Tous ces feux allumés pour éloigner la nuit
déroutent le repos du cœur et de l’esprit.
L’obscur y est plus dense et le silence faux,
à traquer la lumière ils épuisent son eau.
Tous ces feux allumés pour éloigner l’ennui
ont mélangé les âmes et renversé la vie.
Le néant des néants devenu pur joyau,
la chair la plus fragile un fantôme de peau.
Tous ces feux allumés pour oublier l’oubli
consument les regards et attisent l’envie.
Pleurez pour les éteindre et libérez les flots
qui brûleront le feu et l’autel des héros.
feu
Arbre …
Pendant que tu contemples
immobile
le ciel et son voyage lumineux
sans même une pensée
pour garder ou prolonger
la trace de l’instant
Pendant que tu écoutes
ton corps, ta sève,
rencontrer le monde du dehors
à travers l’écorce de tes vies passées
Pendant que toi et tes semblables
inventent la forêt
le feux apprend à se servir de l’homme.
Lenturies XI
(Lélio Lacaille, après deux mois de retraite dans un placard, dans le but d’échapper aux lois de confinement – lesquelles visaient à donner un temps de répit à la gente animale, aux forêts, et à l’atmosphère de la planète – glissa la tête au dehors et fut saisi par la beauté de la toile qu’une araignée avait tissée dans l’encadrement d’une fenêtre.
C’est à cette occasion qu’il écrivit ce quatrain des Lenturies dont le numéro correspond intimement avec celui-ci.)

Couronne Franc pays teintera en moitié
Au premier saint glacé du joli mois de may.
Des contrées fort marries d’être couleur de sang
Feront un fort boucan à l’huis des gouvernants.
Maurice de Thaelm a proposé, un peu à la manière des commentaires de Jean Richer, concernant le poème El Desdichado (Nerval) dans « les cahiers du sud« , quelques pistes pour ce 41*
Couronne : (corona) Pourrait être en rapport avec un maléfice qui s’empara des esprits et des chairs et ravagea la planète dans un temps lointain.
Saint glacé : On peut y voir une correspondance avec un jour de mai où le froid, avant le grand réchauffement climatique, faisait souvent un retour en force, au grand détriment des arbres fruitiers.
Marries : Vocable archaïque en rapport avec une grande contrariété (Dictionnaire Lachâtre Tome II … ne pas le chercher dans le musée de l’internet « Gallica » il semblerait que ce second tome ait été subtilisé par un opérateur qui a mis en ligne, en place de celui-ci, une copie du premier tome (il y aurait eu un signalement de cette disparition au début du XXIème siècle, mais sans effet. Cela n’a, semble-t-il, gêné personne)
L’huis : Mot disparu, désignant une porte. Il semble qu’ici il y ait une allusion au Premier Français d’une longue lignée d’homme (à la prétention) solaire. Celui-ci était roi, un autre fut empereur, … il y eut aussi un général, etc.
Boucan : Ce mot désigne un feu, une fête bruyante, originellement de pirates des Caraïbes. Particulièrement utilisé en Haïti, il peut avoir été utilisé par Lélio Lacaille (voir ses origines) en référence à l’un des personnages cités plus haut qui n’a su que par traîtrise endiguer une menace à sa toute puissance, « Louverture » espérée par le peuple depuis sa réduction à n’être que le peuple. Louverture que n’attendent plus les peuples depuis que nous habitons sous la surface de la terre.
*Lorsque 4 vers ne font qu’1
Les Mots



Les mots
Il ne pouvait se contenter de les regarder
Alors, il tournait autour comme un voleur
cherchant à les prendre avec les mains
sans trop se brûler
Fiévreux hésitant, il s’approchait, se reculait
puis s’approchait à nouveau
redoutant d’attendre trop
et de ne plus étreindre alors
que des cendres
Cellule 37 – Poème 3

Tel
Que l’eau
N’aurait pu
Mieux caresser
Tous ces lieux de peau
qui sont plaisir
quand le feu
les prend
Tel
Une lecture possible
Une petite flambée – I
Il ne faisait pas particulièrement froid, mais René aimait bien le petit déplacement d’air chaud et cette lumière orangée que lui procurait le feu de la cheminée. Un peu aussi l’odeur du bois et de ses fumées.
Appuyée sur l’un des murs de la pièce, celle qui lui faisait face en occupait pour ainsi dire la totalité. C’était une de ces immenses cheminées telle qu’on peut en voir dans les anciennes demeures campagnardes, autrefois propriété de quelque petit noble de province.
Deux bancs en pierre sur chaque côté, à l’intérieur même de l’âtre, permettaient à plusieurs personnes de se tenir, au chaud, tout près du foyer. Bien sur, il était rare qu’on donne au feu lui-même beaucoup d’ampleur. Uniquement au moment de l’allumer, lorsque, avec du petit fagot, et des branches bien sèches, on y faisait une grande flambée, de façon à obtenir suffisamment de braises pour que des bûches de tailles moyennes, une fois posées bien au centre, s’y embrasent spontanément.
Pour lors, René face à la flamme, regardait deux bûches croisées l’une sur l’autre se consumer tout en donnant dans leur partie la plus chaude, une petite zone de flammes hésitantes qui disparaissaient de temps à autre au gré des caprices de tout ce petit monde si complexe qui favorise, étire, bouscule ou étend, le feu.
Bientôt, il eut envie de plus de chaleur, de plus de lumière. Il voulut que cette zone où les couleurs dansaient s’étende, se développe. Que les petites langues qui léchaient le bois se redressent, et se rassemblent en une flamme plus consistante. Que celle-ci bondisse joyeusement, qu’elle chante en éclats.
René se disait, à juste titre, qu’il était bon, de temps à autre pour éliminer les traces de suie, bistres et calamine, tant dans le foyer que dans le conduit, de faire donner à la flamme sa pleine puissance, quitte à provoquer un petit feu de cheminée. N’était-ce pas ainsi que les anciens pratiquaient, pour faire disparaître tout qui ce dans ces lieux d’amoncellement des fumées, résistait au ramonage le plus énergique.
Ainsi, peu à peu, René se mit à charger de plus en plus sa cheminée.
Il aimait l’entendre chanter. Parfois en émettant des sons proches du ronflement d’un dormeur repus, et de temps à autre sous la forme de petits sifflement, si discret qu’une fois éteint on croyait les avoir rêvés.
Le feu occupait maintenant la moitié du foyer. René avait été faire une énorme provision de bois au dehors, sous l’appentis, de façon à ne plus avoir à se déplacer de toute la soirée. Il faisait une chaleur de fournil, mais plus la température du foyer augmentait, et plus René sentait le froid caresser, pétrir la partie du dos qu’il n’avait pas réussi à blottir contre le dossier de son fauteuil. Aussi, même s’il transpirait abondamment, son corps exigeait plus de chaleur.
Grisé par cet avant-goût de l’enfer, cet excès dont il était conscient, mais qui exigeait de lui un excès supplémentaire, René était au cœur des flammes.
… (À suivre)