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Séminaire sur l’histoire de la Contemporaine : compte-rendu de la séance 2 (15 avril 2026) – La Contemporaine dans son siècle et son territoire

Interventions d’Alain Bocquet, Rosa Olmos et Aldo Battaglia

Alain Bocquet, secrétaire général de la Société d’histoire de Nanterre,« Nanterre, une ville et un campus aux histoires mêlées »

Publications de la Société d’histoire de Nanterre

En 1917, les autorités nationales s’emparent de l’aviation pour faire la guerre. Cela se concrétise, à Nanterre, par la création d’un camp d’aviation. La Contemporaine prend naissance à ce moment, par la donation des époux Leblanc.

Lors de la première rentrée universitaire de l’université de Nanterre (alors encore une annexe de la Sorbonne), en septembre 1964, les bâtiments du camp d’aviation sont encore présents (lorsqu’on entre sur le campus, il faut imaginer à droite les bâtiments du camp d’aviation, face aux bâtiments historiques de l’université sur la gauche).

Le mariage entre les étudiants trublions parisiens et les usines alentour ne se passe pas très bien, difficulté qui n’est encore pas résolue à ce jour : Alain Bocquet a passé sa vie à essayer de marier la ville de Nanterre et la BDIC.

La Contemporaine est aujourd’hui un bâtiment qui donne sur un cours public. A. Bocquet évoque un projet immobilier où il était envisagé que la BDIC déménage sur l’île Seguin, à Boulogne. Un ancien adjoint au maire de Nanterre, Michel Laubier, et l’ancienne directrice de la BDIC, Geneviève Dreyfus-Armand, se sont battus pour que la BDIC n’aille pas sur l’île Seguin, projet défendu par le maire de Boulogne. A. Bocquet ne sait pas si des archives existent à ce sujet.

Les relations entre les hommes et les femmes ont été capitales : les rencontres jouent un rôle important pour faire le lien entre l’université, la ville et la Société d’histoire de Nanterre. L’histoire de Nanterre colle aux centres d’intérêts de la Contemporaine.

Un autre témoin de cette histoire est Brahim Benaicha. À Nanterre, l’immigration algérienne est très importante. À cause des événements particuliers qui affectent cette immigration, la BDIC a aidé à ce qu’un boulevard du 17 octobre soit créé à Nanterre.

A. Bocquet félicite l’équipe de la formation pour le développement de toutes les activités pédagogiques, notamment à destination des scolaires. Cela permet aussi bien souvent de toucher leurs familles (il donne l’exemple d’un atelier sur la première guerre mondiale, où des familles accompagnatrices étaient présentes).

Les sujets de collaboration sont nombreux, autour des journées du patrimoine ou de Monique Hervo (au nom de laquelle la ville a décidé d’ouvrir une rue). Tout un travail est maintenant mené autour de la mémoire de Monique Hervo.

En termes de sources et d’archives, il n’y a pas une “boîte la Contemporaine” au sein de la Société d’Histoire de Nanterre (SHN). Pour retracer cette histoire, il serait intéressant d’aller rechercher les relations entre la Contemporaine et la ville dans la presse.

Alain Bocquet est disponible pour témoigner.

Rosa Olmos, ancienne chargée de l’audiovisuel à la Contemporaine, “La Contemporaine (BDIC) et la ville de Nanterre (2005-2023) : un projet audiovisuel”

Début 2005 : Rosa Olmos fait la connaissance de Laurent Véray qui voulait animer un atelier d’archives audiovisuelles avec ses étudiants. Il manquait des ressources : les étudiants sont allés à la SHN et aux archives départementales. Les étudiants sont lancés sur le terrain. Ce travail aboutit à six films qui se trouvent aujourd’hui dans le catalogue, ainsi qu’une exposition. Le maire de Nanterre a été invité pour l’inauguration.

En 2007, un historien est venu à la BDIC, M. Daho Djerbal. Il a mis en contact Rosa Olmos avec le Centre culturel français d’Alger et l’a invité à venir présenter la BDIC. Elle est alors en contact avec la bibliothèque nationale d’Alger (autour d’une idée d’exposition sur Élie Kagan et d’un projet de don de photographies du 17 octobre).

En 2008, Rosa Olmos part avec Geneviève Dreyfus-Armand à Alger. Ce voyage est l’occasion d’un don de tirages d’Élie Kagan à la bibliothèque nationale d’Alger. Puis, à l’occasion de l’annonce dans le journal municipal Nanterre info de la mise en place d’un jumelage à Guemar par le maire Patrick Jarry, l’idée germe de lancer une collecte de sources orales. À cette occasion, la fontaine de l’ancien bidonville, rue des Pâquerettes, est donnée à la ville de Guemar. Cette information fait germer l’idée de lancer une collecte de sources orales. 

Une convention cadre est signée en février 2010 entre l’université Paris Ouest Nanterre et le Centre universitaire d’El Oued, en février 2010, pour encadrer ce projet. Cette dernière a permis le financement de la collecte ; tous les voyages ont pu être financés (par le biais de cette convention). Chaque professeur avait des missions de son laboratoire. C’est à cette époque que débute également le séminaire sur l’immigration au département d’histoire (Muriel Cohen, Marie-Claude Blanc-Chaléard). Des historiens d’El Oued et la directrice de la bibliothèque de ce centre universitaire sont aussi venus à la BDIC.

