Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Une histoire littéraire de la Révolution française : rencontres et échos

Le livre Une histoire littéraire de la Révolution française est en vente depuis le 19 mars 2026. Cet ouvrage inédit, publié dans la collection «Folio histoire» des éditions Gallimard, est une nouvelle version du travail que j’ai présenté pour mon habilitation à diriger des recherches, soutenue le 25 janvier 2025 à l’Université Paris Cité. On peut lire l’introduction, le premier chapitre et la bibliographie du livre sur le site de l’éditeur. La «position d’HDR», publiée dans les Annales historiques de la Révolution française (2025/3), peut être lue sur la plateforme Cairn. Le livre lui-même est disponible sur cette plateforme.


On trouvera ici les annonces des rencontres publiques (à venir et passées) et les échos médiatiques.

Continuer la lecture de « Une histoire littéraire de la Révolution française : rencontres et échos »

Pourquoi je n’utilise pas l’IA

J’écris ce texte en février 2026 et je l’écris au présent, sans savoir ce que je penserai et ce que je ferai à l’avenir. J’aimerais d’ailleurs changer d’avis. S’il s’avérait, avec le temps, que les outils d’intelligence artificielle générative ne sont pas aussi nocifs que je le pense aujourd’hui, j’en serais heureux. Si seulement… Continuer la lecture de « Pourquoi je n’utilise pas l’IA »

L’histoire littéraire à l’épreuve des temps

J’ai soutenu mon habilitation à diriger des recherches samedi 25 janvier 2025 à l’Université Paris Cité.

L’ouvrage inédit du dossier présenté a pour titre Une histoire littéraire de la Révolution française. Construite à partir des dates de publication précises des ouvrages retenus, cette histoire retrace la chronologie des événements politiques et littéraires, depuis le 5 juillet 1788 jusqu’au 10 novembre 1801.

Le jury, présidé par Florence Lotterie, était composé de Paule Petitier (garante), Jean-Luc Chappey, Glenn Roe, Jean-Marie Roulin et  Corinne Saminadayar-Perrin.

Les premières fois de La Marseillaise dans les journaux de la Révolution

L’histoire de La Marseillaise a été beaucoup racontée. Michel Vovelle l’a fait admirablement en 1984 dans le chapitre Les Lieux de mémoires où il explique comment le chant de Rouget de Lisle et du maire de Strasbourg est devenu le chant des Marseillais, «rencontre exceptionnelle entre expression d’élite et ferveur populaire»1. Jean Renoir a fait de cette histoire un grand film en 1938: on y voit les Marseillais découvrir le chant grâce à un Montpelliérain qui l’a appris d’un Strasbourgeois. On y voit surtout les volontaires marseillais marcher jusqu’à Paris et entrer dans la capitale en chantant ce qui devient ainsi le chant des Marseillais, quelques jours avant de participer à la prise des Tuileries.

L’histoire de La Marseillaise est aussi une histoire d’imprimés. La première édition du texte est publiée à Strasbourg, avec paroles et musique, sous le titre Chant de guerre pour l’armée du Rhin, dédié au Maréchal Lukner. Cette publication de quatre pages n’est pas datée, mais on sait que Rouget de Lisle a composé le chant dans la nuit du 25 au 26 avril 1792 et que Luckner a cessé de commander l’armée du Rhin le 21 mai. L’imprimeur est Ph. J. Dannbach, Imprimeur de la Municipalité, ce qui suggère que le maire Dietrich est intervenu pour faire imprimer le chant après avoir demandé à Rouget de Lisle de l’écrire.

Les premières apparitions du chant dans les journaux permettent de s’interroger sur le rôle des imprimés dans sa diffusion et son succès. Elles invitent aussi à réévaluer la chronologie et la géographie des premiers temps de la Marseillaise.

Continuer la lecture de « Les premières fois de La Marseillaise dans les journaux de la Révolution »
  1. Michel Vovelle, «La Marseillaise. La guerre ou la paix», dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, [1984], Gallimard, «Quarto», 1997, vol. 1, p. 107-149 ; p. 112. []

Gallicagram: un outil d’exploration pour l’histoire littéraire de la Révolution

J’étais invité le 27 octobre dernier au Early Modern French Seminar à la Maison française d’Oxford. Le thème du séminaire, «Impressions», m’a incité à poser la question «Quels sont les imprimés qui ont fait impression pendant la Révolution française?» Je me suis surtout demandé quels moyens nous avons de répondre à une telle question. Ce qui reste de l’histoire littéraire de la Révolution française, ce que l’on peut voir, lire, étudier, ce sont surtout des imprimés. Certes, il existe aussi des manuscrits, dans des archives privées ou publiques, mais ils sont beaucoup moins accessibles. Les imprimés ont été conservés dès le moment de leur publication grâce au dépôt légal (supprimé en 1790, mais rétabli dès 1793). De nombreuses collections d’imprimés de la période révolutionnaire ont été acquises par les bibliothèques patrimoniales et tout particulièrement par la Bibliothèque nationale de France. Des catalogues spécifiques ont été constitués.

