Par Emma Biscarros, doctorante en histoire contemporaine, en thèse Cifre au LARHRA/Ville de Villeurbanne, responsable du pôle recherche du Rize.
Il est de ces rencontres, nouées dans l’intimité de la salle de lecture, dont seule la fréquentation des archives nous offre l’occasion. C’est de l’une de ces rencontres, tissées par-delà le temps et la mort, que je voudrais vous parler aujourd’hui : celle de Louis Maynard, premier archiviste municipal de Villeurbanne de 1933 à 1940 et figure centrale de la politique culturelle villeurbannaise telle qu’elle commence à se définir dans les années 301.
Ci-dessous, vous trouverez le portrait de ce personnage important et pourtant méconnu de l’histoire villeurbannaise tel qu’il m’est apparu. A savoir : un homme attachant, érudit, débonnaire et curieux, inlassable historiographe et “vulgarisateur” passionné de l’histoire régionale, dont l’une des rares photos parvenues jusqu’à nous – un portrait officiel qui trône discrètement au-dessus de la salle de lecture des archives municipales, dont il a été le premier responsable – nous laisse entrevoir, par la malice de ses yeux rieurs, la profondeur de son intelligence amatrice2.

Un portrait
Recruté comme “archiviste-bibliothécaire” à compter du 1er janvier 19333, à plus de 60 ans, Louis Maynard, qui occupera ces fonctions jusqu’à sa mort en août 1940, est en réalité l’un des principaux artisans de la politique culturelle villeurbannaise telle qu’elle commence à se mettre en place durant les années 30 : une politique culturelle ambitieuse, à destination de la population ouvrière de la ville, qui se déploie dans toutes les directions de la politique culturelle du Front Populaire4 : lecture publique, éducation populaire, vulgarisation scientifique et notamment historique, décentralisation artistique, action culturelle à l’école, tourisme populaire, expositions, chroniques radio et presse écrite, etc. Érudit, féru d’histoire locale, Louis Maynard a jeté les bases de l’histoire villeurbannaise, a été le premier à organiser ce qui n’était encore en 1932 qu’un “dépôt, en un quelconque local, de tous registres, papiers ou documents dont le flot sans cesse montant risquait de submerger les bureaux des différents services”5 en un véritable service d’archives municipales, classées et inventoriées afin de favoriser la recherche du chercheur ou du simple curieux. Homme de conviction, socialiste6, républicain, anticlérical7, profondément pacifiste (cf infra), engagé dans le combat antifasciste8, il est convaincu du rôle fondamental de l’instruction dans l’émancipation de la classe ouvrière, et déploie toute ses énergies en vue de cet objectif. Ce dont témoignent, outre ses nombreuses chroniques politiques et historiques dans les divers périodiques de la région lyonnaise (Nos Documents, Le Mois à Lyon, Le Cri de Lyon, La Vie lyonnaise, L’Avenir socialiste, La Voix du Peuple)9, son volontarisme en matière d’éducation ouvrière et de la jeunesse à la ville de Villeurbanne. Historiographe amateur et “vulgarisateur” passionné de l’histoire lyonnaise, véritable collectionneur d’anecdotes comme autant de fragments permettant de reconstituer l’histoire de sa région10, il figure probablement parmi les derniers représentants de ces historiens non-universitaires, qui cultivent, en dilettante, leur amour des lettres, des arts et des sciences dans leur temps de loisir11, au sein de diverses sociétés savantes12 ; de ces derniers représentants d’un “loisir cultivé” hérité de l’otium latin ou de la skholè grecque dont parle Alain Corbin dans son ouvrage classique sur L’avènement des loisirs, 1850-1960 (2009). Un travailleur infatigable enfin, dont tout le monde souligne la compétence (paradoxalement d’origine amatrice, alors que l’on a tendance aujourd’hui à opposer la compétence du professionnel à la passion de l’amateur), le dynamisme, mais aussi la franchise – en effet, il ne mâche pas ses mots, dans ses rapports d’activité annuels à destination du maire, pour dénoncer la “mendicité” à laquelle il est contraint de se livrer face à la modicité des crédits municipaux affectés à son service. Un homme à la personnalité joviale et affable13, incroyable conteur de l’histoire locale, capable d’embarquer son audience dans ce qu’il raconte14 ; en plus d’être un pianiste talentueux et un très grand amateur de musique – il est à l’origine de la création, de l’une des premières “discothèques” municipales en France (cf infra). Proche de Jean Waersegers, chef de l’orchestre du Grand Théâtre de Lyon, avec lequel il collabore sur la station lyonnaise de radiodiffusion publique “Lyon-P.T.T.”, installée à la Doua, c’est peut-être lui qui le fait venir à Villeurbanne à travers la société des Amitiés artistiques et littéraires de Villeurbanne qu’il cofonde avec deux autres employés municipaux : Gustave Desgrandchamps et Michel Dupeuble, pour de grands concerts au Théâtre municipal du Palais du Travail. Bref, un véritable touche-à-tout, bibliothécaire aux multiples casquettes, qui brouille les frontières actuelles entre expertise et “amatorat”15 ainsi qu’entre politique et administration (aux professionnels la compétence, aux élus la vision politique). Recruté fin 1932 comme “archiviste-bibliothécaire” de Villeurbanne par Lazare Goujon (SFIO), et resté en poste, avec des attributions croissantes (musée, théâtre municipal, université populaire) sous la municipalité communiste de Camille Joly (1935-1939), puis la délégation spéciale de Victor Subit jusqu’à sa mort survenue le 26 août 1940, il incarne une forme de continuité entre ces deux municipalités ouvrières et constitue l’un des piliers de la politique culturelle villeurbannaise tout au long des années 1930, orientée vers “le développement artistique et intellectuel”16 de cette commune ouvrière qui se rêve en cité-modèle de la modernité socialiste.
