A quoi bon faire de la recherche en histoire ? Après tout, on sait déjà tout, non ? Pour nombre de non-initiés, la recherche historique, tant dans ses enjeux que dans sa méthode, reste très floue. A quoi ressemble réellement le quotidien d’un chercheur ? Et pour quoi faire ? C’est à cela que ce billet tente de répondre.
Les photographies font parties des nombreuses sources disponibles pour les historiens. Comme tous les documents iconographiques, on déplore souvent leur utilisation superficielle comme de simples illustrations. Les photographies, peut-être par leur proximité dans le temps avec nous, font ainsi rarement l’objet d’analyse au cœur des recherches historiques, en dehors des travaux spécifiques à l’histoire de la photographie. Pourtant, tout comme les peintures, les enluminures, le dessin de presse ou encore les cartes, les photographies méritent d’être considérées comme une source à analyser, tout autant que les contextes historiques ou les évènements qu’elles permettent de mettre en image. Elles peuvent apporter à toutes les recherches, en plus d’être un sujet en soi.
L’université peut pour certains étudiants être synonyme de liberté et de réel basculement dans la vie d’adulte. Pour d’autres, cela peut s’apparenter à un vrai saut dans le vide où l’on craint de se perdre. Mais dans la majorité des cas, ce grand saut se fait dès la fin du lycée. Mais qu’en est-il pour les étudiants qui font une entrée tardive à l’université ? Ce billet est destiné aux personnes qui, comme moi, se destinent à intégrer la fac qu’à partir de la licence 3 ou du master et qui ont peur de se retrouver démunis ou en retard par rapport aux autres. Spoiler alert : pas de panique on s’en sort très bien !
De haut en bas: Logo officiel crée par Herb Lubalin utilisé jusqu’en 1985 (source: commons.wikimedia) ; le cinéastre Ken Burns lors de la cérémonie de gala pour le premier priw Lavine/Ken Burns, le 17 octobre 2019 (source: Flickr) ; logo officiel utilisé depuis 2019 (source: wikimedia)
Lorsque l’on s’attaque à la constitution d’un corpus visuel tout semble simple au premier abord. Étudier ce médium pour un mémoire équivaut à choisir une seule chaîne (PBS), un type de programmation (le documentaire), et développer une grille de critères sur une même thématique (environnement). Pourtant, j’ai dû faire face à l’absence de bibliographie et à des sources difficilement accessibles qui m’ont conduite à repenser mon sujet.
Si les études en sciences sociales mobilisent de plus en plus le médium visuel pour leur argumentaire, il y occupe une place particulière, voire marginale. En effet, le documentaire, notamment le documentaire environnemental qui concerne directement mon sujet, constitue un pan hétérogène de la recherche en histoire, et demeure pour le plus qualitatif. En histoire, cet emploi du documentaire est marginalisé et peu répandu dans l’espace européen. De ce fait, il est logique de supposer qu’en France cet accès limité aux sources freine rapidement les (apprentis) chercheurs, d’où le nombre très limité de mémoires et de thèses sur un sujet pourtant en vogue dans l’espace anglophone, en témoignent les nombreux articles ou podcasts à propos des documentaires environnementaux de Ken Burns, ici, ici ou là.
Néanmoins, certaines bases de données sont une réelle mine d’or pour les chercheurs… à condition que votre institution souscrive à l’abonnement annuel. Si vous êtes affilié·e à Rennes 2, et que vous tombez sur de super articles consultables sur SAGE, Taylor & Francis Online ou Proquest, passez votre chemin ou payez quelques dizaines d’euros pour chaque article (allez-y tout de même, vous serez parfois surpris de pouvoir télécharger de courts articles en PDF). JSTOR reste une très bonne alternative. American Archives aussi. Ainsi, la question de l’accès aux sources bibliographiques pose des défis méthodologiques bien réels.
De haut en bas: Logo officiel crée par Herb Lubalin utilisé jusqu’en 1985 (source: commons.wikimedia) ; le cinéastre Ken Burns lors de la cérémonie de gala pour le premier priw Lavine/Ken Burns, le 17 octobre 2019 (source: Flickr) ; logo officiel utilisé depuis 2019 (source: wikimedia)
Lorsque l’on s’attaque à la constitution d’un corpus visuel tout semble simple au premier abord. Étudier ce médium pour un mémoire équivaut à choisir une seule chaîne (PBS), un type de programmation (le documentaire), et développer une grille de critères sur une même thématique (environnement). Pourtant, j’ai dû faire face à l’absence de bibliographie et à des sources difficilement accessibles qui m’ont conduite à repenser mon sujet.
