
Bienvenue en 2026, dans les derniers Nowakowskismes de la saison 10.
Bienvenue dans les Nowakowskismes de 2026 qui sont toujours le rendez-vous de la liberté, de la pensée, de la vie digne. Ils ne cessent de rappeler qu’il faut mobiliser ce qui nous lie, ce qui nous tient et que c’est notre humanité retrouvée qui nous sauvera tout entiers..
Bienvenue dans ce vingt et deuxième épisode de la 10e saison des Nowakowskismes. Les Nowakowskismes aident à apprendre et à comprendre, à donner quelque cohérence au fracas du monde, à penser posément les combats, à identifier et faire connaître ceux qui les portent, à ne jamais rester solidaire d’un pouvoir, quel qu’il soit.
Les Nowakowskismes rappellent qu’un monde sans insolence est un monde d’automates pilotés par de l’IA.
Ce soir, pour finir la saison, je vous propose un petit conte, une petite histoire, un petit délire certainement qui commence ainsi.
Il se passait des événements étranges.
Une grosse sauterelle verte me fixait. Immobile, elle semblait anxieuse et fatiguée. Comme après un long voyage rempli d’épreuves. Elle frissonnait dans l’air chaud et ses pattes et ses antennes s’agitaient sans cesse.
« Mais ce n’est pas sa place ici sur cette terrasse au coeur de la ville ? » m’entendis-je marmonner. Le corps fin d’un vert lumineux, des yeux d’un noir de jais, c’était une grosse sauterelle verte. Elle lissait ses pattes, sa tête tournait en tout sens, elle espérait peut-être retrouver les arbres, les prés verdoyants, et les versants de collines bruissant de vie.
Là, elle me répondit que c’était son plus grand souhait.
Je n’en revins pas. Une sauterelle s’adressait à moi. Elle ne vibrait, ni ne faisait aucun son. Je la comprenais alors qu’elle n’émettait aucun son. Alors, le vent se leva et les nuages se mirent à onduler par delà les toits des immeubles de la ville. Des nuées odorantes se répandirent dans l’air. Je sentis une pression sur ma nuque et de l’agitation dans mon corps. Puis, j’eu l’impression que le temps stoppait sa course. Tous les êtres vivants s’étaient figés, je n’entendais rien autour de moi, la ville tout entière s’était arrêtée.
Alors, allongé dans la nuit, dans la chaleur d’une nième canicule, je restais là, allongé sous les étoiles, à l’écouter.
Elle racontait une histoire très ancienne.
Des sauterelles habitaient déjà les plaines peuplées d’énormes libellules mais surtout le jeune monde était peuplés de reptiles gigantesques. Les sauterelles qui elles aussi avaient des tailles sans commune mesure avec celle qui me regardaient sautaient de prairies en forêts à la recherche des bonnes feuilles à dévorer. Tout ce joli monde oeuvrait là depuis des millions d’années quand un nuage incandescent satura l’atmosphère et décima la planète. D’immenses plaques rocheuses s’étaient alors effondrées dans les profondeurs de la Terre. Les sols de surface s’étaient plissés, des failles s’ouvrirent, des montagnes sortirent des entrailles de la Terre, qui ne s’appelait pas encore de ce nom. La Terre fut décimée mais certains survécurent. Les insectes dont faisaient partie les sauterelles traversèrent l’hiver, le feu, la quasi annihilation de toute la vie. Et depuis cette grande catastrophe, les insectes qui avaient survécu se transmettaient la mémoire des événements. Les lointains parents de la petite sauterelle étaient apparus il y a plus de 400 millions d’années. Ce sont les plus anciens animaux à s’être adaptés à la vie terrestre en devenant amphibies. Ils font partie des rares organismes terrestres à ressembler à leurs ancêtres. Et cette famille d’êtres vivants en tant que premiers animaux complexes, avaient développé la capacité de voler pour se déplacer, et, pendant 150 millions d’années, ils furent les seuls à posséder ce moyen de locomotion. La famille de cette sauterelle, pourvue d’ailes, d’exosquelette rigide, de petite taille, dotée d’un potentiel de reproduction élevé ont favorisé la colonisation de nombreuses niches écologiques partout sur la planète excepté la mer.
