{"id":23972,"date":"2025-10-23T23:10:33","date_gmt":"2025-10-23T21:10:33","guid":{"rendered":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/?p=23972"},"modified":"2025-10-23T23:10:34","modified_gmt":"2025-10-23T21:10:34","slug":"philippe-artieres-la-prison-en-heritage-pour-une-patrimonialisation-critique-du-penitentiaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lms.hypotheses.org\/23972","title":{"rendered":"Philippe Arti\u00e8res, <em>La prison en h\u00e9ritage\u00a0? Pour une patrimonialisation critique du p\u00e9nitentiaire<\/em>."},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Paris, \u00c9ditions de la Sorbonne, \u00ab L\u2019ouvroir des patrimoines \u00bb, 2024, 84 p.<\/h5>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><a href=\"https:\/\/www.editionsdelasorbonne.fr\/produit\/1096\/9791035109820\/la-prison-en-heritage\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"288\" height=\"500\" src=\"https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2025\/10\/9791035109820-288x500.webp\" alt=\"Couverture de l'ouvrage, non figurative\" class=\"wp-image-23978\" srcset=\"https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2025\/10\/9791035109820-288x500.webp 288w, https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2025\/10\/9791035109820-173x300.webp 173w, https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2025\/10\/9791035109820-768x1332.webp 768w, https:\/\/lms.hypotheses.org\/files\/2025\/10\/9791035109820.webp 807w\" sizes=\"auto, (max-width: 288px) 100vw, 288px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><a href=\"https:\/\/www.editionsdelasorbonne.fr\/produit\/1096\/9791035109820\/la-prison-en-heritage\">EAN13 : 9791035109820<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce livre bref est pr\u00e9sent\u00e9 comme un texte d\u2019intervention visant \u00e0 questionner le \u00ab&nbsp;patrimoine p\u00e9nitentiaire national&nbsp;\u00bb en posant des jalons pour une \u00ab&nbsp;patrimonialisation critique&nbsp;\u00bb de la prison. Il retrace d\u2019abord la \u00ab&nbsp;difficile fabrique&nbsp;\u00bb d\u2019un patrimoine p\u00e9nitentiaire en identifiant quatre jalons. Le premier, situ\u00e9 dans le premier tiers du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, est li\u00e9 \u00e0 l\u2019ouverture des grands \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires (maisons centrales), dont l\u2019architecture \u00e9tait marqu\u00e9e par leur pass\u00e9 conventuel. Embrun, Eysses, Clairvaux, Fontevraud, Montpellier, Melun, etc., furent en effet des abbayes ou des convents avant d\u2019\u00eatre des lieux de peines. Ce pass\u00e9 permit de susciter un int\u00e9r\u00eat sur leur conservation, et l\u2019abbaye de Fontevraud, inscrite sur la premi\u00e8re liste des monuments historiques, pouvait ainsi \u00eatre visit\u00e9e au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Notons que l\u2019importance de ce premier moment serait \u00e0 \u00e9valuer plus pr\u00e9cis\u00e9ment au regard des archives. Lorsque l\u2019on plonge dans les dossiers d\u2019appropriation de ces lieux en prisons, la premi\u00e8re pr\u00e9occupation du bureau des prisons, des pr\u00e9fets et des architectes est d\u2019agir rapidement sur le remodelage de l\u2019espace (dortoir, r\u00e9fectoire, atelier, cl\u00f4ture de l\u2019espace, chemin de ronde), \u00e0 partir de devis serr\u00e9s et de r\u00e9alisations dont les plans initiaux sont le plus souvent r\u00e9vis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Ce m\u00eame pragmatisme se retrouve pour les ch\u00e2teaux-prisons \u00e0 forte valeur patrimoniale, tels celui des ducs d\u2019Aiguillon, \u00e0 Cadillac, ou celui de Gaillon, majestueux palais des archev\u00eaques de Rouen.