u2019une relation priv\u00e9e. Comment, en pratique, concilier ces deux enjeux ? On verra d\u2019abord si le mot est employ\u00e9 et par qui, femmes ou hommes ? \u00e0 propos de quels proches ? en quelles circonstances ? En l\u2019absence du mot lui-m\u00eame, certaines formes, certains termes, trahissent-ils la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019intimit\u00e9 ? Au-del\u00e0 des d\u00e9finitions g\u00e9n\u00e9rales du mot intime, chaque \u00e9poque, voire chaque personne, peut ressentir tel ou tel sujet pr\u00e9cis comme intime. Lisant les lettres de la famille Dum\u00e9ril-Mertzdorff, peut-on rep\u00e9rer des sujets \u00ab intimes \u00bb ou qualifi\u00e9s comme tels par les correspondants eux-m\u00eames ?<\/p>\r\n<p><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9325\" aria-describedby=\"caption-attachment-9325\" style=\"width: 248px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/homme-ecrivant.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9325\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/homme-ecrivant-248x300.png\" alt=\"\" width=\"248\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/homme-ecrivant-248x300.png 248w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/homme-ecrivant.png 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 248px) 100vw, 248px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9325\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9criture masculine dans l&#8217;intimit\u00e9. J. Bernier, Code \u00e9pistolaire, contenant les r\u00e8gles, le principe et le c\u00e9r\u00e9monial du style \u00e9pistolaire, 1828 [Source gallica.bnf.fr\/BnF]<\/figcaption><\/figure>\r\n<figure class=\"wp-block-embed\">\r\n<h1 class=\"wp-block-embed__wrapper\">I- La pr\u00e9sence du mot<\/h1>\r\n<\/figure>\r\n<p><!-- \/wp:post-content --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h2>1- L\u2019amiti\u00e9<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Pour les auteurs de dictionnaires, il semble que la relation intime, celle du \u00ab\u00a0fort profond\u00a0\u00bb, soit d\u2019abord celle qui lie des amis. Pierre Richelet, au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle d\u00e9finit ainsi le mot\u00a0: intime \u00ab\u00a0se dit en fran\u00e7ais des amis et amies, et veut dire qui est un particulier &amp; vrai ami. Qui est ami du fond du c\u0153ur\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_3_9452\" id=\"identifier_3_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pierre Richelet, Dictionnaire fran&ccedil;ois, contenant g&eacute;n&eacute;ralement tous les mots tant vieux que nouveaux et plusieurs remarques sur la langue fran&ccedil;oise, 1706.\">3<\/a><\/sup>. L\u2019usage co\u00efncide avec cette d\u00e9finition. En effet dans les premi\u00e8res lettres de la famille Dum\u00e9ril o\u00f9 le mot intime appara\u00eet, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9volution, il qualifie les relations amicales. Il faut attendre quelques d\u00e9cennies pour que l\u2019intimit\u00e9 conqui\u00e8re \u2013 dans le vocabulaire \u2013 la parent\u00e9.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Dans la correspondance toutes les configurations sont possibles\u00a0: un scripteur masculin ou f\u00e9minin, s\u2019adressant \u00e0 un homme ou une femme au sujet d\u2019amis ou d\u2019amies intimes. Par exemple\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Andr\u00e9 Marie Constant Dum\u00e9ril parle \u00e0 sa m\u00e8re de deux amis : \u00ab J\u2019ai vu hier un ami intime de [mon fr\u00e8re], nous avons soup\u00e9 ensemble \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_13_mars_1793\">13 mars 1793<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Andr\u00e9 Marie Constant Dum\u00e9ril annonce \u00e0 ses parents qu\u2019il a rencontr\u00e9 sa future \u00e9pouse \u00ab chez Madame De Candolle dont elle est l&#8217;amie intime \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_2_f%C3%A9vrier_1806\">2 f\u00e9vrier 1806<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine Isabelle Latham ; \u00ab une amie intime d&#8217;Agla\u00e9 a perdu en quelques jours sa m\u00e8re \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_8,_dimanche_10_et_mardi_12_janvier_1858\">8-10-12 janvier 1858<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; les m\u00eames, \u00e0 propos du colonel \u00c9mile Perrodon et d\u2019Arthur Louis Philippe Blacque-Belair qui va se marier : \u00ab J&#8217;aime \u00e0 esp\u00e9rer pourtant pour la future Mme B. que l&#8217;intimit\u00e9 diminuera un peu entre les deux ins\u00e9parables \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_17_mars_1858\">17 mars 1858<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re : L\u00e9once de Quatrefages est invit\u00e9 \u00e0 une soir\u00e9e o\u00f9 il sera enchant\u00e9 de retrouver Charles Brongniart, son \u00ab ami intime \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_17_mars_1858\">6 f\u00e9vrier 1877<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille \u00ab jouit de l\u2019intimit\u00e9 qui existe \u00bb entre sa fille et Marie Mertzdorff (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_2_septembre_1879\">2 septembre 1879<\/a>). Etc.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph \/--><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Quelques configurations m\u00e9ritent qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Les amiti\u00e9s familiales. Elles touchent non deux individus mais, \u00e9largissant ce cercle \u00e9troit, incluent plusieurs couples : \u00ab tous deux iront chez Madame Miquey (amie intime de la famille Stackler) o\u00f9 se trouveront la jeune personne et sa m\u00e8re \u00bb (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril\u00a0 \u00e0 Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_15_et_jeudi_16_novembre_1876_(A)\">15-16 novembre 1876<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>ou<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>\u00a0L\u2019habitation du p\u00e8re de Raoul, \u00e0 Amiens, \u00e9tait contigu\u00eb \u00e0 celle de nos grands-parents, on se voyait intimement &amp; Mme Duval a \u00e9t\u00e9 pour ceux-ci &amp; pour une de nos tantes une fille &amp; une s\u0153ur des plus d\u00e9vou\u00e9es &amp; nous avons conserv\u00e9 d\u2019elle un bien reconnaissant souvenir. (Louis Daniel Constant Dum\u00e9ril \u00e0 Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_2_f%C3%A9vrier_1880\">2 f\u00e9vrier 1880<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>L\u2019amiti\u00e9 intime se d\u00e9ploie ici sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; L\u2019\u00e9ventail social. L\u2019affection tr\u00e8s \u00e9troite n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la classe bourgeoise des \u00e9pistoliers, elle est reconnue \u00e0 sa domesticit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Notre Nanette [la cuisini\u00e8re] est bien triste &amp; affect\u00e9e par la mort de M.\u00a0Rieff &amp; d&#8217;une amie intime de sa belle-fille qu&#8217;elle aimait bien\u00a0\u00bb (Charles Mertzdorff \u00e0 sa fille Marie,\u00a0 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1874). Mais ce ne sont pas les deux ou trois lettres des employ\u00e9es conserv\u00e9es dans le corpus qui permettent d\u2019approcher ce que recouvrait la notion d\u2019intimit\u00e9 pour des personnes dont la vie personnelle \u00e9tait toute subordonn\u00e9e aux exigences de leurs patrons sous le toit desquels elles officiaient. Dans une lettre de condol\u00e9ances adress\u00e9e par M<sup>me<\/sup> Renard \u00e0 son ancienne employeuse Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril, apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9poux, elle mentionne le \u00ab petit comit\u00e9 de compagnes \u00bb dont elle faisait partie \u00ab le temps de [son] service \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_25_novembre_1870\">25 novembre 1870<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; L\u2019amiti\u00e9 intime est reconnue aux enfants. Elle est valoris\u00e9e, encourag\u00e9e, voire suscit\u00e9e : \u00ab les enfants jouent avec Charlotte qui fait de suite d\u2019\u00c9milie son amie intime \u00bb (Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards \u00e0 Charles Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_8_juillet_1874\">8 juillet 1874<\/a>). Une telle rapidit\u00e9 semble r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019attente des adultes plus qu\u2019\u00e0 une inclinaison sinc\u00e8re des petites filles. On n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019exprimer en leur nom, \u00e0 orienter leurs sentiments.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Une intimit\u00e9 recr\u00e9e a posteriori<sup><a href=\"#footnote_4_9452\" id=\"identifier_4_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C&eacute;cile Dauphin, Pierrette P&eacute;zerat, Dani&egrave;le Poublan, Ces Bonnes Lettres, Albin Michel, 1995, page 182 et suivantes.\">4<\/a><\/sup>. F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril, apr\u00e8s la mort de sa fille Caroline, cherche une jeune femme pour remplacer celle-ci aupr\u00e8s de son gendre veuf\u00a0: il faut \u00e9lever deux fillettes en bas-\u00e2ge. Son choix se fixe sur Eug\u00e9nie, une amie de la fille disparue. Parmi les arguments avanc\u00e9s pour convaincre Eug\u00e9nie d\u2019accepter ce r\u00f4le de \u00ab\u00a0seconde m\u00e8re\u00a0\u00bb, figure en bonne place le rappel de l\u2019amiti\u00e9 qui unissait Caroline et Eug\u00e9nie. Une amiti\u00e9 dont les lettres ant\u00e9rieures des jeunes filles, qui habitent dans des maisons voisines, t\u00e9moigne, mais que le but poursuivi par F\u00e9licit\u00e9 reconstruit en amiti\u00e9 fusionnelle.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Combien il est doux \u00e0 mon c\u0153ur de m&#8217;entretenir avec toi, enfant ch\u00e9rie dont l&#8217;existence \u00e9tait si intimement li\u00e9e \u00e0 celle de ma bien aim\u00e9e qu&#8217;elle n&#8217;en faisait qu&#8217;une en quelque sorte. (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril \u00e0 Eug\u00e9nie Desnoyers, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_11_septembre_1862\">11 septembre 1862<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>La grand-m\u00e8re inqui\u00e8te insiste patiemment pendant des mois aupr\u00e8s de la jeune fille qui est peu convaincue au d\u00e9part de quitter sa famille et le milieu intellectuel parisien pour s\u2019occuper en Alsace de deux enfants et de leur p\u00e8re, industriel ais\u00e9 certes, mais \u00e2g\u00e9 de plus de 40 ans.