Serena Rubinelli, portrait d’une archiviste en mobilité à la Contemporaine dans le cadre du projet européen ACTIVATE
La Contemporaine accueille entre 2025 et 2028 chercheurs et professionnels des archives en mobilité dans le cadre du projet européen Activate. Une série de billets publiés sur le carnet Hypothèses de la Contemporaine dresse le portrait de ces chercheurs et professionnels à la découverte des fonds de l’institution.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Serena Rubinelli, je suis historienne et archiviste à la Fondation Giangiacomo Feltrinelli et aux archives historiques de Giangiacomo Feltrinelli Editore depuis 2021, où je m’occupe de la conservation et de la mise en valeur des fonds. J’ai étudié aux universités de Padoue et de Pise, et j’ai effectué des séjours d’études et de recherche en France, notamment à l’EPHE et à l’EHESS. J’ai obtenu le diplôme d’archiviste à l’École d’archives d’État de Mantoue. En tant qu’archiviste, j’ai collaboré avec différentes institutions, notamment l’Istituto nazionale Ferruccio Parri, la Società Italiana per lo Studio della Storia Contemporanea et la Biblioteca Civica de Vérone.

Serena Rubinelli à la Contemporaine en octobre 2025. Photo : Élise Lehoux – La Contemporaine.
Pouvez-vous présenter votre institution ?
La Fondation Giangiacomo Feltrinelli est une institution culturelle basée à Milan, référence en matière d’étude de l’histoire contemporaine et des grandes transformations de notre époque, notamment l’innovation technologique, la démocratie, le développement durable, le travail, les inégalités et les migrations. Fondée en 1949 par Giangiacomo Feltrinelli, la Fondation a pour mission de rassembler, conserver et mettre en valeur un patrimoine documentaire unique consacré à l’histoire politique, économique et sociale d’environ 1,5 million de documents, 250 000 ouvrages, 17 500 périodiques et 16 000 affiches, tracts et annonces sur les thèmes de la société égalitaire, de la mondialisation et du multiculturalisme, sur les modèles d’interaction entre les citoyens, leurs droits et les formes de représentation.
Grâce à ce patrimoine écrit, de rayonnement international, , la Fondation est devenue, au fil du temps, une référence pour les chercheurs, les institutions et les citoyens encourageant la recherche, la formation et le débat public sur des thèmes historiques, politiques, économiques et sociaux, en favorisant un dialogue constant entre le monde universitaire, les entreprises, les institutions et la société civile.
Quel a été votre projet lors de cette mobilité à la Contemporaine ?
J’ai été en mobilité à la Contemporaine pendant deux semaines du 6 au 20 octobre 2025. Mon projet consistait à découvrir les collections, les méthodes de collecte et d’acquisition, les pratiques de conservation et la valorisation des archives de la Contemporaine, ainsi qu’à recueillir des données à ce sujet, afin de les mettre en perspective de manière comparative et transnationale avec l’histoire de la Fondation Giangiacomo Feltrinelli et avec le reste du work package 2 du projet Activate. Ceci m’a permis de collaborer avec l’équipe des archives afin de découvrir et de me familiariser avec leurs méthodes et façons de travailler avec les archives, ainsi que de faire des recherches sur des collections spécifiques qui, par leur période, leur contenu et les événements concernés, pourraient constituer des études de cas pour une comparaison concrète avec les collections de la Fondation Giangiacomo Feltrinelli, en particulier sur les thèmes de la solidarité politique et sociale avec les causes non européennes, toujours dans l’optique de recueillir des données contribuant à l’histoire comparative et transnationale qui fait l’objet du WP2.
Pouvez-vous nous faire part de découvertes réalisées dans les fonds de la Contemporaine ?
À travers le fonds d’archives de la BDIC, j’ai découvert que les contacts entre les deux institutions remontent à la fin des années 1950, alors que la Fondation Feltrinelli n’avait pas encore dix ans et n’était encore qu’une bibliothèque. Pour les années 1950-1970, les contacts concernent surtout l’échange de documents en double ou la demande de copies de documents particulièrement intéressants à intégrer aux collections respectives. Cette dernière a été une pratique commune à de nombreuses institutions de conservation, qui a fini par disparaître avec l’avènement du numérique, la consultation à distance permettant désormais de s’affranchir des distances physiques. Entre les années 1980 et 1990, les échanges épistolaires se multiplient entre les deux institutions afin de discuter de la création de leurs sections respectives consacrées aux pays de l’est, tels que la Pologne et la Tchécoslovaquie, alors en pleine mutation. Toujours sur le fondement de cet intérêt commun pour la collecte et la sauvegarde des traces des transformations en cours, j’ai trouvé très intéressant de voir la mise en place, au cours de ces années-là, de véritables projets de collaboration entre les deux institutions pour la mise en sécurité d’archives menacées de destruction ou de dispersion. Par exemple, le projet collectif de microfilmage et d’accueil temporaire des fonds du Movimiento Nacionalista Revolucionario bolivien, entre 1996 et 1997, en accord également avec le Centro de capacitación, investigación y documentación (La Paz), l’Institut international d’histoire sociale (Amsterdam) et le Centro de información documental de archivos (Madrid), ou encore la tentative — tardive — de sauvetage des archives de la Federación nacional de trabajadores mineros, metalúrgicos y siderúrgicos péruvienne, au milieu des années 1990. Ces projets, ainsi que d’autres auxquels ont d’ailleurs participé d’autres partenaires du projet Activate (par exemple Amsterdam), témoignent d’une période — qu’il reste encore à explorer et à reconstituer — qui fournit des données très intéressantes sur le rôle des institutions de conservation dans la collecte et la préservation des sources des mouvements politiques et sociaux ayant contribué, et contribuant encore, aux transformations historiques.
