{"id":2460,"date":"2016-05-13T16:14:33","date_gmt":"2016-05-13T14:14:33","guid":{"rendered":"http:\/\/puc.hypotheses.org\/?p=2460"},"modified":"2026-03-12T15:40:40","modified_gmt":"2026-03-12T13:40:40","slug":"lespace-de-la-page","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/2460","title":{"rendered":"L&#8217;espace de la page"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">\u00c0 peine d\u00e9pli\u00e9e, avant m\u00eame d&#8217;\u00eatre lue, la lettre raconte \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb. Sa signification d\u00e9borde celle du texte \u00e9crit<sup><a href=\"#footnote_1_2460\" id=\"identifier_1_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet&nbsp;: &laquo;&nbsp;La lettre, support d&#039;un texte&nbsp;&raquo;.\">1<\/a><\/sup>\u00a0: le papier (lourde feuille, page arrach\u00e9e \u00e0 un cahier, carte), son format, sa couleur, sa texture, voire son bruissement, son parfum parfois, sollicitent toutes les perceptions du lecteur et \u00e9veillent des \u00e9motions qui accompagnent et orientent la lecture. De m\u00eame l&#8217;\u00e9criture (calligraphi\u00e9e, griffonn\u00e9e, au crayon, \u00e0 la plume) et la disposition du texte dans la page ont leur importance. Tous ces \u00e9l\u00e9ments sont codifi\u00e9s et, comme le pr\u00e9conise la comtesse de Boissieux au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle dans son <i>Cours abr\u00e9g\u00e9 de style \u00e9pistolaire<\/i>, \u00ab\u00a0il est dans la forme des lettres un c\u00e9r\u00e9monial qu&#8217;il importe de conna\u00eetre et d&#8217;observer\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_2_2460\" id=\"identifier_2_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Comtesse de Boissieux, Cours abr&eacute;g&eacute; de style &eacute;pistolaire, avec de nombreux sujets de lettres, &agrave; l&#039;usage des classes de fran&ccedil;ais, J.-E.&nbsp;Gauguet, 1878, page&nbsp;11 [ouvrage num&eacute;ris&eacute; BNF-Gallica]. Les titres des manuels cit&eacute;s dans ce billet sont tir&eacute;s du livre de C&eacute;cile Dauphin, Pr&ecirc;te-moi ta plume&hellip; Les manuels &eacute;pistolaires au XIXe&nbsp;si&egrave;cle, Kim&eacute;, 2000, bibliographie pages 168 &agrave; 196.\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Des lettres visuellement diff\u00e9rentes<\/h1>\n<figure id=\"attachment_2467\" aria-describedby=\"caption-attachment-2467\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1795-06-29.png\" rel=\"attachment wp-att-2467\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2467\" src=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1795-06-29-300x239.png\" alt=\"A.M.C. Dum\u00e9ril \u00e0 sa m\u00e8re, 29 juin 1795\" width=\"300\" height=\"239\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1795-06-29-300x239.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1795-06-29-500x398.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1795-06-29-376x300.png 376w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1795-06-29.png 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2467\" class=\"wp-caption-text\">A.M.C. Dum\u00e9ril \u00e0 sa m\u00e8re, <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_29_juin_1795,_11_messidor_an_III\">29 juin 1795<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_2469\" aria-describedby=\"caption-attachment-2469\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30.png\" rel=\"attachment wp-att-2469\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2469\" src=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30-300x231.png\" alt=\"Alphonsine Delaroche-Dum\u00e9ril \u00e0 son \u00e9poux, 30 septembre 1812\" width=\"300\" height=\"231\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30-300x231.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30-768x591.png 768w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30-500x385.png 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30-390x300.png 390w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1812-09-30.png 828w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2469\" class=\"wp-caption-text\">Alphonsine Delaroche-Dum\u00e9ril \u00e0 son \u00e9poux,\u00a0 <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Mercredi_30_septembre_1812\">30 septembre 1812<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Voici deux lettres familiales, autour de 1800<sup><a href=\"#footnote_3_2460\" id=\"identifier_3_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le site &quot;S&#039;&eacute;crire au XIXe si&egrave;cle. Une correspondance familiale&quot;.