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>tu sais combien je t&#8217;aime, combien la pens\u00e9e de cette intimit\u00e9 si tendre qui t&#8217;unissait si \u00e9troitement \u00e0 ma bien aim\u00e9e fille, est, dans ma douleur, un point sur lequel j&#8217;aime \u00e0 revenir sans cesse. (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril \u00e0 Eug\u00e9nie Desnoyers, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_10_janvier_1864\">10 janvier 1864<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>F\u00e9licit\u00e9 projette sur Eug\u00e9nie l\u2019ombre de Caroline morte, allant jusqu\u2019\u00e0 fusionner leurs deux pr\u00e9noms en \u00ab Nie-Crol \u00bb : \u00ab Adieu ma Nie-Crol, il est doux \u00e0 mon c\u0153ur de joindre ces deux mots en t&#8217;\u00e9crivant. \u00bb (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril \u00e0 Eug\u00e9nie Desnoyers, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_19_mai_1863\">19 mai 1863<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>\u00c9tienne Ducret (1829-1909), auteur de manuels \u00e9pistolaires, donne maints exemples de \u00ab\u00a0commencement de lettres\u00a0\u00bb\u00a0: lorsqu\u2019on s\u2019adresse \u00e0 ses \u00e9gaux, \u00e0 une relation amicale, \u00e0 une personne titr\u00e9e (\u00ab\u00a0Monsieur le Baron\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Madame la Pr\u00e9sidente\u00a0\u00bb), \u00e0 un souverain, \u00e0 un \u00e9v\u00eaque, etc. Puis il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Les intimes s\u2019appellent simplement : Mon Ami, Mon bon Ami, Mon cher Ami, Mon cher X\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_5_9452\" id=\"identifier_5_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&Eacute;tienne Ducret, Le secr&eacute;taire pour tous : notions sur le style &eacute;pistolaire, correspondance familiale&hellip;, A.-L. Guyot, Paris, 1 vol. in-16, 184 p., page 12.\">5<\/a><\/sup>. Ces formules qui concernent \u00ab les intimes \u00bb touchent exclusivement des hommes \u2013 notons que cette notion qui renvoie \u00e0 l\u2019intime est la seule occurrence du livre de Ducret.\u00a0<\/p>\r\n<p>Au cours du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans les lettres comme dans les dictionnaires, l\u2019intime ne se limite plus \u00e0 l\u2019amiti\u00e9\u00a0; il s\u2019\u00e9mancipe et s\u2019\u00e9largit \u00e0 la parent\u00e9.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9425\" aria-describedby=\"caption-attachment-9425\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Femme-ecrivant-Manillier.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9425\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Femme-ecrivant-Manillier-200x300.png\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Femme-ecrivant-Manillier-200x300.png 200w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Femme-ecrivant-Manillier-333x500.png 333w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Femme-ecrivant-Manillier.png 467w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9425\" class=\"wp-caption-text\">A. Manillier, Le secr\u00e9taire pratique : nouveau guide pour \u00e9crire lettres, p\u00e9titions, invitations, 1884 [ Source gallica.bnf.fr\/BnF]<\/figcaption><\/figure>\r\n<h2>2- La parent\u00e9<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Les lettres conserv\u00e9es d\u2019Andr\u00e9 Marie Constant Dum\u00e9ril et ses descendants constituent une \u00ab\u00a0correspondance familiale\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 elles sont \u00e9chang\u00e9es au sein de la famille pour donner des nouvelles des uns et des autres, certes, mais aussi (surtout\u00a0?) pour maintenir et augmenter le r\u00e9seau serr\u00e9 des relations affectives, sociales et \u00e9conomiques qui lie toute la parent\u00e9. C\u2019est donc au sein d\u2019un groupe d\u2019hommes et de femmes circonscrit que s\u2019inscrit l\u2019intimit\u00e9.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Eug\u00e9nie d\u00e9finit les fronti\u00e8res restreintes de ce cercle : sa m\u00e8re et sa s\u0153ur. Elles auront droit, comme cadeaux de fin d\u2019ann\u00e9e, \u00e0 des objets faits maison et seul le temps manque pour les confectionner ; en revanche, qu\u2019offrir \u00e0 son filleul Pierre Bonnard ? au \u00ab baby qui doit venir ces jours-ci \u00bb ? \u00e0 la petite filleule de Marie ? Pour ceux-ci, elle est n\u2019a \u00ab pas une id\u00e9e \u00bb et, \u00ab bien embarrass\u00e9e \u00bb, demande conseil \u00e0 ses intimes (Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff \u00e0 sa s\u0153ur, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi,_mi-d%C3%A9cembre_1872\">mi-d\u00e9cembre 1872<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>En vacances \u00e0 Villers-sur-mer, elle \u00e9largit le cercle : \u00ab\u00a0 pour cette ann\u00e9e nous pourrons caser de notre c\u00f4t\u00e9 ma famille, nous n\u2019aurons que les intimes. \u00bb (Eug\u00e9nie Desnoyers \u00e0 son \u00e9poux, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_28_et_mercredi_29_juillet_1868\">28-29 juillet 1868<\/a>). En d\u2019autres circonstances, Auguste Dum\u00e9ril demande \u00e0 son oncle et sa tante (qui sont aussi ses futurs beaux-parents) de \u00ab venir compl\u00e9ter le cercle d\u2019intimit\u00e9 \u00bb qu\u2019il forme avec ses propres parents (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_1er_septembre_1842_(B)\">1<sup>er<\/sup>\u00a0septembre 1842<\/a>). Auguste Dum\u00e9ril confine lui aussi l\u2019intimit\u00e9 aux plus proches.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Cette intimit\u00e9 familiale se construit d\u00e8s l\u2019enfance et se cultive sur le long terme. Auguste Dum\u00e9ril, au moment de se marier, rappelle \u00e0 son cousin \u00ab l\u2019intimit\u00e9 de [leurs] anciens rapports d\u2019enfance \u00bb qui a \u00ab\u00a0resserr\u00e9 les liens d\u2019amiti\u00e9 qu\u2019il est si naturel de voir exister entre deux cousins germains fils d\u2019un fr\u00e8re et d\u2019une s\u0153ur qui se sont toujours tendrement aim\u00e9s \u00bb ; et il signe \u00ab Tout \u00e0 toi de c\u0153ur \u00bb (Auguste Dum\u00e9ril \u00e0 son cousin germain Henri Delaroche, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_6_mai_1843\">6 mai 1843<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>La proximit\u00e9 familiale se fortifie au fil des rencontres. Il s\u2019agit aussi bien d\u2019hommes :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>\u00a0Gustave a d\u00een\u00e9 avec moi \u00e0 la table d\u2019h\u00f4te \u00e0 l\u2019h\u00f4tel le mardi, ce soir-l\u00e0 nous all\u00e2mes ensemble au spectacle, nous avions d\u00een\u00e9 ensemble aussi la veille ; je me suis donc trouv\u00e9 beaucoup avec ce cousin qui gagne bien \u00e0 \u00eatre connu un peu intimement et qui m\u2019a fait un charmant accueil ainsi qu\u2019\u00e0 Auguste. (Auguste Dum\u00e9ril \u00e0 sa m\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_3_septembre_1835\">3 septembre 1835<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>que de femmes : \u00ab Demain jour plus consacr\u00e9 plus que tout autre \u00e0 la famille et aux r\u00e9unions intimes \u00bb (Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 sa cousine Ad\u00e8le Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_31_d%C3%A9cembre_1860\">31 d\u00e9cembre 1860<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>L\u2019intimit\u00e9 se construit lors de conversations que les lettres, substituts appr\u00e9ci\u00e9s, prolongent. \u00ab Je me r\u00e9jouis follement de te voir, ma ch\u00e9rie, il me semble que j\u2019ai tant besoin de causer avec toi et de partager cette joie intime et calme que je suis heureuse de te voir \u00bb (\u00c9milie Mertzdorff-Froissart \u00e0 sa s\u0153ur, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_2_mai_1903\">2 mai 1903<\/a>). Lors des rencontres, les liens anciens se resserrent et les nouveaux membres de la famille sont invit\u00e9s \u00e0 s\u2019agr\u00e9ger, \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles attaches, comme le conseille Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards \u00e0 sa fille adoptive Marie, juste mari\u00e9e :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Comme tu dois \u00eatre contente de cette bonne r\u00e9union de famille, cela mettra une grande intimit\u00e9 entre toi et Mme de la Serre [belle-s\u0153ur de Marie] que j\u2019aime tant ; vous avez bien fait de vous oublier dans le plaisir de passer une soir\u00e9e en t\u00eate \u00e0 t\u00eate ; il est si agr\u00e9able de vivre intimement entre s\u0153urs. (Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards \u00e0 Marie Mertzdorff-de Fr\u00e9ville, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_16_ao%C3%BBt1882\">16 ao\u00fbt1882<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9477\" aria-describedby=\"caption-attachment-9477\" style=\"width: 196px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/lettres-damour.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9477\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/lettres-damour-196x300.png\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/lettres-damour-196x300.png 196w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/lettres-damour-327x500.png 327w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/lettres-damour.png 337w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9477\" class=\"wp-caption-text\">Lettres d&#8217;amour : chefs-d\u2019\u0153uvre de style \u00e9pistolaire choisis dans les plus grands \u00e9crivains, 1858 [Source gallica.bnf.fr\/BnF]<sup><a href=\"#footnote_6_9452\" id=\"identifier_6_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Illustration choisie bien que conjugalit&eacute; ne soit pas toujours synonyme d&rsquo;amour.\">6<\/a><\/sup><\/figcaption><\/figure>\r\n<figure class=\"wp-block-embed\">\r\n<div class=\"wp-block-embed__wrapper\"><span style=\"font-size: 24px;font-weight: bold\">3- La conjugalit\u00e9<\/span><\/div>\r\n<\/figure>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Si le mot \u00ab intime \u00bb qualifie des relations conjugales, il est employ\u00e9 alors, rarement et tardivement dans le si\u00e8cle, par des t\u00e9moins ext\u00e9rieurs. Nous verrons par la suite (paragraphe sur les affects) ce qu&#8217;il en est entre certains \u00e9poux et fianc\u00e9s.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>\u00a0Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards imagine la vie de jeune mari\u00e9e de sa fille adoptive :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Je comprends que la bonne vie que tu m\u00e8nes \u00e0 Villers soit de ton go\u00fbt, jouis-en bien, mon enfant ch\u00e9rie ; le bon moment pass\u00e9 pr\u00e8s de ton mari lorsqu\u2019il travaille ne doit pas \u00eatre le plus d\u00e9sagr\u00e9able ; on est si heureux lorsqu\u2019on vit compl\u00e8tement avec son mari, dans cette bonne vie intime, qu\u2019aucun plaisir ne peut tenter. (Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards \u00e0 Marie Mertzdorff-de Fr\u00e9ville, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_28_juillet_1880\">28 juillet 1880<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Ou bien<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>vous voici donc de retour chez vous bien contents de reprendre votre petite vie intime et r\u00e9guli\u00e8re qui ne manque pas de charme. (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_1er_novembre_1882_(A)\">1<sup>er<\/sup> novembre 1882<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Il convient de chercher des traces de l\u2019intimit\u00e9 hors l&#8217;emploi du mot lui-m\u00eame, dans des pratiques \u00e9pistolaires particuli\u00e8res .