{"id":5009,"date":"2019-11-08T14:36:16","date_gmt":"2019-11-08T12:36:16","guid":{"rendered":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/?p=5009"},"modified":"2023-06-28T16:43:32","modified_gmt":"2023-06-28T14:43:32","slug":"educations-de-filles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/5009","title":{"rendered":"\u00c9ducation(s) de filles"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">\u00ab Les malheureuses jeunes filles sont r\u00e9duites pour toute distraction \u00e0 tirer l\u2019aiguille toute la journ\u00e9e, rempla\u00e7ant seulement la tapisserie par la dentelle et la dentelle par le crochet ! et souvent pour arriver \u00e0 faire avec beaucoup de peine quelque chose d\u2019inutile et de g\u00e9n\u00e9ralement laid !\u00a0\u00bb Qui d\u00e9nonce avec tant de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 l\u2019\u00e9ducation que re\u00e7oivent les jeunes filles au XIX<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><sup><span style=\"font-size: small\">e\u00a0<\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">si\u00e8cle ? Une p\u00e9dagogue progressiste ? Un homme politique partisan de l&#8217;\u00e9ducation des jeunes filles ? Relisons quelques prises de position de ces femmes et ces hommes engag\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<h1 class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">I- Expressions publiques<\/span><\/h1>\n<figure id=\"attachment_5049\" aria-describedby=\"caption-attachment-5049\" style=\"width: 183px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Jules-Simon-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5049 size-full\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Jules-Simon-1.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"299\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5049\" class=\"wp-caption-text\">Jules Simon, <em>L\u2019\u00c9cole<\/em> \u00a0\u00a0 [Gallica]<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">L\u2019homme politique Jules Simon (1814-1896) est cat\u00e9gorique : \u00ab L\u2019enseignement primaire des filles n\u2019est pas \u00e0 am\u00e9liorer, il est \u00e0 cr\u00e9er \u00bb inscrit-il en titre du premier chapitre de la partie de son ouvrage consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab L\u2019\u00e9ducation des filles\u00a0\u00bb en 1865<sup><a href=\"#footnote_1_5009\" id=\"identifier_1_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Jules Simon, L&#039;&Eacute;cole, 1865, p. 115.\">1<\/a><\/sup>. Les chiffres qu\u2019il cite sont \u00e9difiants. S\u2019appuyant sur la capacit\u00e9 des hommes et des femmes \u00e0 signer leur acte de mariage, il d\u00e9plore\u00a0: \u00ab La statistique des mariages pour 1861 donne les r\u00e9sultats suivants, dont l\u2019optimisme le plus imperturbable ne saurait se contenter : Sur 100\u00a0mari\u00e9s, le nombre des hommes qui n\u2019ont pu signer est de 29.27, le nombre des femmes de 44.6. Les chiffres sont encore plus douloureux et la disproportion entre les sexes plus marqu\u00e9e, si l\u2019on ne tient compte que de la campagne [ ] Encore doit-on se souvenir que beaucoup de personnes qui ne savent ni lire ni \u00e9crire apprennent \u00e0 tracer leur nom\u00a0 \u00bb<sup><a href=\"#footnote_2_5009\" id=\"identifier_2_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Id., p 172.\">2<\/a><\/sup>. Inlassablement, Jules Simon r\u00e9p\u00e8te, comme devant le Corps l\u00e9gislatif le 2 mars 1867 : \u00ab Les filles, m\u00eame dans les pensionnats les plus \u00e9lev\u00e9s, re\u00e7oivent une instruction futile, incompl\u00e8te, toute d&#8217;arts d&#8217;agr\u00e9ment, mais sans rien de s\u00e9rieux et d&#8217;\u00e9lev\u00e9.\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_3_5009\" id=\"identifier_3_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Cit&eacute; par Fran&ccedil;oise Mayeur, L&rsquo;&Eacute;ducation des filles en France au XIXe si&egrave;cle, 1979, p.&nbsp;114.\">3<\/a><\/sup><\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_5064\" aria-describedby=\"caption-attachment-5064\" style=\"width: 192px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Daubi\u00e9.