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me jalon se situe \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, lorsque le gouvernement acte la destruction des prisons de Mazas, Sainte-P\u00e9lagie et de la Grande Roquette, en pr\u00e9vision de l\u2019ouverture de Fresnes (1898). Des protestations s\u2019\u00e9l\u00e8vent alors, port\u00e9es par des journalistes et des politiques qui ont connu la d\u00e9tention, mais aussi par ceux qui redoutent l\u2019oubli des \u00ab&nbsp;otages de la Commune&nbsp;\u00bb, fusill\u00e9s \u00e0 la Grande Roquette le 24 mai 1871. Au mur des f\u00e9d\u00e9r\u00e9s de la Commune s\u2019oppose le \u00ab&nbsp;mur des otages&nbsp;\u00bb. L\u2019architecture ne p\u00e8se alors rien dans le d\u00e9bat. La destruction de la Grande Roquette mettait ainsi au jour un conflit de m\u00e9moire. La r\u00e9action \u00e9motionnelle suscit\u00e9e par la destruction annonc\u00e9e de ces trois prisons parisiennes (la Grande Roquette, surtout) \u00e9tait de m\u00eame nature \u2013 \u00e9motionnelle et m\u00e9morielle \u2013 que celle qui permit par exemple \u00e0 la prison Montluc de Lyon d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la destruction, au nom d\u2019un devoir de m\u00e9moire de la d\u00e9portation et des r\u00e9sistants qui y furent d\u00e9tenus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me jalon de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un \u00ab\u00a0patrimoine p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb r\u00e9side dans l\u2019\u00e9laboration de savoirs sur les peines, la d\u00e9tention, le crime et le criminel. Du mouvement des philanthropes accompagnant l\u2019\u00e9tablissement de la prison p\u00e9nale au d\u00e9ploiement de la criminologie \u00e0 la fin du si\u00e8cle, la prison p\u00e9nale est un espace de discours, d\u2019observation et d\u2019exp\u00e9rimentation suscitant une foisonnante production d\u2019\u00e9crits administratifs, r\u00e9glementaires, mais aussi savants. Les docteurs Lacassagne \u00e0 Lyon, Lombroso \u00e0 Turin, ouvrirent ainsi des mus\u00e9es d\u2019anthropologie criminelle au sein de leurs universit\u00e9s \u00e0 des fins p\u00e9dagogiques. La prison s\u2019introduit simultan\u00e9ment dans l\u2019espace public avec l\u2019organisation en 1891 sur la place du Champ-de-Mars, \u00e0 Paris, d\u2019une vaste exposition destin\u00e9e \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer le centenaire de la naissance de la prison pour peines. \u00c0 l\u2019initiative de ce projet, Louis Herbette, directeur de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, souhaitait mettre sous les yeux du public un si\u00e8cle d\u2019histoire des prisons et avait fait r\u00e9aliser \u00e0 cette fin des maquettes d\u2019\u00e9tablissements, des vitrines d\u2019objets et des documents de pr\u00e9sentation. Cette exposition p\u00e9nitentiaire dura six mois, \u00ab\u00a0sans que l\u2019on sache\u00a0\u00bb, remarque Philippe Arti\u00e8res, \u00ab\u00a0si cette long\u00e9vit\u00e9 a tenu au succ\u00e8s public ou \u00e0 une volont\u00e9 politique de montrer le p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb. Cette dur\u00e9e s\u2019explique bien plus simplement car l\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019a pas eu lieu en 1891 mais en 1889, dans le cadre de l\u2019Exposition universelle qui se tint du 5 mai au 31 octobre 1889. Diligent\u00e9e par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, l\u2019exposition constituait une section du pavillon des arts lib\u00e9raux, investi par le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. La