Parcourons ensemble les différents aspects de son œuvre. Mais tout d’abord, quelques éléments biographiques succincts.
Éléments biographiques
Louis Maynard naît en 1871 d’un père comptable, conseiller municipal de Lyon et adjoint d’Antoine Gailleton, dont on raconte qu’il figurait parmi ces républicains de la première heure qui proclamèrent, huit heures avant Paris, la République à Lyon, le 4 septembre 187017. Élève en lettres classiques au Lycée Ampère de Lyon, il poursuit sa scolarité par une licence de droit, obtenue en 189018. Avocat au barreau de Lyon, il fait ensuite carrière dans les assurances entre Montpellier et Lyon. Il cultive en parallèle son amour des arts, musique notamment, et de l’histoire régionaliste, publiant plusieurs ouvrages sur le folklore lyonnais, et organisant des visites historiques du Vieux Lyon à destination de divers groupements19. Lorsqu’il est recruté comme archiviste-bibliothécaire à la ville de Villeurbanne fin 1932, il est déjà âgé de plus de 60 ans et sa carrière n’est plus à faire. C’est pourtant avec enthousiasme et dynamisme qu’il se lance dans sa mission de “développement intellectuel et artistique des masses ouvrières” de la cité.
Arrêtons-nous sur les différents axes de son action culturelle :
Lecture publique
Sa première mission est de faire de la bibliothèque municipale, “le centre de la vie intellectuelle et artistique de la cité”, ainsi que le stipule sa fiche de poste et qu’il le rappelle dans ses différents rapports d’activité. Sous son impulsion, la bibliothèque municipale de Villeurbanne20, passe ainsi du simple “cabinet de lecture” qu’elle était en 1932, modeste local installé au sein de la mairie et comptant quelques 5000 ouvrages, à une véritable “bibliothèque d’étude”, mettant à la disposition de la population villeurbannaise plus de 31 000 ouvrages empruntables et 64 journaux, revues ou périodiques, disponibles à la consultation sur place, à la fin de la décennie. Pour cela, Louis Maynard décide à partir de janvier 1934, une fois la bibliothèque municipale transférée dans les nouveaux locaux de l’hôtel de ville, au cœur du quartier des Gratte-ciel, d’ouvrir la salle de lecture de la bibliothèque pour la consultation sur place trois soirs par semaine les mardi, jeudi et samedi de 20h à 22h ainsi que les après-midis de 14h à 18h, tous les jours sauf le lundi, tandis que le service de prêt à domicile est ouvert en plus les mardi, jeudi et samedi matins de 10h à 12h. Il met en place un catalogue imprimé ainsi qu’un vaste fichier analytique de 350 000 fiches, précieux outil de recherche destiné à renseigner les lecteurs sur le contenu des ouvrages et à leur permettre de s’orienter dans les fonds de la bibliothèque. L’augmentation exponentielle de ces derniers est due en partie aux livres achetés grâce aux crédits (modiques) affectés par le budget municipal21, mais aussi et surtout par les nombreux dons que Louis Maynard réalise lui-même22 ou sait susciter auprès de ses contemporains : maisons d’éditions et particuliers. C’est dans cette optique qu’il crée en 1934 la société des Amis de la bibliothèque et du musée dont la raison sociale consiste en l’achat de livres ou pièces de musées qui sont ensuite cédées gratuitement à la municipalité villeurbannaise.
Maynard, pacifiste convaincu, s’explique dans un rapport au nouveau maire, Camille Joly, en juin 1935, sur les motivations politiques qui ont sous-tendu son action :
Le principe qui m’a guidé dans la composition de la bibliothèque (je parle des achats, car les dons je me suis contenté de les accepter) est le suivant : toutes les opinions doivent pouvoir être confrontées, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.
Je n’ai apporté un ostracisme farouche qu’aux ouvrages tendant à glorifier la guerre. Aucun de ceux-ci, même s’ils sont donnés, n’est accepté par moi. Par contre, tout ce que j’ai pu recueillir ou acheter d’ouvrages ou documents contre la guerre est en rayon.
Outre le catalogue des ouvrages et le fichier analytique, Louis Maynard tient à jour une revue de presse intitulée “Au jour le jour” ainsi qu’un catalogue détaillé du contenu des articles parus dans les périodiques collectionnés à la bibliothèque qui impressionne beaucoup le conservateur en chef des bibliothèques et archives historiques de Lyon, Henry Joly. Ce dernier, venu visiter la bibliothèque de Villeurbanne à la demande de Louis Maynard et qui adresse au maire son rapport, souligne cette réalisation importante qui place la bibliothèque municipale de Villeurbanne parmi les rares bibliothèques en France à offrir un tel instrument de recherche systématique à l’époque, “avec Versailles, Troyes et Lyon”23.

Sous la direction de Louis Maynard, la bibliothèque de Villeurbanne se spécialise par ailleurs dans les questions ouvrières24. Ainsi peut-il écrire, en 1936 :
Notre bibliothèque est maintenant suffisamment connue pour qu’on vienne (ou qu’on écrive) des départements voisins lorsqu’on cherche une documentation. Nous sommes particulièrement riches pour tout ce qui touche aux questions politiques et économiques d’avant-garde (plus de 2 500 ouvrages sur ces matières). Cette “spécialisation” nous a valu la visite de nombreux étudiants de la Faculté de Droit de Lyon; l’un d’eux a même fait sa thèse de doctorat avec la documentation qu’il a trouvée sur nos rayons.