\">3<\/a><\/sup>. Les pages remplies par les deux \u00e9poux sont visuellement diff\u00e9rentes. L&#8217;une est a\u00e9r\u00e9e et, conform\u00e9ment aux formes prescrites, isole nettement la date, le titre et la signature ; l&#8217;autre est plus touffue et les mots partent \u00e0 l&#8217;assaut de tout l&#8217;espace de la feuille. Comme il \u00e9tait d&#8217;usage \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, Alphonsine Delaroche n&#8217;utilise pas d&#8217;enveloppe et inscrit l&#8217;adresse sur la lettre pli\u00e9e<sup><a href=\"#footnote_4_2460\" id=\"identifier_4_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet : &laquo; Les enveloppes&nbsp;&raquo;.\">4<\/a><\/sup>\u00a0; la plupart de ses lettres sont ainsi envahies par l&#8217;\u00e9criture hors le petit rectangle qui reste visible lors du pliage. Andr\u00e9 Marie Constant Dum\u00e9ril est plus respectueux des conventions, telles que les enseignent les manuels.<\/p>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Le c\u00e9r\u00e9monial \u00e9pistolaire<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\">Sous forme de questions et r\u00e9ponses, le <i>Cours<\/i> de la comtesse de Boissieux passe en revue tous les aspects du c\u00e9r\u00e9monial \u00e9pistolaire et d\u00e9taille ses conventions\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Quel est le format du papier \u00e0 employer de pr\u00e9f\u00e9rence\u00a0?\u00ad<\/em><br \/>\n<em> Ce format varie selon le degr\u00e9 d&#8217;intimit\u00e9 ou plut\u00f4t selon la position de la personne qui \u00e9crit\u00a0; ainsi une femme peut, m\u00eame pour des lettres de c\u00e9r\u00e9monie, employer le petit format, tandis qu&#8217;un homme bien \u00e9lev\u00e9 ne se le permet que dans l&#8217;intimit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\"><em>Qu&#8217;appelez-vous titre en style \u00e9pistolaire\u00a0?<\/em><br \/>\n<em> \u00ad L&#8217;appellation donn\u00e9e au correspondant soit Monsieur, Madame, mon cher fr\u00e8re, mon cher ami, etc.,<\/em><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\"><em>Comment se place ce titre\u00a0?<\/em><br \/>\n<em> En vedette, c&#8217;est \u00e0 dire au milieu de la ligne et seul sur cette ligne.<\/em><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\"><em>Y-a-t-il des r\u00e8gles fixes pour la hauteur de cette vedette\u00a0?<\/em><br \/>\n<em> \u00ad En \u00e9crivant \u00e0 un personnage une lettre de c\u00e9r\u00e9monie, la vedette doit \u00eatre plac\u00e9e au tiers environ du papier.<\/em><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\"><em>Dans ce cas, o\u00f9 commence le corps de la lettre\u00a0?<\/em><br \/>\n<em> \u00ad A la moiti\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s de la page\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Distances \u00e0 observer en t\u00eate et \u00e0 la fin, lignes \u00e0 laisser blanches sous la vedette, au bas de la page, etc., tout est d\u00e9taill\u00e9. Dans les lettres ordinaires \u00ab<em>\u00a0on tend chaque jour \u00e0 s&#8217;affranchir de cette \u00e9tiquette<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; mais, conclut-elle, \u00ab<em>\u00a0il faut cependant se garder de [la] n\u00e9gliger trop compl\u00e8tement<\/em>\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_5_2460\" id=\"identifier_5_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Boissieux, op. cit., p.&nbsp;13-15.\">5<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Ce <i>Cours<\/i> de Madame de Boissieux est \u00e9dit\u00e9 en 1878. Autour 1860-1870 de tr\u00e8s nombreux autres manuels paraissent<sup><a href=\"#footnote_6_2460\" id=\"identifier_6_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. Dauphin, op. cit., p.&nbsp;22 et suivantes.\">6<\/a><\/sup>, reprenant les m\u00eames conseils\u00a0:<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0<em>on appelle donner la ligne, laisser un intervalle plus ou moins grand entre la qualit\u00e9 nominative de la personne \u00e0 qui l&#8217;on \u00e9crit, Monsieur, Madame, etc., et le commencement de la lettre<\/em>\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_7_2460\" id=\"identifier_7_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Alexandre Abrant, Exercices sur le style &eacute;pistolaire, &agrave; l&#039;usage des jeunes gens&hellip;, 2e&nbsp;&eacute;dition, Larousse et Boyer, In-12, 1860, page&nbsp;22 [ouvrage num&eacute;ris&eacute; BNF-Gallica].\">7<\/a><\/sup>.