place assign\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire des peines dans cet \u00e9v\u00e9nement aurait m\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00eatre relev\u00e9e, car Louis Herbette n\u2019envisageait cette r\u00e9trospection que pour marquer par contraste la progression de son administration<sup data-fn=\"305a3325-4593-41c0-8a43-36b73aa617fb\" class=\"fn\"><a href=\"#305a3325-4593-41c0-8a43-36b73aa617fb\" id=\"305a3325-4593-41c0-8a43-36b73aa617fb-link\">1<\/a><\/sup>. Autrefois les fers, les gal\u00e8res, les boulets, aujourd\u2019hui et demain la d\u00e9tention humaine, la cellule qui amende et r\u00e9ins\u00e8re. L\u2019institution portait fi\u00e8rement sa r\u00e9forme en se tournant vers un avenir dans lequel les peines, enfin, seraient efficaces et acceptables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier jalon de cette g\u00e9n\u00e9alogie du patrimoine p\u00e9nitentiaire r\u00e9side dans le grand reportage photographique commandit\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920 par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire au studio Henri Manuel. Des albums de photographies ont \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9s par \u00e9tablissement, montrant les lieux, les personnels et les d\u00e9tenus, le plus souvent fig\u00e9s dans des poses soulignant la volont\u00e9 de d\u00e9montrer l\u2019amendement des condamn\u00e9s par le travail, l\u2019enseignement scolaire, la gymnastique, etc. Cette somme de 2&nbsp;500 photographies constitu\u00e9e entre 1929 et 1931 fut tr\u00e8s peu exploit\u00e9e au temps de sa r\u00e9alisation. Avec la Lib\u00e9ration, l\u2019\u00e9poque n\u2019est plus \u00e0 la patrimonialisation des prisons. L\u2019administration p\u00e9nitentiaire regarde vers l\u2019avenir. Elle doit se r\u00e9former. L\u2019injonction m\u00e9morielle revient pourtant lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019entretenir le souvenir des lieux o\u00f9 l\u2019ennemi a commis des crimes, mais fonctionne \u00e0 l\u2019oubli lorsqu\u2019il s\u2019agit de liquider d\u00e9finitivement le bagne de Guyane.<\/p>\n\n\n\n<p>La section suivante revient sur la cr\u00e9ation en France du premier mus\u00e9e des prisons. Une volont\u00e9 de conservation s\u2019est faite jour au sein de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire d\u00e8s les ann\u00e9es 1960, alors qu\u2019une \u00e9cole de formation des personnels \u00e9tait accol\u00e9e au complexe carc\u00e9ral de Fleury-M\u00e9rogis. La perspective ethnographique qui pr\u00e9sidait \u00e0 ce premier effort de r\u00e9colement \u00e9tait similaire \u00e0 celle qui animait la vague d\u2019ouverture des \u00e9comus\u00e9es. Il s\u2019agissait de recueillir des objets et des traces de la vie quotidienne des personnels et des d\u00e9tenus, dans une vis\u00e9e p\u00e9dagogique. La volont\u00e9 d\u2019ouvrir les collections au public suscita leur installation en 1995 dans l\u2019ancienne prison de Fontainebleau. Ce nouveau lieu devait permettre d\u2019op\u00e9rer des visites \u00ab&nbsp;immersives&nbsp;\u00bb dans une maison d\u2019arr\u00eat cellulaire mais, faute de moyen et de volont\u00e9 politique, il fut d\u00e9saffect\u00e9 \u00e0 son tour au profit d\u2019un transfert des collections \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale d\u2019administration p\u00e9nitentiaire, elle-m\u00eame d\u00e9localis\u00e9e sur le nouveau campus d\u2019Agen, en 2000. C\u2019est sur ce site, d\u00e9sormais, que se joue l\u2019avenir du mus\u00e9e p\u00e9nitentiaire et c\u2019est ici que le livre prend un tour critique. En s\u2019appuyant sur l\u2019\u00e9tude sur l\u2019incarc\u00e9ration