« Archives scientifiques et matériaux de la recherche ». Un programme national structurant de CollEx-Persée, porté par la Contemporaine et le Muséum national d’histoire naturelle (2025-2032)
“Scientific Archives and Research Materials”. A core national programme of the research infrastructure CollEx-Persée, led by La Contemporaine and the National Museum of Natural History (2025–2032)
La Contemporaine porte avec le Muséum national d’histoire naturelle le programme « Archives scientifiques et matériaux pour la recherche », l’un des quatre programmes nationaux structurants de CollEx-Persée. Cette infrastructure de recherche, présidée par l’établissement public Campus Condorcet, réunit des établissements et des professionnels de l’information scientifique autour des collections de l’enseignement supérieur pour un accès optimisé aux matériaux de la recherche et à une documentation scientifique accessible, fiable et durable. Mettant au cœur de ses principes la collaboration entre communautés de recherche et établissements documentaires, elle propose une vision de la collection élargie au patrimoine scientifique et qui intègre l’ensemble des productions et traces de l’activité scientifique. Les archives occupent en effet une place nodale dans le système et les pratiques de recherche. Produites par ses acteurs et actrices au cours de leur activité, elles sont au cœur des préoccupations éthiques de réutilisation des données, de vérification et de légitimation des sciences. Leur réutilisation en fait une source pour la communauté disciplinaire, ainsi que pour les sciences historiques et philosophiques (histoire des sciences, épistémologie, etc.). Elles peuvent également être elles-mêmes objets d’étude.
De fait, de plus en plus d’établissements assurent un rôle de collecte, de conservation et de valorisation d’archives scientifiques. La présence de telles archives dans les bibliothèques est ancienne. De nombreux manuscrits, papiers d’écrivains ou de savants, correspondances d’intellectuels etc., ont été versés ou déposés au cours des siècles précédents dans des bibliothèques publiques et universitaires[1]. Aujourd’hui, des fonds de chercheurs, parfois de laboratoires, dans la continuité de ces pratiques, peuvent être confiés aux bibliothèques, où ils côtoient fonds et collections liées.
Le programme vise d’abord à créer une culture partagée et une communauté au service des chercheurs et des métiers de la documentation, autour des archives de la recherche. Il doit aider les bibliothèques et autres acteurs de l’information scientifique à se saisir de ce sujet, à s’en approprier les cadres scientifiques, méthodologiques et juridiques, ainsi que les outils et les moyens pour mieux traiter les archives dont elles ont ou auront la charge, sous toutes leurs formes, notamment papier et numérique. Le programme souhaite penser ces archives et ces matériaux aux côtés des ressources imprimées et électroniques au sein de collections hétérogènes. Son objectif est de faciliter la consultation et l’exploitation de ces ensembles documentaires en les adossant à des services qui répondent aux besoins des chercheurs en tant que lecteurs et utilisateurs de sources de toutes sortes et producteurs de données, de résultats de recherche et d’archives.
1. Conception d’un programme structurant à vocation nationale
Entre 2023 et 2025, une période de préfiguration a permis de mettre sur pied le programme. Nouveau, il devait d’abord définir précisément son objet et ses objectifs, ainsi que son fonctionnement et sa gouvernance. À vocation nationale, il se doit de prendre en compte la grande diversité d’établissements ou de services documentaires de l’enseignement supérieur et de la recherche français.
Le périmètre du programme s’énonce en partant de la définition légale des archives et, de manière pragmatique, de la composition effective des collections. Les archives scientifiques sont alors entendues comme l’ensemble des documents, y compris les données, ressources et objets, quelle que soit leur forme (papier, audiovisuelle, numérique…), produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par toute équipe ou laboratoire, public ou privé, dans l’exercice d’une activité ou d’un processus de recherche ou permettant de le documenter. Le périmètre du programme recouvre donc une partie des archives publiques, sur lesquelles s’exerce le contrôle scientifique et technique de la mission des archives pour l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et la recherche ; il comprend également les fonds privés, collections et corpus hétérogènes et autres matériaux rassemblés pour les besoins de la recherche et que l’on trouve fréquemment dans les collections.
