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Epitaph
Death is not information.
Stone that I am,
He came into my quiet
And I shall be still for him.
W. S. Merwin, A mask for Janus
01 vendredi Nov 2024
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Epitaph
Death is not information.
Stone that I am,
He came into my quiet
And I shall be still for him.
W. S. Merwin, A mask for Janus
12 dimanche Nov 2023
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« Prenez l’homme Spinoza, ce juif portugais exilé en Hollande ; lisez son Éthique, en la prenant pour ce qu’elle est, un poème élégiaque désespéré, et dites-moi si l’on n’y entend pas, sous les propositions si sobres et en apparence si sereines, exposées more geometrico, l’écho lugubre des psaumes prophétiques. Ce n’est pas là la philosophie de la résignation, mais du désespoir. Et quand il écrivait que l’homme libre pense à tout sauf à la mort, et que sa sagesse consiste à méditer non de la mort, mais de la vie même — homo liber de nulla re minus quam de morte cogitat et ejus sapientia non mortis, sed vitae meditatio est (Ethice, part. IV, prop. LXVII) — quand il écrivait cela, il se sentait esclave comme nous nous sentons tous esclaves, il pensait à la mort, et il écrivait pour se délivrer de cette pensée, en vain. Pas plus qu’en écrivant la proposition XLII de la Ve partie, que « le bonheur n’est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même », il ne sentait, on peut en être sûr, ce qu’il écrivait. Donc, c’est pour cela que les hommes font de la philosophie : pour se convaincre eux-mêmes, sans y atteindre. Et ce désir de se convaincre, c’est-à-dire ce désir de violenter la Nature humaine elle-même, est le vrai point de départ intime de maintes philosophies. »
Miguel de Unamuno, Le sentiment tragique de la vie

« Le tragique juif portugais d’Amsterdam écrivait que l’homme libre pense à la mort moins qu’en toute chose ; mais cet homme libre est un homme mort, délivré de ce qui est le ressort de la vie, dénué d’amour, esclave de sa liberté. Cette pensée que je suis destiné à mourir et l’énigme de ce qu’il y aura après, c’est la palpitation même de ma conscience. En contemplant la campagne verte et sereine ou en contemplant des yeux clairs, fenêtres d’une âme sœur de la mienne, ma conscience se dilate, je ressens comme la diastole de l’âme, je m’imbibe de la vie ambiante, et je crois en mon avenir ; mais au même instant la voix du mystère me susurre à l’oreille : tu cesseras d’être ! me frôle avec l’aile de l’Ange de la mort, et la systole de l’âme m’inonde les entrailles spirituelles de sang divin. Comme Pascal, je ne comprends pas celui qui affirme n’avoir cure de ces choses, et « cette négligence, en une affaire où il s’agit d’eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m’irrite plus qu’elle ne m’attendrit ; elle m’étonne et m’épouvante » et celui qui sent ainsi « est pour moi » comme pour Pascal, l’auteur des phrases ci-dessus, « un monstre ».
ibid.
16 lundi Jan 2023
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« Dans de telles guerres, les collectivités engagées mettent en jeu leur existence entière, et les hommes acceptent de mourir avant l’heure. Comment et pourquoi l’acceptent-ils ? Dire qu’ils meurent pour leurs « intérêts » est évidemment absurde. Un « intérêt » conduisant quelqu’un à accepter la mort est une contradiction dans les termes. Le premier « intérêt » et la condition de tous les autres est de survivre à tout prix. Qui s’est jamais fait mourir par intérêt, sauf peut-être un avare pathologique ? Et si cet avare se fait mourir, n’est-ce pas parce son « intérêt » n’avait jamais été que la figure de sa folie ?
