L’Unique – Chapitre 14

À la grande satisfaction de sa rivale en tout, il lui proposa de jouer à la « tapette ».
Ce jeu, de mains de gamins – « de vilains » (de Malin ?) ajoutent souvent les adultes – et de claques qui dégénère assez facilement en bagarre pour les participants.

À ce jeu, sa sœur était d’ordinaire imbattable.
Cette boule de nerfs où siégeaient une volonté farouche et un tempérament d’une nature guerrière, gagnait à tous les coups.
Sa gifle cinglante ne manquait jamais une des deux mains posées contre la paume des siennes.

« Aïe ! Mais t’es devenu un monstre ou quoi ? grogna-t-elle, les joues rougies moins par la douleur que par l’embarras.
Depuis quand tu sais faire ça ? » 

Osipii éclata de rire, savourant sa victoire.  « Disons que j’ai appris à être… spontané, répondit-il, énigmatique. Allez, on continue ! »

Dernier plan – XXIII – l’estompe


S’effacer
derrière le rideau de flamme
des colères et de leurs guerres.
Retirer les sandales sur le pas de la porte
et courir, le pied nu
à s’en déchirer la peau
– garder la certitude d’être encore vivant –
derrière tout ce qui fuit
vers la mer,
dans une pluie chaude
qui est si peu de l’eau
et tant de larmes,
à l’écoute,
en cette course vaine,
de la plainte lointaine
qu’une kora mélancolique et inquiète
diffuse
en appel
pour l’oreille qui peut encore entendre.


L’Unique Chapitre XII

Et ce manque de clarté dans l’orientation du livre le déroute, le rend perplexe, tout en piquant cependant sa curiosité.

Va-il vers une nouvelle déception ?

Il voudrait tant que ce phénomène de la ZED donne le jour à une véritable aventure fantastique… quelque chose comme Zanoni de  Bulwer-Lytton, ou le Golem de Gustave Meyrink, jusqu’aux dernières lignes lues, il en était bien loin !

Un autre détail le chagrine un peu : L’absence d’Eonii qu’Osipii semble avoir oubliée.

Une goutte, parut s’arrêter sur le carreau, suspendue un instant, avant de glisser et de disparaître.

Osipii avait regardé cette scène et semblait perdu dans ses pensées.

« …Cette goutte…

[Siwiom ! Siwiom ! Siwiom !]

Rien n’avait justifié son immobilité, choisissait-elle le moment pour tomber ? »

L’Unique Chapitre XI

À la lecture de ce passage, Un sourire apparait sur les lèvres d’Irénée.

[Qataek ! … Qataek ! … Qataek ! … Qataek !]

Il pense à la fin de son adolescence, lorsqu’il rencontra, dans un, puis plusieurs livres, l’étonnant personnage connu sous le nom de Gurdjieff. Cet homme, à la réputation sulfureuse qui avait créé une école de l’éveil, affirmait que la presque totalité des humains traversaient la vie, dans un état de semi-somnolence.

L’Unique Chapitre X

Irénée referme son livre. Lui vient à propos du nombre une définition de son cru avec laquelle il était parvenu à faire sourire Aimée.

Le nombre est ce qui reste d’un sac d’orange, lorsqu’on a retiré le sac … et les oranges.

Il repense alors au héros de son livre et se met lui aussi à chercher le « déclencheur » idéal. … Comme si l’ayant trouvé, il pouvait aider Osipii dans sa quête.

Tromper le nombre, leurrer le malin, serait-ce toucher l’espace derrière le miroir ?

Sont les mots du jour qu’Irénée dépose dans un de ses carnets.

Premier plan XIX (déd. André Dh.)

On pourrait aussi bien
décider
de tout brûler
et partir.
Avec juste un chien dans les jambes
et la plume au chapeau.
Pour la direction,
on s’en remettrait au premier oiseau,
ou la première brise,
pourvu que l’hésitation résiste
aux flammes des craintes paresseuses.
Alors,
comme un ruisseau,
en suivant la pente la plus facile,
la plus accueillante,
nos pas, agiles,
gorgés d’une paresse tiède,
traceraient,
pour nos enfants à venir,
un passage

L’Unique Chapitre IX

Timide dans ses rapports avec les autres, en cette matière et seulement en celle-ci, Osipii     s’animait et intervenait souvent en classe en des réponses, que lui jugeait pertinentes et inventives, mais qui contrariaient fort son professeur. Lequel les considérait la plupart du temps comme hors sujet, voire même impertinentes.

Le dernier coup d’éclat d’Osipii avait concerné une question d’algèbre.

Pour introduire une leçon sur le calcul algébrique, le professeur avait écrit au tableau.

3 carottes + 2 navets + 5 carottes + 8 navets = ?
avec l’intention de passer par la suite à l’écriture abstraite 3a + 2b + 5a + 8b devant conduire après calcul à 8a + 10b

Et Osipii avait immédiatement levé le doigt, puis , sans attendre l’autorisation qui tardait un peu, répondu.

« 18 légumes ! »

Un fou rire traversa la classe.

Cette fois-ci,  le professeur qui comptait conclure sur « On ne peut pas additionner des carottes et des navets », grand classique des mathématiques, se mit immédiatement en colère.

« Osipii tu n’es pas là pour amuser la galerie.

Ta réponse n’a rien à voir avec les mathématiques.* »
__________
(* et pourtant … si !)


La traque des impostures 83

Il a lu sur les murs de la ville,
sur les pancartes que les trottoirs brandissent
la chair offerte au vent des yeux
les mots en bas noirs à résilles.

Il a lu en ses livres de classe
formules et lois qui régissent le monde
La règle et l’équerre qui partout gronde
Redresse le sourire dans la glace.

Il a lu et rendu la lettre dans l’assiette,
le mot dans le fossé, la phase sur l’affiche,
puis a lavé son corps de ces signes trop riches
qui lui aspiraient l’âme au fond des oubliettes

Il a lu, ne lit plus, l’univers éventré,
aplati sur la feuille, trahi par son image.
Les lignes désormais, ne sont plus une cage.
Sur le ventre du monde, il s’en va illettré.

La traque des impostures 82


Tourne les pages de ta vie
Les grandes feuilles vibrantes
gravées de signes de musiques pénétrantes
que parfois ta paresse a jaunies.
Tu y verras l’éclat d’étoiles éphémères
la clarté mourante du jour qui s’éteint
comme tu lui refuse le bois de ton corps,
l’ardeur de ton regard
et ta douleur.
Si ton ciseau entaille
la pierre grise des jours d’ennui,
pour que le cœur jaillisse,
fleur fragile, rose sous le soleil
si tes pas te conduisent
où la prière monte sereine
et légère vers le ciel,
tourne les pages de ta vie
et préserve en ton âme la pâleur du silence,
sans crainte, attend la nuit.