{"id":5499,"date":"2020-01-28T11:29:20","date_gmt":"2020-01-28T09:29:20","guid":{"rendered":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/?p=5499"},"modified":"2024-10-30T17:46:39","modified_gmt":"2024-10-30T15:46:39","slug":"institutrice-a-domicile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/5499","title":{"rendered":"Institutrice \u00e0 domicile"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1870 la silhouette de \u00ab\u00a0Mademoiselle Augusta\u00a0\u00bb traverse les <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/\">lettres de la famille Mertzdorff<\/a>. Les lettres et les registres num\u00e9ris\u00e9 de l&#8217;\u00e9tat-civil permettent de cerner les traits de cette institutrice \u00e0 domicile \u2013 un personnage familier au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans les familles de la bourgeoisie.<\/p>\r\n<h2 class=\"western\" align=\"left\">1- Les employeurs<\/h2>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">\u00ab\u00a0Mademoiselle Augusta\u00a0\u00bb est employ\u00e9e par une famille voisine des Mertzdorff \u00e0 Vieux-Thann, les Berger. Le p\u00e8re, Louis Berger, est directeur de l\u2019usine de construction de machines de son beau-p\u00e8re. Avec son \u00e9pouse Jos\u00e9phine Andr\u00e9, ils ont cinq enfants\u00a0: deux filles a\u00een\u00e9es, Marie et H\u00e9l\u00e8ne, qui ont le m\u00eame \u00e2ge que les demoiselles Merzdorff dont elles sont les grandes amies dans les ann\u00e9es 1860, puis deux fils, Louis (m\u00eame pr\u00e9nom que son p\u00e8re) et Charles (plus jeune de six ans), et enfin une petite derni\u00e8re, Julie, n\u00e9e en 1868.<\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Louis, \u00e0 14 ans, poursuit ses \u00e9tudes comme pensionnaire au Coll\u00e8ge de Montb\u00e9liard \u00ab o\u00f9 il se pla\u00eet \u00bb dit Charles Mertzdorff, qui ajoute : \u00ab\u00a0mais je ne sais pas pourquoi il a d\u00fb quitter brusquement la Suisse \u00bb (Charles Mertzdorff \u00e0 sa fille Marie, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_4_d%C3%A9cembre_1873\">4 d\u00e9cembre 1873<\/a>). Son fr\u00e8re Charles, 7 ans alors, \u00ab travaille tr\u00e8s bien \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_31_mars,_lundi_1er_et_mardi_2_avril_1872\">31 mars 1872<\/a>). Ce sont probablement ses deux grandes s\u0153urs qui le prennent en charge, avec la petite Julie :<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Il para\u00eet que vos grandes amies d&#8217;ici [Marie et H\u00e9l\u00e8ne Berger] sont tr\u00e8s occup\u00e9es tant par leurs le\u00e7ons &amp; par les \u00e9tudes qu&#8217;elles-m\u00eames font faire \u00e0 fr\u00e8re &amp; s\u0153ur, ce qui les int\u00e9resse beaucoup (Charles Mertzdorff \u00e0 sa fille Marie, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_19_d%C3%A9cembre_1874\">19 d\u00e9cembre 1874<\/a>).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p>Bient\u00f4t un \u00ab petit Abb\u00e9 \u00bb prend le relais et \u00ab continue l\u2019\u00e9ducation de Charles Berger dont il ne se loue pas trop \u00bb remarque Charles Mertzdorff (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_31_octobre_et_mercredi_1er_novembre_1876\">31 octobre 1876<\/a>).<br \/>En 1866 les quatre a\u00een\u00e9s sont recens\u00e9s au domicile de leurs parents\u00a0; sous le m\u00eame toit vit \u00e9galement un beau-fr\u00e8re ing\u00e9nieur de 24 ans et quatre servantes \u00e2g\u00e9es de 22 \u00e0 31 ans. L&#8217;institutrice \u00e0 domicile n\u2019appara\u00eet que plus tard.