L’exposition « Entre Terre et Mer : une histoire du littoral marseillais » aux Archives municipales
« La mer est une invitation permanente à en faire le tour »,
Fernand Braudel
Marseille est une « ville-port » et c’est ainsi qu’elle se raconte. Aux Archives municipales de Marseille, installées rue Clovis-Hugues dans le quartier de la Belle-de-Mai, l’exposition Entre Terre et Mer : une histoire du littoral marseillais a ouvert ses portes le 6 décembre 2025 et sera visible jusqu’au 7 mai 2026. Ce projet, dirigé par Isabelle Aillaud, responsable du service des publics aux Archives de Marseille et commissaire d’exposition, nous invite à découvrir les aspects historiques et environnementaux des 50 kilomètres de côtes qui façonnent Marseille, du Moyen Âge à nos jours, et à questionner son identité. Cette expographie révèle la manière dont les Archives municipales peuvent devenir un lieu de production et de légitimation d’un récit identitaire marseillais. Ce périmètre géographique n’est pas anodin ; il est la matière même de l’identité urbaine, celle de la « ville-port ». L’exposition rassemble 150 documents et objets, allant des cartes anciennes aux tableaux, gravures, manuscrits, maquettes et photographies, mobilisant ainsi une multiplicité de régimes de représentation. De quoi permettre aux visiteurs de comprendre que l’identité littorale marseillaise ne se réduit pas à un seul type de trace, mais qu’elle est, en réalité, le produit d’une sédimentation de nombreux regards.
L’exposition n’est pas conçue uniquement pour fournir un éventail de documents, mais surtout pour ancrer ce travail de recomposition du corpus iconographique dans un projet civique. L’exposition poursuit deux objectifs complémentaires : présenter la richesse et la variété des fonds d’archives sur la question du littoral et de son aménagement, et sensibiliser le grand public au fait que le littoral actuel n’est pas « naturel » ni d’origine. Cette double intention, documentaire et critique, révèle une conception intéressante de l’institution archivistique qui dépasse ses fonctions de conservation pour se proposer également comme un outil de conscientisation. Le but est de créer un lien entre mémoire collective et engagement citoyen. Selon Isabelle Aillaud, « rendre les sources accessibles, c’est rendre le débat possible ». Elle souligne ainsi que l’accès aux documents et aux matériaux sur lesquels se construit un savoir est une condition fondamentale du débat critique. En affirmant cela, Isabelle Aillaud insiste sur le fait qu’un débat ne peut réellement exister que si chacun peut consulter les sources elles-mêmes.

Photographie aérienne des bassins National et Pinède, 1er mars 1943 © Inter Service Topographical Departement
Au-delà des contraintes naturelles de l’expansion du port telles que l’envasement, les Archives se proposent d’éclairer le débat actuel sur l’évolution du littoral en se penchant sur son histoire mais aussi sur la perception de ce linéaire côtier, un territoire fragile, mouvant et aux multiples enjeux. Les Archives se présentent comme un médiateur entre le passé documenté et le présent, offrant aux habitants les ressources nécessaires pour participer aux débats publics sur l’avenir de leur territoire. Cette posture s’apparente au concept d’archivistique citoyenne (Marie-Anne Chabin, 2018), ouvrant l’accès aux fonds et aux sources non seulement aux chercheurs, mais à l’ensemble des acteurs sociaux concernés. Des visites guidées sont notamment proposées tous les jeudis sur rendez-vous, ainsi que des ateliers dédiés aux groupes scolaires. Des sorties in situ le long de la Corniche, du Marégraphe au Mémorial des rapatriés d’Algérie, prolongent le parcours en dehors des murs de l’institution.
Les documents administratifs, les relevés topographiques ou les photographies industrielles racontent et restituent une histoire sensible ; celle d’un littoral que des générations de Marseillaises et de Marseillais ont fréquenté, transformé et disputé. Dans l’exposition, cela devient tangible à travers les plans d’extension du port de la Joliette et de la zone industrialo-portuaire, montrant comment des portions du rivage ont été gagnées sur la mer en redessinant la ligne côtière au profit des infrastructures.
L’archive cesse d’être un dépôt pour devenir un espace de mise en récit. Et ce récit a une fonction politique claire : rappeler que le littoral n’a jamais été une donnée fixe, et que ses transformations à venir sont le fruit de choix collectifs.

Corniche du Président-John-Fitzgerald-Kennedy à Marseille, la jetée et la corniche, 1905 © Inter Service Topographical Departement
En conclusion, Entre Terre et Mer est un dispositif de médiation mémorielle et politique conçu pour donner aux habitants d’une même ville des outils pour débattre, dans une période d’élections municipales, au cœur des controverses publiques et d’évolutions majeures du littoral, avec notamment les projets de réaménagement du secteur du Prado, ainsi que de la place de la Joliette au nord avec le nouveau siège du port et le J1. Les Archives municipales de Marseille soutiennent ainsi que la mémoire n’est pas qu’une affaire de spécialistes, elle est une ressource commune qui doit, en tant que telle, être mobilisée.
Par Enzo Trani,
stagiaire à l’Observatoire des pratiques et des publics de la culture,
BUT Carrières sociales – parcours Villes durables
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Publics (30 avril 2026). L’exposition « Entre Terre et Mer : une histoire du littoral marseillais » aux Archives municipales. Public(s) ISSN 2553-5722. Consulté le 6 mai 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/165o5


