{"id":3037,"date":"2017-09-21T16:52:29","date_gmt":"2017-09-21T14:52:29","guid":{"rendered":"http:\/\/puc.hypotheses.org\/?p=3037"},"modified":"2026-03-09T19:57:39","modified_gmt":"2026-03-09T17:57:39","slug":"caroline-lamour-conjugal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/3037","title":{"rendered":"Caroline : l&#8217;amour conjugal"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Les parents, les amis, les proches se sont mobilis\u00e9s pour marier Caroline Dum\u00e9ril et Charles Mertzdorff<sup><a href=\"#footnote_1_3037\" id=\"identifier_1_3037\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet&nbsp;: &laquo;&nbsp;On marie Caroline&nbsp;&raquo;.\">1<\/a><\/sup>. La c\u00e9r\u00e9monie termin\u00e9e, au mois de juin 1858, Caroline quitte Paris pour l&#8217;Alsace o\u00f9 son \u00e9poux dirige une usine de blanchiment des \u00e9toffes. Tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, elle maintient les liens familiaux en racontant sa vie au jour le jour, ses activit\u00e9s, ses d\u00e9couvertes. Dans la trame des anecdotes qui tissent l&#8217;\u00e9criture, se devinent et se disent des \u00e9motions, des r\u00eaves, des sentiments\u00a0: l&#8217;amour filial pour les parents \u00e9loign\u00e9s, puis l&#8217;amour maternel lorsque na\u00eet la petit Marie<sup><a href=\"#footnote_2_3037\" id=\"identifier_2_3037\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet&nbsp;: &laquo;&nbsp;Caroline, maman pour de bon&nbsp;&raquo;.\">2<\/a><\/sup>, mais aussi l&#8217;attachement au mari. Cet attachement se lit de fa\u00e7on plus directe encore dans les lettres que les \u00e9poux \u00e9changent entre eux.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 18pt\"><em>\u00ab\u00a0La joie m&#8217;est rentr\u00e9e dans l&#8217;\u00e2me\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/em><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Si Caroline s&#8217;inqui\u00e9tait de l&#8217;\u00e2ge (il a quarante ans et elle vingt-deux) et, au vu de son nom, du caract\u00e8re \u00ab\u00a0un peu allemand\u00a0\u00bb de son promis, d\u00e8s les premiers jours qui suivent le mariage elle semble conquise. Pendant le voyage de noces, tout en pr\u00e9servant son affection pour ses parents, elle exprime un nouveau bonheur\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">J&#8217;ai eu encore le c\u0153ur fort gros comme tu le penses et cela a dur\u00e9 quelque temps mais Charles a \u00e9t\u00e9 si bon, si charmant, a su si bien me faire comprendre ce que nous promettait de bonheur la vie que nous allons commencer que je t&#8217;avoue que la joie m&#8217;est rentr\u00e9e dans l&#8217;\u00e2me et que je suis vraiment aussi heureuse que possible maintenant [&#8230;] Dites-vous pour adoucir votre isolement que j&#8217;ai un mari aussi bon, aussi d\u00e9licat, aussi sensible que j&#8217;aurais pu jamais en r\u00eaver un et que votre fille est une heureuse et sera toujours une heureuse femme <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 sa m\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_19_juin_1858\">19\u00a0juin 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Les affirmations de bonheur se poursuivent dans les semaines suivantes\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Si je ne vous dis rien de mon cher mari c&#8217;est que vous savez bien ce que j&#8217;ai \u00e0 en dire\u00a0; pourtant je vous avoue que je ne croyais pas qu&#8217;on p\u00fbt \u00eatre aussi heureux que je le suis et que je ne pensais pas qu&#8217;une affection p\u00fbt \u00eatre assez vive pour en remplacer tant d&#8217;autres [&#8230;] je ne croyais pas qu&#8217;on p\u00fbt assez aimer un homme pour ne sentir aucun vide aupr\u00e8s de lui et que sa pr\u00e9sence seule p\u00fbt rendre le c\u0153ur joyeux et le faire battre si fort. <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 ses parents <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_22_et_mercredi_23_juin_1858\">22-23\u00a0juin 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">faut-il que j&#8217;aime Charles pour \u00eatre si contente pr\u00e8s de lui tandis que j&#8217;ai laiss\u00e9 bien loin ceux que j&#8217;aimais si vivement et que j&#8217;aime depuis ma naissance. L&#8217;amour d&#8217;une femme pour son mari est quelque chose de bien grand qu&#8217;il faut sentir pour le comprendre, dont on ne se fait pas l&#8217;id\u00e9e et dont tous les r\u00eaves de jeune fille ne sont m\u00eame pas l&#8217;ombre. C&#8217;est