Ange Tomas ou la lutte contre l’oubli

IMG_7375Bras dessus, bras dessous, main dans la main, la tête droite, ils arpentent nonchalamment une avenue, en 1945. Indices : les socquettes blanches de la jeune femme, sa coiffure brune gonflée en arrière, la broche au creux du col chemise de sa robe foncée et le pantalon clair à pli du jeune homme. L’ambiance de liberté. Lui a les yeux rivés sur elle. On reconnait Marseille… La Canebière.

Posée au centre de la cheminée de la salle à manger de cette villa à flanc de colline de Méounes-les-Montrieux en Provence verte dans le Var, la petite photo en noir et blanc, jaunie par le temps, format poche, trône. On ne peut échapper à son attraction. Avant tout autre chose, et en particulier les livres. Continuer à lire « Ange Tomas ou la lutte contre l’oubli »

Janine Gast, libre quoiqu’il en coûte

janineJeune, tonique quoique fatiguée, hardie, Janine Gast me reçoit dans la pénombre de la grande salle à manger de son pavillon en bas de la Calade à Néoules. L’été bat son plein. Tout est fermé pour garder le frais. Au fur et à mesure que le personnage se dévoilera, la propriétaire des lieux, toujours en mouvement, prête à bondir, entrouvrira un volet, puis un autre, pour que j’y voie plus clair. Dans ses mots, sa vie, sa pièce. La fille des collines, en osmose avec la nature, gère sa relation avec les éléments, et en particulier la lumière, de façon instinctive, presque innée. La tenue confortable, les cheveux en bataille, symbolisent cette femme, sans cesse sur le pont, prête à dégager de chez elle sur l’instant et pour toujours. Rien de matériel ne la retient et ne l’a jamais retenue. Car Janine est libre. Continuer à lire « Janine Gast, libre quoiqu’il en coûte »

Janine Ducret : un sans faute

IMG_8966La maison dans laquelle Jeanne Lefebvre, dite à Méounes Janine Ducret, me reçoit est somptueuse. Moins par son faste que par son harmonie, l’atmosphère qu’elle dégage : le voyage, l’amplitude, le bon vivre. Une maison achetée à des voisins de sa cousine, située au centre de La Roquebrussanne. La salle à manger offre une vue sur un jardin resplendissant. Les autres pièces respirent. Tout y est grand, chaleureux, subtil, plaisant, envoutant, vif, vivant. Comme sa propriétaire. Une fois assise sur une simple chaise, elle va, de sa voix rauque et avec un mélange de retenue et d’humour, me narrer quelques pans de sa vie. Sylvie, sa fille, est préalablement venue me chercher à l’angle de la route qui va de Néoules à La Roquebrussanne. Janine n’a en effet pas souhaité me recevoir seule. Elle prétexte de sa perte latente de mémoire et donc du besoin d’une béquille mémorielle pour discourir sur son existence. Continuer à lire « Janine Ducret : un sans faute »

Germaine Juvenal, la sage patience

IMG_9025Menue, discrète, presque effacée, Germaine Juvenal m’attend sans bruit et sans lumière dans la pièce au rez-de-chaussée de sa maison, héritée de ses grands-parents paternels, en plein centre de Néoules. Avenue Jean-Jaurès. Cuisine, salle-à-manger, cette pièce, arrêtée dans le temps, par la couleur de ses murs, par l’âge de ses meubles et placards, semble attendre les invités. Seule marque de modernité : la télévision, pas trop grande, achetée fort récemment. On n’y voit plus « les petits points » comme avant, souligne sa propriétaire. Germaine aime l’épure. Et la compagnie. C’est évident. Continuer à lire « Germaine Juvenal, la sage patience »

Jeanne Feuillère, centenaire et drôle

IMG_9158Elle n’a qu’un regret : ne pas avoir été institutrice. Née le 19 septembre 1914, Jeanne Feuillère, née Esmenjaud, resplendit pourtant de mille éclats. Un double atout la fait briller : sa beauté et son humour. À cent ans passés, elle s’amuse à jongler avec ses souvenirs, triés à la volée, selon son bon plaisir, tout en affichant un profil impeccable. Visage étonnant de jeunesse, exhibant des yeux pétillants, une peau presque lisse et claire, une coiffure parfaite. Tenue du corps solide – elle monte toujours « assez allègrement » et quotidiennement les escaliers qui séparent son salon-salle à manger-cuisine de sa chambre, dans la maison de village qu’elle a acquise à Néoules en 1965. Robuste. Ses jambes la tiennent vaillamment, tout autant que son esprit, toujours prêt à dégainer une blague, histoire de rire de la vie. Continuer à lire « Jeanne Feuillère, centenaire et drôle »

Jeannette, haute figure de l’altruisme

IMG_9643Tout en volume, par les formes, par la voix, par la chevelure, par la force de sa présence, Jeanne Roubaud, dite « Jeannette », assume son autorité. Elle sait ce qu’elle veut, l’affirme, que cela plaise ou non. Cette volonté l’anime. Un moteur, une énergie, qui l’emportent. Démesurément. Son âme, trop sensible, lui joue des tours. Des baffes, elle en a prises, au sens propre comme au sens figuré. Sûrement. Alors quand elle arrive avec quelques minutes de retard chez Elise Guiol, elle donne le ton : hors de question de raconter sa vie. Elle n’est pas venue pour ça. Cela ne présente aucun intérêt. L’idée l’étouffe. « Trop chaotique ». Cette vie, la sienne, elle la veut tue. Continuer à lire « Jeannette, haute figure de l’altruisme »