<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h1>II- L\u2019intimit\u00e9 malgr\u00e9 tout<\/h1>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>L\u2019intimit\u00e9 \u2013 conjugale, familiale ou amicale \u2013 trouve \u00e0 se manifester en contournant les r\u00e8gles impos\u00e9es\u00a0: r\u00e8gles de la publicit\u00e9, de l\u2019art d\u2019\u00e9crire, des convenances.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h2>1- Une lettre pour soi seul(e)<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Les lettres sont en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9crites par une personne et sur l\u2019enveloppe ne figure qu\u2019un nom, celui du ou de la destinataire\u00a0: \u00ab\u00a0Mademoiselle Marie Mertzdorff, Vieux Thann, Haut Rhin\u00a0\u00bb\u00a0 (1864)\u00a0; \u00ab\u00a0Monsieur Louis Froissart, 29 rue de S\u00e8vres, Paris\u00a0\u00bb (1918).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Dans le texte, on s\u2019adresse aussi, le plus souvent, \u00e0 une personne pr\u00e9cise\u00a0; on commence par \u00ab\u00a0Maman\u00a0\u00bb (1791), \u00ab\u00a0Ma ch\u00e8re amie\u00a0\u00bb (\u00e0 son \u00e9pouse, 1841), \u00ab\u00a0Ma ch\u00e8re petite Gla\u00a0\u00bb (\u00e0 sa s\u0153ur, 1872), \u00ab\u00a0Mon cher bon-papa\u00a0\u00bb (\u00e0 son grand-p\u00e8re, 1887), \u00ab\u00a0Mon cher Monsieur Meng\u00a0\u00bb (1915).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9333\" aria-describedby=\"caption-attachment-9333\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/adresse.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9333\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/adresse-300x217.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"217\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/adresse-300x217.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/adresse-500x362.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/adresse-768x556.png 768w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/adresse.png 1083w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9333\" class=\"wp-caption-text\">Enveloppe de la lettre du Samedi 22 mai 1869<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>Mais la relation strictement interpersonnelle le plus souvent annonc\u00e9e semble brid\u00e9e de multiples fa\u00e7ons dans une correspondance familiale.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; La suite de la lettre r\u00e9v\u00e8le souvent plusieurs destinataires implicites ou explicites. Un glissement s\u2019op\u00e8re\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Mes chers enfants, Quoique j&#8217;adresse ma lettre \u00e0 Marie c&#8217;est avec toutes deux que devrais m&#8217;accorder plus souvent, mais je deviens extr\u00eamement\u00a0 paresseux pour \u00e9crire. (Louis Daniel Constant Dum\u00e9ril \u00e0 ses petites-filles Marie et \u00c9milie Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_2_novembre_1873\">2 novembre 1873<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Parfois, deux ou trois \u00e9critures et signatures diff\u00e9rentes se succ\u00e8dent sur la m\u00eame feuille.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9371\" aria-describedby=\"caption-attachment-9371\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecritures.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9371\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecritures-300x199.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecritures-300x199.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecritures-500x331.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecritures.png 617w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9371\" class=\"wp-caption-text\">Deux scripteurs sur la m\u00eame lettre, 29 septembre 1865<\/figcaption><\/figure>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; La lettre re\u00e7ue doit \u00eatre lue en public, les lettres sont lues par d\u2019autres :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Inutile de dire \u00e0 nos ch\u00e8res petites-filles que nous les avons sans cesse pr\u00e9sentes \u00e0 la pens\u00e9e aupr\u00e8s de leur excellente tante et de leur excellent oncle, dis-leur je te prie que nous ne voulons pas qu\u2019elles prennent la peine de nous \u00e9crire, puisque les lettres qu\u2019elles adressent \u00e0 leur bon p\u00e8re nous sont communiqu\u00e9es. (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril \u00e0 Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards [l\u2019 \u00ab excellente tante \u00bb] (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_5_juillet_1878\">5 juillet 1878<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Un large extrait, voire la lettre compl\u00e8te, est recopi\u00e9 et circule dans un cercle amical et familial\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Je ne puis assez remercier ma s\u0153ur de tous les d\u00e9tails qu\u2019elle nous donne sur la famille, cette ch\u00e8re s\u0153ur nous tient au courant de tout et pousse la bont\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 nous copier les lettres qu\u2019elle re\u00e7oit soit de nos parents, soit de nos amis. (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril \u00e0 Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_23_septembre_1877\">23 septembre 1877<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril elle-m\u00eame n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 recopier des lettres enti\u00e8res, aussi bien des lettres re\u00e7ues (lettre de son beau-fr\u00e8re, Louis Sautter, \u00e0 son \u00e9poux Auguste Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_18_octobre_1868\">18 octobre 1868<\/a>) que des lettres qu\u2019elle-m\u00eame a envoy\u00e9es (\u00ab Copie de la lettre que j\u2019ai \u00e9crite \u00e0 Constant de Saint-Omer \u00bb, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_26_octobre_(B)_1873\">26 octobre 1873<\/a>). C\u2019est une pratique efficace pour faire circuler nouvelles et affects \u2013 tout en conservant pour soi l\u2019original.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>\u00c9milie Mertzdorff-Froissart, attentive aux liens entre ses nombreux enfants, y recourt\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Mon cher Louis, J&#8217;esp\u00e8re que nous aurons de tes nouvelles aujourd&#8217;hui. Je t&#8217;envoie la copie que j&#8217;ai faite de la lettre de Pierre, elle t&#8217;int\u00e9ressera ainsi que Lucie (\u00c9milie Mertzdorff-Froissart \u00e0 son fils Louis, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_14_novembre_1914\">14 novembre 1914<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Toutes les lettres ne sont pas montr\u00e9es, beaucoup sont signal\u00e9es : \u00ab\u00a0Montfleury a re\u00e7u une lettre de sa femme hier \u00bb (1801).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Si l\u2019horizon d\u2019une publication \u00e9ditoriale est, \u00e0 la diff\u00e9rence des \u00e9crivains, \u00e9trang\u00e8re aux \u00e9pistoliers ordinaires, le souci de la conservation pour une relecture ou une vis\u00e9e patrimoniale \u00e0 plus long terme reste pr\u00e9sent dans cette famille bourgeoise. D\u00e8s le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle certaines lettres familiales des Dum\u00e9ril sont recopi\u00e9es et rassembl\u00e9es en volumes reli\u00e9s<sup><a href=\"#footnote_7_9452\" id=\"identifier_7_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir &laquo;&nbsp;Les livres de copies&nbsp;&raquo; sur le site S&#039;&eacute;crire au XIXe si&egrave;cle.\">7<\/a><\/sup>.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Lorsque celle ou celui qui veut \u00e9crire ne le peut, elle ou lui dicte sa lettre. Charles Auguste Dum\u00e9ril (\u00ab\u00a0cinq jours avant sa mort\u00a0\u00bb pr\u00e9cise une mention ult\u00e9rieure) \u00e0 sa s\u0153ur Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril dicte \u00e0 son neveu F\u00e9lix Soleil\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Ma ch\u00e8re Eug\u00e9nie, Paul veut bien me servir d\u2019interm\u00e9diaire pr\u00e8s de toi, pour te donner de mes nouvelles, qui ne sont pas trop bonnes. (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_23_janvier_1883_(A)\">23 janvier 1883<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Hors la maladie, il est des circonstances plus triviales : \u00ab Mon cher Papa, \u00c9milie mange et j&#8217;\u00e9cris sous sa dict\u00e9e \u00bb \u00e9crit Marie \u00e0 leur p\u00e8re Charles (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_5_juin_1873_(B)\">5 juin 1873<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211;\u00a0La forme la plus courante de l\u2019\u00e9largissement du dialogue \u00e0 un \u00e9change \u00e0 plusieurs voix est l\u2019inscription de commissions<sup><a href=\"#footnote_8_9452\" id=\"identifier_8_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet &laquo;&nbsp;Embrassez tout le monde pour moi&nbsp;&raquo;. &nbsp;\">8<\/a><\/sup>. En demandant \u00e0 transmettre affections ou objets \u00e0 des tiers on donne obligatoirement publicit\u00e9 \u00e0 la lettre.<\/p>\r\n<p>&#8211; On attend que les lettres re\u00e7ues soient partag\u00e9es, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de correspondance entre jeunes :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Ta lettre re\u00e7ue Mardi soir, m&#8217;a fait moins plaisir peut-\u00eatre que celles auxquelles tu m&#8217;as habitu\u00e9e en ce qu&#8217;elle \u00e9tait moins longue et moins intime, mais j&#8217;en ai \u00e9t\u00e9 fort contente d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9 parce que je l&#8217;ai montr\u00e9e et lue in familias et qu&#8217;elle a produit le meilleur effet du monde. (Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine Isabelle Latham, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_5_et_samedi_6_f%C3%A9vrier_1858\">5-6 f\u00e9vrier 1858<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>L\u2019\u00e9change entre les deux cousines peut ainsi se situer sur deux modes, l\u2019un familial, l\u2019autre plus intime.