<br \/>\nou bien\u00a0:<br \/>\n\u00ab<em>\u00a0pour les lettres les plus respectueuses ou les plus c\u00e9r\u00e9monieuses, on laissera un espace de six \u00e0 dix centim\u00e8tres, dans le format in-folio ou in-4\u00b0, entre le titre qualificatif de rang ou de dignit\u00e9. On observera la m\u00eame distance entre la derni\u00e8re ligne de la lettre et la formule des civilit\u00e9s ou des respects; et la signature ne se posera qu&#8217;\u00e0 cinq centim\u00e8tres environ au-dessous de cette formule. Dans les lettres d&#8217;un degr\u00e9 moins c\u00e9r\u00e9monieuses, on pourra diminuer un peu ces distances<\/em>\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_8_2460\" id=\"identifier_8_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Charles Dezobry, Dictionnaire pratique et critique de l&#039;art &eacute;pistolaire fran&ccedil;ais&nbsp;: avec des pr&eacute;ceptes et des conseils sur chaque genre, plus de mille mod&egrave;les choisis dans les monuments et les documents de la langue fran&ccedil;aise, et des remarques&hellip;, C. Delagrave, 1866, page&nbsp;753 [ouvrage num&eacute;ris&eacute; BNF-Gallica].\">8<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">La longue dur\u00e9e des conventions<\/h1>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue, les \u00e9pistoliers se multiplient, le nombre des lettres s&#8217;envole<sup><a href=\"#footnote_9_2460\" id=\"identifier_9_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir le billet&nbsp;: &laquo;&nbsp;Trafic postal&nbsp;&raquo;.\">9<\/a><\/sup>, mais ce qui frappe, c&#8217;est la permanence des r\u00e8gles du bien \u00e9crire tout au long du si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Les manuels de Philipon de La Madelaine (1734-1818) sont r\u00e9\u00e9dit\u00e9s au cours du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. D\u00e8s avant la R\u00e9volution, lui qui se veut simple et moderne, prescrit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Vers le quart de la page, \u00e0 commencer en haut, vous \u00e9crivez la qualification de la personne, Monseigneur\u00a0; Monsieur, Madame, ou Mademoiselle, selon son rang &amp; son \u00e9tat [&#8230;] Entre cette qualification de la personne &amp; le commencement de la Lettre , vous laisserez un intervalle plus ou moins grand, selon le respect que vous lui devez\u00a0; &amp; c&#8217;est l\u00e0 ce que l&#8217;on appelle commun\u00e9ment<\/em> donner la ligne. <em>Vous observez aussi de laisser au bas de la m\u00eame page un espace de deux ou trois doigts, &amp; au revers vous commencez \u00e0 la m\u00eame hauteur o\u00f9 vous avez plac\u00e9 de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 le mot de<\/em> Madame <em>ou de<\/em> Monsieur\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_10_2460\" id=\"identifier_10_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Louis Philipon de La Madelaine, Mod&egrave;les de lettres sur diff&eacute;rents sujets&hellip;, 1771, pages&nbsp;51-53 [ouvrage num&eacute;ris&eacute; BNF-Gallica].\">10<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Plus d&#8217;un si\u00e8cle apr\u00e8s, la \u00ab\u00a0baronne Staffe\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_11_2460\" id=\"identifier_11_2460\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Blanche Staffe, La correspondance dans toutes les circonstances de la vie, L. Chailley, 1895 [num&eacute;risation BNF-Gallica].\">11<\/a><\/sup> r\u00e9p\u00e8te encore\u00a0:<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">\u00ab<em>\u00a0On commence sa lettre par le mot \u00ab Monsieur\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mademoiselle\u00a0\u00bb, mis en vedette, apr\u00e8s la date. A des personnes de connaissance, on dit bien \u00ab\u00a0Cher Monsieur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Ch\u00e8re Madame\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Ch\u00e8re Mademoiselle\u00a0\u00bb. Ce ton plus familier, plus aimable d\u00e9pend de la nature des relations, c&#8217;est \u00e0 chacun de se rendre compte si ce ton peut, doit \u00eatre employ\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">\u00c9motions et conventions<\/h1>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Mais devant la force des sentiments et l&#8217;urgence de les dire, que deviennent la mesure, la rigueur, le formalisme ? Chacune et chacun sait s&#8217;en d\u00e9tacher pour faire passer ce qui est le plus important. Dans cette famille ais\u00e9e,\u00a0 les r\u00e8gles du savoir-\u00e9crire sont connues et le papier ne manque pas\u00a0; cependant la mise en place et la mise en ordre des mots, des phrases, des paragraphes sont bouscul\u00e9es. La page n&#8217;est plus un espace r\u00e9gul\u00e9, mais une monstration des sentiments, la visualisation d&#8217;un attachement. Le gribouillage na\u00eet de la h\u00e2te de dire, les lignes s&#8217;infl\u00e9chissent au rythme des \u00e9motions. Ou bien, l&#8217;\u00e9criture restant sage et r\u00e9guli\u00e8re, les lignes se croisent et se superposent pour saturer la page. Leur entrelacement rend sensible l&#8217;attachement des deux cousines et exprime le trop-plein de leur affection. On peut voir aussi dans ce tissage graphique comme un jeu de devinette dont le d\u00e9chiffrement scelle la complicit\u00e9 des jeunes filles. La lecture malais\u00e9e appelle la connivence.