Continuer la lecture de « Gallicagram: un outil d’exploration pour l’histoire littéraire de la Révolution »

Comment s’appelait Madame Roland ?

Depuis 2019, les programmes d’histoire de première invitent à étudier «Madame Roland, une femme en révolution». Peut-on encore désigner une femme de cette manière aujourd’hui ? Sans prénom, en la réduisant à son genre et au nom de son mari ? En l’appelant «Madame Roland» on fait d’elle et de son époux un duo, un «tandem» comme le disent les documents d’accompagnement des programmes, un être à deux têtes et à quatre mains, mais qui n’a qu’un nom, le nom de l’homme.

Les arguments historiques en faveur de cette manière de la nommer sont faibles. Certes, c’est comme cela qu’elle est nommée dans la presse, la première fois qu’il est question d’elle en septembre 1792. Mais c’est Danton qui la désigne ainsi, pour discréditer son mari. C’est aussi sous le nom de « Madame Roland » que sont publiées ses Mémoires… en 1820, soit vingt-sept ans après sa mort. En revanche, sur la page de titre de la première édition de ces mémoires, publiés sous le titre Appel à l’impartiale postérité en 1795, elle est appelée « La citoyenne Roland ». Autrement dit et quoi que l’on pense de « Madame Roland » pour aujourd’hui, cette manière de la désigner n’est guère plus historique qu’une autre. Rien ne prouve qu’elle-même ait voulu être appelée ainsi.

Continuer la lecture de « Comment s’appelait Madame Roland ? »

Diderot et la Révolution : l’histoire d’une non-publication

Compte rendu de lecture. Caroline Warman, The Atheist’s Bible: Diderot’s ‘Éléments de physiologie’. Cambridge, UK: Open Book Publishers, 2020, https://doi.org/10.11647/OBP.0199 – CC BY 4.0

Version écrite d’une intervention à la Maison française d’Oxford le 17 mai 2022, à l’occasion de la présentation du livre par Caroline Warman.

Je ne dirai rien de la première partie de ce livre, qui présente les Éléments de physiologie de Diderot, qui fait le point sur leur réception critique, qui prouve leur importance pour Diderot lui-même et pour l’histoire de la pensée matérialiste, qui propose enfin une lecture détaillée du texte. La seconde partie du livre m’intéresse trop : je me précipite donc vers la page 179. Continuer la lecture de « Diderot et la Révolution : l’histoire d’une non-publication »

Olympe de Gouges au programme de la République

Commençons par le plus important : des dizaines de milliers d’élèves de première vont étudier un texte d’Olympe de Gouges pour préparer leur bac de français. C’est, de toute façon, formidable.

Je passe aussi sur le paradoxe d’un texte qui n’a eu aucun écho du vivant de son autrice, qui a été oublié pendant près de deux cents ans et qui est, désormais, un classique. J’en ai parlé ailleurs. En revanche, je voudrais faire quelques remarques et poser quelques questions sur la manière dont la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est inscrite dans les programmes du baccalauréat

La représentante officielle des Lumières

Les programmes de français sont organisés autour de grands genres littéraires. Au cours des vingt dernières années, ces genres se sont réduits à quatre : le roman, le théâtre, la poésie et l’argumentation qu’on appelle désormais la littérature d’idée.

Ce quatrième objet est susceptible d’une confusion qui lui est propre : quand on étudie la littérature d’idées, on a souvent tendance à accorder une importance plus grande aux valeurs que les textes sont supposés porter qu’à leurs qualités propres. Certes, on ne cherche plus à faire l’éducation morale des élèves avec les fables de La Fontaine, mais on continue à promouvoir l’humanisme et plus encore les Lumières.

Continuer la lecture de « Olympe de Gouges au programme de la République »

Sylvain Maréchal était-il un « bouffon réactionnaire » ?

L’affaire est connue. Enfin, c’est une façon de parler. Disons qu’elle est relativement connue: les écrits d’aujourd’hui qui portent sur l’histoire des femmes et du féminisme pendant la Révolution française mettent souvent en avant le Projet de loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes publié en 1801 par Sylvain Maréchal. L’affaire serait aussi entendue: l’athée, le révolutionnaire radical, le complice de Babeuf serait aussi un affreux misogyne. Y a-t-il meilleure preuve que la Révolution s’est faite contre les femmes?

