Résumé
Très présente chez Borges, la question du savoir est indissociable des figures qui l’incarnent. Celui qui enseigne occupe une fonction structurante plus que morale ou exemplaire dans les contes de Borges où maîtres, enseignants, modèles, mentors, apparaissent moins pour inspirer ou influencer d’éventuels personnages de disciples que pour raconter l’histoire du savoir lui-même et de son incertitude consubstantielle. Face à un savoir insaisissable, crypté ou incertain, celui qui apprend (élève, apprenti, étudiant, disciple) est mis à rude épreuve. Maître comme disciple éprouvent le savoir dans tous les sens du terme, car ils le ressentent comme ils le subissent : le maître se retrouve parfois sans disciple ou le disciple cherche incessamment son maître ; ils sont parfois la même personne ; le savoir ne se donne jamais entièrement ou sa possession est insupportable ; apprendre, maîtriser, peut être une bénédiction ou un châtiment divin. Borges semble nous rappeler que les deux faces d’une même pièce sont liées et que s’il y a enseignement lumineux, il y a aussi – et surtout – apprentissage chaotique.
Crisol, 19 (2021). Lire l’article ici
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Vincent Ferre (2 octobre 2022). Clara Berdot, «“De cent façons différentes et même contradictoires”: le kaléidoscope magistro-discipulaire dans quelques fictions borgésiennes» (CRISOL, 2021). Proust et le roman moderne. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/t1kh