Grand amateur de musique, Louis Maynard crée en outre, au sein de la bibliothèque municipale de Villeurbanne qu’il dirige, une “discothèque”, soit une collection d’une cinquantaine de disques des plus grands maîtres, et fait installer trois postes d’écoute munis de casques pour les auditeurs villeurbannais, ce qui fait visiblement de la bibliothèque municipale de Villeurbanne la première en France à se doter d’un tel service25 – des décennies avant que l’on ne parle de “médiathèques” ouvertes à tous les supports.
À la demande de la municipalité communiste de Camille Joly (1935-1939), qui s’illustre particulièrement dans le domaine culturel et le souci d’éducation populaire des masses ouvrières (cf infra), Maynard ouvre en 1936 un réseau de cinq “bibliothèques auxiliaires” ou “bibliothèques de quartiers“, disséminées dans les quartiers périphériques de Villeurbanne et alimentées par les fonds de la bibliothèque centrale. Souvent installées dans des locaux mis à disposition par des établissements scolaires, ces antennes décentrées ont pour objectif de permettre à tous les villeurbannais.ses d’accéder aux ressources de la bibliothèque municipale au plus près de chez eux. Louis Maynard s’inspire pour cela des réalisations internationales : une note de service datée du 20 avril 193626 nous indique qu’il s’est inspiré en particulier d’exemples mis en place en Suisse et en Allemagne depuis le début du siècle ainsi que d’exemples russes depuis 1923.
Soucieux de favoriser la lecture du plus grand nombre, Maynard tient à jour les statistiques de fréquentation de la bibliothèque et les compare, là encore, aux données internationales à sa disposition : si seulement 1,65% (environ 1300 lecteurs) de la population villeurbannaise fréquente la bibliothèque municipale (emprunt ou consultation sur place) en 1935, selon ses calculs, ce taux s’élève à 1,95% en 1938 (soit près de 1600 lecteurs), contre 2,60% dans le cas de l’Allemagne et 3,40% en URSS en 1931, d’après les statistiques du Bureau International du Travail auxquelles il se réfère27.
Tourisme populaire
Dès 1934, Louis Maynard crée également une annexe du syndicat d’initiative de Lyon, ancêtre de l’office du tourisme, dans les locaux de la bibliothèque de Villeurbanne afin de renseigner les villeurbannais en quête d’évasion sur les destinations touristiques, sportives et patrimoniales de la région. Ce syndicat d’initiative connaîtra un développement d’autant plus important dans la seconde moitié des années 30 qu’il trouvera un écho dans les grandes orientations du Front Populaire en matière de tourisme populaire, au lendemain de la généralisation des congés payés, en juin 1936 : promotion de l’excursionnisme populaire, du mouvement des auberges de la jeunesse, billets de train à tarif réduit, etc. En 1937-1938, Louis Maynard mène ainsi une vaste enquête auprès d’une cinquantaine de communes de la région afin de recueillir auprès d’elles toute information susceptible d’intéresser les ouvriers villeurbannais dans leurs escapades : monuments anciens ou modernes à visiter, vestiges, musées, bibliothèques, équipements sportifs, réalisations urbanistiques remarquables, célébrités locales, présence ou non d’une auberge de jeunesse sur la commune, éventuelle manifestation artistique organisée par la commune et à quelle date, etc.

Archives municipales
Pour ce qui est des archives municipales, Louis Maynard hérite, à son arrivée à la ville, d’une situation extrêmement précaire : les documents, “un amas de papiers, registres, plans, noyés dans une poussière trentenaire” dont personne ne s’était occupé jusqu’alors, sont dans un tel état d’incurie, que la municipalité est menacée par l’inspection en 1932 de les voir tous retirés et versés aux archives départementales – c’est probablement d’ailleurs ce qui motive la municipalité à recruter un archiviste dès janvier 1933. Il s’emploie donc à les classer, les inventorier, et à identifier les documents relatifs au passé de Villeurbanne dispersés dans les divers centres d’archives de la région en raison de l’histoire mouvementée de la commune, passée successivement “sous la domination des Dauphins, des comtes puis ducs de Savoie, des comtes de Beaujeu, seigneurs de la Bresse et de la Dombes, des rois de France” ainsi qu’il le relate, rattachée au Dauphiné jusqu’en 1852 et finalement intégrée, depuis cette date, au département du Rhône. À partir de ce travail d’archives, il rédige régulièrement des chroniques historiques pour la presse régionale (notamment dans La Voix du Peuple à partir de 1936). Il publie également en 1936 une brochure sur l’histoire d’Une émeute à Villeurbanne : février-mars 1793 suivie d’une Rétrospective historique et anecdotique de Villeurbanne en deux volumes retranscrivant scrupuleusement les délibérations de la municipalité de Villeurbanne à partir de sa création le 14 février 1790 jusqu’au mois de mai 1794, dont le premier tome est publié en 1937 et le second à titre posthume en 1943. Là encore, il s’emploie à créer des instruments facilitant le travail du chercheur ou du simple curieux, y compris de l’historien.ne du futur – et on ne peut que l’en remercier ! Il rédige notamment, entre 1933 et 1937, un registre manuscrit intitulé “Tablettes chronologiques villeurbannaises : mémorial commencé en 1933 par Louis Maynard, archiviste“, sorte de journal de bord dans lequel il consigne scrupuleusement et d’une manière qu’il souhaite la plus neutre possible – comme en témoigne l’emploi de la troisième personne du singulier pour parler de lui – bien qu’on sente évidemment transparaître son point de vue subjectif – ce qui en fait toute sa valeur ! – les grands événements de la vie communale ; on y trouve en particulier un précieux compte-rendu des fêtes inaugurales des Gratte-ciel en 1934 vues “de l’intérieur”, dans lequel il rend compte des humeurs et impressions de ses contemporains (riverains se plaignant de l’afflux de personnes, ceux décriant la privatisation de certains espaces lors des divers congrès qui ponctuent ces inaugurations officielles, la surprise des visiteurs étrangers devant les réalisations villeurbannaises, etc.).
