Toute la lumière sur les SEGPA : des effets confirmés et des enseignements renouvelés
Depuis plusieurs années, l’Observatoire des publics et des pratiques de la culture accompagne et analyse le dispositif national Toute la lumière sur les SEGPA, porté par l’Alhambra – Pôle régional d’éducation aux images en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ce projet d’éducation artistique et culturelle repose sur la pratique cinématographique comme levier de valorisation, de socialisation et d’ouverture culturelle auprès d’élèves scolarisés en enseignement adapté.
Le rapport 2024-2025 marque une nouvelle étape dans l’évaluation du dispositif, tant par l’ampleur du terrain investi que par l’élargissement des regards mobilisés. Déployé sur cette année scolaire dans 50 classes réparties sur 26 départements, le projet fait désormais l’objet d’une analyse consolidée, fondée sur une méthodologie mixte croisant questionnaires longitudinaux, entretiens, observations de terrain et premières explorations du point de vue des familles.
Une adhésion massive des élèves au cœur de l’expérience
Les résultats confirment tout d’abord une forte adhésion des élèves au projet. 86 % déclarent avoir aimé y participer, 90 % se disent fiers du film réalisé et 85 % estiment avoir gagné en confiance. Au-delà de ces indicateurs, l’enquête met en lumière la place centrale de la réussite collective dans l’expérience vécue : le fait de « réussir ensemble », de contribuer à un projet commun et visible, apparaît comme un ressort majeur de l’engagement et de la valorisation des élèves.
Cette dimension collective semble jouer un rôle clé dans des contextes scolaires où les expériences de reconnaissance sont souvent fragiles, voire déficitaires.
Des effets différenciés selon les territoires et le genre
L’un des apports majeurs de cette nouvelle phase d’enquête réside dans l’analyse fine des effets différenciés du dispositif. L’étude met en évidence un enthousiasme particulièrement marqué en milieu rural (95 % d’appréciation contre 81 % en contexte urbain), suggérant que Toute la lumière sur les SEGPA constitue, dans certains territoires moins dotés en offres culturelles, un levier d’accès et de familiarisation particulièrement structurant.
Par ailleurs, les données révèlent des différences genrées dans les effets du projet. Les élèves filles expriment plus fortement des progrès en matière de confiance, de compétences orales et de capacité à mener une tâche à son terme. Le dispositif apparaît ainsi comme un espace relativement sécurisant d’expression et de prise de parole, favorisant leur engagement progressif dans le collectif de classe.
Enseignants, artistes, coordinations : une dynamique collective structurante
Du côté des adultes impliqués, le rapport souligne l’importance des dynamiques de coopération entre enseignants, intervenants artistiques et coordinations locales. Les enseignants interrogés se déclarent unanimement satisfaits de leur collaboration avec les artistes. Porteurs de compétences artistiques et culturelles spécifiques, ils deviennent des partenaires éducatifs à part entière et posent un regard complémentaire sur les élèves.
Le rôle des coordinations locales apparaît, une nouvelle fois, déterminant : interface entre les établissements, les artistes et les porteurs institutionnels, elles assurent la cohérence du dispositif, accompagnent les équipes et facilitent son appropriation dans des contextes scolaires très contrastés.
Intégrer le regard des familles : une étape exploratoire
Dans un premier temps, les entretiens avec les enseignants nous ont permis d’obtenir des éléments d’analyse sur la réception familiale du projet. Les résultats mettent en évidence des relations hétérogènes à l’institution scolaire, allant d’un fort investissement à des formes de distance ou de méfiance, souvent liées à des contraintes sociales plus larges.
Pour aller plus loin, un questionnaire pilote à destination des parents a été administré dans deux établissements permettant d’esquisser une première analyse du point de vue des familles sur le projet. Les retours s’avèrent positifs puisque l’on constate une grande fierté des répondants par rapport aux progrès et aux productions de leurs enfants. Si cette exploration reste limitée, elle ouvre des perspectives importantes pour mieux comprendre les effets indirects du dispositif au-delà de la classe.
Des perspectives de recherche et d’action
Dans son ensemble, le rapport confirme que Toute la lumière sur les SEGPA produit des effets éducatifs, culturels et sociaux/symboliques tangibles, tout en soulignant la nécessité d’en approfondir l’analyse dans le temps. Les pistes ouvertes (approche longitudinale des parcours, analyse des productions audiovisuelles, réflexion sur l’orientation et les métiers) invitent à poursuivre le travail engagé.
À travers cette étude, l’Observatoire des publics et des pratiques de la culture contribue ainsi à documenter finement les conditions de réussite des dispositifs d’éducation artistique et culturelle à destination de publics scolaires spécifiques, en interrogeant leurs effets, leurs limites et leur potentiel transformateur.
Par Anaïs Merentier,
titulaire d’un Master en sociologie, chargée d’étude pour cette enquête
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Publics (29 janvier 2026). Toute la lumière sur les SEGPA : des effets confirmés et des enseignements renouvelés. Public(s) ISSN 2553-5722. Consulté le 6 mai 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15l8u



