Quatre ans après… en attendant les élections générales de 2027.

Ce blog est décidément peu actif. Je ne l’ai plus alimenté depuis quatre longue années.

Il se trouve que j’ai du mal à m’intéresser encore à une politique italienne contemporaine dont le maître mot depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni est une extraordinaire stabilité. “Qui aurait pu prévoir?” (là, pour le coup, personne, vu les trente années précédentes!)

La même personne est cheffe du gouvernement depuis des années. Elle devrait, si tout se poursuit ainsi, battre un record de longévité gouvernementale pour l’après Seconde guerre mondiale. La coalition qui la soutient reste exactement la même qu’au début : son parti, Frères d’Italie (FdI), son allié du centre-droit (europhile), Forza Italia (FI), et son allié eurosceptique d’extrême-droite (poutinophile), la Ligue (L) de Matteo Salvini.

La présidente du Conseil a certes perdu sans gloire cette année un référendum visant à valider la réforme constitutionnelle portant sur la justice, mais cela ne l’a au final guère ébranlée (contrairement à M. Renzi en 2016). Elle a juste épuré son gouvernement des éléments d’apparence la plus corrompue, et cela s’est arrêté là. Il est vrai aussi que cette réforme de la justice, validant la séparation de la magistrature en deux corps vraiment distincts (procureurs et juges), avait un contenu plus symbolique que pratique. Une vieille lune berslusconienne en réalité, qui n’aurait rien changé à la vie quotidienne des Italiens.

Les sondages sont extraordinairement bons pour un gouvernement d’une telle longévité, tout comme les élections locales au fil des années. L’opposition traditionnelle remonte certes lentement, mais sans aucun éclat. Elle reste divisée en quatre ou cinq entités : le Parti démocrate (PD), un semblant de résurgence des écologistes (Alleanza Verdi e Sinistra [AVS]), le Mouvement 5 Etoiles (M5S) de G. Conte, et une aile centriste elle-même toujours divisée en deux partis personnels (Azione et Italia Viva).

La seule vraie nouveauté est la création par un ancien général de l’armée italienne, Roberto Vanacci, devenu député européen en 2024 sous l’étiquette Ligue sans en avoir été membre de longue date, de Futuro Nazionale (FN), un parti ultra-nationaliste et bien sûr ultra-pro-russe, qui se situe dans l’opposition de droite à la coalition actuelle. Les sondages lui donnent entre 3 et 5% des suffrages, un chiffre suffisant pour mettre en difficulté la coalition de G. Meloni. De manière évidente, FN reprend à la fois à la Ligue le flambeau du pacifisme pro-russe et celui du nationalisme italien le plus xénophobe. Il fait du Zemmour sous-stéroïde. L’utilisation du mot “Futur” dans son nom est aussi sans doute une allusion au mouvement artistique du “Futurisme” qui fut l’une des matrices intellectuelles du fascisme historique. La Ligue de M. Salvini a fini par être rattrapée par ses racines nordistes de la Ligue Nord (LN), par son recentrage liée à la participation gouvernementale, mais aussi par le poids de son vaste réseau d’élus locaux, plutôt centristes en pratique, dans le nord du pays.

Il est fascinant de constater qu’avec l’émergence de ce n-ième parti néofasciste depuis 1946, FN, très pro-russe, le paysage politique italien ressemble à la situation polonaise. En effet, en Pologne, le parti Droit et Justice (PiS), allié de FdI au Parlement européen, est lui aussi confronté à sa droite à plusieurs partis à la fois ultra-nationalistes et pacifistes (donc en pratique pro-russes et anti-ukrainiens).

Seule incertitude notable à ce stade : il semble que le gouvernement Meloni soit tenté de changer le mode de scrutin pour les prochaines élections générales. Cela ne sera jamais que le n-ième changement depuis l’époque bénie de la stabilité de ce point de vue (1946-1992). En général, ce genre de manipulations ne tourne pas en faveur de celui qui l’a proposé. Par contre, la grande modification constitutionnelle visant à recentrer toute l’organisation des pouvoirs autour du Président du Conseil semble abandonnée. Il faut dire que l’expérience des années 2022-2026 semble montrer que, finalement, c’est déjà largement le cas pour autant de ne pas avoir de challengers au sein même de la majorité.

Et, puis, désormais, G. Meloni tourne presque anti-Trump. “Qui aurait pu prévoir?” (là encore, une grosse surprise tout de même, vu le positionnement de G. Meloni les années précédentes).

Affaire à suivre donc.

Christophe Bouillaud
Christophe Bouillaud

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Christophe Bouillaud (19 juin 2026). Quatre ans après… en attendant les élections générales de 2027. Politique italienne contemporaine. Consulté le 27 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16fp0


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