un sentiment bien fort et qui a quelque chose de saint. <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 ses parents, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_22_juillet_1858\">22\u00a0juillet 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Bien s\u00fbr la jeune femme rentre dans le r\u00f4le social auquel elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e, celui d&#8217;\u00e9pouse satisfaite de son statut. Et elle veut rassurer ses parents, les conforter dans l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;ils ont fait un bon choix pour elle, mais sa sinc\u00e9rit\u00e9 ne peut \u00eatre mise en doute. Elle d\u00e9crit sa f\u00e9licit\u00e9 \u00e0 chacun autour d&#8217;elle. <span style=\"font-family: Times New Roman,serif\">\u00c0<\/span> son grand-p\u00e8re\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Si je ne vous parle pas particuli\u00e8rement, mon cher bon-papa, du bonheur que je go\u00fbte aupr\u00e8s de mon mari, c&#8217;est que vous avez d\u00fb \u00eatre bien mis au courant, \u00e0 ce sujet-l\u00e0, par mes lettres \u00e0 la maison\u00a0; je ne puis m&#8217;emp\u00eacher de vous r\u00e9p\u00e9ter, pourtant, que je trouve en Charles tout ce qui peut promettre la vie la plus heureuse dans ce monde, et jamais je ne saurai assez remercier Dieu pour les gr\u00e2ces dont il m&#8217;a combl\u00e9e. <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 son grand-p\u00e8re Andr\u00e9 Marie Constant Dum\u00e9ril, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_1er_juillet_1858\">1<sup>er<\/sup>\u00a0juillet 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif\">\u00c0<\/span> son oncle parisien Auguste Dum\u00e9ril\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Ici, au contraire, il y a bien du bonheur dans la maison car Charles et moi sommes heureux comme on l&#8217;est au bout de six semaines de mariage, lorsqu&#8217;on s&#8217;aime et qu&#8217;on se comprend <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 son oncle, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Samedi_31_juillet_1858\">31\u00a0juillet 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-size: 12pt\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif\">\u00c0<\/span> sa jeune cousine et amie Isabelle Latham du Havre\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">chaque jour je connais davantage mon mari et le conna\u00eetre de plus en plus, c&#8217;est l&#8217;aimer en proportion. Il est si bon, si charmant avec moi, j&#8217;ai en outre tant de confiance en lui et en tout ce qu&#8217;il fait que je pr\u00e9vois une vie toute de bonheur de ce c\u00f4t\u00e9\u00a0; c&#8217;est ce que Dieu peut accorder de meilleur \u00e0 ses enfants et c&#8217;est ce dont je lui rends des actions de gr\u00e2ces bien sinc\u00e8res. <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 sa cousine, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_28_juin_1858\">28\u00a0juin 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Le souci \u00e9ducatif pointe, comme un apprentissage un brin moralisateur de la vie, lorsque Caroline s&#8217;adresse \u00e0 sa jeune cousine\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-size: 12pt\">Pour moi, j&#8217;ai une vie bien calme, bien tranquille, je dirai m\u00eame bien uniforme compar\u00e9e \u00e0 celle de Paris ou de la C\u00f4te [au Havre] mais ce que je puis t&#8217;affirmer c&#8217;est que j&#8217;ai plus de bonheur que jamais je n&#8217;aurais os\u00e9 en r\u00eaver\u00a0; et je maintiendrai plus que jamais que lorsqu&#8217;on est heureux dans son m\u00e9nage avec un mari comme le mien on pense bien peu au monde et aux soir\u00e9es et que le coin du feu a des charmes qu&#8217;offre bien rarement la soci\u00e9t\u00e9. <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 sa cousine, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_28_d%C3%A9cembre_1858\">28\u00a0d\u00e9cembre 1858<\/a>)<\/em><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Caroline d\u00e9crit un foyer id\u00e9al, une relation conjugale fond\u00e9e sur l&#8217;\u00e9change, la confiance, la compr\u00e9hension mutuelle, les sensibilit\u00e9s accord\u00e9es, la d\u00e9licatesse des sentiments. Au-del\u00e0 de l&#8217;image qu&#8217;il faut et qu&#8217;elle veut donner, appara\u00eet une r\u00e9elle satisfaction et un attachement authentique. Le bonheur physique d&#8217;\u00eatre ensemble se laisse deviner. Le plaisir des sens se manifeste aussi, allusivement, dans les lettres adress\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9poux.