Deux ans après.

Ma dernière intervention sur ce blog date de 2020.

Mon silence tient à l’impression d’une stagnation sans fin d’une politique italienne (au moins celle qui se voit dans les grands médias, dans les élections, dans les grands choix de politique publique) qui reste encalminée dans le passé. La situation gouvernementale a certes changé, Mario Draghi a pris la tête d’un gouvernement d’union nationale au printemps 2021, mais les grands protagonistes restent les mêmes.

Surtout, les nouveautés sont flétries et les vieilleries sont toujours là.

Ainsi Silvio Berlusconi, même si le COVID et d’autres maux ne cessent de le situer à la limite d’un trépas annoncé de longue date comme prochain, demeure toujours l’un des protagonistes de la scène politique italienne, et cela en 2022, soit 28 ans après sa “descente sur le terrain” de début 1994. Il est toujours le chef de son parti, Forza Italia, et personne ne l’a vraiment remplacé comme leader du centre-droit. Les intentions de vote pour le parti du patriarche des droites italiennes plafonnent cependant à 7/8%. Difficile de vouloir voter pour le parti d’un quasi-mort.

L’astre de Matteo Salvini, au zénith en 2019 lors des Européennes, pâlit progressivement. Il a lassé visiblement le public avec ses excès pendant la pandémie. Il n’est plus côté qu’à un peu plus de 15% des intentions de vote. Du coup, il est de plus la caricature de lui-même ne sachant comment faire pour exister encore à coup de provocations. Les manœuvres de Matteo Salvini lors de l’élection du Président de la République, qui ont abouti faute de mieux à la réélection de Sergio Mattarella, ont visiblement dessillé les yeux de pas mal d’Italiens sur le personnage.Surtout, pour la première fois de son histoire, la participation de la Ligue à un gouvernement comme junior partner ne semble guère lui profiter. En effet, au printemps 2021, la Ligue a rejoint la majorité du n-ième gouvernement d’union nationale depuis les années 1990 sous la direction de Mario Draghi cette fois-ci. Matteo Salvini a beau utiliser la vieille recette de la Lega di lotta e di governo (Ligue de combat et de gouvernement) en critiquant plus souvent qu’à son tour le gouvernement auquel des membres de son parti participent, cela ne marche plus guère. Le truc serait-il finalement éventé?

Du coup, c’est Giorgia Meloni qui occupe le devant de la scène à droite. Elle a réussi à recréer un parti de tradition “post-néo-fasciste”, Frères d’Italie (FdI) . Son parti est désormais sondé très haut, plus de 20%. Le fait d’avoir été constamment dans l’opposition depuis 2018 (pas dans le Conte I [M5S/Ligue], pas dans le Conte II [M5S/PD/IV], et pas dans le Draghi [Ligue/FI/IV/M5S/PD]) semble lui profiter à plein. Son attitude “atlantiste” depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine fait contraste en plus avec ses deux alliés à droite aux sympathies poutiniennes bien connues.

Toutefois, mutadis mutandis, cette (tri)partition à droite n’a pas changé depuis des années, sauf si l’on note la disparition de toute force post-démocrate-chrétienne importante dans ce camp. Par contre, passé par le M5S pour se lancer en politique, un journaliste,Gianluigi Paragone a fondé un parti nommé Italexit en 2020. Il rassemble autour de 2% des intentions de vote. Cette création rappelle qu’il existe toujours en Italie une forte défiance vis-à-vis de l’Union européenne, auquel ni la Ligue ni FDI ne répondent pleinement.

Au centre, le M5S apparait comme un vaste désastre aux regards des espoirs qu’il avait soulevé. Bien naïf serait celui qui y verrait encore en 2022 le renouveau que ce parti semblait devoir apporter à la vie politique italienne avant 2018. Qu’il regroupe encore entre 10 et 15% des intentions de vote au niveau national représente à mon sens un petit miracle. L’ancien Premier Ministre, Giuseppe Conte, en tient la direction depuis qu’il n’est plus le chef du gouvernement (printemps 2021). La ligne du M5S semble se résumer à la défense des réformes faites en 2018-21 sous son impulsion. Dans le cadre de la réaction à la guerre en Ukraine, Conte et son M5S semblent en plus vouloir incarner le pacifisme foncier de l’ Italien moyen, se rapprochant du coup de nouveau de la Ligue de Matteo Salvini aux sympathies poutiniennes évidentes.

Matteo Renzi, ancien dirigeant du Parti Démocrate (PD), ancien Président du Conseil (2014-2016), continue d’exister dans cette aire centrale de la vie politique italienne, sans arriver aucunement à faire décoller sa popularité dans l’opinion publique. Son parti Italia Viva se traine autour de 2% dans les sondages. Il est concurrencé dans cette aire centriste libérale, pro-européenne, par un autre ancien membre (fugace) du PD, Carlo Calenda, qui a fondé le parti Azione, allié lui-même à un autre parti qui avait participé aux élections de 2018, Europa+. Cette alliance regroupe autour de 5% des intentions de vote.

A gauche, celui-là même que Renzi avait évincé du gouvernement pour prendre sa place après avoir conquis la direction du PD, Enrico Letta a pris la tête du PD au printemps 2021. Au côté de ce grand parti, qui rassemble plus de 20% des intentions de vote, les Verts et deux autres partis qui rassemblent le reste de ce qui se situait à la gauche du PD (MDP Articolo 1 et Sinistra italiana) vivotent autour des 2% chacun (soit autour de 6/8% pour la gauche non-PD).

Au total, tout cela ne sent guère le renouveau. Les droites restent dominantes, mais divisées, malgré les fantasmes de parti unique de la droite qu’agitent régulièrement les trois leaders de ce camp. Les gauches sont plus unifiées autour du PD, mais elles restent elles aussi divisées. Le centre (si l’on considère le M5S au centre) est quant à lui éclaté en chapelles personnelles. L’influence démocrate-chrétienne qui avait marquée cette aire centriste jusqu’en 2013 semble par contre définitivement tarie.

En prenant un peu de recul, force est de constater que cette vie politique italienne, si liée aux enjeux du passé du XXème siècle, demeure très peu influencée, au moins en apparence, par ce qui devrait vraiment préoccuper les dirigeants au XXIème siècle (crise climatique, crise de la biodiversité, etc.). Il est tristement fascinant de voir à quel point le M5S, qui semblait porter ces enjeux lors de sa création et de son expansion, les a pour ainsi dire perdus en route. Des élections générales auront lieu au plus tard d’ici le printemps 2023. Nous verrons si la campagne est plus innovante que ce qui a dominé les deux dernières années.

Christophe Bouillaud
Christophe Bouillaud

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Christophe Bouillaud (16 mai 2022). Deux ans après. Politique italienne contemporaine. Consulté le 25 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/svp2


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