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2480\" aria-describedby=\"caption-attachment-2480\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/fs1855-07-16-crois\u00e9e.jpg\" rel=\"attachment wp-att-2480\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2480\" src=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/fs1855-07-16-crois\u00e9e-300x214.jpg\" alt=\"Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine et amie, 16 juillet 1855\" width=\"300\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/fs1855-07-16-crois\u00e9e-300x214.jpg 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/fs1855-07-16-crois\u00e9e-768x547.jpg 768w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/fs1855-07-16-crois\u00e9e-500x356.jpg 500w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/fs1855-07-16-crois\u00e9e-421x300.jpg 421w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2480\" class=\"wp-caption-text\">Caroline Dum\u00e9ril \u00e0 sa cousine et amie,\u00a0 <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Lundi_16_juillet_1855\">16 juillet 1855<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Souvent, l&#8217;\u00e9criture d\u00e9borde en post-scriptum apr\u00e8s la signature, s&#8217;insinue dans les marges, recouvre ce qui est d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit comme un d\u00e9ferlement de tendresse, une effusion irr\u00e9pressible. Bien loin du soin et de l&#8217;attention que requiert la calligraphie et le comptage des espaces vides, le besoin d&#8217;atteindre l&#8217;autre, l&#8217;espoir rageur de le convaincre, l&#8217;angoisse que l&#8217;on veut cacher ou partager se lisent dans le bouleversement des r\u00e8gles.\u00a0\u00c0 l&#8217;inverse de l&#8217;envahissement des mots, c&#8217;est parfois le vide qui s&#8217;impose, lorsque l&#8217;essentiel est en jeu :<\/p>\n<figure id=\"attachment_2489\" aria-describedby=\"caption-attachment-2489\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1870-11-13B-carte.png\" rel=\"attachment wp-att-2489\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2489\" src=\"http:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1870-11-13B-carte-300x200.png\" alt=\"Jules Desnoyers \u00e0 son gendre et sa fille - carte du 13 novembre 1870\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1870-11-13B-carte-300x200.png 300w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1870-11-13B-carte-451x300.png 451w, https:\/\/puc.hypotheses.org\/files\/2016\/05\/1870-11-13B-carte.png 496w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2489\" class=\"wp-caption-text\">Jules Desnoyers \u00e0 son gendre et sa fille , carte du <a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/Dimanche_13_novembre_1870_(B)\">13 novembre 1870<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\" lang=\"fr-FR\" style=\"text-align: justify\">C&#8217;est la guerre, Paris est assi\u00e9g\u00e9 ; on ne sait si les lettres arrivent, on ne re\u00e7oit pas de r\u00e9ponses ; on ignore m\u00eame si les destinataires sont saufs. L&#8217;angoisse gagne, les lettres se multiplient avec des phrases rassurantes tass\u00e9es sur les feuillets exp\u00e9di\u00e9s de Paris en \u00ab\u00a0ballon mont\u00e9\u00a0\u00bb. Mais sur cette carte \u00e0 ses enfants, le p\u00e8re va \u00e0 l&#8217;essentiel et pose les questions vitales : Vous portez-vous bien\u00a0? Recevez-vous nos lettres\u00a0? O\u00f9 \u00eates-vous\u00a0? La situation exceptionnelle exige un message inhabituel dans son d\u00e9pouillement.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Miroir de l&#8217;\u00e2me\u00a0\u00bb, pour reprendre un poncif, jusque dans son aspect, la lettre fait sens en pr\u00e9sentant imm\u00e9diatement l&#8217;\u00e9tat d&#8217;une relation. Un premier regard, avant m\u00eame la lecture, peut renseigner sur l&#8217;attitude de l&#8217;\u00e9pistolier.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote_1_2460\" class=\"footnote\">Voir le billet\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/1720\">La lettre, support d&#8217;un texte<\/a>\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_2_2460\" class=\"footnote\">Comtesse de Boissieux, <i>Cours abr\u00e9g\u00e9 de style \u00e9pistolaire, avec de nombreux sujets de lettres, \u00e0 l&#8217;usage des classes de fran\u00e7ais<\/i>, J.