Tout aussi dérisoire est la réponse – la seule que les marxistes aient jamais su donner – qui invoque la contrainte ou les « illusions ». Les classes dominantes peuvent avoir tout « intérêt » et aucun scrupule à déclencher les guerres les plus meurtrières. Mais il est clair qu’elles ne sauraient « contraindre » dix millions d’hommes armés à se faire tuer contre leur volonté. Et, devant une « théorie » qui affirme que, par deux fois en un quart de siècle, le prolétariat des principaux pays industriels a accepté de se faire massacrer uniquement en fonction d’« illusions », on ne peut que rire et pleurer à la fois, car il n’est pas question de comprendre. Constater aussi que la «conception matérialiste de l’histoire» s’avère conception illusionniste de l’histoire. Si les illusions déterminent à un tel degré la réalité, elles deviennent en effet la force réelle fondamentale. On se demande alors en quoi et par rapport à quoi elles seraient « illusions ». En tout cas, l’histoire de l’humanité devient l’histoire de ses illusions, et ce sont ces illusions qu’il faut, toutes affaires cessantes, étudier à fond – et non pas ces fariboles que sont l’évolution des forces productives, l’accumulation du capital ou l’augmentation du taux d’exploitation. »
Cornelius Castoriadis, Guerre et théories de la guerre, édition du Sandre p. 356 – 357
14 mardi Déc 2021
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IL CAVALIERE DELLA MORTE
In un’antica stampa de ’l Durero
va contro maghi e draghi a la battaglia
tutto chiuso ne l’arme un Cavaliero
su ’l gran cavallo coperto di scaglia:
a ’l fianco l’accompagna da scudiero
la Morte senza piastra e senza maglia,
dietro gli segue da valletto il nero
Peccato; e fosca innanzi è la boscaglia.
Io così, nuovamente, a la conquista
de l’Arte e de l’Amor, salgo la vita;
ma il mio bieco scudier non mi rattrista,
ma il valletto ridendo alto m’incita
ed incanto non v’ha che mi resista,
poi che già in groppa, o Bella, io t’ho rapita.
Gabriele d’Annunzio
LE CHEVALIER DE LA MORT
Sur une vieille estampe de Dürer
s’en va contre mages et dragons batailler
tout enclos dans son armure un Chevalier
sur un grand cheval couvert d’écailles :
à son flanc l’accompagne un écuyer,
la Mort sans écu ni cotte,
derrière le suit un valet, le noir
Péché ; sombres devant lui sont les halliers.
Moi ainsi, à nouveau, à la conquête
de l’Art et de l’Amour, je gravis la vie ;
mais mon farouche écuyer ne me chagrine pas,
mais mon valet riant haut m’encourage
et il n’y a enchantement qui me résiste,
puisque déjà, ô ma Belle, en croupe je t’ai ravie.
trad. Muriel Gallot
14 lundi Juin 2021
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[…]
Und wär der Blick, mit dem wir es erschaun,
Nur unser, unser der erträumte Schein!
Er ist es nicht, und was ich denke, ist,
Ja, dieser Schrei ist Nachhall, ist nicht mein!
Nur eins ist mein, wie’s auch dem Tier gehört,
Ist nicht gespenstisch, keinem nachgefühlt;
Daß mich bei deiner trostverschloßnen Angst
Ein seltsam dumpfes Mitleid hat durchwühlt.
Und daß ich, selber ohne Trost und Rat,
Dich trösten wollte, wie ein Kind ein Kind,
Das nichts von unverstandnem Kummer weiß,
Von Dingen, die unfaßbar in uns sind.
Das ist vielleicht das Letzte was uns bleibt,
Wenn der Gedanke ungedacht schon lügt:
Daß auf ein zitternd Herz das andre lauscht
Und leisen Drucks zur Hand die Hand sich fügt …
Hugo von Hofmannstahl, Der Schatten eines Toten

[…]
Si encore le regard que nous portons sur eux
N’était qu’à nous, et nôtres les apparences rêvées!
Mais non : et je pense même que le cri que je pousse
N’est ici qu’un écho – non, il n’est pas mien
Une seule chose est mienne (et les bêtes aussi la possèdent),
Une seule n’est pas un fantôme, n’est pas un sentiment emprunté:
Cette pitié singulière, oppressante, qui m’a bouleversé
Au contact de ton angoisse fermée à toute consolation.
Car bien que je sois moi-même désemparé, inconsolable,
Je voulais te consoler, comme un enfant console un autre enfant
Même s’il ignore tout d’un chagrin qu’il ne comprend pas,
Et de tant de choses qui demeurent en nous insaisissables.