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; La correspondance directe entre jeunes gens est prohib\u00e9e. Auguste Dum\u00e9ril (30 ans) l\u2019accepte :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Je comprends parfaitement que vous pensiez que je ne doive pas, quant \u00e0 pr\u00e9sent, entretenir avec ma cousine une correspondance directe, malgr\u00e9 tout l\u2019int\u00e9r\u00eat que j\u2019y aurais trouv\u00e9, mais j\u2019appr\u00e9cierais beaucoup l\u2019avantage d\u2019avoir avec elle des communications indirectes, et l\u2019un des moyens que j\u2019emploierai pour arriver \u00e0 ce but, sera de m\u2019adresser \u00e0 vous, de temps en temps. (Auguste Dum\u00e9ril \u00e0 son futur beau-p\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_16_mars_1842\">16 mars 1842<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Mais \u00e0 quelques mois de leur mariage enfin accept\u00e9, Auguste Dum\u00e9ril et sa fianc\u00e9e Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril passent outre. Plus \u00e2g\u00e9s, plus motiv\u00e9s, disposant de plus de relais que les cousines Caroline et Isabelle, ils entretiennent une double correspondance pour \u00e9chapper aux regards familiaux, gr\u00e2ce \u00e0 une cousine complaisante qui sert d\u2019interm\u00e9diaire. Auguste \u00e9crit \u00ab en partie double \u00bb. Il envoie deux lettres : l\u2019une qui sera lue d\u2019abord par le p\u00e8re et une seconde, d\u00e9rob\u00e9e, destin\u00e9e \u00e0 Eug\u00e9nie seule \u00ab comme un avant-go\u00fbt de nos causeries intimes, o\u00f9 nous aurons tant de choses \u00e0 nous dire \u00bb. Non pas que cette seconde lettre soit vraiment diff\u00e9rente : elle reprend tout ce qui est dit dans l\u2019autre si bien que le p\u00e8re pourrait la lire ! Mais, justifie Auguste, \u00ab si j\u2019avais eu en \u00e9crivant l\u2019id\u00e9e que ces lignes seraient lues par d\u2019autres que par vous, ma bonne Eug\u00e9nie, je n\u2019aurais pas trouv\u00e9 tant de plaisir \u00e0 les tracer : cet abandon auquel on se laisse si volontiers aller, n\u2019est plus possible quand on a l\u2019id\u00e9e qu\u2019un tiers prendra sa part de la correspondance. (Auguste Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine et fianc\u00e9e Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_14_et_mercredi_15_mars_1843\">14-15 mars 1843<\/a>). \u00c0 ce moment, pour Auguste Dum\u00e9ril, ce qui est dit compte moins que la fa\u00e7on dont cela est dit : loin du regard des autres, dans le secret d&#8217;un \u00e9change \u00e0 deux, lors d\u2019un vrai et \u00ab long t\u00eate-\u00e0-t\u00eate \u00bb. Mais la suite des \u00e9changes nuance cette position. Ses sentiments, sa tendresse, ses go\u00fbts, ses souvenirs, ses occupations, ses projets, qu&#8217;il expose au cours des mois \u00e0 sa fianc\u00e9e, sonnent souvent comme des confidences. Tandis que dans les lettres lues d&#8217;abord par le p\u00e8re il se contente de \u00ab parler affaires \u00bb : il est par exemple question des cadeaux de mariage, couteaux, \u00ab ch\u00e2le et robe de soie \u00bb, \u00ab garniture de chemin\u00e9e \u00bb, etc. (Auguste Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_13_avril_1843\">13 avril 1843<\/a>). Parall\u00e8lement, chacun des fianc\u00e9s tient un journal qu\u2019ils liront plus tard ensemble, communiquant ainsi \u00ab en diff\u00e9r\u00e9 \u00bb, en toute discr\u00e9tion.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Pour contourner les obstacles \u00e0 l\u2019intimit\u00e9, on peut formuler de fa\u00e7on explicite une demande de garder la lettre pour soi.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Ce que je te dis l\u00e0 ma ch\u00e8re amie c&#8217;est une vraie confidence : car ce sont bien mes pens\u00e9es les plus intimes et que je n&#8217;ai dites \u00e0 personne si ce n&#8217;est \u00e0 Eug\u00e9nie mais tout ce que tu viens de m&#8217;\u00e9crire se rapporte si bien \u00e0 ces derni\u00e8res impressions sous lesquelles je suis encore que j&#8217;ai cru te faire plaisir en t&#8217;en faisant part mais pour toi seule [soulign\u00e9 par Caroline]. (Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine Isabelle Latham, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_21_et_samedi_23_janvier_1858\">21-23 janvier 1858<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Marie Mertzdorff, qui sait que ses lettres \u00e0 son p\u00e8re sont montr\u00e9es aux grands-parents (\u00ab\u00a0au moulin\u00a0\u00bb), nous l\u2019avons vu plus haut, et parfois \u00e0 d\u2019autres, proteste parfois. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit en d\u00e9tail la tenue qu\u2019elle mettra pour le mariage de son oncle elle interroge\u00a0: \u00ab\u00a0en quoi consistera la noce\u00a0? La c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019\u00e9glise et un d\u00eener n\u2019est-ce pas\u00a0? Dansera-t-on le soir\u00a0? voil\u00e0 ce qu\u2019il faut absolument savoir avant notre d\u00e9part car il nous faudrait des toilettes, les n\u00f4tres sont fan\u00e9es, ensuite admettant que l\u2019on danse sera-ce en robe d\u00e9collet\u00e9e ou bien une petite soir\u00e9e en robe ouverte devant\u00a0?\u00a0\u00bb et ajoute en PS \u00ab\u00a0Petit avis. Tu sais que mes lettres sont pour toi tout seul et qu\u2019elles se refusent compl\u00e8tement \u00e0 aller au-del\u00e0 du moulin. Tu me le promets n\u2019est-ce pas\u00a0?\u00a0\u00bb (Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_18_mars_1877\">18 mars 1877<\/a>)<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>M\u00eame au sein d\u2019un couple, pour une lettre tendre, la recommandation ne semble pas superflue\u00a0: \u00ab\u00a0Ne montre pas ma lettre\u00a0\u00bb demande Caroline (Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 son mari, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_11_janvier_1860\">11 janvier 1860<\/a>).<\/p>\r\n<p>&#8211; La technique est mise au service du caract\u00e8re collectif des lettres. \u00c9milie Mertzdorff-Froissart, qui a fait l\u2019acquisition d\u2019une machine \u00e0 \u00e9crire en 1903, peut reproduire des \u00ab lettres circulaires \u00bb dactylographi\u00e9es pour ses grands enfants dispers\u00e9s :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Mes chers enfants, je reprends le syst\u00e8me de la lettre collective pour vous donner des nouvelles de Douai (Lettre collective dactylographi\u00e9e d\u2019\u00c9milie Mertzdorff-Froissart, exemplaire \u00e0 son fils Louis, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_1er_mars_1918\">1<sup>er<\/sup> mars 1918<\/a>).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p>Elle ajoute pour chacun de ses enfants quelques mots manuscrits. Le p\u00e8re, Damas Froissart, utilise le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9390\" aria-describedby=\"caption-attachment-9390\" style=\"width: 274px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a style=\"font-weight: bold;background-color: transparent\" href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Ajout-manuscrit-a-la-lettre-circulaire-dactylographiee-1918-12-09.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-9390 size-medium\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Ajout-manuscrit-a-la-lettre-circulaire-dactylographiee-1918-12-09-274x300.png\" alt=\"\" width=\"274\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Ajout-manuscrit-a-la-lettre-circulaire-dactylographiee-1918-12-09-274x300.png 274w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Ajout-manuscrit-a-la-lettre-circulaire-dactylographiee-1918-12-09-456x500.png 456w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/Ajout-manuscrit-a-la-lettre-circulaire-dactylographiee-1918-12-09.png 635w\" sizes=\"auto, (max-width: 274px) 100vw, 274px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9390\" class=\"wp-caption-text\">Ajout manuscrit \u00e0 une lettre circulaire dactylographi\u00e9e, 9 d\u00e9cembre 1918<\/figcaption><\/figure>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h2>2- N\u00e9gliger l\u2019art d\u2019\u00e9crire<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Nombreux sont les manuels qui pr\u00e9tendent guider les \u00e9pistoliers au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<sup><a href=\"#footnote_9_9452\" id=\"identifier_9_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C&eacute;cile Dauphin, Pr&ecirc;te-moi ta plume&hellip; Les manuels &eacute;pistolaires au XIXe si&egrave;cle, &Eacute;ditions Kim&eacute;, 2000.\">9<\/a><\/sup>. L\u2019un d\u2019eux, <em>L&#8217;art de la correspondance<\/em> de Bescherelle consacre de copieuses pages au \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monial des lettres\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0 Quelle sorte de papier employer\u00a0? Quel titre, quelle qualit\u00e9 donner au personnage auquel vous \u00e9crivez? Quel blanc laisser entre ce titre, cette qualification, et la premi\u00e8re ligne\u00a0? quel autre blanc entre la derni\u00e8re ligne, l\u2019appellation et la souscription\u00a0? Par quelles formules terminer la lettre? De quelle mani\u00e8re la plier, et quel choix, quelle application convient-il de faire du cachet? etc., etc., toutes questions importantes, valent bien la peine de fixer un instant votre attention\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_10_9452\" id=\"identifier_10_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Henri Bescherelle, L&#039;art de la correspondance : nouveau manuel complet, th&eacute;orique et pratique du style &eacute;pistolaire... suivi de mod&egrave;les de lettres famili&egrave;res&hellip;, volume 1&nbsp;: Pr&eacute;ceptes , Paris, 1865, page 176.\">10<\/a><\/sup>. En opposition \u00e0 cet art \u00e9pistolaire si codifi\u00e9, Bescherelle mentionne du bout des l\u00e8vres les distances que l\u2019on peut prendre \u00ab lorsqu\u2019on est intime avec le correspondant \u00bb. Mettons en regard les injonctions qui concernent les intimes et la pratique qui les subvertit et signe une intimit\u00e9 revendiqu\u00e9e :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Deux personnes peuvent dans certains cas \u00e9crire dans la m\u00eame lettre, mais \u00ab\u00a0l\u2019une sur le premier feuillet, et l\u2019autre, sur le second\u00a0\u00bb (Bescherelle, p. 202).<\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9350\" aria-describedby=\"caption-attachment-9350\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecriture-sur-1-lettre-1865-07-10.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9350\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecriture-sur-1-lettre-1865-07-10-300x270.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecriture-sur-1-lettre-1865-07-10-300x270.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/2-ecriture-sur-1-lettre-1865-07-10.png 486w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9350\" class=\"wp-caption-text\">Deux auteurs pour une lettre &#8211; 10 juillet 1865<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>C\u2019est pourtant ce que ne font pas Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff et son fr\u00e8re L\u00e9on s\u2019adressant \u00e0 leur p\u00e8re (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_10_d%C3%A9cembre_1859\">10 d\u00e9cembre 1859<\/a>) ou Charles Mertzdorff et son \u00e9pouse Eug\u00e9nie Desnoyers, aux petites Marie et \u00c9milie : ces \u00e9critures m\u00eal\u00e9es offrent une vision d\u2019unit\u00e9, d\u2019entente, de partage des sentiments (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_10_juillet_1865\">10 juillet 1865<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Autre recommandation : les \u00ab ratures, interlignes et renvois \u00bb, qui annoncent \u00ab de la n\u00e9gligence et de l\u2019inattention \u00bb, obligent \u00e0 recommencer la lettre ; \u00ab cependant, quand il y a une sorte d\u2019intimit\u00e9, on peut se dispenser de refaire sa lettre ; mais il faut alors faire quelques excuses \u00bb (Bescherelle, p. 203).