-E.\u00a0Gauguet, 1878, page\u00a011 [ouvrage num\u00e9ris\u00e9 BNF-Gallica]. Les titres des manuels cit\u00e9s dans ce billet sont tir\u00e9s du livre de C\u00e9cile Dauphin, <i>Pr\u00eate-moi ta plume\u2026 Les manuels \u00e9pistolaires au XIX<\/i><sup><i>e<\/i><\/sup><i>\u00a0si\u00e8cle<\/i>, Kim\u00e9, 2000, bibliographie pages 168 \u00e0 196.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_3_2460\" class=\"footnote\">Voir le site &#8220;<a href=\"https:\/\/lettresfamiliales.ehess.fr\/view\/S%27%C3%A9crire_au_XIXe_si%C3%A8cle._Une_correspondance_familiale\">S&#8217;\u00e9crire au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/a>. Une correspondance familiale&#8221;.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_4_2460\" class=\"footnote\">Voir le billet : \u00ab <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/324\">Les enveloppes<\/a>\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_5_2460\" class=\"footnote\">Boissieux, <i>op. cit.<\/i>, p.\u00a013-15.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_6_2460\" class=\"footnote\">C. Dauphin, <i>op. cit<\/i>., p.\u00a022 et suivantes.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_7_2460\" class=\"footnote\">Alexandre Abrant, <i>Exercices sur le style \u00e9pistolaire, \u00e0 l&#8217;usage des jeunes gens<\/i>\u2026, 2<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9dition, Larousse et Boyer, In-12, 1860, page\u00a022 [ouvrage num\u00e9ris\u00e9 BNF-Gallica].<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_8_2460\" class=\"footnote\">Charles Dezobry, <i>Dictionnaire pratique et critique de l&#8217;art \u00e9pistolaire fran\u00e7ais\u00a0: avec des pr\u00e9ceptes et des conseils sur chaque genre, plus de mille mod\u00e8les choisis dans les monuments et les documents de la langue fran\u00e7aise, et des remarques<\/i>\u2026, C. Delagrave, 1866, page\u00a0753 [ouvrage num\u00e9ris\u00e9 BNF-Gallica].<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_9_2460\" class=\"footnote\">Voir le billet\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/1706\">Trafic postal<\/a>\u00a0\u00bb.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_10_2460\" class=\"footnote\">Louis Philipon de La Madelaine, <i>Mod\u00e8les de lettres sur diff\u00e9rents sujets<\/i>\u2026, 1771, pages\u00a051-53 [ouvrage num\u00e9ris\u00e9 BNF-Gallica].<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_11_2460\" class=\"footnote\">Blanche Staffe, <i>La correspondance dans toutes les circonstances de la vi<\/i>e, L. Chailley, 1895 [num\u00e9risation BNF-Gallica].<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_2460\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 peine d\u00e9pli\u00e9e, avant m\u00eame d&#8217;\u00eatre lue, la lettre raconte \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb. Sa signification d\u00e9borde celle du texte \u00e9crit1\u00a0: le papier (lourde feuille, page arrach\u00e9e \u00e0 un cahier, carte), son format, sa couleur, sa texture, voire son bruissement, son parfum parfois, sollicitent toutes les perceptions du lecteur et \u00e9veillent des \u00e9motions qui accompagnent et orientent &hellip; <a href=\"https:\/\/puc.hypotheses.org\/2460\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L&#8217;espace de la page<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4686,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"0","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":""},"categories":[1196625,2746],"tags":[663892,17232,1260748,396009,598],"ppma_author":[1972257],"class_list":["post-2460","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-2-lepistolaire","category-textes","tag-conventions-epistolaires","tag-graphie","tag-manuel-epistolaire","tag-mise-en-page","tag-sentiments"],"authors":[{"term_id":1972257,"user_id":4686,"is_guest":0,"slug":"puc","display_name":"Dani\u00e8le Poublan","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/4d81d35a8233d7adc4e500f713c32e2aabddac649b8968cbb8edd6eb4c637f7e?s=96&d=blank&r=g","1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4686"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2460"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10732,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2460\/revisions\/10732"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2460"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/puc.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}