Octobre : au programme des Mardis

Mardi 7 octobre, nous nous interrogerons sur ce que la Grande Guerre a imprimé sur les conflits actuels. A l’occasion du Centenaire, nous naviguerons entre histoire politique et militaire, entre stratégie et sciences politiques.

Intervenants :

  • Olivier Chaline, professeur d’histoire à la Sorbonne
  • Dominique de Courcelles, ancienne élève de l’École nationale des Chartes, directrice de recherches au CNRS
  • Général Bruno Dary, officier général de l’armée de terre française, président du Comité de la Flamme

En collaboration avec l’Académie Catholique de France et la Mission du Centenaire

Réservations & informations 

Gratuit pour les moins de 26 ans.

 

Mardi 14 octobre, nous débattrons du sens de la reconnaissance dans l’entreprise. Est-ce un réel garant de productivité ? Si oui, faut-il la distribuer à tout prix, même quand elle n’est pas sincère ? Nos intervenants tâcheront d’aborder la question de manière aussi concrète que réfléchie, mettant à profit leurs expériences riches et diverses sur la question.

Intervenants :

  • Patrick Dumoulin, directeur général de l’institut Great Place to Work France
  • Yves Le Bihan, président de l’Institut Français du Leadership Positif (IFLP), directeur associé d’ANGEL Consulting, coach et conférencier
  • Hubert Mongonsénior, vice-président des ressources humaines France et Europe du sud de McDonald
En collaboration avec Entreprise et Progrès

Réservations & informations 

Gratuit pour les moins de 26 ans.

La morale dans les affaires : un vœu pieux ?

Dans quelle mesure les affaires peuvent-elles être morales?  La culture française voit d’un mauvais œil le profit, et l’éthique est souvent perçue comme un atour dont se parent les affaires pour mieux parvenir à leurs fins. A chaque crise, on montre du doigt la corruption et l’avidité des entreprises. Qu’en est-il ? Le monde des affaires est-il moral ? Et s’il ne l’est pas, comment  peut-il évoluer ?

Retour sur la table ronde du 30 septembre. 

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Le monde des affaires a ses propres codes normatifs qui ne sont pas nécessairement ceux de la morale. Pierre-Henri de Menthon, rédacteur en chef de Challenges qui animait le débat, a cité le philosophe André Comte-Sponville pour qui le capitalisme est amoral, non pas immoral. La dichotomie Bien/Mal échappe au monde des affaires qui est normé par l’efficience. Mandela avait reproché aux entreprises qui s’étaient retirées de l’Afrique du Sud pendant l’Apartheid d’avoir compromis l’avenir politique et économique du pays en appliquant des jugements moraux.

De même, le juge Jean-Baptiste Parlos a rappelé qu’un homme de droit ne dit pas ce qui est moral mais ce qui est légal. Le droit n’est pas la morale, même si elle le fonde. Il ne lutte pas contre la délinquance financière parce qu’elle est mauvaise, mais parce qu’elle est illégale. Cependant, il a souligné une évolution récente sur cette question. A la fin des années 1990 a émergé un consensus entre le monde des affaires et les acteurs publics quant à la necessité de règles pour protéger l’économie, notamment contre ses propres dérives. Ainsi, il admet que son office  consiste à juger l’illégalité et l’immoralité.

Le débat a également exploré l’impact de la dégradation du rapport entre l’humain et son travail sur la morale dans les affaires. Comment parler d’éthique des affaires quand des employés se suicident sur leur lieu de travail, devant leurs collègues ? Selon le Docteur Dejours, la transformation de l’organisation du travail et les exigences de productivité amènent parfois les employés à exécuter des consignes qu’ils réprouvent, s’enfermant dans une situation de souffrance éthique. Il s’est empressé de rappeler que le travail a aussi un potentiel constructeur formidable pour l’homme.

Penser la morale dans les affaires, c’est aussi penser le cadre d’un management moral. Tous s’accordaient à faire de la confiance le meilleur atout d’une entreprise en la matière. Pour l’Amiral Lajous, les chefs d’entreprise se doivent d’être exemplaires : « Quand la tête du poisson est pourri, tout est pourri. » Un management moral est un management bienveillant, qui récompense l’implication plutôt que la performance. Le Docteur Dejours décrit plutôt une confiance qui se construit par le bas, par l’application de tous de règles de travail communes. Les deux intervenants se rejoignaient sur la force fédératrice de la discipline. Pour Bruno Keller, un management moral est un management qui envisage sa responsabilité de manière globale et durable.

– L’équipe des Mardis. 

 

Retrouvez les Mardis des Bernardins, tous les mardis soirs à 20h au Grand Auditorium du Collège des Bernardins.