Si les études en sciences sociales mobilisent de plus en plus le médium visuel pour leur argumentaire, il y occupe une place particulière, voire marginale. En effet, le documentaire, notamment le documentaire environnemental qui concerne directement mon sujet, constitue un pan hétérogène de la recherche en histoire, et demeure pour le plus qualitatif. En histoire, cet emploi du documentaire est marginalisé et peu répandu dans l’espace européen. De ce fait, il est logique de supposer qu’en France cet accès limité aux sources freine rapidement les (apprentis) chercheurs, d’où le nombre très limité de mémoires et de thèses sur un sujet pourtant en vogue dans l’espace anglophone, en témoignent les nombreux articles ou podcasts à propos des documentaires environnementaux de Ken Burns, ici, ici ou là.
Néanmoins, certaines bases de données sont une réelle mine d’or pour les chercheurs… à condition que votre institution souscrive à l’abonnement annuel. Si vous êtes affilié·e à Rennes 2, et que vous tombez sur de super articles consultables sur SAGE, Taylor & Francis Online ou Proquest, passez votre chemin ou payez quelques dizaines d’euros pour chaque article (allez-y tout de même, vous serez parfois surpris de pouvoir télécharger de courts articles en PDF). JSTOR reste une très bonne alternative. American Archives aussi. Ainsi, la question de l’accès aux sources bibliographiques pose des défis méthodologiques bien réels.
Situé sur la rive droite du Tarn, à quelques kilomètres de Millau, le bourg de Compeyre occupe une position stratégique, entre les gorges du Tarn et à la charnière entre le Lévézou et les Causses méridionaux. Son histoire médiévale, longtemps restée dans l’ombre des grands centres urbains du Rouergue1, révèle pourtant un espace complexe, tant sur le plan topographique que politique. Entre les XIVe et XVe siècles, Compeyre s’affirme comme un exemple révélateur des dynamiques qui traversent le Midi médiéval : recomposition des cadres ecclésiastiques, fragmentation des pouvoirs seigneuriaux, et affirmation des communautés urbaines. L’étude de cette période permet de comprendre comment une paroisse rurale, centrée autour de Compeyre et de l’abbaye de Lumenson, s’est progressivement transformée en une seigneurie plurielle dotée d’institutions propres. La documentation, riche, offre une diversité de sources : actes notariés, cartulaire ecclésiastique, textes fiscaux et archives nobiliaires permettent de croiser les perspectives religieuses, politiques et territoriales. Ces archives éclairent la manière dont Compeyre s’insère dans des couches d’autorités multiples (diocésaines, seigneuriales et royales) et comment s’y expriment les rapports entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel.
Nous pouvons ainsi nous interroger sur la manière dont l’espace autour de Compeyre s’est organisé au bas Moyen Âge sous l’effet des contraintes naturelles, des cadres seigneuriaux et des structures paroissiales. Plus précisément, il s’agit de comprendre comment ces différents facteurs ont interagi pour façonner la répartition du peuplement, l’usage des sols et la structuration du territoire dans un contexte de fortes imbrications institutionnelles. L’objectif de cette étude est d’une part, de restituer les contours institutionnels et religieux d’un territoire rural dans le sud de la France, et, d’autre part, d’essayer d’en comprendre et restituer l’organisation spatiale. Par une approche croisée des sources ecclésiastiques et laïques, l’article vise à éclairer les interactions entre structures paroissiales, hiérarchies seigneuriales et dynamiques communautaires.
Ainsi, cet article repose sur l’idée que la spécificité de Compeyre tient à la superposition durable de ces trois niveaux de pouvoir : paroissial, seigneurial et communal. Cette triple appartenance produit un équilibre original, marqué par une forte autonomie locale et par une gestion partagée du territoire qu’il semble intéressant d’explorer. De plus, loin d’être un simple bourg subordonné à Millau, ni grande ville ni simple village, Compeyre se distingue comme un bourg moyen du Rouergue dont la complexité territoriale reflète les tensions et mutations politiques du bas Moyen Âge.
Lorsque l’on me demande d’expliquer, à un public non initié, mon sujet de recherche, je commence généralement par son aspect comique. J’étudie le projet d’éducation populaire de Paolo Mantegazza dans l’Italie postunitaire et son implication dans la formation d’un idéal national basé sur des principes hygiénistes. Les sources manuscrites sur lesquelles je m’appuie et, en général, toutes les sources où Paolo Mantegazza peut parler de lui-même ne manquent pas de cet aspect comique. Il enchaîne les longues tirades, les postures dramatiques et pratique déjà un certain art de la punchline. Lorsqu’une élection lui déplaît il s’agit d’une « Jacquerie d’analphabètes » et chaque jour, sans exception, on peut suivre dans son journal intime le détail de sa vie sexuelle.