En 2011, un premier repérage a eu lieu en Algérie, associé à une collecte de sources à Nanterre. Un premier colloque a lieu le 17 octobre 2011 (cf. programme). À cette occasion a été lancé un appel à témoignage : des étudiants sont venus pour faire des témoignages de personnes qui ont participé au colloque. 

Ont suivi pendant une semaine des collectes d’entretiens en Algérie avec trois équipes de collecteurs (Muriel Cohen, Marie-Claude Blanc-Chaléard avec des étudiantes et étudiants, Rosa Olmos et son équipe).

Bilan de la collecte : 32 entretiens ont été réalisés dans la région d’El Oued, 12 entretiens à Nanterre en 2013.

Lien vers le support

Lire un entretien avec Rosa Olmos

Discussion (synthèse)

La discussion permet de rappeler l’importance des relations entre la ville et l’institution, ce dont on se réjouit car pendant longtemps, la BDIC était isolée de la ville. Très belle aventure que celle décrite par Rosa Olmos. Les relations avec la ville de Nanterre ont toujours été positives, cordiales (expositions avec des photos de Pottier, de Kagan). L’échec du projet à l’île Seguin (entraîné par la défaite électorale du maire de Boulogne d’alors) a permis à l’université de Nanterre de prendre conscience de l’exceptionnalité de la BDIC sur son campus. Jusqu’alors, les relations étaient difficiles et les dotations, sous-estimées. L’université de Nanterre a été, à partir de là, réceptive aux demandes d’agrandissement du bâtiment.

La description de ces interactions montre bien l’importance de l’informel, des liens humains, de ce qu’il a été possible de faire grâce à l’investissement de gens avec leur énergie et leurs moyens : du bricolage qui donne de très beaux résultats !

À la Société d’histoire de Nanterre, la vedette continue d’être les bidonvilles. Cette histoire continue de n’être pas suffisamment racontée. Les étudiants viennent pour qu’Alain Bocquet leur parle de leurs parents. Il n’existe pas “un” bidonville à Nanterre : celui que les étudiants voyaient en venant à l’université, c’était celui de La Folie et rue de La Garenne mais il y en avait douze, treize ou quatorze en fonction des époques. Le seul bidonville que les étudiants auraient pu apercevoir est un petit bidonville au niveau de l’autoroute. Le plus proche était celui du Petit-Nanterre, de l’autre côté des voies de la gare. Sur le campus, c’était un camp militaire. Il n’y avait pas non plus de bidonvilles dans le parc André-Malraux.

La SHN a été fondée au début des années 1970 par Raymond Barbet, maire de Nanterre depuis 1935. Dans le même temps, le maire évoque auprès d’A. Bocquet, embauché en 1970 au service de l’éducation de la Ville, la future création d’un musée d’histoire locale. La SHN a été remise en route dans les années 1980. 

Aldo Battaglia, responsable des collections d’oeuvres d’arts et d’objets à la Contemporaine : « La BDIC à l’épreuve de la deuxième guerre mondiale »

Ce sujet est finalement beaucoup plus vincennois que nanterrien. 

Rappel sur l’histoire de l’institution : il s’agit d’une bibliothèque-musée de la guerre, ce qui est spécifique et nouveau dans les années 1910-1920.

Lors de l’installation au château de Vincennes, les étages consacrés au public occupent le rez-de-chaussée et le premier étage. Il y a deux ailes, dont l’une est consacrée aux événements français et l’autre (l’aile nord) aux événements dans les pays alliés ou ennemis. Cf. le plan du musée, représenté dans le guide du Musée de la grande guerre (édition de 1939) : on y trouve la description des différentes salles. Un des bijoux de famille d’alors : les médailles allemandes et autrichiennes.

Les deux salles, 6 et 7, sont toujours visibles aux archives historiques de la marine : elles conservent encore une partie du mobilier et des moulures. C’est tout ce qui reste d’original après l’incendie de 1944.

Aldo Battaglia décrit ensuite une série d’œuvres présentes dans les collections, dont certaines acquises par les Leblanc. Il décrit deux tableaux conventionnels pour l’époque (image de gauche acquise par les Leblanc, alors que l’image de droite, un George Scott de la collection Vernay, a été acquis il y a une quarantaine d’années, contre des objets dont un fusil). C’est un des derniers tableaux de ce peintre : seule image qui n’était pas présente dans les faits qui vont être évoqués ensuite.

On aurait pu avoir des œuvres “kitsch” aussi : A. Battaglia décrit un projet de carte de vœux, de dessins humoristiques. On a perdu aujourd’hui le mode d’emploi de la rigolade du siècle dernier.

Parmi les bijoux de famille, on a des tableaux de Pouzargues (acquis en 1939), Maurice Denis et les trois tableaux de Félix Vallotton ; tableaux faits en 1917 lors d’une mission au front et acquis lors d’une exposition des artistes missionnés.