Musée
En plus de ses fonctions d’archiviste-bibliothécaire, Louis Maynard est chargé, dès 1933, de la création d’un musée municipal dans le beffroi du nouvel hôtel de ville dont l’ouverture semble programmée pour l’inauguration des Gratte-ciel. Dès janvier 1933, Maynard se met donc en relation avec tout un tas d’artistes locaux pour se procurer leurs œuvres, puis, dans un second temps, ce sont les industriels villeurbannais qui sont convoqués à la mairie pour envisager la création d’un “musée industriel”28. “Il fallait entendre le mot Musée dans son acception la plus générale” nous alerte toutefois Louis Maynard, conscient du caractère encore rudimentaire de cette entreprise lorsqu’il est sommé d’en présenter les réalisations pour le livre d’or de la municipalité Goujon, en 1934, Villeurbanne, 1924-1934 : 10 ans d’administration. Ce “musée” municipal se compose ainsi de plusieurs salles : un petit “musée d’art” comprenant quelques peintures et sculptures souvent offertes à la mairie par les artistes eux-mêmes ou via la société des Amis de la bibliothèque et du musée mentionnée précédemment; un “musée industriel, sorte d’exposition permanente des produits les plus parfaits des industries villeurbannaises” comprenant deux salles sur l’histoire de la soierie à Villeurbanne dont le contenu est offert solennellement par les industriels Bertrand et Gillet lors des fêtes inaugurales de juin 1934; et enfin une dernière salle, au quatrième étage, constituant un “musée colonial” composé d’une collection étrange de plus de 200 pièces de Madagascar données à la ville par une certaine “Veuve Tisserand”. En plus de ces quatre salles de musée, et, faute de salle d’exposition dédiée, Maynard explique avoir exposé “tout ce que nous avons pu de tableaux, collections, d’objets d’art, monnaies, gravures, documents, etc.” dans la salle de lecture de la bibliothèque. Déplorant le manque d’espace, aussi bien pour les livres et les opérations de manutention qu’ils nécessitent, que pour les quelques “40 tableaux ou gravures et plus de 200 objets (instruments de musique, bibelots, tissus) provenant de dons divers faits à la ville” qu’il a dû reléguer dans un grenier de la mairie à défaut de pouvoir les exposer, dans son rapport d’activités de 1936, le bibliothécaire conclut son exposé en réclamant la création d’une
Maison de la Bibliothèque et du Musée, dans un immeuble assez important pour qu’on y puisse installer tous les services dont je viens de parler, et qui compterait assez de salles de dépôt pour qu’on ait l’espoir d’y maintenir bibliothèque et musée pendant de nombreuses années.
Cette demande trouvera visiblement un écho puisque peu de temps après, il lui est demandé de rédiger un article pour l’organe du PCF de la région lyonnaise, La Voix du Peuple, exposant sa demande de création d’une “Maison de la Bibliothèque et du Musée” à Villeurbanne. Faute de crédits suffisant – la municipalité est alors en proie à de graves difficultés budgétaires héritées entre autres de la crise économique et des coûteuses réalisations du nouveau centre des Gratte-ciel – cette maison ne verra toutefois pas le jour et il faudra attendre la fin des années 1980 pour voir se concrétiser une grande réalisation municipale en la matière avec la création de la Maison du Livre, de l’Image et du Son sous Charles Hernu en 1988.
Action culturelle à l’école
Soucieux de contribuer à l’effort d’instruction de la jeunesse29, Louis Maynard se lance également, de sa propre initiative, dans l’organisation et l’animation de visites guidées de musées et monuments lyonnais pour les élèves des écoles publiques de Villeurbanne, en accord avec l’Inspecteur de l’enseignement primaire, M. Lebossé, et avec le concours bénévole de plusieurs enseignant⸱es. Il se charge lui-même de commenter ces visites, fort de sa connaissance de l’histoire locale. L’autorisation du maire lui est ainsi accordée en janvier 1934 pour qu’il puisse dédier deux matinées par semaine à accompagner des groupes scolaires dans de telles visites ; il ne manque pas de souligner la parfaite collaboration qui lui est alors apportée par l’ensemble des 13 conservateurs de musées et monuments de Lyon qui “ont tous consenti à donner l’entrée gratuite, et aux heures qui convenaient, pour les écoles”. Il accompagne ainsi 36 visites sur l’année scolaire 1934-1935.
À partir de 1937, il propose également des conférences sur l’histoire de Lyon et de Villeurbanne dans les cours complémentaires des écoles (aussi bien de filles que de garçons) de la ville. Sur l’année 1937, il donne ainsi 28 causeries dans 7 classes, à raison de 4 leçons par classe, et face au succès rencontré par ce format, il propose d’augmenter à 6 leçons par classe pour l’année suivante.