« La science avant tout ! Il y a des occasions où tous sentent un besoin insupportable de devenir des savants : c’est généralement, lorsque la science est un peu cochonne. » Luciano Zùccoli à propos de l’engouement pour Gli amori degli uomini de Paolo Mantegazza, en Europe : « Lettres italiennes », Mercure de France, n°98, février 1898, p.647-654.
Rire de ses sources permet deux choses lorsque l’on tente de vulgariser son travail : tenter d’intéresser en sortant l’histoire de son image austère, et, dans le cas d’une étude biographique comme la mienne, mettre une distance avec l’homme au centre de la recherche.
Lorsque vous déambulez en ville, il n’est pas rare de croiser un certain volatile : le pigeon, et plus spécifiquement le pigeon biset. Très présents dans les grandes agglomérations, les pigeons vivent aux côtés des humains. Cette proximité n’est pas nouvelle, la domestication de l’oiseau pour en faire un messager remonte à plusieurs millénaires. Les exemples sont nombreux : la domestication des pigeons est mentionnée dans les tablettes cunéiformes mésopotamiennes d’il y a plus de 5 000 ans, les Grecs annonçaient les résultats des Jeux olympiques durant l’Antiquité avec des pigeons, et Pline l’Ancien écrit dans son Histoire naturelle au sujet du lien étroit entre l’homme et ces oiseaux1 :
Ils ont servi de messagers dans des affaires importantes : Décimus Brutus, assiégé dans Modène, fit parvenir dans le camp des consuls des lettres attachées aux pattes de ces oiseaux. A quoi servirent à Antoine ses retranchements, la vigilance de l’armée assiégeante, et même les filets tendus dans le fleuve, puisque le courrier traversait les airs? Beaucoup de gens ont une passion pour les pigeons; ils leur bâtissent des tours au-dessus des toits, ils racontent la généalogie et la noblesse de chaque individu. Au reste, l’exemple de cette passion est déjà ancien : L. Axius, chevalier romain, avant la guerre civile de Pompée, vendit ses pigeons quatre cents deniers (338 fr.) la paire; c’est ce que rapporte M. Varron (De re rust, III, 7). Des contrées même sont renommées pour ces oiseaux: les plus gros passent pour venir de Campanie.
Cette proximité avec les humains peut être plus récemment justifiée par la pratique de la colombophilie militaire, c’est-à-dire l’élevage et le dressage de pigeons voyageurs à des fins militaires. Eh oui ! si les pigeons sont souvent traités d’espèce invasive ou de « rats du ciel », il est à rappeler que ce sont des animaux qui ont rayonné en qualité de messagers durant les grandes guerres du XXe siècle. L’objectif de ce billet est donc de retracer le lien des pigeons avec l’art militaire, de voir quels sont les documents qui permettraient de faire leur histoire durant les deux guerres mondiales, et de se poser la question suivante : est-ce qu’aujourd’hui le souvenir de leur service est vraiment enterré dans le passé ?
Date de sortie : 2016 (France), 2017 (Belgique) Durée : 1 h 40 min Genre : Drame De : Stéphanie Pillonca Par : Stéphanie Pillonca, Gustave Kervern Avec : Déborah François, Benjamin Biolay, Jonathan Zaccaï
• Synopsis
« En 1800, la Bretagne est à genoux, accablée par le régime en place et par le clergé omnipotent. Elle se meurt dans un marasme économique qui n’en finit pas et au milieu de cela, une fillette en souffrance pousse, tant bien que mal. Cette fillette c’est « Fleur de Tonnerre », une enfant isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Elle en deviendra la plus grande « serial killer » que la terre ait jamais porté et sèmera la mort, peut être juste pour être regardée et aimée. »
• Réflexion générale autour de la fiction historique et de son utilité dans mon travail de recherche
S’il arrive qu’elle fasse grincer des dents les universitaires et les passionnés d’histoire, à l’exemple du Napoléon (2023) de Ridley Scott, au point d’être considérée comme un péché capital, la fiction historique a toutefois ses mérites. Depuis quelques décennies déjà, elle est considérée comme une source d’étude à part entière, et certaines universités proposent d’ores et déjà des séminaires dédiés à la question du rapport entre le cinéma et l’histoire.
La Compillation des cronicques et ystoires des Bretons datant de 1480, écrite par Pierre Le Baud, est une des chroniques retraçant l’histoire de la Bretagne des origines, jusqu’au présent. Pierre Le Baud est un historien, compilateur et peut-être historiographe, il serait né en Mayenne, c’est aussi un ecclésiastique. L’objectif est politique, le XVe siècle est le commencement des revendications nationales des ducs bretons. Il y a une volonté de se créer une histoire radieuse comme le royaume de France. Les recherches sur cette chronique portent principalement sur l’aristocratie, partie de la population très présente dans la chronique. Pierre Le Baud a écrit cette chronique pour Jean de Derval, un grand aristocrate breton, grand collectionneur de livres. Il fait aussi partie de la famille de Jean de Derval, il est donc l’auteur privilégié pour cette chronique. La duchesse Anne de Bretagne a aussi commandité des œuvres à Pierre Le Baud, il était aussi proche de l’entourage ducal.