Dans l’écoulement des millions d’années, ils traversèrent un monde où émergeaient de nouvelles terres, des montagnes, des forêts naissaient et disparaissaient. La glace recouvrirent les sommets et les versants jusqu’au fond des vallées. Le manteau de neige s’étalaient à perte de vue, les terres étaient gelées, les plaines tapissées de lichens et de rochers, mais ils étaient toujours là. Et le climat se fit plus doux. Les chrysalides se multiplièrent, la famille des insectes se déploya sur chaque morceau de terre dépassant des eaux. Près de 1,3 million d’espèces existant encore et près de 10000 nouvelles espèces inventoriées par an, constituant 55% de la biodiversité des espèces et 85% de la biodiversité animale, il y eu jusqu’à 80 millions d’espèces possibles pour au moins dix milliards de milliards d’individus vivants en même temps à un instant donné, formant une biomasse totale 300 fois plus importante que la biomasse humaine, quatre fois supérieure à celle de tous les vertébrés.
La petite narratrice marqua une pause.
Elle laissa filer un long silence. Puis, elle murmura que cette histoire la troubla. Ces millions d’années, ce monde violent à la fois bouillonnant de vie et désertique et mort que des générations de ce milliards d’individus avaient peuplé, habité, traversé, colonisé malgré les cataclysmes se trouvaient là à l’aube d’un autre de ces cataclysmes. Non pas géologique ou cosmique, mais uniquement dû aux tout derniers venus sur ce monde, mes semblables. Là, dans cette partie du monde, au cours des 30 dernières années, un infinitésimal dans l’histoire de la famille, la biomasse des insectes avait diminué de 80%. Et à quoi était dû ce désastre ? Il était en grande partie le résultat de l’utilisation intensive des pesticides affectant non seulement les insectes, mais aussi les écosystèmes dans leur ensemble, rendant les environnements naturels plus vulnérables aux perturbations et aux changements climatiques. Et la petite sauterelle verte et nombre de ses congénères insectes trouvaient refuge dans les villes, les métropoles qui restaient à l’écart des épandages massifs de produits dégueulasses et destructeurs pour tout le vivant. D’ailleurs, parmi les humains, il y avait qui osaient faire passer des lois (296 députés ont voté en faveur du texte remanié par les députés et les sénateurs, LR, RN majoritairement, contre 224) autorisant l’appropriation de l’eau par quelques-uns et l’utilisation des pesticides ravageurs du vivant, les néonicotinoïdes, l’acétamipride et le flupyradifurone. Les insectes tentaient de se reconstituer des espaces de survie au coeur des villes.
Et vous humains, confrontés à la fragilité apparente des insectes, vous pensez être des chevaliers en armure. Mais, vous êtes exposés aux mêmes menaces que les insectes, ébranlés et fragilisés vous aussi par la disparition et l’empoisonnement accélérée des terres vivantes. Or, nous devrions être plus solidaires. Nos vies sont ficelées les unes aux autres. Une anthropologue, Anna Tsing, émettait l’hypothèse que la « survie collaborative » dans les interstices de notre monde abimé est la seule manière d’assumer notre condition de vulnérabilité. Les insectes ne survivent pas en vain dans les anfractuosités, les creux du monde, dans les courants d’air, dans les recoins, dans la parcimonie de besoins. Peut-être , si nous voulons nous sauver peut-être devrions-nous imiter la relation intime qu’ils ont avec la Terre.
Il serait nécessaire de repenser nos modes de vie agglutinés. Et chacun peut décider de s’approprier le pacte de réciprocité que les insectes ont noué avec la terre, l’air. Vivre dans une ville comme si on vivait au cœur d’un système d’anfractuosités en réseau de courants d’air.
Les insectes incarnent la vie qui traversent les ères géologiques et cosmiques. Depuis 400 millions d’années, ils sont les esprits de la vie qui renait de chaque recoin de cette Terre. Ils savent que la Terre est un gigantesque nid entouré de corpuscules transportés par les nuages, irrigué de fluides circulant dans ses profondeurs mais aussi dans son atmosphère.
Regarder cette petite sauterelle, comprendre son message nous incite à penser autrement, à penser et intégrer la finitude et la fragilité de cet univers de vie. Il n’y a pas de limites entre les milieux et les êtres. Dans ce monde, une blessure s’’est ouverte, qu’aucune cicatrice n’a refermée. Des chiffres et des extinctions. Aujourd’hui, j’ai envie d’être catapulté dans les forêts loin, ailleurs, afin de partager le quotidien des insectes hors la ville afin de saisir leurs manières de dialoguer avec les arbres, les nuages, tous les êtres.