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-5064\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Daubi\u00e9-192x300.jpg\" alt=\"\" width=\"192\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Daubi\u00e9-192x300.jpg 192w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Daubi\u00e9.jpg 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5064\" class=\"wp-caption-text\">Julie Victoire Daubi\u00e9, L&#8217;\u00e9mancipation de la femme [Gallica]<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Julie-Victoire Daubi\u00e9 (1824-1874), premi\u00e8re bacheli\u00e8re de France, f\u00e9ministe, plaide pour \u00ab l&#8217;\u00e9mancipation de la femme \u00bb : \u00ab L\u2019enseignement de la femme est un devoir de justice\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_4_5009\" id=\"identifier_4_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Julie-Victoire Daubi&eacute;, L&#039;&eacute;mancipation de la femme en dix livraisons, 1871, p. 36.\">4<\/a><\/sup>. Selon elle, la pauvret\u00e9 des parents et l\u2019incapacit\u00e9 des institutrices surcharg\u00e9es de travail sont cause \u00ab de l\u2019instruction d\u00e9plorable des filles \u00bb. \u00ab La plupart des institutrices, on ne saurait le nier, sont si impropres \u00e0 leur t\u00e2che qu\u2019apr\u00e8s avoir donn\u00e9 des notions \u00e9l\u00e9mentaires de la lecture, de l\u2019\u00e9criture et du calcul, elles laissent v\u00e9g\u00e9ter les enfants d\u2019une intelligence m\u00eame exceptionnelle, sans leur communiquer de connaissances plus \u00e9tendues\u00a0\u00bb. Au milieu du XIX<\/span><sup><span style=\"font-size: small\">e\u00a0<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small\">si\u00e8cle presque la moiti\u00e9 des femmes ne peuvent \u00e9crire. Et pour les autres, leur savoir reste insuffisant. M\u00eame \u00ab certaines jeunes filles de la classe ais\u00e9e\u00a0\u00bb sortent de l\u2019\u00e9cole \u00ab\u00a0\u00e0 seize et \u00e0 dix-sept ans, sans avoir appris l\u2019orthographe la plus usuelle [ ] sans avoir l\u2019esprit ouvert sur aucune question, sans prendre int\u00e9r\u00eat \u00e0 aucune lecture\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_5_5009\" id=\"identifier_5_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Daubi&eacute;, Op. cit. p 37-38.\">5<\/a><\/sup>.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Un autre homme politique, promoteur de l&#8217;enseignement secondaire f\u00e9minin, Camille S\u00e9e (1847-1919) pr\u00e9sente une proposition de loi \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, le 27 mai 1879 \u00e0 Versailles. Au lieu de donner une \u00e9ducation solide aux jeunes filles, dit-il, \u00ab on lui fait passer dans la frivolit\u00e9, dans l&#8217;oisivet\u00e9, les ann\u00e9es de son adolescence. Elle s&#8217;habitue \u00e0 juger sans conna\u00eetre, \u00e0 parler sans savoir, \u00e0 lire dans des livres insipides, \u00e0 ne trouver chez elle que des occupations mat\u00e9rielles, et \u00e0 chercher au-dehors des distractions.\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_6_5009\" id=\"identifier_6_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Cit&eacute; par F. Mayeur, Op. cit., p.&nbsp;186.\">6<\/a><\/sup>.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Au d\u00e9but du XX<\/span><sup><span style=\"font-size: small\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small\"> si\u00e8cle l\u2019institutrice Clarisse Juranville (1826-1906), prolifique auteure de livres pour la jeunesse et de manuels scolaires, associ\u00e9e \u00e0 Pauline Berger, propose d\u2019\u00e9largir les connaissances des jeunes filles \u00e0 ce qui touche \u00ab aliments, v\u00eatements, habitation, chauffage, \u00e9clairage, industries diverses\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_7_5009\" id=\"identifier_7_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Clarisse Juranville et Pauline Berger, Le bagage scientifique de la jeune fille : lectures nouvelles, 1910, 3e &eacute;dition. Ces deux auteures &eacute;crivent aussi sous le pseudonyme collectif &laquo; Raymond&nbsp;&raquo;.\">7<\/a><\/sup>. <\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_5074\" aria-describedby=\"caption-attachment-5074\" style=\"width: 303px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Juranville.