Éducation populaire
Louis Maynard, fidèle à ses convictions, entreprend une vaste action d’éducation populaire et de la jeunesse, à travers des causeries et visites destinées aux enfants des écoles publiques villeurbannaises, nous venons de le voir, mais également par la création de plusieurs sociétés œuvrant à la “démocratisation culturelle” pourrions-nous dire de manière anachronique – eux parlaient plutôt de “décentralisation artistique et littéraire” – dont il fait mention dans la section “action extérieure” de ses rapports au maire. Dès octobre 1933, il participe ainsi à la création, aux côtés de son collègue et ami Gustave Desgrandchamps, ingénieur à la ville de Villeurbanne, secrétaire du syndicat communal CGT et publiciste comme lui dans la presse locale, ainsi que du secrétaire général de mairie, Michel Dupeuble, de la Société des “Amitiés artistiques et littéraires” de Villeurbanne, dont le président d’honneur est le maire socialiste Lazare Goujon30. La société des Amitiés littéraires et artistiques de Villeurbanne se fixe pour mission de : “développer le goût des recherches artistiques et littéraires ; le faire naître si possible par l’attrait de nos réunions ; provoquer même des vocations”31. Dans cette optique, la société organise donc chaque année, jusqu’en 1938 au moins, un cycle de conférences et de concerts gratuits à destination de la population villeurbannaise qui se déroulent dans la salle des conférences du Palais du Travail, les lundis soirs à 20h30, à raison “de deux réunions par mois, l’une littéraire, sociale ou historique, l’autre musicale”. Le cycle, composé d’une douzaine de manifestations étalées d’octobre à avril, se clôt généralement par une grande soirée de gala au théâtre municipal de Villeurbanne : un concert de l’orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par M. Waersegers en 1934, un “grand gala” avec le concours de M. Guillard de la Société de Géographie de Lyon en 1935, etc.

En janvier 1935, Louis Maynard fonde également la Société “Art et Science pour tous” dont les membres, deux fois par mois en principe, le dimanche matin, font des visites commentées de musées, collections, monuments, etc. En 1936, il participe également à la création, sous l’impulsion du nouveau maire communiste Camille Joly, d’une “Université Prolétarienne” qui deviendra l’année suivante “Université Populaire” de Villeurbanne. Celle-ci prévoit, à destination des ouvriers dont la scolarisation dépasse alors rarement le primaire, un dense programme de leçons couvrant des domaines aussi variés que la littérature et les sciences sociales, les arts, les “enseignements ménagers” et les cours techniques, et même des “cours pour illettrés”, dans l’optique d’apporter aussi bien des enseignements pratiques, utiles aux travailleurs et travailleuses dans leur vie professionnelle, que des éléments de culture générale, d’ordre politique et économique notamment. Au sein de cette Université Populaire, Louis Maynard assure en particulier les cours d’histoire de Lyon et de Villeurbanne. Cet effort d’éducation populaire se traduit aussi par l’organisation de “lectures commentées” qu’il réalise auprès de diverses sociétés : groupements politiques, syndicats, associations sportives, amicales laïques, etc.
Expositions
Louis Maynard est chargé enfin, avec une importance croissante à partir de 1935, d’organiser des expositions artistiques et culturelles à destination de la population ouvrière de la ville. Dès 1934, il organise une première “exposition régionale de peinture-sculpture” présentant les œuvres d’artistes locaux dans un entrepôt situé aux Gratte-ciel, à proximité de l’hôtel de ville et de la bibliothèque. Il organisera deux autres expositions artistiques de dimension régionale en 1937 et 1938. Celle de 1937 portera spécifiquement sur les faïences grenobloises du XVIIIe siècle et les lithographies lyonnaises.
À partir de l’élection du maire communiste Camille Joly en 1935, cet axe de la politique culturelle municipale acquiert une importance nouvelle et revêt une dimension éminemment politique. Ainsi, la municipalité décide-t-elle d’organiser, du 17 avril au 3 mai 1936, en pleine période électorale, une grande exposition de la presse et du livre du Front Populaire dans la salle du conseil de l’hôtel de ville. Visiblement inspirée d’une exposition similaire tenue entre décembre 1935 et mai 1936 dans une galerie d’art parisienne, la galerie “La Boëtie”, cette manifestation entend démontrer qu'”en face de la presse servile [la grande presse alimentée par la publicité occulte [qui] fait le jeu des puissants de la société et défend leurs privilèges], existe une autre presse”, une presse libre et populaire, qui défend les intérêts des classes ouvrières. “Grands quotidiens populaires de Paris et de la région (Populaire, Humanité, Peuple, Lyon Républicain), hebdomadaires socialistes ou communistes dont la variété étonne, revues riches de pensée, illustrés superbes, seront présentés au public” annonce ainsi la brochure. Spécificité villeurbannaise, par rapport à l’édition parisienne : “les groupements organisateurs présenteront en outre, avec le concours de la Bibliothèque Municipale de Villeurbanne, une sorte de rétrospective historique sur la propagande révolutionnaire. À côté de rares et curieux documents (gravures, manuscrits, etc.) sur l’état social de la France avant 1789, les visiteurs pourront examiner un choix intéressant de journaux, livres et brochures datant de la Grande Révolution, de la Commune de 1871″. C’est Louis Maynard qui s’occupe spécifiquement de cette partie de l’exposition, rassemblant des pièces issues des collections historiques villeurbannaises et lyonnaises, avec le concours du conservateur de bibliothèques et des archives historiques de Lyon, Henry Joly, qui lui prête plusieurs manuscrits anciens. En parallèle de l’exposition sont en outre prévues des conférences et lectures commentées, dans une optique d’éducation politique des “masses prolétariennes” ; la brochure indique en effet : “chaque soir, la presse de la journée sera commentée, on comparera les articles des journaux de toutes tendances, et ce commentaire, nouveau à Lyon, aura un intérêt particulier, puisque l’exposition sera ouverte en pleine période électorale.” L’exposition est co-organisée par les sections villeurbannaises de la SFIO, de la SFIC, de l’ARAC, ainsi que par la municipalité.
