Pour cette deuxième participation à l’Agenda Ironique qui s’installe en février chez Carnets Paresseux, le thème étant donc Un accident calendaire augmenté d’un peu ou beaucoup de Francis Cabrel, Diego et L’As sont de retour, après avoir interviewé Dieu en janvier dernier. Rien ne semble les arrêter…
Je vous invite à retrouver chez Carnets Paresseux les liens vers les autres contributions à cet Agenda Ironique de février !
– Avec lui je m’attendais à rien, j’ai quand même été déçu.
– Allez c’est pas grave ! Pour te remonter le moral, je te paie un fish and chips à la Cabane du Pêcheur.
Diego garde un goût amer de son interview de Dieu, et mise tout sur la sauce tartare pour le faire passer.
Quand L’As sort de l’église Saint-Bobby-Watson, il est d’abord surpris par l’odeur.
– Ça sent plus rien ! C’est bizarre, quand on est arrivés ça sentait les churros.
– T’as raison…
– Et t’as vu les arbres ? Les feuilles ont jauni !
– Y’a même des décos d’Halloween sur les vitrines là-bas !
– Les touristes ont disparu, comme si on était hors saison…
– … et en octobre.
Diego, au bord de la panique, pose la seule question qui vaille.
– Tu crois que j’ai énervé Dieu et qu’il a fait n’importe quoi avec le calendrier ? On sait même plus quel jour on est !
– Mais si, Diego. On est un samedi soir sur la Terre, tout va bien.
– Et comment tu sais qu’on est samedi ?
– C’est simple : avant qu’on sorte de l’église, je me disais qu’on pourrait aller manger un fish and chips. Mais maintenant qu’on est dehors, j’irais plutôt dormir chez la dame de Haute-Savoie.
– Je vois pas le rapport.
– Si c’était pas samedi, j’aurais pas eu cette idée, parce que je vais toujours dormir chez ma mère le samedi. Les autres soirs elle est jamais dispo.
Si L’As semble plutôt sûr de lui, Diego est complètement largué, un peu comme nous qui écrivons ce texte.
– Mais il se passe quoi du coup ?
– Fais comme moi, Diego. Je garde la tête froide pour réfléchir. Si c’est une sorte d’accident calendaire dû à notre sortie de l’église, peut-être que si on y retourne on va revenir au bon jour.
– C’est pas bête. Mais a-t-on envie de retourner là d’où on vient ?
Diego se sent pris d’un élan lyrique et aventureux, et pour une fois c’est L’As qui ne comprend pas.
– Je comprends pas.
– Est-ce qu’on devrait pas explorer le monde à la date d’aujourd’hui, qui nous est totalement inconnue et qui pourrait nous réserver de bonnes surprises ?
– J’ai du mal à te suivre, Diego. C’est quoi l’intérêt de faire ça ?
– De vivre un peu dangereusement !
– La dernière fois que tu m’as dit ça, on a failli rempiler pour 2 ans de bus et de cabine téléphonique, alors tu vois, moi, j’ai pas trop envie de tenter n’importe quoi. Si ça se trouve on est dans une espèce de réalité parallèle dans laquelle on est recherché par la police.
– Ou alors on est des stars de cinéma !
– Tu vois quelqu’un qui nous a reconnus là ? T’as signé beaucoup d’autographes depuis qu’on est sur le parvis ?
– Ou des millionnaires, des hommes d’affaires influents !
– Et on le saurait pas ? J’ai senti qu’on était samedi. Donc si on était des mecs importants, je pense qu’on aurait percuté, tu crois pas ?
– T’es vraiment rabat-joie… Bon. On fait quoi ?
– Je propose de retourner dans l’église. Au pire, tu rappelles Dieu et on lui demande des explications.
Diego et L’As, pas très rassurés, entrent à nouveau dans l’église Saint-Bobby-Watson. Il n’y a plus personne mais on entend le marimba jouer du Beethoven. Les deux amis s’avancent jusqu’au milieu de la nef.
– Et maintenant, L’As ?
– On ressort pour voir ce qui se passe. Ça va aller. C’est un mauvais rêve, oublie-le et va de l’avant.
– T’as raison. Allons-y !
Après avoir passé la porte une quatrième fois, un peu fébriles, les deux héros exultent.
– Les churros sont revenus ! Tu vois Diego, je te l’avais dit ! Y’a eu une espèce de bug, mais c’est rentré dans l’ordre. Question d’équilibre, sans doute.
– Y’a quand même un truc pas normal… Regarde là, en bas. Qu’est-ce qu’il fout là lui ? Il est tout le temps coincé sur le périph normalement !
Dan Brown tourne la tête et reconnaît Diego et L’As. Il se précipite vers eux pour les saluer.
– Ça alors ! Comment allez-vous ?
– Pas trop mal, et vous ?
– Diego, vous avez lu le Da Vinci Code depuis le temps, n’est-ce pas ?
– Bien sûr !
– Parfait.
– Qu’est-ce qui vous amène ici, Dan ?
– Vous savez, Jackie Brown, la fille qui m’accompagne d’habitude, elle devait me retrouver ici, mais elle a préféré rester à la maison.
– Ah bon ?
– Oui. Elle écoute pousser les fleurs.
– Ah. Vous allez faire quoi du coup ?
– Venez dîner avec moi ! On mangera un fish and chips et Diego, je suis curieux d’avoir votre avis : vous me direz si vous pensez que tout ce qui est écrit dans mon livre est vrai !
16-20/02/2026
Sont invitées dans ce texte les chansons suivantes de Francis Cabrel : La cabane du pêcheur, Hors-saison, Octobre, Samedi soir sur la Terre, La dame de Haute-Savoie, Gardien de nuit (une pensée pour Salomé), Question d’équilibre, La fille qui m’accompagne, Elle écoute pousser les fleurs.
Merci à mes parents de m’avoir transmis la plupart de ces morceaux. Une autre pensée pour ma maman qui aurait dû souffler 70 bougies aujourd’hui (-:
