Inner rope 1.0

the inner rope experiment:

1)

d’un accordement, et d’encordement de résonances -harmonieuses ou non, c’est selon- résonances, tresses, drisses, écoutes, passerelles, chemin de théories, d’ascension; encore de ce qui est accordé-offert, comme la première corde, la première de toutes, faite de chair et de sang, la corde du centre, l’unique nourrissante,  et  puis encore de l’accord en soi-même, recherche de cohérence, de sens transmissible et transmetteur.

2) 

des milliers de lignes tendues entre des mondes comme entre les rues, des longitudes, des parallèles signants de degrés le moindre espace du globe, la moindre parcelle liée d’heures, de minutes, de secondes, mesures dans l’immesurable, repères en coordonnées – j’entend à la fois « corde donnée » et « corps donné » – mémoires.

3)

en Internet, hors des minutes du monde, un grand filet d’information s’étend (in)monde – cette toile, résille, fuseau de, faisceaux grandissants –  tisse une Babel plus grande que sa biblique et mythique originelle. Babel est-elle a nos portes? non, Babel est en nous, Babel est sur nous. la toile entoure la planète, maillant chacun, sature et sursature d’identités, de coordonnées impalpables et accorde entre elles par liens virutels toutes les «sourdités», rend muet des milliers de gorges, de cordes vocales, de larynx, de langues de chair et de salive, de bouches. si une voix est entendue rien n’en est réelle. elle est Internelle.

4)

il faut être branché, In en Internet, à la pointe de… la pointe de? quelle pointe où ça? c’est une histoire de tech very techno, de In hot-technologie, à la fine pointe de la pensée-Internet. mais qu’est-ce que cette pensée au fait, dont on dit qu’elle suplante toute pensée, n’est-ce pas qu’une maille de plus vers le futur. le futur-machine. l’affect-machine. très peu d’internautes se souviennent de l’Internet premier, cette communauté créee par des scientifiques pour mettre en commun leurs travaux et partager leurs idées, donner accès au fur et à mesure de l’évolution de telle recherche. partager, mettre en commun. relier. or, à l’ère FaceBook en est-on déjà à dissoudre l’être dans la Matrice… dissoudre l’identité comme un sachet de sucre dans l’eau, une eau de surface, s’évaporant… ou sévit la loi des reflets, des mirages, des semblants…

5)

l’être, l’être qu’on dit moderne, ou contemporain (je dis l’urbain-porain), noue son identité avec la technologie; il grandit avec la machine et la machine grandit avec lui. l’être ne s’exprime plus sans la machine – (et je m’inclue) de manière directe ou indirecte – ne se définit plus sans elle, ne se perçoit pas sans elle, n’existe plus sans elle. son lien avec la monde n’est pas la corde de chair, le ruisseau de lait, l’appren-tissage de la parole, non, son lien est Link et link, son liant au monde est la machine, par la machine, quelle qu’elle soit. ce n’est plus lui, mais elle.

6)

je suis. je suis un être de liens, de liens intérieurs-intimes, de liens hors de la machine, hors de l’Internet; de liens à détacher comme de lignes en tête à sortir lentement comme on sort un filet sur la mer; pècher une remontée d’images et d’idées prises dans des mailles plus ou moins nouées d’une enfance, plus ou moins serrées des amitiés, plus ou moins anciennes des amours, et trier, nettoyer  la manne, relâcher l’inutile, l’obsolescence, dénouer lentement les cordes du coeur ou renouer avec le lien neuf. des fibres fraîches. véritables.

7)

j’aurai tendu une ligne à pèche forte et fine, les attentes en étaient les hameçons et les surprises, la récompense des patiences; aller à la pèche, images d’homme, images de père des pères, des fils des fils…de cette ligne à pèche interne j’en étais tendue et retendue comme autant de lignes téléphoniques surplombent les rues des villes, et saturée de tout ce qu’elles versent dans l’oreille. cette ligne traînant autant de merveilles que de souvenirs aussi passés et morts que les morts avérés de ma petite histoire. je coupe le fil.

8)

je contemple la ligne d’horizon que mon intime trace au fur et à mesure que je vieillis, la ligne  qu’on n’atteint jamais; plus je coupe de fil et de lignes intérieurs, plus il en apparaît à l’extérieur.  je regarde la ligne de métro et son trajet, ligne de la taille avec laquelle d’aucune se torture pour répondre à une image qui n’existe pas, ligne verte de l’étrange d’un très beau film; la ligne de conduite à laquelle on aurait voulu me plier …ou ce qu’il en reste. ligne blanche d’un avion dans le ciel, ou jaune sur le tarmac, puis celle de la marelle et son ciel. la ligne dure ou poreuse des frontières, ligne du chemin de fer qui traverse tout mon pays d’Est en Ouest en 3500km, ou du TGV en Europe, et lignes aériennes bien sûr; lignes côtières qui font rêver; ligne droite d’une ordonnée, ligne courbe d’un violoncelle…  ligne en pointillé qu’il faut plier puis découper.

9)

plus proche peut-être, bien que pour tout écriveur elle se cache dans sa paume: une ligne de vie, de caractère, de tête et de coeur, autant de métaphores; mais plus particulière sans doute la ligne du silence, plus vaste que celle du vent et sa mouvance, celle des grands courants qui font tourner la mer, et celle qui ne finit jamais vraiment, qui se poursuit en poursuivant toutes les autres ou poursuivie d’elles toutes, la ligne de l’écriture, et ce qui la sous tend: la ligne de pensée. comme tant d’autres que je ne nomme pas et celles qu’il ne faut dépasser… toutes ont une certaine marge dans laquelle on s’évade avec de petites notes, des gribouillis, des signes. 

10)

écrire sur la corde; écrire la corde: état fort, plus que moi, état qui m’attrappe et me pousse, me tire et me lance: j’explore. J’explore. On le voit sous multiples formes, façons et manières, avec ou sans rigueur, en vers (surtout libres), en prose, en tout ce qu’on voudra; on le voit sur d’autres lieux-blogs; quand le premier ressemble à un répertoire, une collection de cartes des univers web d’internautes déployés comme une grande flotte intra-cyberienne, le second comme une petite chambre à combustion, une réserve à charbon pour chauffer la gueule d’une chaudière. Et apparemment je dois me résoudre à dire que j’écris (puisque je me commets). D’accord, d’accord, j’écris. On comprendra j’espère que je ne parle pas de bien ou ne pas bien écrire, d’être bon ou moins bon dans l’écrire, non, mais seulement du fait de ce geste, qui est peut-être le symptôme d’autre chose… mais là n’est pas le sujet, ou du moins, pour le moment laissons cette ligne…

11)

Donc, écrivailleur ou écriveur, pas écrivain (pas de mon avis en tout cas). Ecriveur comme dans ferailleur, ramassant de vieilles matières, les adaptant ou les transformant  – ou tentant de le faire – parce que le but, à quelque chose près, n’est-il pas de faire, défaire, refaire et transformer? Trans-former. Mais au plus simple je dis «trouveur», non pas comme on pourrait s’y attendre un trouveur de trésor, ni d’idée absolument originale, mais trouveur d’un certain sens. Ici je dois tout de même avancer le fait que «les trajectoires vers l’incertain» à force de diffus, de flou, de brumes multidirectionnelles et volontaires, comme autant de tentatives, jets, plongées, m’ont permis de m’approcher un peu, d’apprivoiser ce qu’il y avait dessous ces flous, et dessous le geste, de m’approprier des démarches ou des manières d’entendements de ce qu’est cette démarche pour moi (très subjectivement, dans l’intime que le geste occure mais encore dans le liant même que le geste porte, traversant on ne sait où ni comment, vers le monde) et de ce qu’elle me permet de faire résonner (intérieurement/extérieurement), d’ouvrir autant que découvrir, par senti et ressenti, par raison aussi parfois, quand l’instinct n’aura pas pris le dessus.

12)

soudain je sens, je dois éclairer (non pas expliquer, je ne fendrai rien et encore moins ma tête; je suis loin de faire une thèse)  oui, éclairer les aspects des sentiers aux ombrages desquels j’aurai joué aux mots comme l’enfant, construit quelques fables, peut-être un livret potable, mais où j’aurai défriché mon sol, tassé des pierres, mis les doigts dans des pièges, ou serai tombée dans un horrible puits puant. oui, tout à fait. les doigts dans le piège comme une souri prise à la trappe! mais oui, au fond du puits des épuisements, des questions sans réponse, des impuissances et des recommencements. des erreurs manifestes. après dix ans d’expérimentations, d’explorations au sens de cette dyslexie qui m’oblige et me guide à la fois (puisque la perception transforme les choses), d’explorations et d’absorbtions du tracé d’autres rencontrés par les yeux, les sens, il me semble devoir tendre ma propre ligne. toucher ma corde.

[sera peut-être modifié]

Laisser un commentaire