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5074\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Juranville.jpg\" alt=\"\" width=\"303\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Juranville.jpg 303w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Juranville-246x300.jpg 246w\" sizes=\"auto, (max-width: 303px) 100vw, 303px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5074\" class=\"wp-caption-text\">Clarisse Juranville et Pauline Berger, Le bagage scientifique de la jeune fille, page 5 \u00a0 [Gallica]<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Pour introduire leurs le\u00e7ons, elles imaginent une sortie scolaire. Une institutrice emm\u00e8ne ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la campagne et, les \u00e9coutant parler, se d\u00e9sole : \u00ab Vous \u00eates l\u00e0 une vingtaine \u00e2g\u00e9es de douze ans et plus, et rien de s\u00e9rieux ne vient dans votre conversation, rien du r\u00e9el de la vie courante ! Serait-ce que je ne vous ai pas oblig\u00e9es assez \u00e0 jeter un coup d\u2019\u0153il autour de vous ? Si vous saviez, enfants, comme, en dehors des billeves\u00e9es et des contes que vous venez de rappeler, il y a des choses int\u00e9ressantes dans la nature, dans l&#8217;industrie \u00bb. Convaincues, les jeunes filles r\u00e9clament\u00a0: <br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">\u00ab\u00a0-Madame, rendez-nous savantes !<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; Savantes ! oh non ! fit modestement l&#8217;institutrice, mais instruites, ce qui n&#8217;est pas la m\u00eame chose. Je voudrais qu&#8217;en quittant la classe chacune de vous emport\u00e2t un ensemble de connaissances vari\u00e9es qui perm\u00eet de dire d&#8217;elle\u00a0: Elle sait ce qu&#8217;il est indispensable de savoir\u00a0; elle peut parler d&#8217;une mani\u00e8re exacte sur mille choses utiles, pratiques, usuelles\u00a0; elle conna\u00eet le <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>parce que<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"> des nombreux <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>pourquoi<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"> de la vie journali\u00e8re. \u00bb<sup><a href=\"#footnote_8_5009\" id=\"identifier_8_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Le bagage scientifique de la jeune fille, page 7.\">8<\/a><\/sup><\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">On pourrait citer bien d\u2019autres textes, de Victor Duruy, Jules Ferry, Paul Bert, \u00c9lisa Lemonnier<sup><a href=\"#footnote_9_5009\" id=\"identifier_9_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Propos rapport&eacute;s par son &eacute;poux, Charles Lemonnier, dans&nbsp;: &Eacute;lisa Lemonnier, fondatrice de la Soci&eacute;t&eacute; pour l&#039;enseignement professionnel des femmes, 1866.\">9<\/a><\/sup>, Octave Gr\u00e9ard, etc. Au XIX<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><sup><span style=\"font-size: small\">e\u00a0<\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">si\u00e8cle l\u2019\u00e9ducation des filles devient un sujet r\u00e9curent, et l&#8217;accord se fait sur les fondements de l&#8217;enseignement f\u00e9minin, qui doit inculquer les valeurs morales et nationales\u00a0 ; mais deux voies s&#8217;affrontent : les partisans des congr\u00e9gations religieuses enseignantes et les tenants d&#8217;un enseignement d\u2019\u00c9tat. Les lois successives traduisent cet enjeu politique et social : <br \/><\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; la loi Guizot de 1833 ne s\u2019occupe que des gar\u00e7ons (obligation est faite \u00e0 chaque commune d&#8217;ouvrir une \u00e9cole de gar\u00e7ons).<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; la loi Falloux de 1850 dispense les ma\u00eetresses de dipl\u00f4mes (une \u00ab lettre d\u2019ob\u00e9dience\u00a0\u00bb de leur congr\u00e9gation suffit), ce qui entra\u00eene globalement une baisse de niveau dans les pensionnats f\u00e9minins<sup><a href=\"#footnote_10_5009\" id=\"identifier_10_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Fran&ccedil;oise Mayeur, Op. cit., p. 110.\">10<\/a><\/sup>.<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; Victor Duruy oblige en 1867 les communes de plus de 500 habitants \u00e0 ouvrir une \u00e9cole pour les filles, leur propose des \u00ab cours secondaires\u00bb (qui ont peu de succ\u00e8s) et leur ouvre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur dans les facult\u00e9s de droit, de lettres et de sciences.<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; en 1881-1882 Jules Ferry impose l\u2019\u00e9cole primaire gratuite, la\u00efque et obligatoire pour les gar\u00e7ons comme pour les filles avec des contenus \u00e0 peu pr\u00e8s identiques. <br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; en 1880 la loi Camille S\u00e9e ouvre un lyc\u00e9e de filles (payant) par d\u00e9partement, avec des programmes sp\u00e9cifiques.