Les insectes sont trop invisibles, ils sont le dehors tout près de nous. Ils sont le dehors qui peuplent les interstices de ce monde. Là, cette petite sauterelle en venant s’adresser à moi a franchi la porte entre les anfractuosités du monde et celui où j’évolue. Puissions-nous un jour les regarder vraiment et puisse chacun d’entre nous écrire ou imaginer un nouveau récit collectif d’une société désirable dont nous serions membres. Ils nous feraient mieux vivre entre les mondes.
Mais là, dans ces temps, les insectes s’éteignaient sous nos yeux et nous n’y prêtions aucune intention. Et la petite sauterelle me racontait la suite de l’histoire. Les insectes allaient punir notre indifférence en s’absentant de nos regards, de nos mythes, de nos mots eux-mêmes. Un effacement fictif et théâtral. Ils voulaient que nous ressentions le poids de leur absence, que nous éprouvions le manque de leur place indispensable à la vie. Dans cette manière de devenir invisibles, ils nous donnaient une dernière chance pour que nous réalisions un jour combien ils nous manquent.
Dans les premiers temps, nous ne nous en rendrons pas compte. Au contraire, plus de moustiques, plus de guêpes, plus de cigales dans les campagnes provençales, plus de bourdonnements dans les prés et des pare-brises de voitures toujours propres. Puis, certains d’entre nous finiront peut-être par se rendre compte que tout cela n’est plus, même dans le vacarmes des villes envahies par les voitures.
Effacer les traces jusque dans les lieux consacrés de notre culture, les musées, les bibliothèques, disparaitre des livres, des films, … quel vertige ! Nous ne possédons pas notre langage. Nous ne sommes pas les propriétaires des objets culturels que nous créons. Ils allaient abolir l’idée de propriété, cette invention mortifère de notre espèce. Les insectes refusaient ainsi de ne plus survivre, comme tant d’autres êtres, que dans nos pages et nos images.
L’avenir de tous les êtres vivants était en péril. Les insectes et cette petite sauterelle désignaient notre vulnérabilité et notre vanité. J’ai alors rêvé que d’autres espèces, les grenouilles, les hérissons, … allaient rallier leur intention. Ensemble, ils iraient se cacher quelque part. Nous serions alors les seuls à arpenter tristement cette Terre. Leur retrait serait majestueux et leur avertissement formidable. Ils nous laisseront sans voix et nous serons contraints de réagir. Parce que sans eux nous mourrons. De leur vulnérabilité, ils auront tiré une force décisive. Et que peut-être, nos yeux s’ouvriront enfin malgré le pire qui se déroule sous nos fenêtres, entre les mains de prédateurs et d’abrutis destructeurs que se trouve le monde.
Une nuit au dehors, par ces temps de grandes chaleurs, est une expérience. Sous la voute étoilée, voilée par le souffle de la ville, j’ouvrais les yeux avec les premières lumières. Je regardais autour de moi, j’étais seul, il n’y avait pas de petite sauterelle verte. Cette nuit étrange, mon sommeil s’était confondu avec une autre réalité. Un songe m’avait amené à échanger avec cette petite sauterelle qui était venue se poser dans mon appartement quelques jours auparavant. Bercé par le petit souffle de la nuit, je m’étais perdu dans un moment qui n’avait plus de frontières, un silence rempli de présences, d’héritages sauvages. Puis, la boule rouge du soleil avait surgi entre deux bâtiments, et illuminé tout l’espace, et là sur la rambarde de mon balcon, il y avait une sauterelle verte.
Voilà le temps des Nowakowskismes est terminé pour ce soir, et on se laisse avec ça.
Pendant que nos sociétés et les scientifiques discutent climat, inégalités, stabilité financière ou résilience démocratique, une autre stratégie se développe discrètement.
Pour certains, il ne s’agit pas de transformer le système à l’oeuvre dans ce monde. Pour certains, il s’agit de tout faire pour s’en extraire. Devinez qui ?
Mark Zuckerberg se fait construire à Hawaï un immense domaine comprenant un abri souterrain autonome.
Larry Ellison, l’ex patron d’Oracle et d’une partie des médias, associé à Sam Altman d’OpenAI et à Masayoshi Son de Softbank pour créer le Stargate Project qui prévoit d’investir jusqu’à 500 milliards de dollars dans l’infrastructure d’intelligence artificielle aux États-Unis d’ici 2029, contrôle presque toute l’île de Lānaʻi à Hawaï.
Peter Thiel a longtemps vu la Nouvelle-Zélande comme un refuge privilégié et a financé le Seasteading Institute, qui imagine des cités flottantes hors des États.