 

La morale dans les affaires : un vœu pieux? (30 septembre 2014)

Intervenants :

  • Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste, fondateur de la psychodynamique du travail
  • Bruno Keller, directeur général d’Eurazeo et des Chantiers du Cardinal
  • Amiral Olivier Lajous, ancien Directeur des Ressources Humaines de la Marine Nationale, consultant
  • Jean-Baptiste Parlos, premier vice-président du TGI de Paris

Animé par Pierre-Henri de Menthon, rédacteur en chef de Challenges

En partenariat avec les Entretiens de Valpré

Retrouvez la vidéo du débat sur le site du Collège

 

 

Charles Péguy, anticlérical et théologien

Pasteur Michel Leplay : « Péguy dérange tout le monde et n’arrange personne »

A l’occasion du centenaire de la mort de Charles Péguy, les Mardis des Bernardins ont accueilli un débat sur la vision que l’écrivain avait de l’Eglise et du christianisme. Auteur d’une pensée en palimpseste, faite de couches successives et complémentaires, Charles Péguy disait « nous ne renierons jamais un atome de notre passé ». Comment conciliait-il une foi riche et profonde avec son aversion pour le clergé ?

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Théologien? 

Nos invités ont d’abord interrogé l’opportunité de qualifier Péguy de théologien. En effet, comme l’a rappelé le Père Scholtus, bien que les plus grands théologiens l’aient qualifié comme tel, Péguy est avant tout un écrivain. Le Pasteur Leplay a abordé la question à travers l’étymologie du terme (theos/logos, soit la rencontre de Dieu et de la parole). Péguy n’a pas souhaité être celui qui parle de Dieu à la façon des théologiens systémiques. Par contre, il parle à Dieu à travers la prière notamment, dès l’enfance. Mais surtout, il est quelqu’un à qui Dieu parle, voire qui donne la parole à Dieu.

 

Anticléricalisme chrétien

Réconciliant les paradoxes, Péguy était également anticlérical, mais d’un anticléricalisme que l’on qualifie souvent de théologien, voire chrétien. Il s’est par exemple opposé aux radicaux qui refusaient aux religions leur place dans la Cité. Il accusait les clercs d’avoir commis la « grave faute mystique » d’ignorer la condition humaine. Ce faisant, ils méprisent ce pourquoi Dieu est venu au monde. En outre, Péguy n’éprouve pas le besoin de mettre des intermédiaires dans sa relation à Dieu. Il craint qu’une caste ne s’accapare la vérité. Ce regard critique sur une Eglise qu’il qualifie, non sans sarcasme, de bourgeoise ou de distinguée, lui vient sans doute de la « pauvreté décente » dans laquelle il avait grandi. Il regarde avec horreur un catholicisme devenu une religion de classe. Il revendique donc le statut d’excommunié, comme garantie de son indépendance intellectuelle et religieuse.

 

Une conversion au socialisme

Il faut souligner que la seule véritable conversion de Péguy est celle au socialisme : il prend conscience que la politique a pour plus haute mission de hisser les pauvres hors de la misère. Cette ferveur socialiste est portée à incandescence avec l’Affaire Dreyfus, que Péguy conçoit comme une épopée pour la justice et la vérité (« nous fûmes des héros »). C’est également à ce moment-là qu’il tisse des liens décisifs avec le judaïsme, notamment via son amitié avec Bernard Lazare. C’est le judaïsme qui lui permettra d’articuler le socialisme et le christianisme. Comme l’a résumé le Pasteur Leplay, « Péguy ne distingue pas les identités confessionnelles. Pour lui, ce qui est important, ce sont les gens qui ne trichent pas. » Il est un pionnier en matière de relations interreligieuses et a inspiré la fondation de l’Amitié Judéo-Chrétienne.

 

Péguy est récupéré par des personnalités issues de tous les horizons. En effet, dans sa production écrite foisonnante, la tentation est grande de choisir. Chacun y trouvera son compte : socialistes, patriotes, internationalistes, chrétiens dévots, laïcs, etc. Or, selon Claire Daudin, c’est une pensée qui est dénaturée si on la rétrécit. Péguy était lui-même très méfiant de l’instrumentalisation et de l’accaparement des idées. Dieu dit dans l’un de ses poèmes « Pour qui me prenez-vous ? Qui me faites-vous ? ».

