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David Brooks. The Social Animal

Parution du dernier livre de David Brooks

 

The Social Animal. The Hidden Sources of Love, Character and Achievement, New York, Random House, 2011.

 

Un siècle avant Freud, des auteurs comme David Hume et Adam Smith l’avaient déjà vu : le fonctionnement de l’esprit humain repose sur des mécanismes pour l’essentiel inconscients. En soulignant le rôle majeur joué par les passions et les affects dans nos prises de décision, ils retiraient à la conscience et à la raison les privilèges que leur avait accordés Descartes. Pour David Brooks, la psychologie moderne leur a clairement donné raison. Dans The Social Animal, ce chroniqueur vedette du New York Times, féru de sciences cognitives et de biologie de l’évolution, passe en revue nombre de travaux récents montrant que « nos émotions, nos perceptions et nos intuitions ont beaucoup plus d’impact sur la construction de nos vies que la raison et la volonté », résume le philosophe Thomas Nagel dans le New York Times. Brooks en tire des leçons inattendues, notamment dans le domaine politique. Il serait ainsi inutile d’en appeler à la raison des citoyens, comme on le fait, par exemple, dans la lutte contre le tabagisme ou l’insécurité routière. « Les incitations et les arguments rationnels, explique Nagel, ne peuvent affecter l’origine profonde de nos erreurs ; seules en sont capables les injonctions sociales omniprésentes qui influent sur les mécanismes inconscients de l’esprit. »

Les pouvoirs de l’art

L’apport des « sciences de l’affect », la sortie des arts du moment formaliste, les théories de la réception invitent à repenser le rôle des émotions dans le processus de création artistique et d’appréhension de l’œuvre. Plus loin, les recherches actuelles sur les émotions issues de la philosophie analytique, des sciences cognitives, des théories de la réception notamment, permettent de penser l’œuvre de réflexion et d’action spécifique à la littérature et à l’art, en tant qu’ils sont capables d’accéder à la complexité de l’expérience humaine et d’offrir une médiation et une humanisation des connaissances abstraites et des valeurs morales. Cette entreprise ambitionne ainsi de faciliter l’appropriation des résultats récents offerts par les sciences de l’affect grâce à la redécouverte d’un patrimoine textuel d’analyse fourni par la littérature et la philosophie autant que grâce à l’exploration de perspectives novatrices dans l’analyse des émotions esthétiques et dont le point commun est d’intégrer cognition et affects : les préoccupations théoriques des chercheurs issus de la littérature ou des arts plastiques sur des notions comme la colère, la honte, l’attention, l’empathie, les larmes, etc. rejoignent l’intérêt de leurs collègues philosophes cherchant à rendre aux arts toute leur effectivité cognitive et comportementale. Plus largement, un tel travail interdisciplinaire s’adresse à tous les domaines des sciences humaines qui se posent la question des émotions esthétiques et de leurs effets psychologiques et sociaux.