<\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9505\" aria-describedby=\"caption-attachment-9505\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/papier-rempli-marge-ecrite-Mi-octobre-1865.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9505\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/papier-rempli-marge-ecrite-Mi-octobre-1865-300x209.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"209\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/papier-rempli-marge-ecrite-Mi-octobre-1865-300x209.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/papier-rempli-marge-ecrite-Mi-octobre-1865-500x349.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/papier-rempli-marge-ecrite-Mi-octobre-1865.png 552w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9505\" class=\"wp-caption-text\">L&#8217;intimit\u00e9 manifest\u00e9e par le m\u00e9pris des conventions, mi-octobre 1865<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>Dans les lettres familiales le \u00abgriffonnage\u00bb n\u2019est pas rare et met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les lectrices et lecteurs.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9509\" aria-describedby=\"caption-attachment-9509\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/wecriture-croisee-11-avril-1860.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-9509 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/wecriture-croisee-11-avril-1860-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9509\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9criture crois\u00e9e, L\u00e9on Dum\u00e9ril \u00e0 ses parents, 11 avril 1860<\/figcaption><\/figure>\r\n<figure id=\"attachment_9576\" aria-describedby=\"caption-attachment-9576\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/ecriture-triplee-1856-08-15-page6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-9576 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/ecriture-triplee-1856-08-15-page6-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9576\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9critures superpos\u00e9es, 15 ao\u00fbt-1er septembre 1856<br \/>Eug\u00e9nie Desnoyers \u00e0 son amie Ad\u00e8le Dum\u00e9ril<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>Quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture crois\u00e9e, ou m\u00eame tripl\u00e9e, les auteurs de manuels n\u2019osent m\u00eame pas y penser\u00a0!<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>Des excuses sont parfois formul\u00e9es pour se faire pardonner \u00e9criture rel\u00e2ch\u00e9e et \u00ab griffonnage \u00bb : \u00ab Mme Buffet est l\u00e0, je vous demande bien pardon de ce griffonnage \u00bb (Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards \u00e0 F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Fin_d%C3%A9cembre_1873\">Fin d\u00e9cembre 1873<\/a>) ; \u00ab Adieu ma ch\u00e8re Eug\u00e9nie, pardonnez-moi ce vilain griffonnage, mes quatre mois de lit sont l\u00e0 pour m\u2019excuser \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_23_janvier_1865\">23 janvier 1865<\/a>).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Ailleurs, un \u00ab atroce et sale \u00a0griffonnage \u00bb semble invoqu\u00e9 plus pour souligner la familiarit\u00e9 que pour commenter l\u2019\u00e9criture, qui reste bien lisible et d\u00e9ment le jugement n\u00e9gatif de l\u2019autrice :\u00a0<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Adieu, ma ch\u00e8re petite Ad\u00e8le, pardonne-moi mon atroce et sale griffonnage mais c&#8217;est \u00e0 genoux que je t&#8217;\u00e9cris et tu comprends que la position n&#8217;est pas commode (Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine Ad\u00e8le Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/D%C3%A9but_septembre_1856\">d\u00e9but septembre 1856<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9363\" aria-describedby=\"caption-attachment-9363\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/atroce-griffonnage-1856.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9363\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/atroce-griffonnage-1856-300x134.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"134\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/atroce-griffonnage-1856-300x134.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/atroce-griffonnage-1856-500x223.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/atroce-griffonnage-1856-768x343.png 768w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/atroce-griffonnage-1856.png 848w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9363\" class=\"wp-caption-text\">Griffonnage ou \u00e9criture lisible ? Lettre de Caroline Dum\u00e9ril, d\u00e9but septembre 1856<\/figcaption><\/figure>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; On ne peut se permettre des post-scriptum, o\u00f9 g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab on croit voir une teinte d\u2019impolitesse \u00bb, qu\u2019avec les personnes intimes (Bescherelle, p. 204). D\u2019autres manuels bannissent les abr\u00e9viations \u00ab consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant de mauvais go\u00fbt \u00bb. C\u2019est pratique courante chez les Dum\u00e9ril-Mertzdorff, qui font fi de l\u2019impolitesse.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>&#8211; Il est conseill\u00e9 aussi \u00ab de ne pas \u00e9crire avec trop d&#8217;abondance aux \u00e9trangers \u00bb<sup><a href=\"#footnote_11_9452\" id=\"identifier_11_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Baronne Staffe, La correspondance dans toutes les circonstances de la vie, L. Chailley, Paris, 1895, p.&nbsp;11-12.\">11<\/a><\/sup>. Dans les lettres familiales au contraire on attend de longues lettres et on se plaint du manque d\u2019abondance\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>tes bonnes lettres me font tant de bien, je suis si contente de les trouver telles que je les souhaitais que je veux t&#8217;en remercier ; et si tu veux continuer \u00e0 m&#8217;\u00e9crire ainsi longuement et souvent mon plus grand plaisir, durant ton absence, sera notre correspondance et je te promets de mon c\u00f4t\u00e9 d&#8217;\u00eatre exacte. (Eug\u00e9nie Desnoyers \u00e0 sa s\u0153ur, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_3_et_samedi_4_octobre_1862\">3-4 octobre 1862<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\">Les \u00e9pistoliers, retournant les codes, bousculent les mod\u00e8les, et cette libert\u00e9 marque leur proximit\u00e9 affective.\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\">&#8211; \u00c9crire comme on parlerait. \u00ab Peut-on, dans une lettre, prendre le ton familier qu\u2019autorise une conversation intime ? Oui, pourvu que ce ton ne soit pas vulgaire \u00bb<sup><a href=\"#footnote_12_9452\" id=\"identifier_12_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Comtesse de Boissieux, Cours abr&eacute;g&eacute; de style &eacute;pistolaire , 1878.\">12<\/a><\/sup>. La lettre comme substitut de la conversation est un lieu commun. Au c\u0153ur du t\u00eate-\u00e0-t\u00eate, les \u00e9pistoliers cherchent \u00e0 recr\u00e9er la pr\u00e9sence de l\u2019autre. \u00ab\u00a0 Comme toujours ta bonne lettre m\u2019a fait le plus grand plaisir, te lisant il me semble te voir et t\u2019entendre \u00bb (<a href=\"http:\/\/samedi 16 juin 1877 B\">16 juin 1877<\/a>) avoue Charles Mertzdorff \u00e0 sa fille. Et celle-ci\u00a0:<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\"><span style=\"color: #767676\">\u00ab Je t\u2019embrasse donc<\/span><span style=\"color: #767676\"> c<\/span><span style=\"color: #767676\">omme<\/span><span style=\"color: #767676\"> je t\u2019aime mon bon petit Papa, je suis l\u00e0 \u00e0 \u00e9crire devant ta photographie et il me semble que je te vois \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_22_avril_1877\">22 avril 1877<\/a>). \u00ab Je t\u2019envoie 2 petites violettes de Montmorency cueillies le jour de mes 18 ans \u00bb ajoute-t-elle en post-scriptum. L\u2019affection se dit et l\u2019intimit\u00e9 se traduit d\u00e8s incipit par des formules telles que \u00ab ma petite Gla \u00bb (entre s\u0153urs) ; \u00ab Ma grande s\u0153ur ch\u00e9rie \u00bb ; \u00ab Ma grosse ch\u00e9rie \u00bb (Charles Mertzsorff \u00e0 sa fille) ; \u00ab\u00a0 ma ch\u00e8re petite femme (lis mon petit cornichon ch\u00e9ri) \u00bb (Charles Mertzdorff \u00e0 son \u00e9pouse Caroline Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_6_mai_1860\">6 mai 1860<\/a>).<\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\">Le d\u00e9sir de stricte intimit\u00e9 se devine lorsque Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorffenjoint \u00e0 sa s\u0153ur : \u00ab je br\u00fble les lettres \u00e0 mesure que les suivantes arrivent. Fais-en autant des miennes. (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_5_et_mercredi_6_d%C3%A9cembre_1871\">5-6 d\u00e9cembre 1871<\/a>). \u00c0 l\u2019aune de nos crit\u00e8res, cette lettre pourtant conserv\u00e9e ne semble pas m\u00e9riter cette brutale censure.<\/span><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h1>III- Les domaines de l\u2019intime<\/h1>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Mme Drohojowska\u00a0peine \u00e0 d\u00e9finir la correspondance intime\u00a0: \u00ab\u00a0il est impossible de classer par cat\u00e9gories distinctes les correspondances intimes. Car, de m\u00eame que, dans une conversation, on sera tour \u00e0 tour grave et s\u00e9rieux, on fera de la morale et on laissera \u00e9chapper une saillie, ainsi, dans une lettre d\u2019intimit\u00e9, \u00e0 moins qu\u2019on n\u2019ait un sujet tout sp\u00e9cial de tristesse ou de joie, il sera difficile de rester sur le m\u00eame ton pendant plusieurs pages, de sorte que la m\u00eame lettre sera, selon le paragraphe qui frappera les yeux, famili\u00e8re, badine, s\u00e9rieuse et morale.\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_13_9452\" id=\"identifier_13_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Antoinette-Jos&eacute;phine-Fran&ccedil;oise-Anne Drohojowska, Du style &eacute;pistolaire, P&eacute;risse, Paris, 1857, 2 volumes, 235 et 120 p., in-18, page 151.\">13<\/a><\/sup>.\u00a0Cette impossibilit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir n\u2019emp\u00eache pas de donner des conseils\u00a0: \u00ab\u00a0Le c\u0153ur et l\u2019esprit doivent se montrer \u00e0 d\u00e9couvert dans ces sortes de lettres\u00a0\u00bb\u00a0; un \u00ab\u00a0style \u00e9l\u00e9gant et soign\u00e9, mais sans pr\u00e9tention\u00a0\u00bb ; un \u00ab\u00a0ton soit l\u00e9ger, s\u00e9rieux ou badin, mais qu\u2019il ait toujours de la vivacit\u00e9.