<br \/>La pension, donc, pour au moins l&#8217;un des fils et l&#8217;\u00e9ducation en famille pour les plus jeunes enfants. Quant aux grandes demoiselles, elles b\u00e9n\u00e9ficient de l&#8217;enseignement d&#8217;une institutrice\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9cid\u00e9ment les petites Berger ne vont pas en pension, M<sup>lle <\/sup>Augusta reste\u00a0\u00bb annonce Charles Mertzdorff (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_10_et_lundi_11_avril_1870\">11 avril 1870<\/a>). Ce mod\u00e8le d&#8217;\u00e9ducation familiale des jeunes filles de la bourgeoisie est habituel \u00e0 cette \u00e9poque<sup><a href=\"#footnote_1_5499\" id=\"identifier_1_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Marie-Fran&ccedil;oise Levy, De M&egrave;res en filles : l&#039;&eacute;ducation des fran&ccedil;aises, 1850-1880, Calmann-L&eacute;vy, 1984.\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\r\n<figure id=\"attachment_6502\" aria-describedby=\"caption-attachment-6502\" style=\"width: 227px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2021\/06\/Capture-institutrice-Bertall.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6502\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2021\/06\/Capture-institutrice-Bertall-227x300.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2021\/06\/Capture-institutrice-Bertall-227x300.jpg 227w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2021\/06\/Capture-institutrice-Bertall-378x500.jpg 378w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2021\/06\/Capture-institutrice-Bertall.jpg 652w\" sizes=\"auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6502\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019institutrice de vocation selon Bertall<sup><a href=\"#footnote_2_5499\" id=\"identifier_2_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Bertall (1820-1882), pseudonyme d&rsquo;un illustrateur, caricaturiste, graveur et pionnier de la photographie.\">2<\/a><\/sup> \u00ab Les Fran\u00e7ais peints par eux-m\u00eames \u00bb [source : Gallica]<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: left\" align=\"left\">2- La famille de Mademoiselle Augusta<\/h2>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Louise Colet (1810-1876), femme de lettres dont on conna\u00eet les amiti\u00e9s dans le monde litt\u00e9raire, avec Gustave Flaubert en particulier, dresse un portrait de \u00ab\u00a0l&#8217;institutrice\u00a0\u00bb dans le tome 1 des <i>Fran\u00e7ais peints par eux-m\u00eames<\/i><sup><a href=\"#footnote_3_5499\" id=\"identifier_3_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Louise Colet, &laquo;&nbsp;L&#039;institutrice&nbsp;&raquo;, Les Fran&ccedil;ais peints par eux-m&ecirc;mes. Types et portraits humoristiques &agrave; la plume et au crayon. Moeurs contemporaines, Philippart &eacute;diteur, 1876-1878, t 1, p. 81-88. [Gallica]\">3<\/a><\/sup>. Selon elle, \u00ab l&#8217;institutrice sp\u00e9cialement consacr\u00e9e \u00e0 faire l&#8217;\u00e9ducation des jeunes filles qui ne quittent pas leur famille \u00bb est \u00ab presque toujours \u00bb \u00ab la fille de ces petits marchands ou de ces minces bourgeois parisiens qui disent \u00e0 leurs enfants lorsqu&#8217;ils ont atteint l&#8217;\u00e2ge de raison : <span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">&#8220;<\/span>Travaillez comme nous avons travaill\u00e9 nous-m\u00eames.<span style=\"font-family: Times New Roman, serif\">&#8220;<\/span> Alors l&#8217;institutrice de vocation se consacre \u00e0 l&#8217;enseignement, comme elle se ferait ling\u00e8re, modiste ou demoiselle de comptoir. Elle est dans la n\u00e9cessit\u00e9 de se choisir un \u00e9tat, et son instinct la pousse \u00e0 devenir institutrice.\u00a0\u00bb<br \/>Je ne sais s&#8217;il faut parler d&#8217;instinct ou de n\u00e9cessit\u00e9. Pour \u00ab\u00a0Mademoiselle Augusta\u00a0\u00bb il semble bien que la situation \u00e9conomique de la famille ait jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif. Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff pr\u00e9cise \u00e0 sa s\u0153ur\u00a0:<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">elle est de famille alsacienne catholique ; le p\u00e8re \u00e9tait notaire, la m\u00e8re est rest\u00e9e veuve il y a longtemps avec une nombreuse famille, 6 enfants je crois \u00bb (Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff \u00e0 sa s\u0153ur,<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Fin_octobre_1872\"> fin octobre 1872<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Le p\u00e8re en effet, Louis Ignace Augustin Escbaecher, \u00e9tait notaire et il d\u00e9c\u00e8de <span style=\"font-size: medium\">en 1853<\/span>, \u00e0 48 ans. La famille est catholique \u2013 le recensement de 1846 le pr\u00e9cise \u2013 dans un environnement protestant. Et elle compte non pas six mais onze enfants. <span style=\"font-size: medium\">Marie Auguste (Augusta) Escbaecher na\u00eet en 1840, la cinqui\u00e8me de la fratrie, mais il semble que deux s\u0153urs et un fr\u00e8re, n\u00e9s avant elle, meurent jeunes. Apr\u00e8s elle, naissent trois filles et deux gar\u00e7ons. Que deviennent ces jeunes gens ? Une lettre d&#8217;<\/span><span style=\"font-size: medium\">Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff donne une indication pour le fils a\u00een\u00e9, pr\u00e9sent chez ses parents lors des recensements entre 1836 et 1851\u00a0:<\/span><\/p>\r\n<dl>\r\n<dd class=\"western\">\r\n<blockquote><span style=\"font-size: medium\">L&#8217;a\u00een\u00e9 qui est mari\u00e9 a une place assez \u00e9lev\u00e9e dans les t\u00e9l\u00e9graphes fran\u00e7ais \u00e0 Lyon il me semble. (Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Fin_octobre_1872\">fin octobre 1872<\/a>) <\/span><\/blockquote>\r\n<\/dd>\r\n<\/dl>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">L&#8217;acte de mariage de la fille a\u00een\u00e9e, <span style=\"font-size: medium\">Val\u00e9rie Escbaecher, n\u00e9e en 1834, nous apprend qu&#8217;elle est receveuse des postes ; en 1867 elle \u00e9pouse Jean Baptiste Ruyer, un caissier plus \u00e2g\u00e9 qu&#8217;elle. Son fr\u00e8re Ernest Escbaecher, est mentionn\u00e9 comme t\u00e9moin : il a alors 24 ans et est employ\u00e9 de commerce \u00e0 Mulhouse.<\/span><\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\"><span style=\"font-size: medium\">Marie Auguste Escbaecher est \u00e9lev\u00e9e chez les s\u0153urs de la Providence \u00e0 Ribeauvill\u00e9, puis elle suit en Allemagne, o\u00f9 elle est plac\u00e9e dans une famille, des cours de litt\u00e9rature et d&#8217;histoire. <\/span><span style=\"font-size: medium\">Orpheline de p\u00e8re, encombr\u00e9e d&#8217;une fratrie nombreuse, avec une \u00ab apparence maigre, petite et un peu maladive \u00bb, mais \u00e9duqu\u00e9e , \u00ab consciencieuse \u00bb, avec \u00ab\u00a0des sentiments r\u00e9ellement religieux \u00bb (lettre d&#8217;Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Fin_octobre_1872\">fin octobre 1872<\/a>), que pouvait faire la jeune Augusta ? <\/span><\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Caroline Muller, qui \u00e9tudie\u00b7les biographies \u00ab dites \u00e9difiantes \u00bb, cite la biographie imprim\u00e9e de Lucie Abadie (1869-1928)<sup><a href=\"#footnote_4_5499\" id=\"identifier_4_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Caroline Muller, &ldquo;Apr&egrave;s avoir termin&eacute; la lecture de cet &eacute;crit, vous saurez tout&rdquo;, blog&nbsp;: Acquis de conscience. Histoire(s) de XIXe si&egrave;cle.