L’équipe des Mardis

 

 

Charles Péguy, anticlérical et théologien (23 septembre 2014)

Intervenants :

  • Claire Daudin, ancienne élève de l’ENS, écrivaine, présidente de L’amitié Charles Péguy
  • Pasteur Michel Leplay, ancien directeur du journal Réforme, membre du Groupe des Dombes
  • P. Robert Scholtus, prêtre du diocèse de Metz, membre de L’amitié Charles Péguy, auteur d’une thèse sur la pensée de Péguy

 

Retrouvez les Mardis des Bernardins, tous les mardis soirs à 20h au Collège

La République a-t-elle oublié son école ?

C’est le premier budget de l’Etat et pourtant les faits sont là : l’institution est dans l’impasse. Quelles sont les causes de la dégradation du système scolaire en France et les voies de son amélioration? Retour sur la table ronde du 16 septembre 2014.

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Le débat public est envahi de notions telles que l’égalité des chances, la promotion sociale, les valeurs de la République. Tous brandissent ces étendards si bien que l’on a cessé de s’interroger sur leur sens. En introduction du débat, Bernard Hugonnier a souligné que les valeurs républicaines à l’école étaient fragilisées. Il a rappelé les propos de Vincent Peillon, ancien ministre de l’éducation : non seulement l’école ne réduit plus les inégalités, mais encore les perpétue et les aggrave.

Monique Aquilina et Bernard Hugonnier ont tous deux souhaité nuancer la situation : le tableau n’est pas complètement noir. Certains points permettent d’espérer ; mais c’est sur la question de l’équité que le bât blesse : comme l’a souligné le dernier rapport PISA, la France est la plus mauvaise de l’OCDE en la matière, car le milieu social influence le plus fortement les performances scolaires. Ce rapport a également montré que l’enseignement français est excessivement théorique et déductif.

Monique Aquilina a insisté sur le rôle central des enseignants. Actuellement infantilisés, ils renoncent à innover pour mieux adapter leur pédagogie à leurs élèves. C’est pourtant entre leurs mains que se trouvent les leviers les plus puissants pour l’amélioration du système. Or ils renoncent à exploiter la marge de manœuvre dont ils disposent. Ainsi, tous les moyens financiers ne suffiront pas à renouveler les méthodes qui échouent. Fernand Girard invite à repenser l’identité professionnelle des enseignants dont la qualité principale n’est pas tant la compétence disciplinaire que la méthode de transmission.

Fernand Girard déplore un système qui ne reconnait qu’une élite, celle issue des grandes écoles. Il faut ouvrir la notion d’excellence : il y a une élite des boulangers, comme il y a une élite des ingénieurs. Il propose de tout qualifier au lieu de sous-qualifier», pour stimuler l’innovation. C’est un défi majeur dont dépend l’avenir du système éducatif que de parvenir à remplacer la sélection par l’orientation.

Les intervenants ont exploré la difficile question de l’innovation dans l’éducation. Comme Monique Aquilina l’a rappelé, l’école est a priori une institution très conservatrice : sa mission est de perpétuer et de préserver un corpus de connaissances au sein de la société. Pour autant, il faut à présent tout changer pour que tout reste comme avant : si le système ne prend pas acte de ses défauts pour se renouveler, il court à sa perte. L’échec des élèves est l’échec du système. Or en s’abritant derrière une mauvaise interprétation du principe d’égalité républicaine, on se prive d’expérimenter. C’est notamment un enjeu capital que de parvenir à faire de la notation un instrument de progression plutôt que de sanction. Au lieu de placer le curseur au niveau d’une certaine élite minoritaire, il faut que les notes permettent à chaque élève de progresser dans la voie qui lui corresponde le mieux.

L’équipe des Mardis

 

La République a-t-elle oublié son école ? (16 septembre 2014)

Intervenants :

  • Monique Aquilina, directrice de la Cité scolaire Pasteur de Neuilly-sur-Seine
  • Fernand Girard, délégué général à l’Enseignement Catholique
  • Bernard Hugonnier, maître de conférences à Sciences Po, ancien directeur adjoint pour l’éducation à l’OCDE et co-responsable du séminaire École et République du Collège des Bernardins

 

Retrouvez les Mardis des Bernardins, tous les mardis soirs à 20h au Collège

 

Un carnet pour les Mardis

Le carnet des Mardis des Bernardins prolongera les thématiques engagées lors de ces tables rondes. Il s’agira, à partir des discussions des intervenants (universitaires, acteurs du monde social, politique, économique et religieux) de penser l’homme et sa place dans la cité.

Les thèmes abordés couvrent à la fois les questions d’entreprise, de société, de spiritualité ou d’art. Le carnet s’appuiera sur la réflexion des intervenants aux émissions pour étudier les transformations économiques, spirituelles et sociales de nos sociétés et dégager les motifs d’espérance ou les dangers auxquels les hommes sont confrontés.