{"id":8900,"date":"2020-01-25T09:06:47","date_gmt":"2020-01-25T07:06:47","guid":{"rendered":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/?p=8900"},"modified":"2025-06-23T08:21:19","modified_gmt":"2025-06-23T06:21:19","slug":"colette-zytnicki-un-village-a-lheure-coloniale-draria-1830-1962","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/8900","title":{"rendered":"Colette Zytnicki, <em>Un village \u00e0 l\u2019heure coloniale. Draria, 1830-1962<\/em>."},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Paris, Belin, \u00ab Collection Histoire \u00bb, 2019, 319 p.<\/h3>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.belin-editeur.com\/un-village-lheure-coloniale\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"205\" height=\"300\" src=\"https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2020\/01\/41000356-205x300.jpg\" alt=\"Couverture de l'ouvrage ISBN : 978-2-410-00356-7\" class=\"wp-image-8905\" srcset=\"https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2020\/01\/41000356-205x300.jpg 205w, https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2020\/01\/41000356-768x1126.jpg 768w, https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2020\/01\/41000356-341x500.jpg 341w, https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2020\/01\/41000356.jpg 886w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/a><figcaption><a href=\"https:\/\/www.belin-editeur.com\/un-village-lheure-coloniale\">ISBN : 978-2-410-00356-7<\/a><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>\n\u00ab&nbsp;Mener\nune enqu\u00eate sur le quotidien de la colonie&nbsp;\u00bb en partant autant\nque possible de \u00ab&nbsp;l\u2019exp\u00e9rience des acteurs&nbsp;\u00bb, telle\nest l\u2019ambition de Colette Zytnicki dans son nouveau livre, consacr\u00e9\n\u00e0 la commune de Draria. Dans la perspective de l\u2019<em>Alltagsgeschichte<\/em>,\nelle prend donc ce village sans qualit\u00e9 particuli\u00e8re du Sahel\nd\u2019Alger comme un observatoire de n\u00e9gociations et de micro-conflits\nr\u00e9v\u00e9lateurs de la vie dans les campagnes de l\u2019Alg\u00e9rie colonis\u00e9e.\nEn cinq chapitres qui suivent un plan chronologique, elle retrace la\nvie de ce centre \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019heure coloniale&nbsp;\u00bb, allusion au\nroman-t\u00e9moignage publi\u00e9 en 1945 dans lequel Jean-Louis Bory donnait\nun aper\u00e7u des diff\u00e9rentes attitudes que les habitants d\u2019un petit\nvillage de la Beauce \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019heure allemande&nbsp;\u00bb avaient\nadopt\u00e9es vis-\u00e0-vis de l\u2019occupant nazi, bien qu\u2019elle ne\nconsid\u00e8re pas les deux situations comme comparables. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nCet\nouvrage est la monographie d\u2019un centre de colonisation dont les\ndeux premiers chapitres \u2013 plus du tiers de l\u2019ouvrage \u2013\nretracent les vingt premi\u00e8res ann\u00e9es du village&nbsp;: le contexte\nde sa cr\u00e9ation, sa place dans le dispositif de protection d\u2019Alger,\nle syst\u00e8me de concessions \u2013 dont les \u00ab&nbsp;indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb\nsont \u00e9cart\u00e9s \u00e0 l\u2019origine \u2013 sur des terres provenant surtout de\npropri\u00e9t\u00e9s mises sous s\u00e9questre lors de la reprise des hostilit\u00e9s\nen 1839, le choix des colons par le comte Guyot, directeur de\nl\u2019Int\u00e9rieur, qui cherche \u00e0 attirer des colons ais\u00e9s. Parmi les\npremiers arrivants, des agriculteurs, des artisans, quelques\nnotables. Ils viennent avant tout du quart nord-est de la France mais\naussi d\u2019Allemagne, de Suisse, d\u2019Espagne, dans ce dernier cas,\nsurtout comme ouvriers agricoles. Malgr\u00e9 une volont\u00e9 d\u2019\u00e9galitarisme\nrelatif, la r\u00e9partition des terres cr\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s entre\ncolons qui se creusent. La colonisation cr\u00e9e \u00ab&nbsp;une situation\nde voisinage entre des populations que tout opposait&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;63).