[https:\/\/consciences.hypotheses.org\/462 ]\">4<\/a><\/sup>. Sa m\u00e8re est directrice d\u2019une institution \u00e9ducative pour jeunes filles dans le Gers et son p\u00e8re g\u00e9om\u00e8tre, tous deux \u00ab chr\u00e9tiens sans peur ni reproche \u00bb. Mais ils d\u00e9c\u00e8dent alors qu\u2019elle a vingt-deux ans. Instruite, l&#8217;orpheline trouve une place d\u2019institutrice dans une famille noble. Puis cette \u00ab\u00a0\u00e2me eucharistique \u00bb que l&#8217;on veut donner en mod\u00e8le \u00e0 un lectorat catholique \u00ab choisit de rentrer dans son village o\u00f9 elle fonde une \u0153uvre d\u2019adoration au Saint-Sacrement \u00bb. Augusta et Lucie, sans fortune, dans une situation sociale difficile, \u00e9cart\u00e9es du mariage par leur sant\u00e9 ou la crainte du d\u00e9classement social, peut-\u00eatre par leurs convictions, ne voient leur avenir que dans une place d\u2019institutrice \u00e0 domicile. A quelle vie sont-elles astreintes ?<\/p>\r\n<h2 class=\"western\" align=\"left\">3- La vie de l&#8217;institutrice \u00e0 domicile<\/h2>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">L&#8217;institutrice \u00ab\u00a0sait juste assez de grammaire, de g\u00e9ographie, d&#8217;histoire, de piano, de dessin, de mots estropi\u00e9s d&#8217;anglais et d&#8217;italien pour se pr\u00e9senter avec assurance aux m\u00e8res insouciantes qui confient aveugl\u00e9ment \u00e0 une \u00e9trang\u00e8re la direction de l&#8217;esprit et du c\u0153ur de leurs filles. Avec ces teintures superficielles de toutes choses, l&#8217;institutrice de vocation se dit en \u00e9tat de faire une \u00e9ducation compl\u00e8te\u00a0\u00bb fustige Louise Colet<sup><a href=\"#footnote_5_5499\" id=\"identifier_5_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Op. cit.\">5<\/a><\/sup>.<\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Mademoiselle Augusta \u00ab\u00a0a ses dipl\u00f4mes\u00a0\u00bb, elle sait le fran\u00e7ais et l&#8217;allemand et, si \u00ab\u00a0elle n&#8217;est pas assez forte pour donner les le\u00e7ons\u00a0\u00bb de piano, elle peut en surveiller l&#8217;\u00e9tude (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_2_octobre_1872\">2 octobre 1872<\/a>)\u00a0; \u00ab\u00a0elle <span style=\"font-size: medium\">a \u00e9t\u00e9 sous-ma\u00eetresse 6\u00a0ans en Allemagne et institutrice depuis 10\u00a0ans dans deux maisons\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_28_et_lundi_29_juillet_1872\">29 juillet 1872<\/a>). Mademoiselle Augusta<\/span> fait travailler ses \u00ab deux petites \u00e9l\u00e8ves \u00bb (<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_14_ao%C3%BBt_1870_(A)\">14 ao\u00fbt 1870-A<\/a>), les accompagne dans leurs sorties au village et se joint aux autres dames de la maisonn\u00e9e pour aller \u00e0 la messe. Il est probable que, int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la vie familiale, elle \u00e9prouve et re\u00e7oive de l&#8217;affection : un jour de 1870 que, devant l&#8217;avance des prussiens, les enfants sont \u00e9loign\u00e9es de la ville, Marie Berger \u00e9crit une lettre \u00e0 sa m\u00e8re et H\u00e9l\u00e8ne en \u00e9crit une pour son institutrice :<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Marie \u00e9crit \u00e0 sa maman et H\u00e9l\u00e8ne \u00e0 M<sup>lle<\/sup> Augusta et moi \u00e0 ma tendre m\u00e8re (\u00c9milie Mertzdorff \u00e0 sa m\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_5_novembre_1870_(C)\">5 novembre 1870-C<\/a>)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Mais nous n&#8217;en saurons pas plus sur sa place, son r\u00f4le et ses sentiments dans la famille Berger. Selon Louise Colet, \u00ab\u00a0l&#8217;institutrice de vocation se pr\u00eate \u00e0 tout : elle excelle dans les ouvrages \u00e0 l&#8217;aiguille, fait