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Ohabolana malagasy 1

Le proverbe :
Ny hevitra dia toy ny ketsa, raha lava loatra maningo-tena ; ary raha fohy loatra afatotry ny sasany.
« Les idées sont comme les jeunes plants de riz, trop longs ils s’enchevêtrent ; et s‘ils sont trop courts, ils sont attachés par d’autres. »,
connaît une autre forme :
Ny saina toy ny havitra : koa raha tsotra loatra, tsy mitondra ; ary raha melo-doatra, mipaoka izay tsy hopaohina.
« L’esprit est comme une broche : lorsqu’il est trop simple, il n’attrape rien ; et lorsqu’il est trop recourbé, il rafle ce qui ne devrait pas être emporté. »
Ces deux versions expriment une conception fondamentale de la philosophie et de la pensée malgache : la juste mesure. Est ici valorisée l’idée qu’il est préférable d’éviter les extrêmes aussi bien dans les actes que dans les paroles, qu’une humeur juste et égale favorise des relations apaisées.
Cette conception est également véhiculée par les contes, les kabary ou tout autre production littéraire orale malgache.
C’est le cas par exemple du conte Ikotobekibo sy Faramalemy.
Ainsi, l’abandon de Ikotobekibo et Faramalemy par leurs parents se justifie-t-il par le comportement des deux enfants : Faramalemy, infirme ne participe à aucune tâche ménagère tandis que son frère Kotobekibo mange tant, qu’il ne reste plus un grain de riz à la maison. Leurs attitudes, trop « extrêmes » justifient le fait que leurs parents les abandonnent les laissant ainsi face à des défis dangereux qui leur permettront néanmoins de transcender leurs faiblesses pour devenir à leur tour des adultes responsables et mesurés.

Le poète Zakarandahy

TAKELA-PITIA, PAGES D’AMOUR : COMMÉMORATION DU CENTENAIRE DE ZAKARANDAHY
Madagascar certes est une île hors des circuits communs, mais c’est une terre de rencontres, une terre d’accueil. L’Île Rouge, baignée dans la latérite, a vu depuis plusieurs siècles nombre d’arrivants foulant son sol, apportant leur propre culture, construisant avec le temps le Malgache contemporain. S’il est un poète qui a sillonné la Grande Ile et a retranscrit dans ses œuvres l’expression des hommes et des femmes, la vie des villages, la sensibilité des artistes, l’amour filial, les richesses et les terres dérobées, déjà de son vivant, etc., c’est bien Samuel Rajaobelison dont Zakarandahy (1915-1994) est le nom de plume.
Takela-pitia, pages d’amour : commémoration du centenaire de Zakarandahy

par le CROIMA-ASIEs en partenariat avec l’HAVATSA-UPEM section France
Le samedi 13 Février 2016 à partir de 10:00
Inalco, Amphi 1, 65 rue des grands moulins 75013 Paris

Ampasakambana

Poème recueilli en 2003 à Ampasakambana, tout petit village situé dans la région betsileo de Madagascar.
RaMano l’a composé quelques années auparavant, et le déclame ici devant plusieurs villageois rassemblés.
RaMano est né vers 1930. Il a passé l’ensemble de sa vie dans son village et a écrit ce poème pour rendre hommage à ce dernier.
L’enfance de RaMano s’est déroulée durant la colonisation française. Le français a été la langue de ses années de scolarisation.
Bien que composée en langue malgache, ce poème témoigne de l’influence de la versification française.
Alors que l’isométrie de la poésie traditionnelle malgache porte sur les accents présents dans chacun des vers, celle de ce poème concerne le nombre de syllabes et les assonances et respecte en cela les principes de la poésie rimée française.

Ampasakambaña
Ampasakambaña tsy mba hadino
Atao tononkira ho tsara tadidy
Ambarako anao ko indro banjino
Atoavy ao an-tsaina satria sarobidy
Tanàna marevaka sady bikaina
Tarafin’ny tanamasoandro maraina
Tsy dia mahagaga raha maha-tamàna
Tsy hay hadinona fa mamin’ny saina
Oadray ka haren’ny mponin-drehetra
Omby mahery sy tena malaza
Otronin’ny ondry sy ny vorona etsetra
Odrey falifaly hatramin’ny zaza
Miasa ny mponina ao fa mpamboly
Mangahazo vomanga ary vary
Mihevo mamadika ny tanimboly
miezaka mafy mandresy mosary
Raha ny bikan’ny tanànantsika
Tadidiko tara io ts’isy mipika
Ary ny làlana miditra koa
Dia lany tsianjery avokoa.

Universalité … Originalité

En dehors des textes traditionnellement décrits comme appartenant à la littérature africaine, tels que les devinettes, les proverbes, les contes, les épopées, les chants, les poèmes, etc. « chaque culture, portée par une langue spécifique, donne lieu à des dizaines de genres originaux qui lui sont propres et qui reçoivent un nom dans cette langue. » (Baumgardt, U., Derive, J. : 7).
A Madagascar, outre des angano (contes), des ohabolana (proverbes) ou des hira (chants), existent aussi notamment des kabary (discours rituels), des hain-teny (joutes poétiques), etc.
Les différentes régions malgaches sont par ailleurs riches de genres spécifiques. Ainsi en est-il des kalambalala, jeux de mots de la région betsileo (région centrale des Hauts plateaux malgaches) à propos desquels L.X.M. Andrianarahinjaka écrit ceci « le kalambalala se colore d’un optimisme foncier qui fait voir le monde, avec ses contradictions, d’un regard neuf à mi-chemin entre l’ironie et une admiration émue (Le système littéraire betsileo, Fianarantsoa : Ambozontany, 1986, 284).