Elise Guiol, une force tranquille

IMG_9645Au pied de l’aile Est du château, un son se distingue. Une télévision, sans nul doute. Un escalier extérieur mène à un appartement. La porte est ouverte. Une vieille dame, à l’intérieur, est absorbée par l’image. À ma vue, elle se lève, presque étonnée. Le rendez-vous est pourtant pris mais nous attendons « Jeannette ». Elise Guiol, la maîtresse des lieux, semble confuse. M’offre une chaise. Lentement et avec précaution, elle s’installe dans le fauteuil face au poste.
On décide d’attendre. Dans cette pièce un peu sombre qui fait office de salon/salle à manger/cuisine, nous échangeons nos premiers mots. Le sujet s’impose : sa santé. Continuer à lire « Elise Guiol, une force tranquille »

René Jacolot-Benestan : disputer le savoir

IMG_8672René Jacolot-Benestan est né à Sainte-Anastasie le 25 novembre 1930. Soixante-dix ans plus tard, jour pour jour, il retrace par écrit l’histoire du village dans un opuscule de trente pages, intitulé « Si Tasie m’était conté ». Histoire du village. De son village. La sienne. Le « m » a son importance. D’ailleurs, on peut y lire dès la deuxième phrase : « N’ayant rien d’un écrivain, j’ai écrit suivant ma pensée, sans fioritures, même peut-être sans ordre, mais en gardant un peu de cet esprit simple des gens qui n’ont pas d’histoire ». Continuer à lire « René Jacolot-Benestan : disputer le savoir »

La Nueve

« La Nueve » ou « la Neuvième Compagnie » fait partie de la Deuxième Division Blindée (2e DB) du Général Leclercq. Composée de républicains espagnols, dont de nombreux anarchistes, engagés dans les Forces Françaises Libres (FFL), elle combat aux côtés des Alliés jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Son fait d’armes le plus notable est sa participation à la libération de Paris. Continuer à lire « La Nueve »

Le rôle de Consul mexicain à Marseille 1940-1942

Gilberto Bosques Saldivar est Consul Général du Mexique à Paris lorsqu’éclate la Deuxième Guerre Mondiale. Après la défaite française de mai-juin 1940 et la division de la France en « zone occupée » et « zone libre », le Consulat du Mexique se replie à Marseille. Le Consul utilise la diplomatie pour venir en aide à tous ceux qui sont persécutés par les polices allemande, française et espagnole en France, en premier lieu les républicains espagnols. Il signe des milliers de visas salvateurs et affrète des bateaux pour le Mexique. Continuer à lire « Le rôle de Consul mexicain à Marseille 1940-1942 »

Le réseau Ponzan

Sur la quatrième de couverture du livre de Antonio Tellez Soula, on peut lire à propos de Francisco Ponzan : «  Il s’agit d’un personnage historique dont la vie a incarné l’activité des anarchistes contre le nazisme pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Il déploya deux tâches majeures, le service de renseignement et le sauvetage de résistants et de personnes persécutées ou pourchassées. Continuer à lire « Le réseau Ponzan »

Les camps d’internement des réfugiés espagnols en France

Après la chute de Barcelone, le 21 janvier 1939, et l’ouverture de la frontière par le gouvernement français, le 27 janvier, les historiens estiment « la Retirada », l’exode des populations en provenance de Catalogne, à 465 000 personnes concentrées pour l’essentiel du 28 janvier au 9 février. Face à un mouvement migratoire d’une telle ampleur, les autorités françaises n’ont rien prévu et se trouvent submergées. La France s’avère incapable d’accueillir de façon décente une pareille masse humaine de vaincus dans un profond état de dénuement matériel et de délabrement moral avec sur ses talons une armée fasciste qui ne fait pas de quartier. Continuer à lire « Les camps d’internement des réfugiés espagnols en France »

Le Camp des Amandiers et le Camp de Albatera

Après la chute de Barcelone le 26 janvier 1939 et la réduction de la Catalogne qui suit – le 10 février, les nationalistes l’occupaient en totalité – il devient évident que la guerre est perdue pour les républicains. Ils ne contrôlent plus que le sud-est de la péninsule. Madrid tombée, le 28 mars 1939, les républicains rendent les armes le 29. Les troupes franquistes poursuivent leur avancée vers les principaux ports du Levant espagnol où des milliers de personnes essaient désespérément d’être accueillies dans les rares bateaux qui réussissent à prendre la mer en trompant les sous-marins italiens au service de Franco. Continuer à lire « Le Camp des Amandiers et le Camp de Albatera »

Divisions et affrontements au sein du camp républicain

La coalition antifasciste mise en place au début de la guerre est de courte durée. Avec la poursuite des combats, on assiste à l’affaiblissement de la CNT – Confédération Nationale du Travail – face à la mainmise progressive du PCE – Parti Communiste Espagnol – sur la République. Cette prise en main donne lieu à des affrontements violents qui trouvent leur apogée à Barcelone. Continuer à lire « Divisions et affrontements au sein du camp républicain »

Les anarchistes espagnols et la Guerre Civile

Les sympathisants espagnols du mouvement anarchiste espagnol insistent souvent pour être appelés « communistes libertaires » ou « libertaires espagnols ». Ces dénominations ont l’avantage, tout en faisant oublier l’action violente de type terroriste que l’on associe souvent à « l’anarchisme », de mettre en avant la « Liberté » qu’ils chérissent. L’anarchiste rejette toute contrainte extérieure et se caractérise donc par un esprit de révolte contre toutes les formes d’autorité. Il se propose de mettre en pratique «le communisme libertaire» en construisant une société égalitaire de vie en commun sur la base d’une adhésion individuelle librement consentie. Continuer à lire « Les anarchistes espagnols et la Guerre Civile »