Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Deux années dans les hasards du Fonds Ancien

Tom Morillon

Vitrine de l’exposition “Observer les étoiles : d’Aristote à Jules Vernes”, au Fonds Ancien.

Il y a deux ans, j’ai découvert l’existence du Fonds Ancien de l’Université Rennes 2. C’était à l’occasion d’une exposition préparée entre enseignant et étudiants, dont je faisais partie. Dans le cadre de ce projet, nous avons consulté de vieux ouvrages au Fonds Ancien, qui étaient destinés à être présentés au public. Cette brève expérience de médiation culturelle s’est révélée particulièrement enrichissante. Ma licence en poche, j’ai postulé pour y travailler à côté de mes études.

Découverte et expérience du Fonds Ancien


À raison de trois heures par semaine, je me suis retrouvé plongé au milieu de quelque 34 000 ouvrages imprimés, datant de la fin du XVe siècle jusqu’au XXe ; soit 1,3 kilomètre linéaire de documents, rassemblés pour leur valeur scientifique, historique, artistique ou culturelle. Bien qu’il soit ouvert aux personnes extérieures à l’université, le Fonds Ancien attire principalement un public de chercheurs, apprentis ou confirmés — mastérants, doctorants, enseignants, etc. Naturellement, ces livres ne sont consultables que sur place, et ma mission consistait à sensibiliser les visiteurs à la manipulation de ces livres précieux. En 2024, pas moins de 700 ouvrages y ont été consultés.


Courte histoire du Fonds Ancien


En 1905, avec la séparation de l’Église et de l’État, les bibliothèques des séminaires, des couvents, des abbayes et des monastères sont confisquées. L’Université de Rennes hérite également des bibliothèques des séminaires d’Angers, le maire de l’époque ayant refusé que les collections soient intégrées à la bibliothèque de la ville. En 1971, le fonds est divisé entre Rennes 1 et Rennes 2, selon les disciplines exercées par les deux campus. Au cours du XXe siècle et aujourd’hui encore, le fonds de Rennes 2 continue de s’enrichir avec de nouvelles acquisitions. Pour en savoir plus.


Beaucoup de moyens sont mis en jeu pour garantir la conservation des ouvrages. Avec la seconde monitrice, nous étions notamment chargés de dépoussiérer les livres avec minutie. Un par un, page après page… La tâche peut sembler fastidieuse (elle l’est !), mais elle m’a offert une opportunité rare : m’initier concrètement aux enjeux de la conservation. Surtout, page après page, j’ai découvert que le fonds offrait une diversité insoupçonnée de sujets et de cultures.

Valoriser le patrimoine écrit : question de visibilité et un peu de hasards

Pour des raisons de conservation, le Fonds est « caché » derrière la BU Centrale, au rez-de-jardin ; peu de chances que vous passiez devant par hasard… Pour lutter contre ce manque de visibilité, la BU organise chaque année au moins une grande exposition de livres anciens sur un thème clef. Cette année c’est Pompéi et la Scandinavie qui ont été mis à l’honneur grâce à l’étroite collaboration des enseignants, des chercheurs et des étudiants.


Le fonds se montre également sur d’autres actions culturelles, comme les rencontres « Autour du Livre », et invite régulièrement le public à venir découvrir ces trésors lors d’ateliers découverte préparés tous les mois… autant d’initiatives pensées pour faire vivre les collections patrimoniales et les rendre accessibles à un public non spécialiste.


🔗 Le montage de l’exposition “Sérénité Scandinave”

J’ai particulièrement apprécié la liberté laissée aux étudiants et aux moniteurs de s’approprier les collections et de participer aux actions culturelles. J’ai pu découvrir tout le processus derrière la production d’une exposition et eu l’opportunité d’en organiser personnellement, de A à Z. Aussi, on nous a fait confiance pour réaliser plusieurs posts sur le compte Instagram de la BU. Je choisissais un sujet, je remplissais mon chariot d’une vingtaine d’ouvrages repérés dans le catalogue… puis je partais en quête de la perle rare. Pour la dénicher, je triais les livres selon leur impact visuel, leur intérêt pédagogique, ce qu’ils racontaient du Fonds en lui-même — et, il faut bien l’admettre, en fonction de mes goûts personnels.

Mes découvertes et mes publications étaient parfois le fruit du hasard. Il faut reconnaître que la richesse du Fonds donne souvent le vertige… sur deux ans, j’ai entretenu et dépoussiéré dix mètres linéaires d’ouvrage, soit environ 0,7 % de la réserve ! Alors quand l’immensité du travail nous rattrape, on se met à flâner entre ces kilomètres de livre, se laissant porter par la curiosité. On pioche ici et là en espérant tomber sur un trésor caché. Le hasard était aussi dans les petites « trouvailles » que l’on repère, perdues entre deux pages. Parfois c’était des notes manuscrites, des taches de cire ou des mouches écrasées depuis plusieurs siècles… Et puis d’autres fois c’était des fleurs séchées ou les gribouillages d’un enfant. Ces marques sont précieuses, car elles nous renseignent sur l’histoire du livre en plus de le rendre plus vivant !


Les publications sur Instagram sont un excellent moyen de faire vivre le Fonds Ancien tout en préservant les ouvrages. Cependant, même en ligne, la question de la visibilité reste un défi car les posts Instagram dépendent de la communication de la BU. Créer un compte Instagram dédié au fonds pourrait être une perspective intéressante, mais cela soulève aussi de nouvelles problématiques : redéfinir un public, la nécessité de former les moniteurs, trouver une identité propre, etc.

Quoi qu’il en soit, mon contrat touche à sa fin, mais le Fonds Ancien, lui, cache encore bien des trésors. Ces deux années passées au cœur de ces collections m’ont permis d’acquérir un autre regard sur l’histoire et la transmission des savoirs. Je tiens à adresser des remerciements tout particuliers à Caroline Chevallier, la responsable du Fonds Ancien, dont le soutien et la confiance m’ont permis de m’impliquer pleinement dans cette aventure. Je suis convaincu que, à l’avenir, l’implication des étudiants restera l’une des meilleures solutions pour la valorisation, que ce soit en ligne ou non.

Le Fonds Ancien, à n’en pas douter, a encore devant lui de belles pages à dépoussiérer et à écrire !


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
tommorillon (29 avril 2025). Deux années dans les hasards du Fonds Ancien. Carnet des masters d'histoire de Rennes 2. Consulté le 21 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14euf


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.