men\u00e9e par Justin Pich\u00e9 et Kevin Walby sur quarante-cinq mus\u00e9es canadiens, Philippe Arti\u00e8res juge avec ces auteurs que tous les mus\u00e9es op\u00e9r\u00e9s par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire tendent \u00e0 justifier la prison et les violences subies par les prisonniers, tandis que la mise en spectacle du carc\u00e9ral accr\u00e9dite la dangerosit\u00e9 des d\u00e9tenus et la l\u00e9gitimit\u00e9 des ch\u00e2timents. Pour contrer cette tendance, Philippe Arti\u00e8res invite \u00e0 une \u00ab&nbsp;patrimonialisation critique&nbsp;\u00bb, attentive aux diff\u00e9rents acteurs engag\u00e9s. Il s\u2019agirait de ne plus consid\u00e9rer les conservateurs, les architectes et les historiens comme des d\u00e9cideurs mais comme des experts. Il faudrait \u00ab&nbsp;dynamiter&nbsp;\u00bb le patrimoine p\u00e9nitentiaire en l\u2019inscrivant dans le pr\u00e9sent, en assumant les destructions des vieilles prisons, en consid\u00e9rant les abondants gisements d\u2019archives comme sources pour l\u2019histoire des d\u00e9tenus et le fonctionnement des \u00e9tablissements, en y associant les amateurs, les collectionneurs, les fouilles arch\u00e9ologiques. Enfin, relevant le succ\u00e8s de la plateforme de publication Criminocorpus, qui propose notamment des visites film\u00e9es de prisons, Philippe Arti\u00e8res s\u2019interroge sur la signification politique de ce qui lui appara\u00eet comme une participation de facto \u00e0 la \u00ab&nbsp;patrimonialisation de la prison&nbsp;\u00bb. Affirmant alors que l\u2019id\u00e9e d\u2019un patrimoine carc\u00e9ral \u00e9tait port\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970-1980 \u00ab&nbsp;par les acteurs les plus critiques de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire&nbsp;\u00bb, il se demande si \u00ab&nbsp;aujourd\u2019hui, dans le moment s\u00e9curitaire qui est le n\u00f4tre, ce n\u2019est pas l\u2019inverse qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Patrimonialiser la prison serait poursuivre, voire participer \u00e0 une politique de l\u2019effroi, \u00e0 une culture de r\u00e9pression plus que de la pr\u00e9vention&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;63).<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre s\u2019ach\u00e8ve sur un appel \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un centre d\u2019interpr\u00e9tation de lieux p\u00e9nitentiaires qui ne serait ni un m\u00e9morial ni un \u00e9l\u00e9ment commun du patrimoine architectural et institutionnel. L\u2019auteur propose comme source d\u2019inspiration l\u2019exemple du travail men\u00e9 depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es sur la prison de Clairvaux, qui inscrit le patrimoine p\u00e9nitentiaire dans la longue dur\u00e9e d\u2019une histoire de l\u2019enfermement et de l\u2019isolement volontaire ou contraint, ouvrant ainsi l\u2019espace des pratiques et du patrimoine immat\u00e9riel. Il propose enfin d\u2019ajouter \u00e0 la liste des acteurs des processus de patrimonialisation les amateurs et les artistes, photographes, cin\u00e9astes et dramaturges afin de constituer un \u00ab&nbsp;patrimoine critique&nbsp;\u00bb qui ne serait \u00ab&nbsp;ni au service d\u2019une administration ni d\u2019une seule m\u00e9moire&nbsp;\u00bb. Il est dommage ici qu\u2019un autre bel exemple de r\u00e9ussite ne soit pas discut\u00e9. En 2001, la protection judiciaire de la jeunesse a \u00e9tabli \u00e0 la Ferme de Champagne de Savigny-sur-Orge un centre d\u2019exposition dans une partie des locaux du Centre d\u2019observation pour mineurs, actif entre 1945 et 1975. Ce lieu de m\u00e9moire et d\u2019histoire est g\u00e9r\u00e9 avec