Serena Rubinelli, portrait of an archivist at la Contemporaine for the ACTIVATE project
Between 2025 and 2028, la Contemporaine will be hosting a number of visiting researchers and archivists as part of the European Activate project. These researchers and archivists are profiled in a series of posts published on la Contemporaine’s ‘Hypothèses’ blog, as they explore the institution’s collections.
Introduction of the visiting scholar
My name is Serena Rubinelli, and I have been a historian and archivist at the Fondazione Giangiacomo Feltrinelli and the historical archives of Giangiacomo Feltrinelli Editore since 2021, where I am responsible for the conservation and enhancement of the collections. I studied at the universities of Padua and Pisa, and undertook study and research stays in France, notably at the EPHE and the EHESS. I obtained my archivist diploma from the State Archives School of Mantua. As an archivist, I have collaborated with various institutions, including the Istituto nazionale Ferruccio Parri, the Società Italiana per lo Studio della Storia Contemporanea, and the Biblioteca Civica of Verona.
Presentation of your institution
Fondazione Giangiacomo Feltrinelli is a cultural institution based in Milan and a leading centre for the study of contemporary history and the major transformations shaping our time, particularly technological innovation, democracy, sustainable development, labour, inequalities, and migration. Founded in 1949 by Giangiacomo Feltrinelli, the Fondazione’s mission is to collect, preserve, and promote a unique documentary heritage dedicated to political, economic, and social history. Its collections comprise approximately 1.5 million archival documents, 250.000 books, 17.500 periodicals, and 16.000 posters, leaflets, and printed materials relating to themes such as egalitarian society, globalisation, multiculturalism, and the evolving relationship between citizens, their rights, and forms of political representation. Thanks to this internationally significant archival and library heritage, the Foundation has become a leading reference point for researchers, public institutions, and the wider public. It promotes research, education, and public debate on historical, political, economic, and social issues, fostering an ongoing dialogue between academia, businesses, public institutions, and civil society.
What is your project at la Contemporaine?
I was on a mobility placement at La Contemporaine for two weeks, from 6 to 20 October 2025, and my project consisted of finding out about the collections and the methods of collection and acquisition, the conservation practices, and the enhancement of La Contemporaine’s archives, both past and present, as well as gathering data on these matters, in order to discuss them in a comparative and transnational way with the history of the Fondazione Giangiacomo Feltrinelli and the rest of the WP2 research group of Activate project. This involved collaborating mainly with the archives team in order to discover and learn about acquisition methods, work, conservation practices, and valorisation, as well as researching specific collections which, in terms of period, content, and events, could constitute case studies for concrete comparison with the collections of the Giangiacomo Feltrinelli Foundation, particularly on the theme of political and social solidarity with non-European causes, always with a view to gathering data to contribute to the comparative transnational history that is the subject of WP2.
Works and discoveries
Through the BDIC’s archival fund, I discovered that contacts between the two institutions date back to the late 1950s, when the Fondazione Feltrinelli was not yet 10 years old and was still only a library. For the 1950s-1970s, the exchanges mainly involved duplicate documents or requests for copies of particularly interesting materials to be added to their respective collections. This latter practice was common to many conservation institutions, and it eventually disappeared with the advent of digital technology, as remote consultation now makes it possible to overcome physical distances. Between the 1980s and 1990s, correspondence between the two institutions became more frequent as they discussed the establishment of their respective sections dedicated to Eastern European countries, such as Poland and Czechoslovakia, which were then undergoing major transformations. Building on this same shared interest in collecting and safeguarding traces of the transformations under way, it was interesting to piece together how, during these same years, genuine collaborative projects emerged between the two institutions to secure archives at risk of destruction or dispersal. One example is the joint project for the microfilming and temporary housing of the collections of the Bolivian Movimiento Nacionalista Revolucionario, between 1996 and 1997, carried out in agreement with the Centro de capacitación, investigación y documentación (La Paz), the International Institute for Social History (Amsterdam), and the Centro de información documental de archivos (Madrid); another is the — belated — attempt to rescue the archives of the Peruvian Federación Nacional de Trabajadores Mineros, Metalúrgicos y Siderúrgicos, in the mid-1990s. These and other projects — in which, incidentally, other partners of the Activate project also took part (e.g. the IISH) — bear witness to a period (still to be researched and reconstructed) that provides highly interesting data on the role of conservation institutions in collecting and preserving the sources of political and social movements that have contributed, and continue to contribute, to historical transformations.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
LC Admin (17 août 2026). Serena Rubinelli, portrait d’une archiviste en mobilité à la Contemporaine dans le cadre du projet européen ACTIVATE. La Contemporaine : bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains. Consulté le 9 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16o0a



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