<\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 18pt\"><em>\u00ab\u00a0Mon petit bien aim\u00e9, je suis en mal de toi\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/em><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Par chance pour nous, lectrices et lecteurs des lettres, Charles Mertzdoff doit voyager, s\u00e9journer \u00e0 Paris ou partir en\u00a0 Grande-Bretagne pour acheter des machines. Cette s\u00e9paration donne lieu \u00e0 des \u00e9changes quotidiens. Se murmurent alors des d\u00e9sirs, des petits mots, la tristesse de l&#8217;absence, l&#8217;attente du retour. La petite Marie (Mimi, Miki), \u00e2g\u00e9e d&#8217;un an, est associ\u00e9e aux tendresses conjugales mais l&#8217;amour parental n&#8217;oblit\u00e8re pas l&#8217;amour conjugal.<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Mon cher petit Charles, ch\u00e9ri. Quel bonheur quand tu seras de nouveau au milieu de nous et que nous te tiendrons, Mimi et moi faisons des projets de te d\u00e9vorer. Comme il semble qu&#8217;il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps que tu es parti mon petit bien aim\u00e9, quel vide, quand tu n&#8217;y es pas, la journ\u00e9e o\u00f9 on va et vient passe encore mais quand arrive le soir comme c&#8217;est triste, quel bonheur de te revoir et surtout de t&#8217;embrasser, vrai Ch\u00e9ri, c&#8217;est dans un cas comme celui-l\u00e0 qu&#8217;on sent si on aime [\u2026] je prie bien le bon Dieu mon petit Charles, pour que ce voyage se passe bien et que tu reviennes <u>bien vite<\/u> l\u00e0 o\u00f9 on t&#8217;aime tant. [&#8230;] Adieu, mon bon petit Charles bien aim\u00e9, il faut te quitter pour que ma lettre parte mais c&#8217;est triste, tu penses \u00e0 moi n&#8217;est-ce pas ami, oh va j&#8217;en suis s\u00fbre\u00a0; mais je suis en mal de toi, vois-tu, enfin je veux \u00eatre raisonnable et je l&#8217;ai \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, n&#8217;est-ce pas, tu es content de moi. Ne montre pas ma lettre. Je t&#8217;embrasse mille et mille fois <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 son mari, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Jeudi_11_janvier_1860\">11\u00a0janvier 1860<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Charles est alors \u00e0 Paris, il est h\u00e9berg\u00e9 dans la famille de Caroline, et celle-ci pr\u00e9vient toute indiscr\u00e9tion (\u00ab\u00a0Ne montre pas ma lettre\u00a0\u00bb)\u00a0; elle insiste pour que ses d\u00e9clarations d&#8217;affection ne s&#8217;\u00e9bruitent pas, car d&#8217;ordinaire les lettres circulent parmi les proches. Elle trace autour de leur couple les limites de l&#8217;intimit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Comme je suis contente, mon bien-aim\u00e9 de voir que mes lettres te font plaisir, comme tu sais toi, m&#8217;envoyer des petits mots affectueux qui me vont au c\u0153ur et me rendent heureuse ; merci ch\u00e9ri, je ne puis te dire tous les r\u00eaves de bonheur que je fais pour quand nous serons de retour dans notre int\u00e9rieur ch\u00e9ri o\u00f9 nous sommes si heureux ensemble\u00a0; quel bonheur de ne plus te quitter. [\u00a0] <\/span><span style=\"font-size: 12pt\">Adieu, petit Charles bien-aim\u00e9 pense toujours \u00e0 ta femme qui t&#8217;aime bien tendrement, ne te fatigue pas trop, pense que tu dois soigner notre plus grand tr\u00e9sor et re\u00e7ois les meilleurs baisers de ta fille et de sa maman qui te mangeront \u00e0 l&#8217;envi quand tu seras de retour. Encore une fois au revoir <em>(Caroline Dum\u00e9ril-Mertzdorff \u00e0 son mari, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_13_mai_1860\">13\u00a0mai 1860<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Loin de la rh\u00e9torique de l&#8217;amour-passion qui diffuse \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle un mod\u00e8le romantique, tout de larmes et d&#8217;emportements, et \u00e0 distance d&#8217;une relation qui servirait exclusivement des int\u00e9r\u00eats familiaux, Caroline et Charles composent <\/span><span style=\"font-size: 12pt\">un couple plus uni et plus tendre. Le mariage au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u00ab\u00a0tend \u00e0 absorber toutes les fonctions\u00a0: non seulement l&#8217;alliance, mais le sexe\u00a0\u00bb note Michelle Perrot<sup><a href=\"#footnote_3_3037\" id=\"identifier_3_3037\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Michelle Perrot, &laquo;&nbsp;Figures et r&ocirc;les&nbsp;&raquo;, Histoire de la vie priv&eacute;e, t.