\u00a0\u00bb Si l\u2019on s\u2019\u00e9panche, le faire \u00ab\u00a0simplement, sans emphase\u00a0\u00bb, et ne pas remplir \u00ab tout enti\u00e8re sa lettre de r\u00e9flexions sur ce qui vous est personnel\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0parler \u00e0 votre amie de ses affections, de ses esp\u00e9rances, d\u2019elle-m\u00eame enfin\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">V\u00e9ronique Mont\u00e9mont, sp\u00e9cialiste de l\u2019autobiographie et du journal personnel, note : \u00ab Au d\u00e9but du<\/span> XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, deux sens principaux [du mot intime] se d\u00e9gagent. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, celui, proche de l\u2019\u00e9tymologie, qui conserve l\u2019id\u00e9e du plus proche ou du plus profond, y compris sur le plan physique ou mat\u00e9riel [] De l\u2019autre, celui qui se colore de plus en plus de psychologie et met l\u2019accent sur l\u2019introspection\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_14_9452\" id=\"identifier_14_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"V&eacute;ronique Mont&eacute;mont, &laquo;&nbsp;Une br&egrave;ve histoire du mot &lsquo;intime&rsquo;&nbsp;&raquo;, La Faute &agrave; Rousseau, n&deg;93, juin 2023, page 12.\">14<\/a><\/sup>. \u00c0 cela s\u2019ajoute, avec le Romantisme, la dimension nouvelle du secret. Chaque membre de la famille Dum\u00e9ril-Mertzdorff d\u00e9finit lui-m\u00eame ce qu\u2019il per\u00e7oit comme intime, et ces domaines empruntent au feuilletage de sens du mot\u00a0: se retrouvent, selon les \u00e9pistoliers, les pr\u00e9occupations du quotidien, le spirituel et les affects.<\/span><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h2>1- Les pr\u00e9occupations du quotidien<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Entre s\u0153urs aimantes, \u00ab parler des petits riens qui constituent la vie d&#8217;une ma\u00eetresse de maison, si riens peuvent s&#8217;appeler des ennuis de cuisini\u00e8re, des petites r\u00e9clamations par ci ou par l\u00e0, enfin le d\u00e9sir de bien faire et la crainte de ne pas arriver \u00e0 son but \u00bb permet de \u00ab\u00a0continuer une correspondance intime \u00bb (Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff \u00e0 sa s\u0153ur, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_6_et_vendredi_7_octobre_1864\">6-7 octobre 1864<\/a>). \u00c0 son \u00e9poux Charles Mertzdorff, Eug\u00e9nie Desnoyers raconte :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #767676;font-size: 19px;font-style: italic\">Ma tante Pr\u00e9vost nous est arriv\u00e9e \u00e0 4h avec Mme Lafisse apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 constater les d\u00e9g\u00e2ts de sa maison du parc. Elle nous est rest\u00e9e avec sa bonne, et couche dans la chambre au-dessus de la cuisine, o\u00f9 on a transport\u00e9 notre grand lit. J&#8217;ai un petit lit semblable \u00e0 ceux qu&#8217;occupent mes deux ch\u00e9ries et o\u00f9 je ne pourrais t&#8217;offrir l&#8217;hospitalit\u00e9, mais que cela ne t&#8217;emp\u00eache pas de venir nous trouver quand tu le voudras, car il est d\u00e9j\u00e0 arrang\u00e9, par maman, que j&#8217;irai te tenir compagnie dans la chambre au-dessus de la cuisine. Tu veux des d\u00e9tails, en voil\u00e0 j&#8217;esp\u00e8re, et d&#8217;intimes. (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_1er_et_dimanche_2_juillet_1871_(B)\">1er-2 juillet 1871<\/a>)<\/span><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Faire rentrer son mari comme sa s\u0153ur dans le d\u00e9tail des arrangements domestiques est marque d\u2019intimit\u00e9 pour Eug\u00e9nie . L\u2019allusion \u00e0 la chambre conjugale lorsqu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 son mari ne renforce-t-elle pas ce caract\u00e8re pour la jeune femme pudique ?<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Pour une autre personne, qui \u00ab\u00a0entre dans tous les d\u00e9tails intimes\u00a0\u00bb avec sa cousine, parce que, dit-elle, \u00ab\u00a0 je sais que tu t\u2019int\u00e9resses \u00e0 tout ce qui nous concerne et je sais que tu les recevras avec plaisir\u00a0\u00bb, il s\u2019agit de nouvelles familiales &#8211; autres sortes de banalit\u00e9s\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Tu sais que Sophie promet de me rendre grand\u2019m\u00e8re fin D\u00e9cembre ou commencement de Janvier, elle se porte \u00e0 merveille et n\u2019a eu aucune des indispositions qui accompagnent d\u2019ordinaire une grossesse. Ce petit m\u00e9nage de Landrecies est tr\u00e8s uni et heureux ; M. Billot vient d\u2019\u00eatre pour la seconde fois, propos\u00e9 \u00e0 l\u2019avancement, on peut donc esp\u00e9rer qu\u2019il ne se fera pas trop attendre ; ses chefs l\u2019aiment et l\u2019estiment. Nous avions quelque crainte que le revenu du jeune m\u00e9nage ne fut pas tout \u00e0 fait suffisant, et nous voyons qu\u2019avec l\u2019ordre et l\u2019\u00e9conomie qu\u2019ils ont su \u00e9tablir chez eux ils font des \u00e9conomies. (Cl\u00e9mentine Declercq-Devot \u00e0 F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_12_septembre_1878\">12 septembre 1878<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h2>2- Le spirituel<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Merci pour les d\u00e9tails que vous me donnez sur votre famille, ils m\u2019int\u00e9ressent on ne peut plus [] donnez-moi touchant votre position ces d\u00e9tails intimes qui deviennent si pr\u00e9cieux en pr\u00e9sence d\u2019un \u00e9loignement prolong\u00e9 et sans terme, h\u00e9las je le pr\u00e9vois, je le sens. Comme vous me le dites nous voici arriv\u00e9s aux confins de la vieillesse (Constant Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_30_octobre_1873\">30 octobre 1873<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Dans cette m\u00eame lettre les maux physiques conduisent \u00e0 des consid\u00e9rations philosophiques et religieuses\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>la vie que nous avons parcourue a \u00e9t\u00e9 certainement bien parsem\u00e9e d\u2019\u00e9pines et de ronces, elle ne vaut pas que nous lui accordions le moindre regret, c\u2019est dans ce sentiment que j\u2019en vois arriver le terme car je crois que le repos v\u00e9ritable ne se rencontre que par-del\u00e0 notre existence et j\u2019ai pour ma part bien m\u00e9rit\u00e9 de me reposer.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Ce registre, plus spirituel que mat\u00e9riel, n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 la jeunesse. Lorsque Caroline Dum\u00e9ril envoie \u00e0 sa cousine \u00ab\u00a0un griffonnage assez consid\u00e9rable et assez intime pour [se] faire absoudre\u00a0\u00bb de n\u2019avoir pas \u00e9crit plus t\u00f4t \u00e0 cause d\u2019une grave maladie, elle avoue\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>\u00a0\u00e0 deux reprises je me suis crue bien pr\u00e8s de m&#8217;en aller [] Que je me suis trouv\u00e9e peu de chose et combien ma vie me semblait peu remplie, pourtant, figure-toi que je n&#8217;\u00e9prouvais pas de frayeur \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de quitter le monde et il me semblait qu&#8217;il y avait l\u00e0-haut quelque chose de magnifique, pourtant j&#8217;ai bien pri\u00e9 pour demander encore des ann\u00e9es de vie et j&#8217;ai demand\u00e9 aussi des \u00e9preuves et la gr\u00e2ce de les bien supporter afin de para\u00eetre les mains pleines au tribunal de la justice et ce que je ne cessais de dire tout en souffrant c&#8217;\u00e9tait : Seigneur, seigneur, accordez-moi de faire quelque chose pour vous, je ne suis pas encore digne de mourir, je n&#8217;ai pas encore assez souffert. (Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine Isabelle Latham, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_21_et_samedi_23_janvier_1858\">21-23 janvier 1858<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Ces m\u00e9ditations sur la mort et la religion, caract\u00e9ristiques de l\u2019intimit\u00e9 entre les \u00e9pistoliers au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, perdurent comme marqueurs au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, que l\u2019on ait 22 ans comme Caroline ou 64\u00a0ans comme Constant Dum\u00e9ril. La religiosit\u00e9 d\u00e9monstrative de F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril impr\u00e8gne tous ses \u00e9crits, ses \u00e9motions et ses actions. Elle ne cesse d\u2019implorer l\u2019intercession des \u00ab\u00a0deux m\u00e8res\u00a0\u00bb d\u00e9c\u00e9d\u00e9es de ses petites-filles\u00a0: sa fille (m\u00e8re biologique) puis la femme qui a \u00e9lev\u00e9 les orphelines\u00a0:<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Tes deux m\u00e8res ch\u00e9ries qui sont au Ciel sourient sans cesse \u00e0 nos bonnes petites, et tous, dans un sentiment intime qu\u2019on sent mieux qu\u2019on ne peut exprimer, nous remercions Dieu de nous avoir donn\u00e9 deux petites filles que nous aimons tant. (F\u00e9licit\u00e9 Dum\u00e9ril \u00e0 sa petite-fille Marie Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_14_avril_1874\">14 avril 1874<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Les Dum\u00e9ril expriment l\u2019intime dans un registre o\u00f9 le r\u00e9cit factuel est baign\u00e9 de religiosit\u00e9. La profondeur de la foi est \u00e0 la fois \u00e9prouv\u00e9e en son for int\u00e9rieur et impos\u00e9e en partage \u00e0 la communaut\u00e9 familiale. En lecteurs de Lamartine (il est cit\u00e9 en t\u00eate d\u2019un livre de copie), ils pourraient \u00eatre \u00e0 l\u2019unisson du po\u00e8te : &#8220;Et tu veux aujourd&#8217;hui qu&#8217;ouvrant mon c\u0153ur au tien,\/\u00a0je renoue en ces vers notre intime entretien ? \/\u00a0Tu demandes de moi les haltes de ma vie ? \/\u00a0Le compte de mes jours ?&#8221; (Alphonse de Lamartine, <em>Harmonies po\u00e9tiques et religieuses<\/em>, 1830).<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<h2>3- Les affects<\/h2>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9519\" aria-describedby=\"caption-attachment-9519\" style=\"width: 243px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a style=\"font-weight: bold;background-color: transparent\" href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/declaration-damour-Person-de-Teyssedre.