Autre grand projet de la municipalité communiste : l’organisation d’une “exposition d’Art Ouvrier et exposition des meilleurs travaux des élèves des écoles laïques de Villeurbanne“, avec le concours de la section villeurbannaise des Amis de l’URSS, qui, face au succès rencontré, connaîtra deux éditions : la première se déroule du 19 au 27 juin 1937 dans les locaux de l’ancienne brasserie du Palais du Travail, la deuxième, toujours au même endroit, se tiendra l’année suivante, du 23 juin au 3 juillet 1938. Visiblement inspirée d’une exposition nationale d’Art Ouvrier organisée à Lyon en 1925, dont le catalogue a été joint au carton d’archives, elle s’adresse à tous les ouvriers et artisans de la région qui souhaiteraient exposer leur création, peu importe la forme d’expression adoptée. L’appel relayé par la municipalité s’ouvre ainsi :
La municipalité de Villeurbanne, soucieuse de contribuer au développement artistique de la cité, organise pour les dernières semaines de Juin (la date sera définitivement arrêtée sous peu de jours) une exposition de l’Art Ouvrier.
Elle demande à tous les artisans et ouvriers de la région qui auraient une œuvre personnelle à exposer, d’envoyer leur nom et leur adresse à la Bibliothèque municipale, à l’Hôtel de ville de Villeurbanne, le plus rapidement possible. […]
Répondez à cet appel que lançait, il y a treize ans, Anatole France : “Venez donc, vous par qui les objets usuels sont revêtus de beauté, venez en foules harmonieuses, venez graveurs et lithographes, mouleurs du métal, de l’argile et du plâtre, imprimeurs sur papier et sur étoffe, peintres de décors, bijoutiers, orfèvres, potiers, verriers, brodeurs, tapissiers, relieurs, venez, vous qui nous donnez la joie des formes heureuses et des couleurs charmantes”.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre des débats sur “l’Art ouvrier” qui animent le monde communiste et les “compagnons de route du parti” tout au long de l’entre-deux-guerres, depuis les premières expérimentations du Proletkut dans la Russie des soviets, entre 1917 et 1925, qui cherchent à inventer un art libéré de toute influence bourgeoise (avant que celui-ci ne se transforme en art de régime sous Staline), et dont témoigne en France, pour ne citer qu’un exemple, la publication de l’ouvrage Culture prolétarienne de Marcel Martinet en 193532. Camille Joly détaille, dans l’édito qui ouvre le catalogue de la première exposition d’art ouvrier de Villeurbanne en 1937, sa propre conception en la matière :
L’exposition est “d’Art Ouvrier” uniquement parce qu’elle rassemble des œuvres exécutées par des ouvriers. Attribuer un autre sens à cette expression serait dénaturer notre pensée. Nous ne saurions en effet admettre qu’il existe une forme d’Art, à l’exclusion de toute autre, spécialement accessible aux travailleurs manuels et compréhensibles des masses populaires.
L’Art, quels que soient ses moyens d’expression, peut être pour tous la source de profondes émotions, génératrices souvent de créations nouvelles, susceptibles toujours d’élever le niveau culturel. Mais il faut qu’il cesse d’être l’apanage d’une fraction favorisée de la population. Il faut qu’il se lie à la vie même du peuple, qu’il s’y intègre. Il faut, pour cela, et tout d’abord, une éducation appropriée des larges masses, capables d’autant mieux apprécier la beauté qu’elles connaissent la valeur de l’effort. […]
Et nous voulons apporter notre modeste contribution à cette formation artistique nécessaire en multipliant les contacts entre les belles œuvres et ce peuple trop longtemps maintenu écarté d’elles, laissé dans l’ignorance presque totale de ce patrimoine d’une variété et d’une richesse inouïes, constitué au cours des siècles, qu’il se doit d’enrichir encore et dont il est responsable devant l’avenir.
Plus particulièrement cette manifestation démontrera que, quoi qu’on ait dit, le goût du travail bien fait, du travail fini, l’amour du métier sont aussi vifs qu’autrefois. Encore faut-il leur permettre de s’exprimer, par l’amélioration des conditions de vie des ouvriers et des artisans. […]
L’Art se rapprochant du peuple sans s’abaisser, se vivifiera à ce contact et s’épanouira pleinement en même temps que les travailleurs luttant pour un monde meilleur, deviendront plus avides de beauté et d’harmonie.
Mort et postérité
Louis Maynard décède à Villeurbanne le 26 août 1940 des suites d’une maladie qui l’affligeait visiblement depuis longtemps, mais probablement aussi affaibli par le retour de la guerre en Europe, contre laquelle il s’était opposé toute sa vie en pacifiste convaincu, et par la mise en place, à la faveur de la défaite française, d’un régime réactionnaire dont il avait combattu les idées. C’est ce que laisse entendre en tout cas la formule élusive de l’hommage qui lui est rendu dans le numéro du Bulletin municipal de Villeurbanne de septembre-octobre 1940 mentionné plus haut : “les événements de ces derniers mois ne furent pas étrangers au réveil du mal qui devait avoir raison de sa robuste constitution”, est-il écrit. Rappelons que la guerre, déclarée le 3 septembre 1939 s’est soldée par une humiliante défaite pour la France avec l’armistice du 22 juin 1940 et que Pétain, à qui l’assemblée octroie les pleins pouvoirs le 10 juillet suivant, met fin à 70 ans de IIIe République pour mettre en place une dictature conservatrice connue sous le nom de “régime de Vichy”.