des bourses et des bonnets grecs pour monsieur, des collerettes et des chiffons pour madame, ajuste les robes de bal pour mademoiselle, la coiffe au besoin, brode \u00e0 la veill\u00e9e un meuble de tapisserie pour le salon, fait la lecture, \u00e9crit les billets d&#8217;invitation, r\u00e8gle les comptes, surveille les domestiques, se multiplie, devient une esp\u00e8ce de factotum, et n&#8217;a plus que le titre d&#8217;institutrice\u00a0\u00bb. Louise Colet dresse un tableau ironique de la vie qu&#8217;a peut-\u00eatre partag\u00e9e M<sup>lle\u00a0<\/sup>Augusta\u00a0: \u00ab\u00a0En g\u00e9n\u00e9ral, l&#8217;institutrice de vocation se place dans les familles \u00e0 fortune ais\u00e9e, mais peu brillante ; elle coop\u00e8re aux calmes distractions de ces int\u00e9rieurs placides rarement troubl\u00e9s par les passions, o\u00f9 r\u00e8gnent l&#8217;ordre, la propret\u00e9, la parcimonie, o\u00f9 l&#8217;on re\u00e7oit r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 d\u00eener tous les vieux parents et les vieux amis une fois par semaine, ar\u00e9opage appel\u00e9 \u00e0 juger hebdomadairement les succ\u00e8s de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve, que l&#8217;institutrice fait valoir avec une minutieuse complaisance. Dans ces r\u00e9unions intimes, l&#8217;institutrice est un personnage important : elle accompagne la romance, joue par monts et par vaux la contredanse, organise les charades, sert le th\u00e9 et coupe la brioche.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Loin de cette vie qui fait naviguer une jeune femme \u00ab\u00a0dans les flots de familles diverses, parmi lesquelles elle passe d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e [\u00a0] sans broncher aux \u00e9cueils\u00a0\u00bb, Lucie Abadie, personne r\u00e9elle et exemplaire, traverse h\u00e9ro\u00efquement de multiples \u00e9preuves, offrant \u00ab\u00a0ses souffrances spirituelles et physiques \u00e0 Dieu pour le salut des \u00e2mes\u00a0\u00bb et trouvant dans le r\u00e9cit qu&#8217;elle fait \u00ab\u00a0des gr\u00e2ces re\u00e7ues de Dieu [] un moyen de donner du sens \u00e0 cette trajectoire\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_6_5499\" id=\"identifier_6_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Caroline Muller, blog cit&eacute;.\">6<\/a><\/sup>. Quant \u00e0 Augusta <span style=\"font-size: medium\">Escbaecher, personnage r\u00e9el \u00e9galement, mais qui n&#8217;a pas laiss\u00e9 de t\u00e9moignage connu, e<\/span>lle acc\u00e8de peut-\u00eatre au sens de son existence par son d\u00e9vouement \u00e0 sa famille.<\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">Si les lettres en disent tant sur cette institutrice d&#8217;une famille voisine \u2013 plus que sur C\u00e9cile, la bonne des demoiselles Mertzdorff, fid\u00e8le pr\u00e9sence pendant des d\u00e9cennies \u2013 c&#8217;est qu&#8217;Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff s&#8217;affaire \u00e0 lui trouver une place lorsque les Berger se passent de ses services. Eug\u00e9nie, depuis l&#8217;Alsace, \u00e9crit en ce sens \u00e0 sa s\u0153ur parisienne qui a de nombreuses relations et est en contact avec un cours pour jeunes filles. Mais finalement Augusta renonce, \u00ab\u00a0remercie beaucoup de [leur] int\u00e9r\u00eat \u00bb Eug\u00e9nie et sa s\u0153ur qui constatent : \u00ab\u00a0elle ne para\u00eet pas press\u00e9e de trouver une position\u00a0\u00bb (Eug\u00e9nie Desnoyers-Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_5_et_vendredi_6_d%C3%A9cembre_1872\">5-6 d\u00e9cembre 1872<\/a>). En effet, Augusta s&#8217;occupe de son neveu aupr\u00e8s de sa s\u0153ur. L&#8217;\u00e9tat-civil de <span style=\"font-size: medium\">Lutzelhouse (Bas-Rhin) indique que cette s\u0153ur receveuse des postes, mari\u00e9e en 1867, a un fils en 1868, une fille en 1870, une autre fille en 1872. <\/span>\u00ab\u00a0Je crois qu&#8217;elle est effray\u00e9e de Paris\u00a0\u00bb conclut Eug\u00e9nie.