&nbsp;4&nbsp;: De la R&eacute;volution &agrave; la Grande Guerre, p.&nbsp;133.\">3<\/a><\/sup> qui voit l\u00e0 un trait majeur de nouveaut\u00e9. Dans la famille Dum\u00e9ril-Mertzdorff ce nouveau mod\u00e8le se diffuse \u00e0 l&#8217;ombre de l\u2019\u00c9glise catholique omnipr\u00e9sente dans les esprits.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 18pt\"><em>\u00ab\u00a0Vous \u00eates ma vie\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">De sexe il n&#8217;est nullement question, pas plus dans les lettres de Charles que dans celles de Caroline. C&#8217;est sans surprise\u00a0: par rapport aux correspondances amicales des jeunes gens \u00ab\u00a0les correspondances de la maturit\u00e9 sont avares de confidences, d&#8217;aveux individuels. On n&#8217;y raconte pas sa vie sexuelle\u00a0\u00bb remarque Alain Corbin<sup><a href=\"#footnote_4_3037\" id=\"identifier_4_3037\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Alain Corbin&nbsp;: &laquo;&nbsp;La relation intime ou les plaisirs de l&#039;&eacute;change&nbsp;&raquo;, Histoire de la vie priv&eacute;e, t.&nbsp;4, p.&nbsp;517.\">4<\/a><\/sup>. Et encore moins dans une famille bourgeoise pratiquante.<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">C&#8217;est Dimanche ! C&#8217;est te dire ma ch\u00e8re petite femme (lis mon petit cornichon ch\u00e9ri) que j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9glise \u00e0 9h &amp; que depuis ce temps je n&#8217;ai pas quitt\u00e9 mon petit salon que j&#8217;ai pris tout expr\u00e8s pour rester seul, ou mieux pour \u00eatre avec vous. [\u2026] Je pense en ce moment \u00e0 livre ouvert avec mon chou, c&#8217;est pour elle &amp; quoiqu&#8217;elle connaisse d\u00e9j\u00e0 toutes mes pens\u00e9es j&#8217;aime bien les lui redire pour qu&#8217;elle voie bien que son ami n&#8217;a pas chang\u00e9 m\u00eame dans cette belle Albion. [&#8230;] Ce n&#8217;est pas tout tu diras \u00e0 mon petit cornichon que je l&#8217;aime toujours bien, que je suis toujours avec lui que je l&#8217;embrasse de tout mon c\u0153ur &amp; lorsque tu auras fait tout cela comme je le ferais moi tu en auras pour bien longtemps &amp; je serai content de toi toujours <em>(Charles Mertzdorff, \u00e0 Manchester, \u00e0 son \u00e9pouse, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_6_mai_1860\">6\u00a0mai 1860<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif\">\u00c9<\/span>loign\u00e9 d&#8217;elles, Charles associe souvent sa femme et sa fille encore b\u00e9b\u00e9 dans la m\u00eame affection\u00a0; l&#8217;intimit\u00e9 conjugale se conjugue avec l&#8217;intimit\u00e9 familiale. Le souci de la sant\u00e9 de l&#8217;enfant et le d\u00e9sir d&#8217;\u00eatre rassur\u00e9 se disent en m\u00eame temps que l&#8217;attachement \u00e0 la m\u00e8re. La solitude, l&#8217;\u00e9loignement et le manque montrent indissolublement li\u00e9s le p\u00e8re attentionn\u00e9 et le mari aimant.<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Je ne te dirai pas tout le bonheur que j&#8217;\u00e9prouve lorsque je re\u00e7ois tes bonnes lettres me parlant de Miki qui vient si bien\u00a0; vous \u00eates ma vie, &amp; lorsque je ne suis pas ici je suis avec vous. <em>(Charles Mertzdorff \u00e0 son \u00e9pouse, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mardi_8_mai_1860\">8\u00a0mai 1860<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Tu sais que tu embrasseras bien souvent Mimi pour moi tu feras mes meilleurs amiti\u00e9s \u00e0 nos parents &amp; tu garderas un bon gros, tr\u00e8s gros, baiser pour celle que j&#8217;aime le plus ici-bas.<em> (Charles Mertzdorff \u00e0 son \u00e9pouse, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Vendredi_4_mai_1860\">4\u00a0mai 1860<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Adieu ch\u00e9rie Embrasse bien Miki en attendant que je puisse bien te serrer dans mes bras. je t&#8217;envoie mon meilleur baiser<em> (Charles Mertzdorff \u00e0 son \u00e9pouse, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_20_mai_1860\">20\u00a0mai 1860<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">A n&#8217;en pas douter, Caroline Dum\u00e9ril et Charles Mertzdorff, r\u00e9unis par leurs proches et mari\u00e9s en quelques semaines, se sont aim\u00e9s. Leur affectivit\u00e9 contraste avec les silences