La municipalité de Charles Hernu (1977-1990) rendra hommage à Louis Maynard en attribuant son nom à une rue située au nord du quartier Saint Jean, à la limite de Vaulx-en-Velin, par la délibération du 7 décembre 1987.
- Nous considérons la “politique culturelle” au sens de Sylvie Rab, telle qu’elle la définit dans son article : “Les politiques culturelles dans les municipalités de la Seine (1934-1939)”, paru dans Les Cahiers de l’Institut d’Histoire du Temps Présent, n°16, septembre 1990. “Les politiques culturelles municipales. Éléments pour une approche historique”, pp. 67-82 : https://www.persee.fr/doc/ihtp_0769-4504_1990_num_16_1_2149. Bien que l’expression de “politique culturelle” ne soit jamais utilisée comme telle par les acteurs de l’époque, les initiatives mises en place conjointement dans le domaine de l’éducation populaire, des arts, des sports et du loisir, par la municipalité villeurbannaise au cours des années 30 justifie que l’on emploie ce terme, qui ne trouvera sa véritable reconnaissance institutionnelle à l’échelle nationale qu’en 1959 avec la création d’un premier Ministère de la Culture confié à André Malraux. De nombreux⸱ses historien⸱nes ont en effet montré comment les initiatives locales en la matière ont constitué de véritables laboratoires des politiques culturelles, voir notamment : Poirrier, Philippe, et al. Jalons pour l’histoire des politiques culturelles locales. Ministère de la culture, Comité d’histoire, 1995.
↩︎ - L’essentiel de cet article est basé sur la consultation des dossiers 3R1 et 3R2 consacrés aux activités de Louis Maynard conservés aux Archives municipales de Villeurbanne – Le Rize, désormais AMV-Le Rize. J’indiquerai en note de bas de page le détail des sources utilisées, le cas échéant. ↩︎
- Voir l’arrêté de sa nomination en 3R1. ↩︎
- Voir Pascal Ory (1994), La Belle Illusion. Culture et politique sous le signe du Front Populaire, 1935-1938. ↩︎
- Citation extraite du rapport manuscrit rédigé par Louis Maynard en réponse à la note de service du secrétaire général de mairie, Michel Dupeuble, en date du 25 juillet 1933, AMV-Le Rize, 3R1. Ce texte sera publié, quasiment tel quel, dans le livre d’or de la municipalité Goujon, “Villeurbanne, 1924-1934, 10 ans d’administration”, AMV-Le Rize, 2C18. ↩︎
- Maurice Moissonnier, dans la notice du Maitron qu’il consacre à Louis Maynard (cf ici), indique qu’il était militant à la SFIO, sans indiquer toutefois la date de son adhésion. ↩︎
- En tant que président et chroniqueur de “Radio laïque”, il s’oppose à l’influence de l’Église dans le paysage radiophonique lyonnais, incarné par l’adversaire clérical “Radio Famille”, voir à ce propos le sous-dossier “Radio laïque, 1935-1936”, AMV-Le Rize, 3R1. ↩︎
- Il devient en 1934 président de la section villeurbannaise de la Ligue des droits de l’Homme reconstituée aux lendemains des émeutes du 6 février, cf Maurice Moissonnier, op. cit., ainsi que la notice du Rize + consacrée à Louis Maynard. ↩︎
- Voir les nombreux articles conservés en 2C, 4C et AD, AMV-Le Rize, notamment : “Des élites dans la démocratie”, article paru le 1er janvier 1935 dans Le Lyon Républicain, reproduit dans le dossier biographique consacré à Louis Maynard aux AMV-Le Rize (non côté, conservé à l’accueil). ↩︎
- En témoigne son impressionnante somme du Dictionnaire des lyonnaiseries. Les hommes, le sol, les rues, histoires et légendes, en quatre tomes, paru en 1932. ↩︎
- Un portrait de Louis Maynard dressé par André Chagny dans le n°270 du périodique lyonnais “Notre Carnet” en date du 10 mai 1933 illustre joliment cette dimension amatrice en le décrivant : “qui s’instruit en musardant et musarde en s’instruisant”, voir le dossier biographique cité ci-avant. À noter que le métier de bibliothécaire est alors en voie de professionnalisation depuis peu. À Lyon, Henry Joly succède en 1924 à Richard Cantinelli à la tête de la bibliothèque municipale : ce sont les premiers bibliothécaires diplômés à occuper ce poste (voir Béghain Patrice et Yann Kergunteuil, “Joly, Henry”, dans Antonutti, Isabelle (dir.), Figures de bibliothécaires, Presses de l’ENSSIB, Villeurbanne, 2020, pp. 147-148, en ligne : https://books.openedition.org/pressesenssib/13159). ↩︎
- Louis Maynard est membre de la Société Littéraire Historique et Archéologique de Lyon, de la Société française d’archéologie, et lauréat de l’Académie de Lyon. ↩︎