l\u2019appui d\u2019une association d\u2019historiens et de professionnels. S\u2019agit-il pour autant d\u2019un lieu de glorification de l\u2019institution&nbsp;? Ne produit-on pas l\u00e0 de l\u2019histoire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Deux traits affaiblissent l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9flexif de ce texte. Le premier r\u00e9side dans l\u2019intention explicite de produire un \u00ab&nbsp;essai volontiers pol\u00e9mique&nbsp;\u00bb consistant en l\u2019adoption d\u2019une posture de jugement moral d\u00e9routante dans sa distribution des bons et des mauvais points. Si on peut comprendre les r\u00e9ticences de l\u2019historien face \u00e0 un \u00ab&nbsp;<em>escape game<\/em>&nbsp;\u00bb produit \u00e0 Fontevraud, la critique tombe le plus souvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9. La suspicion formul\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la communaut\u00e9 scientifique est malvenue. Est-il vraiment n\u00e9cessaire de mettre en garde des historiens et des conservateurs sur le risque de faire des vestiges du bagne une simple attraction touristique&nbsp;? Quant \u00e0 Criminocorpus, les coll\u00e8gues investis dans le projet ne sont pas na\u00effs. La r\u00e9daction est un espace de r\u00e9flexion permanente sur les enjeux de publication, les formes de restitutions, l\u2019articulation des informations mises \u00e0 disposition et les effets possibles de leur appropriation, que l\u2019on ne peut de toute fa\u00e7on que tr\u00e8s partiellement contr\u00f4ler. Cette exp\u00e9rience collective men\u00e9e depuis vingt-deux ans constitue un bon observatoire des pratiques de recherche&nbsp;: nous n\u2019y avons pas rencontr\u00e9 les historiens susceptibles de s\u2019opposer \u00e0 la constitution d\u2019un \u00ab&nbsp;patrimoine critique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second point limitant la r\u00e9flexion est le biais produit par une lecture pr\u00e9sentiste de la notion de \u00ab\u00a0patrimoine p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb, d\u00e9duite et r\u00e9duite dans la discussion aux lieux d\u2019enfermement contemporains, alors m\u00eame que les deux tiers de la population plac\u00e9e sous main de justice font l\u2019objet de mesures en milieu ouvert. Les colonies agricoles, la peine de mort, la rel\u00e9gation, la transportation, l\u2019exposition publique, les ch\u00e2timents corporels, les potences, les gibets, les fourches patibulaires, etc. rel\u00e8vent autant du champ du patrimoine \u00ab\u00a0p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb que les objets, les \u00e9crits, les photographies et tout support ou trace permettant de faire de l\u2019histoire. Loin d\u2019\u00eatre fig\u00e9e dans une d\u00e9finition institutionnelle, la notion est labile, appropri\u00e9e sous diff\u00e9rentes facettes selon les acteurs sociaux, les lieux, les moments. Je pr\u00e9f\u00e8re d\u2019ailleurs \u00e0 cette expression celle de \u00ab\u00a0patrimoine judiciaire\u00a0\u00bb, plus large en ce qu\u2019elle permet d\u2019appr\u00e9hender toute la cha\u00eene p\u00e9nale<sup data-fn=\"9ba04e13-be3f-4980-9970-8e6d00cc5313\" class=\"fn\"><a href=\"#9ba04e13-be3f-4980-9970-8e6d00cc5313\" id=\"9ba04e13-be3f-4980-9970-8e6d00cc5313-link\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est digne de m\u00e9moire est toujours le r\u00e9sultat \u2013 souvent temporaire \u2013 d\u2019une n\u00e9gociation collective. Le pouvoir de d\u00e9cr\u00e9ter ce qui fait patrimoine n\u2019appartient pas aux historiens. Nous sommes nombreux \u00e0 v\u00e9rifier ce point en acceptant de nous placer ici et l\u00e0, pour un temps plus