<\/p>\r\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center\" align=\"left\">***<\/p>\r\n<p class=\"western\" align=\"left\">L&#8217;institutrice \u00e0 domicile est un personnage \u00e9voqu\u00e9 par \u00e9crivaines et \u00e9crivains, soit qu&#8217;elle habite leurs souvenirs, soit qu&#8217;elles aient fait elles-m\u00eames comme les s\u0153urs Bront\u00eb l&#8217;exp\u00e9rience de cette profession<sup><a href=\"#footnote_7_5499\" id=\"identifier_7_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Philippe Lejeune, inlassable d&eacute;couvreur d&#039;autobiographies, consacre un article aux autobiographies d&#039;instituteurs et d&#039;institutrices, mais il ne cite pas d&#039;institutrices &agrave; domicile dans &laquo;&nbsp;Les instituteurs du XIXe si&egrave;cle racontent leur vie&nbsp;&raquo; Histoire de l&#039;&eacute;ducation Ann&eacute;e 1985, 25, pp. 53-82 [https:\/\/www.persee.fr\/doc\/hedu_0221-6280_1985_num_25_1_1285].\">7<\/a><\/sup><\/span><\/span>, soit qu&#8217;elle endosse dans les romans des postures st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, entre servitude et domination. Pour Louise Colet \u00ab il y a l&#8217;institutrice de vocation, l&#8217;institutrice ambitieuse, et l&#8217;institutrice par d\u00e9vouement \u00bb. Si la description de la premi\u00e8re pr\u00e9sente finement des traits que l&#8217;on peut reconna\u00eetre chez <span style=\"font-size: medium\">Augusta Escbaecher, \u00ab l&#8217;institutrice ambitieuse \u00bb pr\u00eate ses manigances \u00e0 toutes sortes d&#8217;intrigues. Ce personnage de l&#8217;entre-deux (plus qu&#8217;une domestique, moins qu&#8217;une bourgeoise ais\u00e9e) a tant s\u00e9duit Louise <\/span>Colet qu&#8217;elle en fait le pivot d&#8217;une intrigue dans une com\u00e9die, <em>L&#8217;institutrice<\/em><sup><a href=\"#footnote_8_5499\" id=\"identifier_8_5499\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"L&#039;institutrice, com&eacute;die en 3 actes par Louise Colet ; &eacute;dition illustr&eacute;e de 19 vignettes par - ici aussi - Bertall, collection &laquo; Romans populaires illustr&eacute;s &raquo; [Gallica] .\">8<\/a><\/sup> :L\u00e9onie et son fr\u00e8re, qui m\u00e8nent une \u00ab\u00a0 vie de boh\u00e8mes \u00bb se retrouvent sans ressources et la jeune femme se fait engager comme institutrice, malgr\u00e9 le cri de son fr\u00e8re : \u00ab Toi, ma belle Parisienne, faire ce m\u00e9tier de Genevoise ! \u00bb. A fr\u00e9quenter le salon cossu de ses employeurs trouvera-t-elle un beau parti, un \u00ab petit baron \u00bb \u00e0 \u00e9pouser ?<\/p>\r\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_5499\" class=\"footnote\">Marie-Fran\u00e7oise Levy, <i>De M\u00e8res en filles : l&#8217;\u00e9ducation des fran\u00e7aises, 1850-1880<\/i>, Calmann-L\u00e9vy, 1984. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_5499\" class=\"footnote\">Bertall (1820-1882), pseudonyme d\u2019un illustrateur, caricaturiste, graveur et pionnier de la photographie. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_5499\" class=\"footnote\">Louise Colet, \u00ab\u00a0L&#8217;institutrice\u00a0\u00bb, <i>Les<\/i> <i>Fran\u00e7ais peints par eux-m\u00eames. Types et portraits humoristiques \u00e0 la plume et au crayon. Moeurs contemporaines<\/i>, Philippart \u00e9diteur, 1876-1878, t 1, p. 81-88. [Gallica]<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_5499\" class=\"footnote\">Caroline Muller, \u201cApr\u00e8s avoir termin\u00e9 la lecture de cet \u00e9crit, vous saurez tout\u201d, blog\u00a0: Acquis de conscience. Histoire(s) de XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.