<\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">II- \u00c9crits priv\u00e9s<\/span><\/h2>\n<h3 class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">= Une jeune fille privil\u00e9gi\u00e9e<\/span><\/h3>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Aucune des personnes dont nous venons d\u2019\u00e9voquer l\u2019engagement en faveur de l\u2019enseignement f\u00e9minin n\u2019a \u00e9crit les lignes qui introduisent ce billet. L\u2019auteure en est une jeune fille de la bourgeoisie, bien int\u00e9gr\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 de son temps, assez conventionnelle dans son mode de vie et ses id\u00e9es\u00a0: Marie Mertzdorff, 19 ans, que les lecteurs familiers de ce carnet connaissent. Dans cette lettre \u00e0 son p\u00e8re Charles Mertzdorff du <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_26_novembre_1878\">26 novembre 1878<\/a>, elle poursuit : \u00ab\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><em>Mais il ne faut pas que je devienne m\u00e9chante ; tout ce que je peux faire c\u2019est de te sauter au cou et de te remercier de nous avoir mises \u00e0 m\u00eame de trouver beaucoup de plaisir ailleurs<\/em>. \u00bb Cet \u00ab ailleurs \u00bb, c&#8217;est l&#8217;\u00e9tude\u00a0: Marie adore \u00e9tudier<sup><a href=\"#footnote_11_5009\" id=\"identifier_11_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet : &laquo; Amusant &raquo;.\">11<\/a><\/sup> et ses lettres \u00e9noncent la diversit\u00e9 des cours qu&#8217;elle suit. La remarque de Marie pointe les caract\u00e9ristiques de l&#8217;enseignement \u00e0 son \u00e9poque<sup><a href=\"#footnote_12_5009\" id=\"identifier_12_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir Fran&ccedil;oise Mayeur, Op. cit.\">12<\/a><\/sup>\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">:<br \/><\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; un enseignement tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 la classe sociale \u2013 ce que constate Marie<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; un enseignement sp\u00e9cifique r\u00e9serv\u00e9 aux filles \u2013 ce qu\u2019elle ne remet pas en question<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">&#8211; un enseignement qui conna\u00eet d\u2019\u00e9normes disparit\u00e9s territoriales.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Marie Mertzdorff \u00e9chappe partiellement \u00e0 ces contraintes. Elle appartient au milieu parisien ais\u00e9 et elle est \u00e9lev\u00e9e dans un environnement privil\u00e9gi\u00e9, ouvert \u00e0 la vie intellectuelle de son temps.<br \/><\/span><span style=\"font-size: small\">Apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re puis de sa m\u00e8re adoptive, elle est prise en charge par la s\u0153ur de cette derni\u00e8re, Agla\u00e9 Desnoyers, et son \u00e9poux Alphonse Milne-Edwards. Marie Mertzdorff et sa s\u0153ur \u00c9milie vivent \u00e0 Paris au c\u0153ur du Jardin des plantes, dans le foyer de ce professeur, o\u00f9 vit aussi son p\u00e8re, Henri Milne-Edwards, pr\u00e9sident-fondateur de l&#8217;Association pour l&#8217;enseignement secondaire des jeunes filles (1867-1875). Marie et sa s\u0153ur \u00e9crivent tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 leur p\u00e8re rest\u00e9 en Alsace et lui d\u00e9taillent leurs occupations. Avec ponctualit\u00e9, elles font le r\u00e9cit circonstanci\u00e9 de leurs \u00e9tudes.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">= Une jeune fille \u00e9duqu\u00e9e<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">\u00ab L&#8217;article premier de la loi du 28 mars 1882 dote l&#8217;instruction primaire \u00e9l\u00e9mentaire du programme le plus complet et le plus \u00e9tendu que nos \u00e9coles aient jamais re\u00e7u\u00a0\u00bb note Ferdinand Buisson<sup><a href=\"#footnote_13_5009\" id=\"identifier_13_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Dictionnaire de p&eacute;dagogie et d&#039;instruction primaire, publi&eacute; sous la direction de Ferdinand Buisson, avec le concours d&#039;un grand nombre de collaborateurs, 1882-1893, Partie&nbsp;1, Tome 1.