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1-Mes anciennes représentations

Le 10 décembre 2016 — Chez moi, 23 h 00

Le voyage n’a jamais eu, pour moi, d’autre importance que celle du loisir et du défoulement. On disait souvent que changer de lieu pendant un certain temps possédait des vertus thérapeutiques, aussi bien pour le corps que pour la psyché.

Le voyage était donc associé à un déplacement dans l’espace. Plus la destination était proche, plus le voyage semblait perdre de son sens, de sa consistance et, par conséquent, de son importance : « ce n’est qu’une sortie ».

Il était également lié à une forme de pragmatisme illusoire engendré par les conditions de vie dans une société capitaliste : celle qui consiste à refouler le stress par le voyage. Déserter les lieux qui rappellent l’aliénation et le travail, fuir le quotidien et sa monotonie pathologique pour rejoindre un monde où l’on se sentirait plus libre.

Un monde où l’on cesse momentanément de penser à ses conditions d’existence et à soi-même ; un espace où l’on cherche à se vider de ses angoisses et de ses responsabilités, en fermant toutes les portes à ce qui pourrait nous faire réfléchir ou nous bouleverser.

Mais, en fin de compte, on revient toujours à la quotidienneté du départ, là où se reproduisent les mêmes pathologies et les mêmes angoisses.

Je n’ai jamais voyagé géographiquement en dehors de mon pays. Mes expériences d’errance m’ont conduit à visiter plusieurs régions de notre royaume, le Maroc, d’abord seul, puis accompagné de ma petite famille.

Ma vision du voyage était alors celle d’une personne provisoirement libérée d’une prison et qui devait profiter de tous les plaisirs capables de lui faire oublier la privation et le malaise accumulés durant une période plus ou moins longue.

En réalité, je voyageais avec une logique de consommation des paysages et de perte volontaire du temps dans le plus grand nombre possible de lieux.

Je n’avais donc pas véritablement l’intention de connaître en profondeur mes destinations. Je cherchais surtout à les traverser rapidement, sans en conserver autre chose que des souvenirs figés dans des photographies, servant à la fois de preuve du voyage accompli et de décoration pour les murs de la maison.

Enfin, découvrir la culture de l’autre n’a jamais constitué l’objectif principal de mes voyages. Le moment du voyage représentait pour moi une simple parenthèse préparant un retour inévitable, avec une tête momentanément « vide » et apaisée.

Omar Kharbouch
Omar Kharbouch

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Omar Kharbouch (4 juillet 2017). 1-Mes anciennes représentations. Le journal de recherche. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://monjournal.hypotheses.org/31


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