ou moins long, en position d\u2019intervention sociale, sur le terrain, en situation, au contact de toutes les cat\u00e9gories d\u2019acteurs cit\u00e9s dans l\u2019ouvrage, pour discuter d\u2019un patrimoine judiciaire ou p\u00e9nitentiaire aux contours et au contenu mouvant, toujours probl\u00e9matique<sup data-fn=\"e90f0e24-7eb4-4f84-b269-e353b25c6010\" class=\"fn\"><a href=\"#e90f0e24-7eb4-4f84-b269-e353b25c6010\" id=\"e90f0e24-7eb4-4f84-b269-e353b25c6010-link\">3<\/a><\/sup>. Cette discussion sur les enjeux de la pr\u00e9servation (ou pas) des traces du pass\u00e9 dans le temps pr\u00e9sent tourne bien souvent, de mani\u00e8re plus ou moins explicite selon les configurations locales, au d\u00e9bat contradictoire. Et si la parole des historiens peut y \u00eatre entendue (pas toujours), il est rare que le dernier mot leur revienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Marc Renneville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"305a3325-4593-41c0-8a43-36b73aa617fb\">Louis Herbette, <em>L\u2019\u0153uvre p\u00e9nitentiaire. \u00c9tudes pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion du mus\u00e9e sp\u00e9cial et des expositions de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire<\/em>, Melun, Imprimerie administrative, 1891, p.\u00a0222-228. <a href=\"#305a3325-4593-41c0-8a43-36b73aa617fb-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"9ba04e13-be3f-4980-9970-8e6d00cc5313\">Voir les contributions rassembl\u00e9es en 2022 dans deux num\u00e9ros distincts de la revue <em>In Situ. Revue des patrimoines<\/em>. Marc Renneville et Micha\u00ebl<strong> <\/strong>Vottero, \u00ab\u00a0Le patrimoine de la Justice\u00a0\u00bb, <em>In Situ<\/em>, n\u00b0\u00a046, 2022, http:\/\/journals.openedition.org\/insitu\/33898. <a href=\"#9ba04e13-be3f-4980-9970-8e6d00cc5313-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"e90f0e24-7eb4-4f84-b269-e353b25c6010\">\u00c0 titre d\u2019exemple, voir l\u2019\u00e9clairant retour d\u2019exp\u00e9rience des historiennes travaillant sur la prison Jacques-Cartier\u00a0: Fanny Le Bonhomme et Ga\u00efd Andro, \u00ab\u00a0Patrimoine carc\u00e9ral et m\u00e9diation scientifique\u00a0: le cas de la prison Jacques-Cartier (Rennes)\u00a0\u00bb, <em>Criminocorpus<\/em>, in Marc Renneville et Sophie Victorien (dir.), \u00ab\u00a0Sombre patrimoine, patrimoine sombre. M\u00e9moires et histoires de justice\u00a0\u00bb, 2024, http:\/\/journals.openedition.org\/criminocorpus\/14335. <a href=\"#e90f0e24-7eb4-4f84-b269-e353b25c6010-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 3\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, \u00c9ditions de la Sorbonne, \u00ab L\u2019ouvroir des patrimoines \u00bb, 2024, 84 p.<\/p>\n","protected":false},"author":30349,"featured_media":23985,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_license":"","publish_to_discourse":"","publish_post_category":"","wpdc_auto_publish_overridden":"","wpdc_topic_tags":"","wpdc_pin_topic":"","wpdc_pin_until":"","discourse_post_id":"","discourse_permalink":"","wpdc_publishing_response":"","wpdc_publishing_error":"","footnotes":"[{\"id\":\"305a3325-4593-41c0-8a43-36b73aa617fb\",\"content\":\"Louis Herbette, <em>L\\u2019\\u0153uvre p\\u00e9nitentiaire. \\u00c9tudes pr\\u00e9sent\\u00e9es \\u00e0 l\\u2019occasion du mus\\u00e9e sp\\u00e9cial et des expositions de l\\u2019administration p\\u00e9nitentiaire<\\\/em>, Melun, Imprimerie administrative, 1891, p.\\u00a0222-228.\"},{\"id\":\"9ba04e13-be3f-4980-9970-8e6d00cc5313\",\"content\":\"Voir les contributions rassembl\\u00e9es en 2022 dans deux num\\u00e9ros distincts de la revue <em>In Situ. 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