\nLes Alg\u00e9riens, en effet, sont pr\u00e9sents mais peu saisissables si ce\nn\u2019est, parfois, par les litiges fonciers qui peuvent les opposer au\nnouveau pouvoir ou aux nouveaux venus qui confisquent mais aussi\nach\u00e8tent les terres. Demeurant physiquement \u00ab&nbsp;aux marges du\nvillage&nbsp;\u00bb (p. 126), les indig\u00e8nes ne semblent pas en conflit\nouvert avec les colons.<\/p>\n\n\n\n<p>\nComme\ndans d\u2019autres centres de colonisations, la fin des ann\u00e9es 1840 est\ndifficile, marqu\u00e9e par les \u00e9pid\u00e9mies et la mis\u00e8re dont t\u00e9moignent\nles listes de n\u00e9cessiteux. Draria, cependant, qui devient\nmunicipalit\u00e9 en 1847, se peuple progressivement (440 habitants \u00e0 la\nfin de l\u2019ann\u00e9e 1846, 1718 en 1910) et s\u2019\u00e9quipe (routes,\nfontaines, abreuvoirs, \u00e9glise, \u00e9cole\u2026 puis d\u2019autres services\npublics, au premier rang desquels, la Poste). L\u2019essentiel des\n\u00ab&nbsp;Europ\u00e9ens&nbsp;\u00bb habite le bourg, les Alg\u00e9rien les\ncampagnes. Leur pr\u00e9sence toujours plus forte au sein de la commune\nest li\u00e9e \u00e0 la forte croissance naturelle de la population indig\u00e8ne,\nmais aussi \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de familles venues de l\u2019int\u00e9rieur du\npays dont les membres viennent travailler pour les grands domaines\neurop\u00e9ens. Draria se tourne vers la viticulture au cours des ann\u00e9es\n1860 et profite, vingt ans plus tard, du phylloxera qui touche les\nvignes m\u00e9tropolitaines et provoque l\u2019exode de nombreux paysans qui\narrivent en Alg\u00e9rie avec leur savoir-faire. Commune de plein\nexercice, Draria, dont la population indig\u00e8ne est nombreuse, compte\nun adjoint indig\u00e8ne. La \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie au village&nbsp;\u00bb,\ncependant, concerne surtout les \u00ab&nbsp;Europ\u00e9ens&nbsp;\u00bb, avec une\nproportion de plus en plus forte de Fran\u00e7ais, dont la vie politique\net les sociabilit\u00e9s autour du caf\u00e9, des associations, de la presse,\nressemblent largement \u00e0 celles existant dans les campagnes\nm\u00e9tropolitaines d\u2019avant 1914. Les habitants musulmans n\u2019y\nparticipent pas. Le village devient ainsi l\u2019exemple de ce que l\u2019on\npourrait appeler \u00ab&nbsp;une petite d\u00e9mocratie locale coloniale&nbsp;\u00bb\n(p.&nbsp;182) dont la principale caract\u00e9ristique est de reposer sur\nla quasi-exclusion d\u2019une population indig\u00e8ne dont le nombre ne\ncesse de cro\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\nEntre\nla Grande Guerre et la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, comme de nombreux\nvillages de colonisation, Draria devient \u00ab&nbsp;un village de moins\nen moins europ\u00e9en&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;196). Cons\u00e9quence de cette\nsituation d\u00e9mographique, les populations ne vivent plus s\u00e9par\u00e9es.