- Tous les traits de sa personnalité que je relate ici nous sont décrits par les (nombreuses) et souvent élogieuses nécrologies contenues dans le dossier biographique mentionné précédemment. Ci-après, voici un petit florilège de ces dernières : Le Lyon Républicain (27 août 1940) salue “l’activité inlassable” du bibliothécaire et le “pianiste de talent”, Salut public (28/08/1940) le décrit comme “un laborieux vulgarisateur de l’histoire” tandis que Le Progrès (27/08/1940) félicite le “fonctionnaire aimable et sympathique” qui “avait su, par son activité, sa compétence et son érudition, enrichir la bibliothèque municipale”. L’hommage rendu par la municipalité à son employé décédé dans le Bulletin municipal de Villeurbanne de septembre-octobre 1940, nous donne à voir un homme “toujours affable et souriant”, “le goût de la vie aux lèvres”, “au cœur de la cité des livres, tout épanoui du plaisir d’être utile à chacun”, “une figure non seulement lyonnaise, mais encore devenue, surtout depuis quelques années, presque villeurbannaise”. Et de poursuivre : “Qui n’a écouté Louis Maynard conter de verve l’une des cent mille et une anecdotes dont sa mémoire était meublée ? Qui ne l’a vu, débonnaire et bonhomme, suivre d’un regard resté jeune les ébats des adolescents et prendre à leur discours une joie non dissimulée ?”. Le bulletin rend enfin hommage au “chroniqueur apprécié du “vieux Lyon”” ainsi qu’au “développement prodigieux que la savante et laborieuse activité de Louis Maynard avait donné à la bibliothèque municipale de Villeurbanne”. ↩︎
- Un article emphatique du Lyon Républicain daté du 27 février 1939 nous relate par exemple une conférence réalisée par Louis Maynard au Cercle de culture vaisois au cours de laquelle celui-ci “a, pendant près de deux heures, passionné l’assemblée, qui ne lui ménagea pas ses applaudissements”, voir le dossier biographique cité ci-avant. ↩︎
- Pour cette notion proposée par Bernard Stiegler par distinction avec l’amateurisme, connoté négativement, voir notamment : Stiegler, Bernard (2011). « Le temps de l’amatorat », Alliage, n° 69, p. 161-179 : https://web.archive.org/web/20231209212445/http://revel.unice.fr/alliage/index.html?id=3272. ↩︎
- Notez qu’on ne parle pas encore à l’époque de “culture” dans une acception globale, le terme ne s’imposera que progressivement, d’abord dans sa forme adjectivale avec des expressions comme “vie culturelle” avant de devenir un substantif dont la reconnaissance institutionnelle est entérinée en 1959 avec la création du ministère de la “culture”, cf Pascal Ory, op. cit. ↩︎
- L’anecdote est relatée dans la préface que Paul Creyssel consacre à son Dictionnaire des lyonnaiseries. Les hommes, le sol, les rues, histoires et légendes, 4 volumes, 1932. ↩︎
- L’essentiel de ces éléments biographiques est reporté dans l’article que le premier numéro du Bulletin de la Société d’Histoire de Villeurbanne consacre à Louis Maynard – qui leur avait visiblement fait une aussi bonne impression que nous, quarante ans plus tard – en décembre 1987 : “Louis Maynard, un portrait de l’archiviste-bibliothécaire”, André Revillon, Bulletin de la Société d’Histoire de Villeurbanne, n°1, décembre 1987, conservé aux AMV-Le Rize, 2C5. ↩︎
- Une brochure conservée dans le dossier 3R1 nous indique qu’il a par exemple animé une telle visite pour la Chambre syndicale des secrétaires sténo-dactylographes de Lyon le 7 mai 1933. ↩︎
- Créée en 1900 comme “bibliothèque populaire municipale” sous le mandat de Frédéric Faÿs. ↩︎
- Dans un rapport au nouveau maire en 1935, il évoque le montant de 58 000 francs annuels consacrés par le budget municipal à la bibliothèque, soit, d’après ses calculs, 0.72 franc par habitant, voir “Archives, bibliothèque, musée. Rapport à Monsieur le Maire de Villeurbanne”, non daté mais probablement rédigé à l’été 1935 d’après le contenu, AMV-Le Rize, 3R1. ↩︎
- Il donne ainsi à la municipalité villeurbannaise plusieurs milliers d’ouvrages et de notices constituées par lui au fil des décennies. ↩︎
- Copie de la lettre dactylographiée adressée par Henry Joly au maire Lazare Goujon en date du 19 janvier 1935 en 3R1. ↩︎
- Un article de la revue Les Services publics de 1936, contenu dans le dossier 3R2, souligne lui-aussi cette spécialisation villeurbannaise : “La bibliothèque municipale s’est spécialisée dans des œuvres de contenu social et de tendance d’extrême-gauche”, peut-on y lire. ↩︎
- Ainsi que le relève ce même article. ↩︎
- Conservée en 3R2. ↩︎
- Voir les différents rapports d’activité en 3R1. ↩︎
- Voir la lettre du 6 février 1934 envoyée par Louis Maynard aux entrepreneurs villeurbannais, AMV-Le Rize, 3R2. ↩︎
- Il raconte ainsi, dans un entretien, s’être lancé dans son vaste projet de Dictionnaires des Lyonnaiseries en 4 tomes, op. cit., par volonté de transmettre les diverses anecdotes qu’il avait recueillies au cours de sa vie à son petit-fils. ↩︎
- Des documents datant de 1937 et 1938 contenus dans le dossier 3R2 nous informent que Louis Maynard devient président de la société à la place de Lazare Goujon, probablement à la suite du changement d’équipe municipale en 1935. ↩︎
- Citation extraite de la brochure présentant le “Programme des conférences et réunions de musique commentée. 1er cycle, 1933-1934”, conservé dans le dossier 3R2. ↩︎
- Voir à ce propos : Taïbi, Nadia. « Marcel Martinet et la culture prolétarienne ». Sens-Dessous, no 1, 2006, p. 89‑93, https://doi.org/10.3917/sdes.000.0089.
↩︎
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Rédaction (12 juin 2026). Louis Maynard, un amateur au cœur de la politique culturelle villeurbannaise. Mémoires et Société. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16e43