Voilà peut-être la dernière chose qui nous reste
Quand la pensée ment avant même d’être pensée :
Qu’un cœur se penche sur un autre cœur qui tremble,
Et que la main se joigne à la main en la pressant tout doucement…
trad. Jean-Yves Masson
19 samedi Déc 2020
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« Peut-être l’immense péché », — le péché métaphysique par excellence, que les théologiens ont nommé du beau nom d’orgueil,— a-t-il pour racine dans l’être cette irritabilité du besoin d’être unique? Mais encore, en poussant plus réflexion, en la conduisant un peu trop loin, sans doute, sur le chemin des sentiments simples, trouverait-on, au fond de l’orgueil, seulement l’horreur de la mort, car nous ne connaissons la mort seulement que par les autres qui meurent, et si nous sommes réellement leur semblable, nous mourrons aussi. Et donc, cette horreur de la mort développe de ses ténèbres je ne sais quelle volonté forcenée d’être non-semblable, d’être même et le singulier par excellence, d’être un dieu. Refuser d’être semblable, refuser d’avoir des semblables, refuser l’être à ceux qui sont apparemment et raisonnablement nos semblables, c’est refuser d’être mortel, et vouloir aveuglément ne pas être de la même essence que ces gens qui passent et fondent l’un après l’autre autour de nous. »
Paul Valéry, Stendhal, in Variétés II, Gallimard Folio essais, p 201
25 dimanche Oct 2020
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FIN
Voici qu’a passé
la fin du monde,
le Jugement terrible
et qu’a lieu la catastrophe
des étoiles
Le ciel de la nuit
est un désert,
un désert de lampes
sans maître.
Des foules d’argent
s’en sont allées
au lourd levain
du mystère.
Et sur la barque de la Mort
où vont les hommes, nous sentons
que nous avons joué à vivre,
que nous sommes des spectres !
Un regard aux quatre coins :
tout est mort.
Le ciel de la nuit
est une ruine,
un écho.
Federico García Lorca
trad. André Belamich
25 samedi Avr 2020
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DE LA VIE
A supposer qu’on doive subir
une grave intervention
Cela signifie que peut-être
On ne pourra jamais se relever de la table d’opération.
Bien qu’il ne soit pas possible de ne pas ressentir
la tristesse
de s’en aller un peu trop tôt,
Nous rirons quand même
de l’anecdote du Bektachi.
Nous regarderons par la fenêtre
si le temps est pluvieux
Ou encore nous attendrons encore avec impatience
les dernières nouvelles à la radio.
Supposons que nous sommes au front
Pour des raisons qui valent la peine de se battre,
Et là, dès le premier jour, dès la première attaque
Nous pouvons tomber à plat ventre et mourir,
Nous le saurons, une rage bizarre au cœur
mais nous serons passionnément curieux
de l’issue de cette guerre
qui durera peut-être des années.
Supposons que nous sommes en prison,
que nous approchons de la cinquantaine,
et que dix-huit ans devront s’écouler
avant l’ouverture de la porte de fer
Et pourtant nous vivrons avec le monde du dehors
avec ses hommes, ses animaux, ses luttes et ses vents,
avec le monde de l’autre côté des murs.
Bref, où que l’on soit, quelles que soient les circonstances,
il s’agit de vivre
Comme si on ne devait jamais mourir.
Nâzim Hikmet (1948)
03 vendredi Jan 2020
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Tout naît tout meurt à qui mieux mieux
arbres étoiles hommes
virus et cetera
quel empressement quel boucan
et autant de nostalgie que d’espoir
on meurt on naît à l’envi.
Nâzim Hikmet
29 vendredi Nov 2019
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Autrefois,
moi l’effrayé, l’ignorant vivant à peine,
me couvrant d’images les yeux,
j’ai prétendu guider mourants et morts.
Moi, poète abrité,
épargné, souffrant à peine,
aller tracer des routes jusque-là!
A présent, lampe soufflée,
main plus errante, qui tremble,
je recommence lentement dans l’air.
Philippe Jaccottet, Leçons