À côté de cela, une véritable industrie des bunkers de luxe s’est développée, Survival Condo, Oppidum, Vivos, Rising S Company…
Pris isolément, chacun de ces choix peut avoir une explication.
Pris ensemble, ils dessinent autre chose.
Ils traduisent une vision de l’avenir issue de nombre de dystopies. Les grands risques du XXIᵉ siècle pourraient ne plus être gérés collectivement, mais contournés individuellement par ceux qui en ont les moyens.
Dans le livre Survival of the Richest, l’auteur raconte avoir été invité par plusieurs ultra-riches non pas pour parler d’innovation, mais pour répondre à cette question déroutante. Comment conserver le contrôle de leurs gardes de sécurité après « l’Événement » ?
Dès 2017 dans The New Yorker, on parlait déjà d’une véritable « assurance apocalypse » souscrite par une partie de la Silicon Valley, la Nouvelle-Zélande devenant un des refuges emblématiques. Pour d’autres encore, le refuge fantasmé, c’est la Suède… ou encore des stations orbitales voire Mars !
En fait, ce qui est choquant, ce n’est pas l’existence de bunkers puisque les parasites de ce monde ont toujours cherché à se protéger. Il y a même des sociétés qui proposent de vendre des sous-marins garantissant à ceux qui peuvent se les payer de continuer à vivre dans un monde qu’ils auront dévasté.
Par contre, il y a quand même quelque chose de nouveau dans ce monde merveilleux, un changement de paradigme. En fait, pendant des siècles, la richesse a pu contribuer partiellement à améliorer la société tout en faisant croitre ses propres ressources.
Aujourd’hui c’est une autre logique qui est à l’oeuvre. Puisque le système devient instable voire dangereux, mieux vaut, quand on est les maîtres du mondes, se préparer sa propre sortie que de chercher à mettre des moyens pour changer de cap. Autrement dit, ce qui reste du contrat social s’écoule pour laisser la place à une nouvelle fuite de Varennes, avec dans les bagages tous les trésors du monde. Pendant les vacances, revoyez le film Zardoz de John Boorman sorti en 1974.
La véritable question n’est évidemment pas de savoir si ces bunkers seront un jour utiles, et si le monde s’écroule, j’espère que ceux qui sont les acteurs de cette destruction en paient le prix également. La question est bien sûr aussi politique :et concerne la démocratie. Que devient une démocratie lorsque ceux qui disposent des ressources les plus importantes investissent davantage dans leur capacité à quitter la société pour leur propre préservation plutôt qu’à envisager de contribuer à redistribuer pour permettre au plus grand nombre de vivre ? Evidemment, la question ainsi posée est plutôt mesurée et vous devez vous douter que je pense que la démocratie est incompatible avec l’accaparement des richesses par quelques-uns, que le monde s’il en est là c’est parce que ces parasites ont prospéré sur un système mortifère et prédateur, et que la seule sortie possible c’est rendre les richesses à la collectivité qui a été exploitée jusqu’à en crever.
Je vous souhaite un bel été et le meilleur quelle que soit la situation par 45 degrés à l’ombre ou un peu plus au frais parce que la porte du réfrigérateur ouverte en permanence est une clim’ à pas cher que le gouvernement va bientôt nous conseiller à défaut d’avoir réfléchi à une vraie politique écologique…
Je vous souhaite de bonnes et belles lectures, des sorties, des découvertes, des expositions, des spectacles vivants… ou tout simplement de vivre pleinement.
Sources et inspirations
https://futurism.com/artificial-intelligence/pollution-ai-data-centers-severe
https://semeursdeforets.org/80-des-insectes-disparus-la-carte-qui-fait-froid-dans-le-dos/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Insecte
Olivier Remaud – Nocturne amphibien. Un conte écologique.
Anna Tsing – Le champignon de la fin du monde
https://reporterre.net/Forets-rasees-montagnes-betonnees-la-vraie-carte-des-JO-2030-dans-les-Alpes
Zardoz de John Boorman
https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/l-assemblee-nationale-adopte-le-projet-de-loi-d-urgence-agricole-malgre-la-reintroduction-a-titre-derogatoire-de-pesticides_8115608.html
Musiques
Windhands, Two urns
True Widow, SHS
Dead Meadows, Beyond the Fields We Know
Villages olympiques, remontées mécaniques, parkings, neige artificielle… Des dizaines d’infrastructures vont être rénovées ou créées par ce petit pays qui se pense grand pour les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises. Bien sûr, les organisateurs ont promis de faire des JO 2030 la compétition « la plus sobre de l’histoire » (comme la coupe du monde de foot 2026 ?), en utilisant 93% des sites déjà existants ou en fabriquant des installations temporaires. Ces organisateurs estiment que seulement 15 hectares vont être artificialisés et que l’ensemble de l’événement émettra entre 689000 et 804000 tonnes de CO2, l’équivalent des émissions de 80000 Français.