\nLes \u00ab&nbsp;indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb, qui sont de plus en plus nombreux \u00e0\ns\u2019\u00eatre install\u00e9s dans le bourg, occupent des emplois municipaux,\nparticipent \u00e0 la vie politique et sociale villageoise, du moins leur\npr\u00e9sence est-elle davantage soulign\u00e9e. En 1946, Draria, int\u00e9gr\u00e9e\ndans la R\u00e9gion alg\u00e9roise d\u2019urbanisation, voit son \u00e9conomie se\ntransformer, moins agricole, plus tertiaire. Le village continue\ncependant de vivre au rythme de la vigne. La propri\u00e9t\u00e9 demeure\nlargement aux mains d\u2019une population de petits et moyens\npropri\u00e9taires europ\u00e9ens, assez souvent descendants des premiers\ninstall\u00e9s. La population europ\u00e9enne r\u00e9siste plus qu\u2019ailleurs au\nmouvement de \u00ab&nbsp;d\u00e9colonisation&nbsp;\u00bb qui touche nombre de\ncentres ruraux d\u2019Alg\u00e9rie. La progression relative des\npropri\u00e9taires musulmans parmi les viticulteurs ne doit pas laisser\npenser qu\u2019il y aurait, comme dans d\u2019autres r\u00e9gions de l\u2019Alg\u00e9rie,\nun changement de main de la propri\u00e9t\u00e9&nbsp;: la propri\u00e9t\u00e9\nindig\u00e8ne se morcelle et la multiplication du nombre de propri\u00e9taires\nne signifie pas l\u2019extension de la superficie poss\u00e9d\u00e9e. \u00c0 c\u00f4t\u00e9\nde ces petits exploitants vivait un prol\u00e9tariat rural, surtout issu\ndes populations nouvellement arriv\u00e9es. Le dernier chapitre concerne\nle village, appartenant d\u00e9sormais \u00e0 la banlieue d\u2019Alger, dans la\nguerre d\u2019ind\u00e9pendance. Malgr\u00e9 les tensions croissantes entre les\npopulations, il est \u00e9pargn\u00e9 par l\u2019ultraviolence des derni\u00e8res\nann\u00e9es du conflit. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nOn\npeut regretter que l\u2019ouvrage ne soit pas davantage illustr\u00e9 de\ncartes \u2013 les concessions, les surfaces complant\u00e9es de vignes,\nl\u2019importance de la propri\u00e9t\u00e9 indig\u00e8ne au fil des \u00e9poques \u2013\nqui auraient permis de mieux situer chacun dans l\u2019espace\nvillageois&nbsp;; on peut aussi regretter que la documentation ne\npermette pas de plus \u00ab&nbsp;faire parler les subalternes&nbsp;\u00bb.\nLes tensions entre groupes sont souvent davantage suppos\u00e9es que\nprouv\u00e9es, de m\u00eame que d\u2019autres modes de coexistence. Cette\nhistoire \u00ab&nbsp;par le bas&nbsp;\u00bb d\u2019un village sur plus de cent\nans t\u00e9moigne cependant de la mani\u00e8re dont la colonisation a secr\u00e9t\u00e9\nune soci\u00e9t\u00e9 qui, tout en reposant sur une in\u00e9galit\u00e9 fondamentale,\na aussi repos\u00e9 sur des compromis et des accommodements, ce qui lui a\npermis de s\u2019inscrire dans une certaine dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:right\"> <strong>Claire Fredj<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, Belin, \u00ab Collection Histoire \u00bb, 2019, 319 p.<\/p>\n","protected":false},"author":30349,"featured_media":8925,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":""},"categories":[4285127,5419307,203],"tags":[5418031,263,1877005,2618351,545189,4191530],"ppma_author":[5419715],"class_list":["post-8900","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-inedites","category-n289-octobre-decembre-2024","category-notes-de-lecture","tag-agregation-2023-2024","tag-algerie","tag-claire-fredj","tag-colette-zytnicki","tag-espaces-ruraux","tag-mondes-coloniaux"],"authors":[{"term_id":5419715,"user_id":30349,"is_guest":0,"slug":"ndllms","display_name":"Notes de lecture de la revue Le Mouvement social","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e1dcd153fcc49c837c073036e2cec6a8859b32c28fdb18fc13416f04ad120d5?s=96&d=blank&r=g","1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/users\/30349"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8900"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8900\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8920,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8900\/revisions\/8920"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8925"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8900"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=8900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}