Il y a aussi une femme dans cette affaire, mais elle reste dans l’ombre: Marie Armande Jeanne Gacon-Dufour, qui publie une réponse intitulée Contre le projet de S.*** M.*** portant défense d’apprendre à lire aux femmes. On signale souvent cette réponse en regrettant sa trop grande modération. On remarque parfois que Gacon-Dufour et Maréchal ont été très proches dans les mois qui ont suivi et on en tire des conclusions absurdes: c’est cette polémique qui serait à l’origine de leur relation. Que ne dit-on que les deux auteurs se connaissaient depuis longtemps? Et pourquoi a-t-on oublié le roman de Gacon-Dufour, La Femme grenadier, qui se termine par un hommage de Maréchal à l’autrice, placée au-dessus de toutes les Jeanne célèbres pour ses qualités morales et intellectuelles?

Continuer la lecture de « Sylvain Maréchal était-il un « bouffon réactionnaire » ? »

« Les discours font partie de l’histoire »

Je participe aujourd’hui au beau colloque Éloquence révolutionnaire et tradition rhétorique organisé par Patrick Brasart (université Paris 8), Hélène Parent (université Paris Nanterre), Stéphane Pujol (université Toulouse Jean Jaurès). Vous trouverez ici les références des ouvrages que j’évoque dans ma communication sur l’écriture de la parole politique dans les premières histoires de la Révolution, un choix de citations, ainsi que des liens vers les éditions originales numérisées. Je publie ces informations dans l’ordre de mon propos. Vous trouverez ailleurs sur ce carnet une bibliographie des premières histoires de la Révolution.

Continuer la lecture de « « Les discours font partie de l’histoire » »

Roman et histoire : la Révolution d’Émilie et de François Emmanuel Toulongeon

Version écrite d’une intervention dans le cadre du séminaire de Master 2 et doctoral de l’IHRF-IHMC «En faisant, en écrivant la Révolution», organisé par Colin Jones et Pierre Serna, le 25 novembre 2020.

À propos des Lettres de la Vendée, roman d’Émilie Toulongeon, et du premier volume de L’Histoire de France depuis la révolution de 1789, par François Emmanuel Toulongeon, publiés en 1801.

Continuer la lecture de « Roman et histoire : la Révolution d’Émilie et de François Emmanuel Toulongeon »

Sand, Mauprat et le Roi des Aulnes

« Je me trouvai donc orphelin à sept ans. Mon grand-père pilla dans la maison de ma mère tout l’argent et les nippes qu’il put emporter ; puis, laissant le reste, et disant qu’il ne voulait point avoir affaire aux gens de loi, il n’attendit pas que la morte fût ensevelie, et, me prenant par le collet de ma veste, il me jeta sur la croupe de son cheval. »

Édition Folio, p. 43-44.

Cette phase du premier chapitre du roman Mauprat de George Sand, au programme de l’agrégation de lettres pour l’année 2021, introduit une chevauchée cauchemardesque à travers la forêt : le cavalier emporte l’enfant à grande vitesse, raillant la peur de celui-ci et frappant son cheval. La chevauchée, évoquée pendant près d’une page, s’interrompt « vers minuit » quand, traversant un pont-levis, le jeune Bernard arrive à la Roche-Mauprat où il est remis à son oncle Jean.

Un homme et un enfant effrayé traversent une forêt à cheval pendant la nuit : le motif suffit à rappeler l’un des plus célèbres poèmes de Goethe, «Le Roi des Aulnes» (Erlkönig), écrit en 1782 et traduit en français à partir de 1818. Si les points communs entre le poème allemand et le récit de Sand sont à première vue trop maigres pour y voir autre chose qu’un simple écho, plusieurs éléments permettent en vérité de considérer cette page de Mauprat comme une véritable réécriture du «Roi des Aulnes».

Continuer la lecture de « Sand, Mauprat et le Roi des Aulnes »

La Révolution cataloguée

Où trouve-t-on les titres des ouvrages publiés pendant la Révolution française et les noms de celles et ceux qui les ont écrits ? Vous trouverez ci-dessous quelques éléments de réponse à cette question abordée à l’occasion du séminaire de master sur l’histoire littéraire de la Révolution française en octobre 2020. Continuer la lecture de « La Révolution cataloguée »

Des écrits qui agissent

Textes étudiés à l’occasion du séminaire de master sur l’histoire littéraire de la Révolution française le 7 octobre 2020.

Jean-Joseph Mounier, Nouvelles observations sur les États généraux de France, 1789.

Avertissement – On pourra me reprocher des longueurs, des incorrections ; j’ai eu trop peu de temps pour soigner mon style ; je n’ai pas même pu travailler de suite à ces Observations. J’ai été obligé de m’en occuper à mesure qu’on les imprimait ; je n’ai point eu d’autre but que celui d’être utile à ma Patrie.

Introduction – Les États-Généraux vont justifier ou détruire nos espérances. Ils vont établir, sur de solides bases, les droits du monarque et ceux du peuple, ou multiplier depuis les obstacles qui s’opposent depuis longtemps à leur félicité commune. L’esclave qui tente de briser ses chaînes, peut s’attendre à les voir resserrer, s’il ne parvient pas à les rompre.

Continuer la lecture de « Des écrits qui agissent »