Ces estimations sont-elles réalistes ?
Regardons cela de plus près.
Cette compétition, dont la carte des sites s’étale sur 40000 km2, aura lieu dans un territoire que l’on sait très fragile, un territoire qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste du pays où les glaciers disparaissent à une vitesse folle et où les éboulements engloutissent parfois des villages entiers.
Pour cette compétition, il va falloir loger des milliers d’athlètes et leurs équipes sans parler des spectateurs. À Briançon, les organisateurs ont jeté leur dévolu sur le Fort des Têtes, un site classé à l’Unesco qu’il faudra entièrement rénover pour 67 millions d’euros, avec 60 % d’argent public.
En Haute-Savoie, c’est le village de Saint-Jean-de-Sixt qui a été choisi pour accueillir 500 fondeurs et biathlètes. Ici aussi, les habitants ont fait part de leurs inquiétudes, craignant des hausses d’impôts pour financer l’équipement, qui coûtera 51 millions d’euros.
Le troisième village sera construit à Bozel en Savoie, au pied de la très chic station de Courchevel. Il pourrait accueillir 700 athlètes et coûter plus de 85 millions d’euros. Total intermédiaire, plus de 200 millions d’euros.
Le dernier village se situera lui à Lyon, qui a remplacé Nice pour accueillir les épreuves de glace excepté le patinage de vitesse qui lui sera organisé aux Pays-Bas (vous ne rêvez pas) faute d’infrastructure en France. Le site définitif n’est pas encore déterminé et plusieurs lieux sont encore à l’étude pour trouver 1650 lits.
Qui dit JO d’hiver dit pistes de ski. On pourrait s’attendre à ce que les stations des Alpes soient largement équipées. Mais non, les organisateurs prévoient quand même l’agrandissement de certaines pistes et la rénovation des infrastructures existantes. À Montgenèvre, 3 hectares d’arbres sont menacés par les futures pistes de snowboard cross et de skicross. Dans cette station frontalière avec l’Italie, il est également prévu de remplacer un télésiège, de construire un chalet de chronométrage et de moderniser le système de production de neige artificielle. Le tout pour un coût de 16 millions d’euros.
Plus au nord, la piste de bobsleigh de La Plagne, construite pour les JO d’Albertville en 1992, doit être rénovée pour 43 millions d’euros. Un budget plutôt astronomique pour un sport qui ne rassemble qu’une centaine de licenciés en France.
À Courchevel, les tremplins de saut à ski du Praz, également édifiés pour les Jeux d’Albertville, doivent être rénovés pour 60 à 70 millions d’euros. Un nouveau bâtiment de 3000 m2 comprenant des vestiaires, des cabines de fartage et des salles de réunion va être construit. Le funiculaire permettant de se rendre au sommet des tremplins sera démonté et remplacé. Toujours dans cette station prisée des milliardaires, la piste de l’Eclipse va être réaménagée, avec notamment la création d’un tunnel de traversée et d’une piste de liaison.
Enfin, vous vous en doutez, pour des JO d’hiver, il faut de la neige même si le ciel n’en fournit plus. Donc, pour recouvrir toutes ces pistes de cet or blanc, il va falloir fabriquer la neige. Car, même si les flocons naturels sont au rendez-vous, ce qui est loin d’être acquis, ils seront inutiles, puisque la neige naturelle est grattée pour faire place à de la neige artificielle afin d’assurer aux sportifs les mêmes conditions de descente. Au total, 1,6 millions de m3 de neige ont été produits pour les jeux italiens de 2026. Un fardeau écologique qui demande de l’eau, de l’énergie et qui coûte cher. Pour fabriquer la neige, en Italie, plus de 3 millions d’euros ont été dépensés. Nous vivons dans un monde qui a passé tous les stades de la folie !
Enfin, cerise sur la gâteau dans ce petit pays qui se dit pays des droits de l’homme. Les JO feront l’objet d’une surveillance tous azimuts puisque la loi prévoit de prolonger l’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique, testée pendant les JOP de Paris 2024 et dont la non-efficacité a largement été démontrée sans parler des atteintes aux libertés et à l’installation d’un système de surveillance généralisée de tous.