Les deux journées d’étude, organisées les 4 et 5 décembre 2024 à la grande galerie de l’évolution, au Jardin des plantes, à Paris, peuvent être considérées comme un jalon important de la conception du programme. Ces journées, qui impliquaient chercheurs et professionnels de la documentation, ont été envisagées comme une réflexion commune autour de la production des archives scientifiques, de leur usage et des services et outils à offrir pour les insérer dans des projets de recherche. Elles ont notamment permis de réaffirmer l’importance de ces archives et matériaux et la nécessité d’un travail commun rassemblant chercheurs, bibliothécaires et archivistes[2].
2. Une trentaine d’établissements et services partenaires
En 2023 et 2024, une série de consultations a été menée auprès des bibliothèques impliquées dans la préfiguration et a fait ressortir un certain nombre de besoins à l’égard des archives et matériaux et d’attentes vis-à-vis de ce nouveau programme. La constitution d’un réseau qui permette la mutualisation des moyens et des expériences est un souhait clairement exprimé par les membres du groupe de préfiguration.
La composition des groupes de travail, comme le périmètre du programme, dépasse les segmentations institutionnelles pour mieux considérer le traitement de ces archives comme un patrimoine commun et un service à la recherche. Elle souligne aussi la forte interaction entre les enjeux des chercheurs et des professionnels de l’information scientifique, suivant en cela les orientations de CollEx-Persée. Aujourd’hui, le programme rassemble en effet des bibliothécaires, des archivistes et des chercheurs[3] issus de vingt-neuf établissements ou services, en Île-de-France, en régions ou à compétence nationale : bibliothèques universitaires ou de grands établissements, Maisons des sciences humaines et sociales (MSH), laboratoires, ainsi que la Bibliothèque nationale de France, des services d’archives de l’État et des services centraux, comme le service interministériel des archives de France (SIAF) et la mission des archives pour l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et la recherche. Ajoutons l’implication du réseau national des MSH qui copilote l’un des axes, et de la section « Aurore » (pour « archivistes des universités, rectorats, organismes de recherches et mouvements étudiants ») de l’Association des archivistes français amplifiant la portée réticulaire du programme et de l’infrastructure CollEx-Persée.
3. Trois axes de travail
Les membres du programme travaillent au sein des axes à des projets qui doivent servir l’ensemble de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche. Trois axes structurent leurs travaux, de manière à prendre en compte le large spectre des besoins repérés dans les établissements lors de la préfiguration.
Le premier axe, « Acteurs méthodes compétences », est dédié à la constitution d’une culture commune autour des archives, à l’accompagnement des chercheurs et aux questions qui entourent la collecte. Cet axe vise donc à donner aux professionnels des bibliothèques, et plus généralement de l’information scientifique, les méthodes et les compétences pour leur permettre d’accompagner les laboratoires, les chercheurs et autres producteurs dans le versement de leurs fonds. Cela peut prendre la forme d’une aide dans l’identification de l’entité dépositaire ou dans les modalités de traitement préalable, ainsi qu’autour des questions juridiques ou pratiques liées à la consultation et à la communication. Une réflexion prospective sur l’organisation de la gestion des archives scientifiques dans les établissements de l’enseignement supérieur est menée et devra permettre de proposer des modèles d’organisation aux établissements en restructuration.
L’axe « Signalement, diffusion et exploitation » porte sur le traitement des archives scientifiques conservées par les institutions. Il s’agit donc de donner aux établissements les moyens de la prise en charge de leurs archives scientifiques et, dans cette optique, de soutenir les outils qui permettent de les traiter et de les signaler. Dans un contexte d’incertitude sur l’avenir de l’outil de signalement des archives et des manuscrits de l’ABES, un programme dédié doit pouvoir offrir un cadre et des moyens pour son développement. L’objectif est aussi de favoriser l’innovation par l’emploi d’outils d’enrichissement, en levant les obstacles (infrastructure, moyens, organisation, etc.) qui se posent aux établissements et aux chercheurs qui souhaitent les adapter à leurs fonds et leurs objectifs scientifiques.