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-9519 size-medium\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/declaration-damour-Person-de-Teyssedre-243x300.png\" alt=\"\" width=\"243\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/declaration-damour-Person-de-Teyssedre-243x300.png 243w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/declaration-damour-Person-de-Teyssedre-406x500.png 406w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/declaration-damour-Person-de-Teyssedre.png 477w\" sizes=\"auto, (max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9519\" class=\"wp-caption-text\">Le cat\u00e9chisme des amants ou L&#8217;art de faire l&#8217;amour : donnant la mani\u00e8re d&#8217;approcher une jeune demoiselle&#8230; termin\u00e9 par Les maximes du mariage ou Les devoirs de la femme mari\u00e9e, A. Person de Teyss\u00e8dre, 1883 [Source gallica.bnf.fr\/BnF]<\/figcaption><\/figure>\r\n<p class=\"wp-block-embed\"><span style=\"font-size: 16px\">Dans sa vieillesse, en 1906, Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril fait recopier des liasses de lettres anciennes et le journal tenu par son \u00e9poux d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis plus de trente ans. Les copies sont rassembl\u00e9es en volumes reli\u00e9s<sup><a href=\"#footnote_15_9452\" id=\"identifier_15_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet : Les livres de copies : Autour d&rsquo;Auguste Dum&eacute;ril.\">15<\/a><\/sup>. En t\u00eate du premier volume qui concerne le d\u00e9but des ann\u00e9es 1840, elle trace elle-m\u00eame, d\u2019une \u00e9criture trembl\u00e9e\u00a0:<\/span><\/p>\r\n<figure class=\"wp-block-embed\">\r\n<div>\r\n<figure id=\"attachment_9524\" aria-describedby=\"caption-attachment-9524\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/livre-de-copies.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9524\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/livre-de-copies-300x51.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"51\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/livre-de-copies-300x51.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/livre-de-copies-500x85.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/livre-de-copies.png 568w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9524\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0D\u00e9tails confidentiels\u00a0\u00bb, 1841-1906<\/figcaption><\/figure>\r\n<\/div>\r\n<p>\u00ab Souvenirs r\u00e9trospectifs. D\u00e9tails confidentiels l\u00e9gu\u00e9s dans ma 87<sup>e<\/sup> ann\u00e9e \u00e0 mes bons petits-enfants Pierre et Marie-Louise Soleil, en Septembre 1906. V<sup>ve<\/sup> Auguste Dum\u00e9ril \u00bb.<\/p>\r\n<\/figure>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-publier-une-correspondance wp-block-embed-publier-une-correspondance\">\r\n<p class=\"wp-block-embed__wrapper\">Suivent le \u00ab Journal de fian\u00e7ailles d\u2019Auguste Dum\u00e9ril (2 novembre 1841-27 janvier 1843) \u00bb, pages 1-93 ; les \u00ab Lettres relatives au mariage de Auguste Dum\u00e9ril (9 mars 1842-d\u00e9cembre 1842) \u00bb, p. 95-219 ; puis les \u00ab Lettres entre Auguste et Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril (26 ao\u00fbt 1842-1<sup>er<\/sup> avril 1843)\u00a0\u00bb, p. 220-306.<\/p>\r\n<\/figure>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Tout ce volume est relatif aux relations avec les deux cousins, depuis les premi\u00e8res rencontres et les fian\u00e7ailles, jusqu\u2019au mariage en mai 1843<sup><a href=\"#footnote_16_9452\" id=\"identifier_16_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Dani&egrave;le Poublan, &laquo; Les lettres font-elles les sentiments ? S&rsquo;&eacute;crire avant le mariage au milieu du XIXe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;&raquo;, dans S&eacute;duction et Soci&eacute;t&eacute;s, sous la direction d&rsquo;Arlette Farge et C&eacute;cile Dauphin, Seuil, 2001.\">16<\/a><\/sup>.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>On ne va pas revenir ici sur le d\u00e9roulement heurt\u00e9 de leurs fian\u00e7ailles, contrari\u00e9es par l\u2019opposition de la future belle-m\u00e8re, farouche catholique, au pr\u00e9texte que le fianc\u00e9 est protestant. Retenons l\u2019aspiration des jeunes gens (elle a 20 ans et lui 30) \u00e0 une v\u00e9ritable intimit\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 un colloque singulier, sans t\u00e9moin. Auguste rappelle leur rencontre \u00ab parfaitement permise \u00bb, \u00ab sous les yeux \u00bb du p\u00e8re, du fr\u00e8re et de la s\u0153ur, \u00ab destin\u00e9e \u00e0 nous donner la libert\u00e9 d\u2019\u00e9changer nos pens\u00e9es intimes \u00bb. Mais il aspire \u00e0 \u00ab une seconde conversation \u00bb, par \u00e9crit seulement, dont il d\u00e9plore qu\u2019elle \u00ab perde bien de son charme \u00bb puisqu\u2019il n\u2019a \u00ab pas le bonheur d\u2019entendre [sa] voix [<span style=\"font-size: 16px\">lui] r\u00e9pondre, cette voix qui a dit de si bonnes paroles dont [il] emporte un bien pr\u00e9cieux et bien doux souvenir. \u00bb (Auguste Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine Eug\u00e9nie, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_26_ao%C3%BBt_1842_(B)\">26 ao\u00fbt 1842<\/a>)<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\"><!-- \/wp:paragraph --><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px;color: #767676\">C\u2019est par \u00e9crit qu\u2019Eug\u00e9nie avoue, quelques semaines avant le mariage : \u00ab\u00a0 Oui, mon bon Auguste, vous seul m\u2019avez fait penser au bonheur, et nul autre que vous ne me l\u2019a fait d\u00e9sirer. \u00bb (Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril \u00e0 son cousin et fianc\u00e9 Auguste Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_20_et_mardi_21_mars_1843\">20 -21 mars 1843<\/a>)<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\"><!-- \/wp:paragraph --><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\"><!-- wp:paragraph --><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 16px\">Quelques ann\u00e9es plus tard, Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril \u00e9crit \u00e0 son mari parti en voyage en Allemagne. Apr\u00e8s avoir \u00ab\u00a0 cont\u00e9 tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00bb depuis le d\u00e9part<\/span> en voyage de son mari (son propre voyage de Douai \u00e0 Paris, la sant\u00e9 de leur fille Ad\u00e8le qui \u00ab\u00a0 a tr\u00e8s bien mang\u00e9, en route, du pain avec du chocolat \u00bb, les visites faites), elle propose de causer \u00ab\u00a0un peu intimement du pr\u00e9sent \u00bb avec son \u00ab bien-aim\u00e9 \u00bb (Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril \u00e0 son mari \u00e0 Mayence, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_15_septembre_1846_(A)\">15 septembre 1846<\/a>). Elle \u00e9voque d\u2019abord, pour balayer l\u2019incident (\u00ab n\u2019en parlons plus, mon bien-aim\u00e9 \u00bb), la crise \u00ab d\u00e9raisonnable \u00bb qui l\u2019a secou\u00e9e la veille de la s\u00e9paration. Arm\u00e9e du nouveau \u00ab courage qu\u2019[il] voudrais [lui] sentir \u00bb, elle s\u2019\u00e9panche. La causerie intime qui suit est une tendre et pudique d\u00e9claration d\u2019amour :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><span style=\"font-size: 19px;color: #767676;font-style: italic\">Mon c\u0153ur est en toi, je t\u2019appartiens corps et \u00e2me : une affection comme la n\u00f4tre est le plus grand bonheur de la vie, et fait oublier le peu de mauvais moments, si bien compens\u00e9s par le long bonheur r\u00e9el, et en perspective. [] Tranquillise-toi, amuse-toi, jouis bien, de ce temps magnifique. Ne sommes-nous pas ensemble de c\u0153ur ? Ne nous couchons-nous pas, l\u2019un pr\u00e8s de l\u2019autre, puisque tu penses \u00e0 moi, pendant que je pense \u00e0 toi ? Et puis, l\u2019arriv\u00e9e sera bien f\u00eat\u00e9e. L\u2019ancienne permission sera rendue. Apr\u00e8s une courte absence, nos deux c\u0153urs seront plus unis que jamais. \u00bb (Eug\u00e9nie Dum\u00e9ril \u00e0 son mari Auguste Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_15_septembre_1846_(A)\">15 septembre 1846<\/a>)<\/span><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Seul<span style=\"font-size: 16px\">s comptent les sentiments et l\u2019effusion. Les d\u00e9tails mat\u00e9riels, socles de l\u2019intimit\u00e9 entre les deux s\u0153urs Eug\u00e9nie et Agla\u00e9, sont bannis entre les \u00e9poux : \u00ab Je disposerai tout, pour n\u2019avoir plus rien \u00e0 faire \u00e0 ton arriv\u00e9e \u00bb poursuit-elle. Dans les lettres conserv\u00e9es il n\u2019est question de sexualit\u00e9 que de fa\u00e7on tr\u00e8s allusive.<\/span><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Lorsqu\u2019on avance dans le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019expression \u00ab sentiment intime \u00bb appara\u00eet, reflet de l\u2019\u00e9poque qui voit s\u2019affirmer la dimension int\u00e9rieure de chacun, la manifestation des sensations individuelles. Pendant le Si\u00e8ge de Paris l\u2019enfermement, l\u2019isolement et les dangers aiguisent la sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9loignement des \u00eatres chers. De courtes missives, incertaines d\u2019arriver \u00e0 destination, sont confi\u00e9es \u00e0 des ballons mont\u00e9s qui s\u2019\u00e9chappent de la ville :<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Plusieurs ballons partent par jour il en passe souvent sur nos t\u00eates ; rien n&#8217;est plus \u00e9mouvant que d&#8217;apercevoir ces messagers dans l&#8217;espace, livr\u00e9s au gr\u00e9 du vent et de tous les malheurs qui peuvent les menacer porteurs des sentiments les plus intimes de chacun. (Jeanne Target-Desnoyers \u00e0 sa fille Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff, en Alsace, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_9_novembre_1870\">9 novembre 1870<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Ce sont aussi les \u00ab sentiments intimes \u00bb de sa s\u0153ur et son beau-fr\u00e8re que veut partager le couple Froissart, qui parle de leur \u00ab \u00e9tat d\u2019\u00e2me \u00bb voisin (\u00c9milie Mertzdorff-Froissart \u00e0 sa s\u0153ur, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_26_juillet_1903\">26 juillet 1903<\/a>).<\/p>\r\n<p>***<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Les mots \u00ab intime \u00bb et \u00ab intimit\u00e9 \u00bb point\u00e9s dans la correspondance focalisent sur la perception propre des \u00e9pistoliers. Cependant une relation personnelle, exclusive et sinc\u00e8re existe hors l&#8217;emploi de ces mots. Les aspects mat\u00e9riels de la lettre la traduisent, nous l&#8217;avons vu, et leur tonalit\u00e9 la d\u00e9voile.\u00a0Si l\u2019on peut rep\u00e9rer des points de recouvrement de sensibilit\u00e9 entre les \u00e9poques et les milieux, il convient d\u2019acter la subjectivit\u00e9 du choix de la d\u00e9limitation de ce qui est intime et de ce qui l&#8217;est pas.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_9739\" aria-describedby=\"caption-attachment-9739\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/MAD-expo-intime.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9739\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/MAD-expo-intime-300x167.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"167\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/MAD-expo-intime-300x167.