\">13<\/a><\/sup>. Il rappelle cet article\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">\u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><i>L&#8217;enseignement primaire comprend<br \/><\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>L&#8217;instruction morale et civique<br \/><\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>La lecture et l&#8217;\u00e9criture<br \/><\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>La langue et les \u00e9l\u00e9ments de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<br \/><\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>La g\u00e9ographie, particuli\u00e8rement celle de la France\u00a0; l&#8217;histoire, particuli\u00e8rement celle de la France, jusqu&#8217;\u00e0 nos jours<br \/><\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Quelques notions usuelles de droit et d \u00e9conomie politique\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">A la lumi\u00e8re de ces exigences, on mesure la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement re\u00e7u par les demoiselles Mertzdorff. En Alsace, les fillettes apprennent \u00e0 domicile lecture, \u00e9criture et calcul avec leur m\u00e8re. Bient\u00f4t celle-ci est \u00e9paul\u00e9e par un cours parisien qui envoie r\u00e9guli\u00e8rement le\u00e7ons et devoirs. Arriv\u00e9es \u00e0 Paris, Marie et \u00c9milie fr\u00e9quentent une institution priv\u00e9e et, en compl\u00e9ment, re\u00e7oivent de nombreux cours particuliers, selon un usage aristocratique qui s&#8217;est \u00e9tendu \u00e0 la bourgeoisie parisienne<sup><a href=\"#footnote_14_5009\" id=\"identifier_14_5009\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Fran&ccedil;oise Mayeur, Op. cit., p. 106.\">14<\/a><\/sup>. Elles sont \u00e9galement inscrites aux cours que donne l&#8217;Association de la Sorbonne d\u00e8s 1867. La recherche d&#8217;une \u00e9ducation accomplie se marque par exemple pour l&#8217;\u00e9criture, qui s&#8217;attache \u00e0 la ma\u00eetrise de la graphie, jusqu&#8217;\u00e0 la calligraphie, gr\u00e2ce \u00e0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"> un ma\u00eetre d\u2019\u00e9criture sp\u00e9cialement engag\u00e9 :<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">le professeur est d\u2019un \u00e2ge respectable et me para\u00eet tr\u00e8s bien, je me suis trouv\u00e9e, apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 sans d\u00e9couvrir le fameux ma\u00eetre, en avoir deux le m\u00eame jour, l\u2019embarras \u00e9tait grand mais j\u2019ai pench\u00e9 naturellement pour le plus respectable, pour les cheveux blancs, esp\u00e9rant qu\u2019il aura aussi le talent (Agla\u00e9 Desnoyers-Milne-Edwards \u00e0 son beau-fr\u00e8re Charles Mertzdorff, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_26_octobre_1873_(C)\">26 octobre 1873-C<\/a>) <\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">L&#8217;<\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">histoire sainte inculqu\u00e9e dans l\u2019enfance est bient\u00f4t compl\u00e9t\u00e9e par l&#8217;histoire de France et l&#8217;<\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">histoire grecque (\u00c9milie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_19_d%C3%A9cembre_1878\">19\u00a0d\u00e9cembre 1878<\/a>). <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Les jeunes filles apprennent la g\u00e9ographie avec \u00c9mile Levasseur, professeur du Coll\u00e8ge de France, fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 de G\u00e9ographie commerciale\u00a0: <\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">M. Levasseur a paru et nous a fait une le\u00e7on des plus int\u00e9ressantes j\u2019ai appris beaucoup de choses nouvelles (tu diras que ce n\u2019est pas \u00e9tonnant). On commen\u00e7ait la g\u00e9ographie de l\u2019Europe\u00a0; on nous a parl\u00e9 d\u2019abord de l\u2019Europe compar\u00e9e aux autres parties du monde puis on a fait l\u2019histoire des c\u00f4tes de l\u2019oc\u00e9an glacial et de la mer Baltique. (Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re, <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_29_novembre_1877\">29\u00a0novembre 1877<\/a>) <\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Pour les mati\u00e8res scientifiques, l<\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">a physique leur est enseign\u00e9e par \u00c9mile Fernet venu de l\u2019\u00c9cole polytechnique\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Hier nous avons eu le cours de physique qui nous a paru assez difficile mais tr\u00e8s amusant tout de m\u00eame ; c\u2019\u00e9tait sur la pesanteur, la vitesse des corps, l\u2019espace qu\u2019ils parcourent, le centre de gravit\u00e9. Nous y retrouvons toujours les demoiselles Fernet qui sont tr\u00e8s gentilles et qui suivent assid\u00fbment le cours de leur p\u00e8re. (Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_22_novembre_1878_(A)\">22 novembre 1878-A<\/a>)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">et la chimie par <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Alfred Riche <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">venu <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">lui aussi <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">de l\u2019\u00c9cole polytechnique\u00a0: <\/span><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"> <span style=\"font-size: small\">Je sais maintenant, ou plut\u00f4t que dois savoir, ce que c\u2019est que l\u2019air ; j\u2019ai bien compris les exp\u00e9riences successives de Lavoisier et j\u2019ai vu comment l\u2019azote \u00e9teignait la lumi\u00e8re tandis que l\u2019oxyg\u00e8ne la rallumait ; apr\u00e8s lui donnait une grande intensit\u00e9\u00a0; apr\u00e8s avoir regard\u00e9 br\u00fbler du magn\u00e9sium dans de l\u2019oxyg\u00e8ne nous \u00e9tions compl\u00e8tement \u00e9blouies. <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">(Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re, <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_29_novembre_1877\">29\u00a0novembre 1877<\/a>)<\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">Bien que tent\u00e9es par la botanique, elles y renoncent faute de temps (<\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re, <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_3_f%C3%A9vrier_1879\">3\u00a0f\u00e9vrier 1879<\/a>). Pour les langues, elles \u00e9tudient pendant des ann\u00e9es l&#8217;allemand et l&#8217;anglais. <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: small\">Les arts d&#8217;agr\u00e9ment requi\u00e8rent \u00e9galement les meilleurs professeurs. Les demoiselles fr\u00e9quentent l\u2019atelier du peintre Paul Flandrin\u00a0: <\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">Vendredi j\u2019ai eu une longue s\u00e9ance d\u2019atelier pendant laquelle j\u2019ai bien travaill\u00e9 [\u00a0]. Je fais toujours la bosse \u00e0 force et cela m\u2019amuse beaucoup. (<\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re,<\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_9_f%C3%A9vrier_1879\"> 9 f\u00e9vrier 1879<\/a>)<\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">Marie re\u00e7oit les conseils de <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Ange Louis Guillaume <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">Lesourd-Beauregard, professeur d&#8217;iconographie v\u00e9g\u00e9tale au Mus\u00e9um, pour la peinture de fleurs\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">\u00a0j\u2019ai eu ma fameuse le\u00e7on de M. Beauregard qui me faisait tr\u00e8s peur d\u2019avance mais dont je suis enchant\u00e9e maintenant ; il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9content de mon travail et m\u2019a tout de suite fait commencer \u00e0 peindre cela m\u2019a beaucoup amus\u00e9e, il donne parfaitement ses le\u00e7ons expliquant le pourquoi de tout, montrant bien comment il faut s\u2019y prendre (<\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Marie Mertzdorff \u00e0 son p\u00e8re,<\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_25_avril_1879\"> 25\u00a0avril 1879<\/a>)<\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">Une personne comp\u00e9tente, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">M<\/span><sup><span style=\"font-size: small\">lle<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small\"> Magdeleine, <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">les initie \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art au fil de visites de monuments parisiens : Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, etc. Il y a enfin des le\u00e7ons de chant, de piano, de danse. L\u00e0 encore, les meilleurs professeurs sont convoqu\u00e9s : pour le piano, c\u2019est <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Pauline Roger, la d\u00e9dicataire de pi\u00e8ces de Gabriel Faur\u00e9 (<\/span><em><span style=\"font-size: small\">Le ruisseau<\/span><\/em><span style=\"font-size: small\">, en 1881) ou d&#8217;Ernest Chausson.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_5249\" aria-describedby=\"caption-attachment-5249\" style=\"width: 258px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Ferdinand-Buisson.