On a également des œuvres plus documentaires qu’artistiques (M. Huguet faisait des dessins et aquarelles qui se retrouvaient dans un journal de tranchées), ainsi que du dessin documentaire (Alfred Boisfleury).

Parmi les acquisitions de 1919 par les successeurs de Leblanc, il cite une série de cent soixante insignes de camions de ravitaillement de l’armée. Il reste dix-huit insignes de la collection initiale.

Comment nos prédécesseurs étaient-ils ouverts à la qualité de la représentation, à sa qualité documentaire, aux formes artistiques nouvelles à l’époque (André Mare, Jacques Villon) ? Les Leblanc ont aussi acquis du Fernand Léger. 

En quoi la collection que les Leblanc et ses successeurs ont constituée entre 1914 et 1939 était-elle novatrice ? Elle fonctionne encore aujourd’hui : certains étudiants demandent à travailler sur tel aspect. Les étudiants travaillent surtout sur un artiste donné mais peu sur des sujets transversaux.

La recherche historique évolue (éclairages différents sur les mêmes matériaux), sans oublier les collections d’affiches, photos, objets (armes, souvenirs divers, imageries, céramiques, jouets, médailles, textiles, alimentation, timbres et vignettes…).

Les événements suivants :

  • août 1939, fermeture au public du château de Vincennes et ouverture en novembre 1939 d’une salle de lecture au 105 rue du Bac (principaux fichiers et documents fréquemment consultés en salle de lecture, navette avec Vincennes) ;
  • septembre-novembre 1939, évacuation des œuvres, le conservateur René-Jean finit par avoir accès aux camions du Louvre qui partaient pour le château de Chambord, il a alors fallu en décadrer un grand nombre de tableaux (cf. photos des œuvres estampillées “BMG” entreposées à Chambord : Bundesarchiv Koblenz) ;
  • en avril-mai 1941, une mission allemande se rend à Chambord, intervient sur les collections (amiral Lorey, directeur du musée de la guerre) et emporte 590 pièces (auxquelles il convient d’ajouter celles prélevées à Vincennes et les milliers d’autres disparues dans l’incendie du musée de 1944) ; il y a aussi eu des vols à Vincennes (les clefs ont été rendues au directeur l’après-midi de l’incendie des locaux) ;
  • 24 août 1944, explosion au château de Vincennes (dans le dépôt de munition au sous-sol), l’incendie dure dix jours (photographies de l’incendie du pavillon de la reine), la tour de la reine a résisté à l’incendie mais les trois quarts des 90 m2 de façade ont brûlé ;
  • d’après une expertise, 84% de la collection est perdue ;
  • la bibliothèque obtient l’immeuble “Musée du Luxembourg” mais aucun espace n’est laissé disponible pour déballer les caisses des objets entreposés à Chambord (caisses revenues de Chambord en juin 1946)…
  • la bibliothèque de la BDIC déménage au 5 rue Vacquerie, dans le Ve arrondissement, en juillet 1949 ;
  • à l’été 1955, une première exposition au pavillon de la reine a lieu, plusieurs expositions y sont organisées jusqu’en 1973, date à laquelle le pavillon a été donné au service historique de la marine.
  • en 1970, la bibliothèque s’établit à Nanterre.

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Discussion

Les commissions de récupération après la guerre ont eu la liste des pièces à récupérer en Allemagne. On dispose de la liste de ce qui a été prélevée uniquement le premier jour (celle du deuxième jour n’est pas connue). Les commissions n’ont jamais rien récupéré de ces œuvres.

Pendant la guerre, les fiches des ouvrages interdits ont été enlevées.

Il serait intéressant d’étudier la façon dont les Leblanc enrichissaient leurs collections (utilisation de la valise diplomatique, etc.), ainsi que de réfléchir à une cartographie des collectes.

Édouard Herriot avait demandé aux bibliothécaires dans sa ville de collecter tous les documents ayant trait à la guerre. En Italie, des initiatives en ce sens ont également existé. Heureusement qu’il y a eu les Leblanc. La tombe de Madame Leblanc est à Courbevoie.

Il est frappant de réaliser à quel point la BDIC a été marquée par la guerre. Comment la BDIC s’est-elle spécialisée dans les conflits, les conséquences des conflits (exil et migrations) ? Combien la BDIC a été migrante ! Son histoire-même coïncide avec les principales thématiques qu’elle défend et explore.

Témoignages des participants : “souvent les documents étaient indiqués comme “brûlés””.

On s’interroge sur la façon dont la bibliothèque fonctionnait pendant la guerre, de quelles informations on dispose à ce sujet.

Souhait des Leblanc que les collections restent à Paris. Débat sur le statut du “dessin documentaire”.

Pour toute question : [email protected]


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
LC Admin (26 mai 2026). Séminaire sur l’histoire de la Contemporaine : compte-rendu de la séance 2 (15 avril 2026) – La Contemporaine dans son siècle et son territoire. La Contemporaine : bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains. Consulté le 9 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/169tc


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