[<span style=\"color: #000080\"><span lang=\"zxx\"><u><a href=\"https:\/\/consciences.hypotheses.org\/462\">https:\/\/consciences.hypotheses.org\/462<\/a><\/u><\/span><\/span> ]<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_5499\" class=\"footnote\"><i>Op. cit<\/i>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_5499\" class=\"footnote\">Caroline Muller, <i>blog cit\u00e9<\/i>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_5499\" class=\"footnote\">Philippe Lejeune, inlassable d\u00e9couvreur d&#8217;autobiographies, consacre un article aux autobiographies d&#8217;instituteurs et d&#8217;institutrices, mais il ne cite pas d&#8217;institutrices \u00e0 domicile dans \u00ab\u00a0Les instituteurs du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle racontent leur vie\u00a0\u00bb <i>Histoire de l&#8217;\u00e9ducation<\/i> Ann\u00e9e 1985, 25, pp. 53-82 [<span style=\"color: #000080\"><span lang=\"zxx\"><u><a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/hedu_0221-6280_1985_num_25_1_1285\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/hedu_0221-6280_1985_num_25_1_1285<\/a>].<\/u><span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_5499\" class=\"footnote\"><em>L&#8217;institutrice<\/em>, com\u00e9die en 3 actes par Louise Colet ; \u00e9dition illustr\u00e9e de 19 vignettes par &#8211; ici aussi &#8211; Bertall, collection \u00ab Romans populaires illustr\u00e9s \u00bb [Gallica] .<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_5499\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1870 la silhouette de \u00ab\u00a0Mademoiselle Augusta\u00a0\u00bb traverse les lettres de la famille Mertzdorff. Les lettres et les registres num\u00e9ris\u00e9 de l&#8217;\u00e9tat-civil permettent de cerner les traits de cette institutrice \u00e0 domicile \u2013 un personnage familier au XIXe si\u00e8cle dans les familles de la bourgeoisie. 1- Les employeurs \u00ab\u00a0Mademoiselle Augusta\u00a0\u00bb est employ\u00e9e &hellip; <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/5499\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Institutrice \u00e0 domicile<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4686,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"0","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":""},"categories":[1197385,663744],"tags":[464,1972077,1972092,1972083,1972089,1972086],"ppma_author":[1972257],"class_list":["post-5499","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1-la-vie-au-xixe-siecle","category-la-vie-quotidienne-au-xixe-siecle","tag-femme","tag-institutrice-a-domicile","tag-instruction","tag-louise-colet","tag-recommandation","tag-travail"],"authors":[{"term_id":1972257,"user_id":4686,"is_guest":0,"slug":"puc","display_name":"Dani\u00e8le Poublan","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/4d81d35a8233d7adc4e500f713c32e2aabddac649b8968cbb8edd6eb4c637f7e?s=96&d=blank&r=g","1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5499","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4686"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5499"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5499\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9816,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5499\/revisions\/9816"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5499"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5499"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5499"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=5499"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}