d&#8217;autres correspondances semblables, celle en particulier de la seconde \u00e9pouse de Charles devenu veuf. Aucun des mots de Caroline, de ses \u00e9lans, de ses confidences ne se retrouvent sous la plume de celle qui lui a succ\u00e9d\u00e9 pour \u00e9lever ses deux fillettes. Les sentiments qui s&#8217;expriment avec retenue et pudeur dans les lettres de Charles et Caroline trouvent bien plus tard leur confirmation\u00a0: lorsque Marie, le b\u00e9b\u00e9 dont on s&#8217;inqui\u00e8te en 1860, se marie \u00e0 son tour en 1880, son p\u00e8re se tourne vers son propre pass\u00e9, vers les courtes ann\u00e9es d&#8217;une union heureuse\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\"><span style=\"font-size: 12pt\">Ma ch\u00e8re Marie lorsque l\u2019on est vieux l\u2019on a pass\u00e9 par tant de choses &amp; d\u2019\u00e9v\u00e9nements extraordinaires que m\u00eame marier sa fille ne me para\u00eet pas un fait aussi extraordinaire, d\u2019autant que depuis 20\u00a0ans l\u2019on s&#8217;est un peu familiaris\u00e9 avec cette id\u00e9e [&#8230;] Mais lorsque l\u2019on n\u2019a joui que 4\u00a0ans de bonheur l\u2019on trouve que c\u2019est bien peu &amp; la vie est souvent une charge alors. Tomber de bien haut fait bien mal\u00a0! <em>(Charles Mertzdorff \u00e0 sa fille, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_31_mars_1880\">31\u00a0Mars 1880<\/a>)<\/em><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12pt\">Quatre ans de bonheur&#8230; Un aveu plein de nostalgie et de m\u00e9lancolie.<\/span><\/p>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote_1_3037\" class=\"footnote\">Voir le billet\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/202\">On marie Caroline<\/a>\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_3037\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_2_3037\" class=\"footnote\">Voir le billet\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/2515\">Caroline, maman pour de bon<\/a>\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_3037\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_3_3037\" class=\"footnote\"><\/span><span style=\"font-size: 12pt\">Michelle Perrot, \u00ab\u00a0Figures et r\u00f4les\u00a0\u00bb, <i>Hist<\/i><i>oire de la vie priv\u00e9e, t.\u00a04\u00a0: De la R\u00e9volution \u00e0 la Grande Guerre<\/i>, p.\u00a0133.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_3037\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_4_3037\" class=\"footnote\">Alain Corbin\u00a0: \u00ab\u00a0La relation intime ou les plaisirs de l&#8217;\u00e9change\u00a0\u00bb, <i>Histoire de la vie priv\u00e9e<\/i>, <i>t.\u00a04<\/i>, p.\u00a0517.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_3037\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les parents, les amis, les proches se sont mobilis\u00e9s pour marier Caroline Dum\u00e9ril et Charles Mertzdorff1. La c\u00e9r\u00e9monie termin\u00e9e, au mois de juin 1858, Caroline quitte Paris pour l&#8217;Alsace o\u00f9 son \u00e9poux dirige une usine de blanchiment des \u00e9toffes. Tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, elle maintient les liens familiaux en racontant sa vie au jour le jour, ses &hellip; <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/3037\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Caroline : l&#8217;amour conjugal<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4686,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"0","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":""},"categories":[1197385,663745],"tags":[63092,1967976,663784,2606,677,598],"ppma_author":[1972257],"class_list":["post-3037","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1-la-vie-au-xixe-siecle","category-les-personnages","tag-amour","tag-caroline-dumeril-mertzdorff","tag-charles-mertzdorff","tag-intimite","tag-mariage","tag-sentiments"],"authors":[{"term_id":1972257,"user_id":4686,"is_guest":0,"slug":"puc","display_name":"Dani\u00e8le Poublan","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/4d81d35a8233d7adc4e500f713c32e2aabddac649b8968cbb8edd6eb4c637f7e?s=96&d=blank&r=g","1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4686"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3037"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10517,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037\/revisions\/10517"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3037"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}