Une étude est actuellement menée avec un prestataire afin de concevoir une organisation innovante qui améliore la mise à disposition d’outils transformants, durables et mutualisés à la communauté d’utilisateurs.
Enfin, un troisième axe est consacré aux « Archives nativement numériques et audiovisuelles ». L’objectif de l’axe est d’améliorer la collecte, le signalement, la diffusion et la conservation des archives scientifiques nativement dématérialisées (ou numériques). Il s’agit de parvenir à traiter ces documents avec le même niveau de qualité de service que celui des archives physiques, dans le respect de la réglementaire en vigueur. Dans l’état actuel, bien que des outils d’archivage électronique existent, la plupart des documents en question échappent à l’archivage, essentiellement par manque de moyens et parfois de cadre organisationnel. Le programme devrait permettre d’améliorer significativement leur prise en charge. Pour le moment, il s’agit, à travers des enquêtes et des entretiens qualitatifs auprès des services concernés, de circonscrire les besoins. Suivra la tâche d’identifier les solutions techniques et organisationnelles qui puissent couvrir toutes les étapes du traitement de ces documents, sur tout leur cycle de vie : collecte et versement, métadonnées, signalement, communication.
Au cours des années qui viennent, le programme « Archives scientifiques et matériaux de la recherche » devrait donc permettre une meilleure prise en charge des archives dans les établissements de l’enseignement supérieur et leur intégration dans la collection nationale. L’accroissement du volume de fonds traités, signalés et mis à la disposition de la communauté scientifique doit passer par le développement et le soutien aux outils de collecte, de signalement, de diffusion et d’exploitation qui sont un des objectifs des axes de travail. En amont de ces enrichissements et de ces évolutions techniques, la formation des professionnels de l’information scientifique et la sensibilisation des chercheurs est également une ambition importante du programme. Cette année aura lieu une première école d’été sur les « Fonds, corpus, matériaux : les archives et collections hétérogènes de l’enseignement supérieur et de la recherche[4] ». Elle réunira chercheuses et chercheurs, archivistes, bibliothécaires, ingénieurs, documentalistes et spécialistes du patrimoine, dans le but de renforcer les compétences professionnelles des stagiaires et de nourrir une réflexion critique sur la constitution des collections, leur gestion, ainsi que sur les pratiques de recherche que ces fonds induisent et dont ils témoignent. Cette école d’été, que nous espérons pérenniser, pourrait être le rendez-vous annuel donnant corps à cette communauté que nous appelons de nos vœux, autour des archives scientifiques et au service des chercheurs et des métiers de la documentation.
Judith Soria, MNHN – CollEx-Persée
[1] CHAPRON, Emmanuelle ; HENRYOT, Fabienne. Introduction In : Archives en bibliothèques (XVIe-XXIe siècles) [en ligne]. Lyon : ENS Éditions, 2023 (généré le 22 février 2024). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/enseditions/44524>. ISBN : 979-10-362-0588-0. DOI : https://doi.org/10.4000/books.enseditions.44524.
[2] Toutes les interventions de ces deux journées sont consultables sur la chaîne Canal U de CollEx-Persée à ce lien : https://www.canal-u.tv/chaines/collexpersee/journees-d-etude-archiver-les-savoirs-de-la-collecte-a-l-usage-5-et-6-decembre. Par ailleurs une partie des contributions seront publiées dans le dossier « Archiver les savoirs » du numéro 157 de Matériaux pour l’histoire de notre temps, à paraître à l’été 2026.
[3] La répartition est actuellement celle-ci : des bibliothécaires (54%), des archivistes (40%) – que ces derniers soient en service d’archives, en bibliothèque ou dans les administrations centrales (mission des archives du ministère et Service interministériel des archives de France) – des chercheurs (6%).
[4] https://ecole-archives.sciencesconf.org/?lang=fr
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
LC Admin (30 avril 2026). « Archives scientifiques et matériaux de la recherche ». Un programme national structurant de CollEx-Persée, porté par la Contemporaine et le Muséum national d’histoire naturelle (2025-2032). La Contemporaine : bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains. Consulté le 12 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/165r1



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