Be fododoko mangala-komana ka lake akore fahay hota-himoke ny fotobazagna tsa mba hihetseka.
Ny nahabe loha ny vorondolo : nitsioka antsiva faha-ratsy tane.
Ny naha-fisa-doha ny takatse : narare tsa nisy mpamadike.
Ny naha-lagny ny gàgà : kilonga tsa mba nete hoandro.
Ny naha-kely vaniana ny farake : nanjera hazolahy faha-niady.
Ny naha-lava vozogna ny dangoro : nitsinjo fahavalo tagnan-tete.

(Rainihifina, 1961, Lovantsaina III – Fitenenana betsileo, Fianarantsoa : Impr. Catholique, p.211)
En voilà un qui a une grosseur sous les oreilles et qui vole à manger, même si il pense grignoter discrètement, sa mâchoire continue de bouger.
Si le hibou a une grosse tête c’est parce qu’il a beaucoup soufflé dans une conque pendant la guerre.
Si l’ombrette a une tête plate c’est parce que personne ne l’a retournée quand elle était malade.
Si le corbeau sent le poisson c’est parce qu’il ne voulait pas se baigner quand il était enfant.
Si la guêpe maçonne a la taille fine c’est parce qu’elle a battu du tambour au temps des combats.
Si le héron a un long cou c’est parce qu’il a trop guetté l’ennemi sur la colline.
(Ouvrard, L., 2015, Les oiseaux dans la littérature malgache, Paris : Komedit, pp.66-67)

Une littérature orale bien vivante

… Cela tient à la conjugaison de différents facteurs, parmi lesquels la tradition séculaire de la transmission du patrimoine culturel par l’oral, la façon de penser, les moyens réduits dont dispose la littérature écrite ou l’accession tardive à l’écriture.
A Madagascar, la transmission du patrimoine culturel s’est réalisée depuis des siècles sur le mode de l’oralité. Elle a installé un mode de pensée fondé sur la communication directe, la convivialité, etc.
Ainsi, « se rendre visite et s’informer mutuellement par exemple s’avère être une activité beaucoup plus attrayante que celle de la lecture qui est un acte nécessairement solitaire. » (Nirhy-Lanto, R. & Rajaonarimanana, N., « Panorama de la littérature malgache – Etat des lieux et perspectives » in Baumgardt, U., Bounfour, A. (éd.), Panorama des littératures africaines – Etat des lieux et perspectives, Paris : L’Harmattan, 2013 : 179). Les Malgaches se reconnaissent dès lors davantage dans un mode de transmission orale que dans la transmission écrite, ce mode de transmission faisant écho à leur façon de penser, d’envisager, de percevoir.
De plus, la diffusion écrite de textes littéraires ne dispose pas de moyens lui permettant d’être accessible au plus grand nombre.
Même si les textes les plus anciens écrits en malgache et découverts à ce jour datent du 16ème siècle, leur diffusion était restée extrêmement confidentielle. Ce n’est qu’au 19ème siècle, avec l’ouverture des premières écoles, la normalisation de l’orthographe et l’introduction de l’imprimerie notamment, que l’accès à l’écriture prend un véritable essor.

Littérature écrite … Littérature orale

Littérature orale « authentique », littérature écrite « recherchée », littérature écrite « préservée », littérature orale « en danger »… Nos représentations « occidentales » sur la littérature, forgées par l’éducation, la société, nous conduisent parfois à hiérarchiser voire à opposer ces deux modes de transmission du patrimoine culturel.

Pourtant, oral et écrit sont intimement liés. La parole est leur origine commune :
« Qu’est-ce que la littérature, sinon de la parole couchée sur le papier ? Qu’elle ait été d’abord déclamée avant d’être recueillie ou qu’elle ait éclos dans le secret de la pensée avant d’être consignée, la parole n’est-elle pas de toute façon mère de l’écrit ? » (Hampâté Bâ, A, Littérature malienne, Au carrefour de l’oral et de l’écrit, Paris : Notre Librairie, n°75-76, septembre-octobre 1984 : 7).

Dans la société africaine en général et dans la société malgache en particulier, l’oral et l’écrit coexistent : la littérature orale est restée vivante tout en ménageant sa place à l’écrit.

Comme l’explique Derive J. « l’Afrique moderne (…) se sert couramment de l’écriture (…) a une importante littérature écrite, en langues européennes comme en langues africaines (…), la permanence d’une culture orale étant, toujours selon ce même auteur, la preuve d’une « résistance » à « un impérialisme de la scripturalité » (Baumgardt, U., Derive, J., (dir), Littératures orales africaines – Perspectives théoriques et méthodologiques, Paris : Karthala, 2008 : 31)

Littérature malgache

Malgré la richesse de la littérature malgache, tant au niveau du fond que de la forme, elle reste méconnue. Ce blog a donc entre autres objectifs celui d’en permettre la valorisation. Il pourra être lu par tout type de public, spécialiste ou non de littérature ou de Madagascar. Il offrira une réflexion sur la littérature orale au travers de ses thèmes ou de ses fonctions par exemple. La littérature écrite de son côté sera abordée sous l’angle de ses auteurs notamment. Dans un cas comme dans l’autre, ce carnet permettra la publication de textes inédits.