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-5249\" src=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Ferdinand-Buisson-258x300.png\" alt=\"\" width=\"258\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Ferdinand-Buisson-258x300.png 258w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Ferdinand-Buisson-431x500.png 431w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2019\/11\/Capture-Ferdinand-Buisson.png 522w\" sizes=\"auto, (max-width: 258px) 100vw, 258px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5249\" class=\"wp-caption-text\">Ferdinand Buisson, Dictionnaire de p\u00e9dagogie [Gallica]<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: left\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">La loi de 1882 relative \u00e0 l&#8217;enseignement primaire pour les filles leur accorde le droit \u00e0 plus d&#8217;ouverture intellectuelle en listant les mati\u00e8res qui doivent \u00eatre enseign\u00e9es. Ferdinand Buisson dans son <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><i>Dictionnaire<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"> commente cette loi apr\u00e8s l&#8217;avoir cit\u00e9e, insistant sur la \u00ab prudence \u00bb n\u00e9cessaire aux institutrices qui abordent histoire de France ou les sciences physiques et naturelles, la \u00ab part modeste \u00bb faite aux notions litt\u00e9raires, ou les orientations pratiques du dessin \u00ab qui peut trouver son application dans la vie des femmes\u00a0\u00bb. La diversit\u00e9 des mati\u00e8res abord\u00e9es et de la qualit\u00e9 des ma\u00eetres des demoiselles Mertzdorff marquent les disparit\u00e9s qui caract\u00e9risent l&#8217;enseignement des filles \u00e0 cette \u00e9poque.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: center\"><span style=\"font-size: small\">***<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: left\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">D&#8217;ordinaire, la question de l&#8217;enseignement au XIX<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><sup><span style=\"font-size: small\">e<\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"> si\u00e8cle se focalise \u00e0 juste titre sur deux points : on insiste sur les enjeux politiques de l&#8217;\u00e9ducation et sur le retard des filles par rapport aux gar\u00e7ons. Les lettres de Marie Mertzdorff permettent un pas de c\u00f4t\u00e9 par rapport \u00e0 ces approches. Elles laissent entrevoir le plaisir d&#8217;apprendre, l&#8217;attention que certains savants portent \u00e0 l&#8217;enseignement, la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 quelques privil\u00e9gi\u00e9es. Les lettres offrent l\u2019image d\u2019une \u00e9ducation o\u00f9 se m\u00ealent la tradition (une grande place est r\u00e9serv\u00e9e aux \u00ab ouvrages \u00bb, \u00e0 la couture, \u00e0 la danse, \u00e0 la musique, au dessin) et une ouverture aux savoirs modernes. Les moyens financiers du p\u00e8re industriel, le milieu \u00ab intellectuel \u00bb dans lequel les jeunes filles grandissent, la proximit\u00e9 g\u00e9ographique avec les lieux du savoir composent autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments favorables. Chez les demoiselles Mertzdorff l&#8217;alliance de la culture et de la fortune se concr\u00e9tise bient\u00f4t par leurs \u00ab beaux \u00bb mariages, prochaines \u00e9tapes de l&#8217;ascension sociale de la famille.<\/span><\/span><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_5009\" class=\"footnote\">Jules Simon, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>L&#8217;\u00c9cole<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">, 1865, p. 115.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_5009\" class=\"footnote\"><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Id<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">., p 172.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_5009\" class=\"footnote\">Cit\u00e9 par Fran\u00e7oise Mayeur, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>L\u2019\u00c9ducation des filles en France au XIX<\/i><\/span><sup><span style=\"font-size: small\"><i>e<\/i><\/span><\/sup><span style=\"font-size: small\"><i> si\u00e8cle<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">, 1979, p.\u00a0114.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_5009\" class=\"footnote\">Julie-Victoire Daubi\u00e9, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>L&#8217;\u00e9mancipation de la femme<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"> en dix livraisons, 1871, p. 36.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_5009\" class=\"footnote\">Daubi\u00e9, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Op. cit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">. p 37-38.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_5009\" class=\"footnote\">Cit\u00e9 par F. Mayeur, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Op. cit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">., p.\u00a0186.