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2024\/10\/MAD-expo-intime.png 362w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-9739\" class=\"wp-caption-text\">Affiche de l\u2019exposition \u00ab L\u2019intime, de la chambre aux r\u00e9seaux sociaux \u00bb au Mus\u00e9e des Arts d\u00e9coratifs, Paris, 2024-2025.<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>Le corps, la sant\u00e9, le vieillissement semblent appartenir au territoire de l\u2019intime. Dans les lettres conserv\u00e9es, le th\u00e8me du corps souffrant est peut-\u00eatre d\u2019autant plus facilement abord\u00e9 que plusieurs \u00e9pistoliers sont m\u00e9decins . Il est parl\u00e9 de la grossesse d\u2019Alphonsine Delaroche-Dum\u00e9ril<sup><a href=\"#footnote_17_9452\" id=\"identifier_17_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet : Fatigues de m&egrave;res.\">17<\/a><\/sup> comme des derniers jours de son neveu Auguste Dum\u00e9ril<sup><a href=\"#footnote_18_9452\" id=\"identifier_18_9452\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet : Auguste Dum&eacute;ril : la fin.\">18<\/a><\/sup>. En revanche, le corps glorieux ni la sexualit\u00e9 ne se verbalisent dans la classe sociale \u00e0 laquelle appartiennent les correspondants. Le plaisir se laisse pourtant deviner chez certaines femmes : \u00ab\u00a0je suis en mal de toi \u00bb \u00e9crit Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 son mari avant de l\u2019embrasser \u00ab mille et mille fois \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_11_janvier_1860\">11 janvier 1860<\/a>).<br \/>D\u2019autres propos se lisent comme des confidences : Charles Mertzdorff avouant \u00e0 sa fille sur le point de se marier que lui-m\u00eame \u00ab n\u2019a joui que 4 ans de bonheur \u00bb (Charles Mertzdorff \u00e0 sa fille, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_31_mars_1880\">31 mars 1880<\/a>), gommant ainsi les ann\u00e9es de son second mariage, ou Andr\u00e9 Marie Constant Dum\u00e9ril \u00e0 sa m\u00e8re, apr\u00e8s une rupture amoureuse : \u00ab\u00a0je n&#8217;ai eu aucun plaisir dans la vie. je n&#8217;ai pas connu le bonheur \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_3_ao%C3%BBt_1801,_15_thermidor_an_IX\">3 ao\u00fbt 1801<\/a>). Outrepassant les fronti\u00e8res trac\u00e9es par les protagonistes eux-m\u00eames, contraints par de rigides exigences de d\u00e9cence, se dessine un espace diffus de mots, de phrases, de pratiques, qui rendent sensible l\u2019intime dans ce milieu de bourgeois catholiques ais\u00e9s.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p>Se raconter c\u2019est aussi se soumettre au jugement de l\u2019autre. L\u2019intimit\u00e9 sous contr\u00f4le familial participe de la transmission de valeurs sociales et patrimoniales. M\u00eame dans le strict dialogue une surveillance s\u2019exerce sur l\u2019autre \u00e0 travers l\u2019intimit\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e. Le jeune Victor Hugo admonestait ainsi sa fianc\u00e9e Ad\u00e8le Foucher : \u00ab Ne te souviens-tu donc jamais que je suis ton mari, que je dois \u00eatre le confident unique et le d\u00e9positaire l\u00e9gitime de toutes tes pens\u00e9es ; que cette communication mutuelle et intime, qui ne nous est permise que par lettres, est un de mes droits comme un de tes devoirs \u00bb (<em>Lettres \u00e0 la fianc\u00e9e<\/em>, 29 d\u00e9cembre 1821). L\u2019intimit\u00e9 \u00e0 laquelle certain.e.s aspirent oscille entre droit revendiqu\u00e9 et devoir assum\u00e9.<\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\r\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p><ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_9452\" class=\"footnote\">\u00ab Freud, la r\u00e9volution de l\u2019intime \u00bb, conf\u00e9rence d\u2019\u00c9lisabeth Roudinesco \u00e0 la fondation Sigmund-Freud, 2010.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_9452\" class=\"footnote\">Pour une bibliographie compl\u00e8te s\u2019agissant des \u00e9critures du moi, voir le site de Philippe Lejeune : <a href=\"http:\/\/www.autopacte.org\/\">www.autopacte.org<\/a>. On pourra ajouter\u00a0: Fran\u00e7oise Simonet-Tenant, \u00ab\u00a0Pour une approche historique de l\u2019intime\u00a0\u00bb, <em>Cliniques<\/em>, 2020\/1 N\u00b0 19, p.19-32 et Philippe Arti\u00e8res, <em>Histoire de l&#8217;intime<\/em>, Paris, CNRS, coll. \u00ab \u00c0 l&#8217;\u0153il nu \u00bb, 2022, 148 p., illustration Vanessa V\u00e9rillon.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_9452\" class=\"footnote\">Pierre Richelet, <em>Dictionnaire fran\u00e7ois, contenant g\u00e9n\u00e9ralement tous les mots tant vieux que nouveaux et plusieurs remarques sur la langue fran\u00e7oise<\/em>, 1706.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_9452\" class=\"footnote\">C\u00e9cile Dauphin, Pierrette P\u00e9zerat, Dani\u00e8le Poublan, <em>Ces Bonnes Lettres<\/em>, Albin Michel, 1995, page 182 et suivantes.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_9452\" class=\"footnote\">\u00c9tienne Ducret, <em>Le secr\u00e9taire pour tous : notions sur le style \u00e9pistolaire, correspondance familiale<\/em>\u2026, A.-L. Guyot, Paris, 1 vol. in-16, 184 p., page 12.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_9452\" class=\"footnote\">Illustration choisie bien que conjugalit\u00e9 ne soit pas toujours synonyme d\u2019amour.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_9452\" class=\"footnote\">Voir \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/Les livres de copies \u2014 Une correspondance familiale (ehess.fr)\">Les livres de copies<\/a>\u00a0\u00bb sur le site <em>S&#8217;\u00e9crire au XIX<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> si\u00e8cle.<\/em> <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_9452\" class=\"footnote\">Voir le billet \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/Embrassez tout le monde pour moi \u00bb | Publier une correspondance (hypotheses.org)\">Embrassez tout le monde pour moi<\/a>\u00a0\u00bb. <u><\/u>\u00a0<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_9_9452\" class=\"footnote\">C\u00e9cile Dauphin, <em>Pr\u00eate-moi ta plume\u2026 Les manuels \u00e9pistolaires au XIX<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> si\u00e8cle<\/em>, \u00c9ditions Kim\u00e9, 2000.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_10_9452\" class=\"footnote\"><em>Henri Bescherelle, L&#8217;art de la correspondance : nouveau manuel complet, th\u00e9orique et pratique du style \u00e9pistolaire&#8230; suivi de mod\u00e8les de lettres famili\u00e8res\u2026, v<\/em>olume 1\u00a0: <em>Pr\u00e9ceptes<\/em> , Paris, 1865, page 176.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_11_9452\" class=\"footnote\">Baronne Staffe, <em>La correspondance dans toutes les circonstances de la vie<\/em>, L. Chailley, Paris, 1895, p.\u00a011-12.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_12_9452\" class=\"footnote\">Comtesse de Boissieux, <em>Cours abr\u00e9g\u00e9 de style \u00e9pistolaire<\/em> , 1878.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_12_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_13_9452\" class=\"footnote\">Antoinette-Jos\u00e9phine-Fran\u00e7oise-Anne Drohojowska, <em>Du style \u00e9pistolaire, <\/em>P\u00e9risse, Paris, 1857, 2 volumes, 235 et 120 p., in-18, page 151.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_13_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_14_9452\" class=\"footnote\">V\u00e9ronique Mont\u00e9mont, \u00ab\u00a0Une br\u00e8ve histoire du mot \u2018intime\u2019\u00a0\u00bb, <em>La Faute \u00e0 Rousseau,<\/em> n\u00b093, juin 2023, page 12.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_14_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_15_9452\" class=\"footnote\">Voir le billet : <a href=\"http:\/\/Les livres de copies : autour d\u2019Auguste Dum\u00e9ril | Publier une correspondance (hypotheses.org)\">Les livres de copies<\/a> : Autour d\u2019Auguste Dum\u00e9ril.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_15_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_16_9452\" class=\"footnote\">Dani\u00e8le Poublan, \u00ab Les lettres font-elles les sentiments ? S\u2019\u00e9crire avant le mariage au milieu du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle\u00a0\u00bb, dans <em>S\u00e9duction et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, sous la direction d\u2019Arlette Farge et C\u00e9cile Dauphin, Seuil, 2001.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_16_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_17_9452\" class=\"footnote\">Voir le billet : <a href=\"http:\/\/Fatigues de m\u00e8res | Publier une correspondance (hypotheses.org)\">Fatigues de m\u00e8res<\/a>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_17_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_18_9452\" class=\"footnote\">Voir le billet : <a href=\"http:\/\/Auguste Dum\u00e9ril : la fin | Publier une correspondance (hypotheses.org)\">Auguste Dum\u00e9ril : la fin<\/a>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_18_9452\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Freud a r\u00e9volutionn\u00e9 l\u2019intime1. Mais qu\u2019en \u00e9tait-il auparavant ? L\u2019intime au XIXe est d\u00e9j\u00e0 savamment interrog\u00e9 par historien.nes et historien.nes de la litt\u00e9rature en particulier2. Ici, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, nous chercherons comment les \u00e9pistoliers en parlent, comment les lettres \u00e9chang\u00e9es au sein d\u2019une famille ais\u00e9e expriment cette notion. Celle-ci, dans ce cadre-l\u00e0, est en tension entre &hellip; <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/9452\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L\u2019intime<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4686,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"0","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":""},"categories":[1196625],"tags":[663892,345950,2606,1260748,663914],"ppma_author":[1972257],"class_list":["post-9452","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-2-lepistolaire","tag-conventions-epistolaires","tag-intime","tag-intimite","tag-manuel-epistolaire","tag-pratique-epistolaire"],"authors":[{"term_id":1972257,"user_id":4686,"is_guest":0,"slug":"puc","display_name":"Dani\u00e8le Poublan","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/4d81d35a8233d7adc4e500f713c32e2aabddac649b8968cbb8edd6eb4c637f7e?s=96&d=blank&r=g","1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9452","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4686"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9452"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9452\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9807,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9452\/revisions\/9807"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9452"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=9452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}