Il est des lieux que l’on n’aborde jamais tout à fait en touriste ordinaire. Terezín, ancien ghetto et camp de transit mis en place par les nazis au sein du protectorat de Bohême-Moravie (aujourd’hui République tchèque), en fait partie. Avant même d’y mettre les pieds, je savais que je n’y allais pas pour « visiter », mais pour essayer de comprendre, de tenter, à mon échelle, de saisir ce que ce lieu continue de signifier aujourd’hui.
Mais une fois sur place, cette démarche, aussi sincère soit-elle, a été mise à l’épreuve par la réalité du site : les billets d’entrée, les parcours fléchés, les panneaux explicatifs standardisés… Je me suis alors trouvée dans une posture ambivalente, à la fois en quête de compréhension mais en même temps réduite à mon rôle de visiteuse, un décalage qui m’a troublée.
The Legend of Zelda existe depuis presque quarante ans et attire de nombreux joueurs à travers le monde. Dans le premier opus de la série, on incarne Link, qui doit sauver la Triforce, une relique sacrée dotée d’un grand pouvoir et la princesse Zelda, même si cette dernière a un rôle actif. Elle sépare la Triforce pour éviter que l’antagoniste, Ganon, s’en empare. Cette licence phare de l’entreprise japonaise Nintendo créée par Shigeru Miyamoto et Takashi Tezuka était initialement inspirée d’un Moyen Âge occidental fantasmé. Les créateurs sont japonais et n’ont pas forcément la même vision du Moyen Âge occidental que les occidentaux, ce qui est intéressant à analyser. Le médiévalisme est très important dans ces jeux, on le retrouve dans de nombreux éléments, les personnages (chevalier, princesse), les lieux (château fortifié)… Le médiévalisme est le fait d’interpréter l’époque médiévale avec notre vision actuelle, dans les livres, films et ici, jeux vidéo. Ce concept est rendu populaire par John Ruskin au XIXe siècle. Depuis plusieurs années, les producteurs du jeu s’intéressent davantage à l’orient médiéval (voire des périodes plus anciennes) et l’incorporent dans leurs jeux. Cet article évoque certaines inspirations historiques que l’on peut retrouver dans The Legend of Zelda. Certaines sont évoquées par les développeurs.
Vitrine de l’exposition “Observer les étoiles : d’Aristote à Jules Vernes”, au Fonds Ancien.
Il y a deux ans, j’ai découvert l’existence du Fonds Ancien de l’Université Rennes 2. C’était à l’occasion d’une exposition préparée entre enseignant et étudiants, dont je faisais partie. Dans le cadre de ce projet, nous avons consulté de vieux ouvrages au Fonds Ancien, qui étaient destinés à être présentés au public. Cette brève expérience de médiation culturelle s’est révélée particulièrement enrichissante. Ma licence en poche, j’ai postulé pour y travailler à côté de mes études.
Découverte et expérience du Fonds Ancien
À raison de trois heures par semaine, je me suis retrouvé plongé au milieu de quelque 34 000 ouvrages imprimés, datant de la fin du XVe siècle jusqu’au XXe ; soit 1,3 kilomètre linéaire de documents, rassemblés pour leur valeur scientifique, historique, artistique ou culturelle. Bien qu’il soit ouvert aux personnes extérieures à l’université, le Fonds Ancien attire principalement un public de chercheurs, apprentis ou confirmés — mastérants, doctorants, enseignants, etc. Naturellement, ces livres ne sont consultables que sur place, et ma mission consistait à sensibiliser les visiteurs à la manipulation de ces livres précieux. En 2024, pas moins de 700 ouvrages y ont été consultés.
L’affaire du prophète d’Avignon, une prophétie politique
En 1378, le Grand Schisme fut perçu comme un présage apocalyptique par de nombreux contemporains. Plus encore, il semblait donner raison à une prophétie formulée près de trente ans plus tôt. Depuis sa cellule à Avignon, où il était détenu pour suspicion d’hérésie, Jean de Roquetaillade avait annoncé cette crise majeure.
Détail d’une miniature de saint Jean, debout devant le faux prophète, le dragon et la bête (England, BL Royal 15 D II The Welles Apocalypse, 1310)
L’affaire du prophète d’Avignon, une prophétie politique
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