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_5009\" class=\"footnote\">Clarisse Juranville et Pauline Berger, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Le bagage scientifique de la jeune fille : lectures nouvelles<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">, 1910, 3<\/span><sup><span style=\"font-size: small\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small\"> \u00e9dition. Ces deux auteures \u00e9crivent aussi sous le pseudonyme collectif \u00ab Raymond\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_5009\" class=\"footnote\"><\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Le bagage scientifique de la jeune fille,<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\"> page 7.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_9_5009\" class=\"footnote\">Propos rapport\u00e9s par son \u00e9poux, Charles Lemonnier, dans\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><i>\u00c9lisa Lemonnier, fondatrice de la Soci\u00e9t\u00e9 pour l&#8217;enseignement professionnel des femmes<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\">, 1866.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_10_5009\" class=\"footnote\">Fran\u00e7oise Mayeur, <i>Op. cit<\/i>., p. 110.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_11_5009\" class=\"footnote\">Voir le billet : \u00ab <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/3951\">Amusant<\/a> \u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_12_5009\" class=\"footnote\">Voir <\/span><\/span><span style=\"font-size: small\">Fran\u00e7oise Mayeur, <\/span><span style=\"font-size: small\"><i>Op. cit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small\">.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_12_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_13_5009\" class=\"footnote\"><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"><i>Dictionnaire de p\u00e9dagogie et d&#8217;instruction primaire,<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: small\"> publi\u00e9 sous la direction de Ferdinand Buisson, avec le concours d&#8217;un grand nombre de collaborateurs, 1882-1893, Partie\u00a01, Tome 1.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_13_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_14_5009\" class=\"footnote\"> Fran\u00e7oise Mayeur, <i>Op. cit<\/i>., p. 106.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_14_5009\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Les malheureuses jeunes filles sont r\u00e9duites pour toute distraction \u00e0 tirer l\u2019aiguille toute la journ\u00e9e, rempla\u00e7ant seulement la tapisserie par la dentelle et la dentelle par le crochet ! et souvent pour arriver \u00e0 faire avec beaucoup de peine quelque chose d\u2019inutile et de g\u00e9n\u00e9ralement laid !\u00a0\u00bb Qui d\u00e9nonce avec tant de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 l\u2019\u00e9ducation &hellip; <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/5009\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">\u00c9ducation(s) de filles<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4686,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":""},"categories":[1197385,663744],"tags":[1972029,1972034,1972049,1972009,1972044,1972039,1972019,1972024],"ppma_author":[1972257],"class_list":["post-5009","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1-la-vie-au-xixe-siecle","category-la-vie-quotidienne-au-xixe-siecle","tag-camille-see","tag-clarisse-juranville","tag-education-des-filles","tag-enseignement-des-filles","tag-ferdinand-buisson","tag-francoise-mayeur","tag-jules-simon","tag-julie-victoire-daubie"],"authors":[{"term_id":1972257,"user_id":4686,"is_guest":0,"slug":"puc","display_name":"Dani\u00e8le Poublan","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/4d81d35a8233d7adc4e500f713c32e2aabddac649b8968cbb8edd6eb4c637f7e?s=96&d=blank&r=g","1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5009","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4686"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5009"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5009\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8426,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5009\/revisions\/8426"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5009"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5009"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5009"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=5009"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}