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Racine lecteur de Sophocle

 « La lettre de Sophocle à Racine rédigée par Gisèle commençait ainsi : “Mon cher ami, excusez-moi de vous écrire sans avoir l’honneur d’être personnellement connu de vous, mais votre nouvelle tragédie d’Athalie ne montre-t-elle pas que vous avez parfaitement étudié mes modestes ouvrages ?” »

Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Paris, 1919.

La scène est connue : le jeune Racine, étudiant à Port Royal, voit à deux reprises son exemplaire des Éthiopiques jeté au feu par son maître Lancelot. Il se procure l’ouvrage une troisième fois et l’apprend par cœur : sa destruction matérielle ne lui importe plus1. Vraie ou fausse, cette anecdote nous montre combien Racine s’intéressait à la littérature grecque et maîtrisait cette langue2. Ces exemplaires d’Héliodore ne nous sont de fait pas parvenus. Mais les traces des lectures grecques de Racine demeurent par bonheur nombreuses.

Les pages de titre de deux exemplaires ayant appartenu à Racine conservés à la Réserve des livres rares de la BnF. Photo de gauche : Sophocle, Tragédies, Venise : Alde, 1502 (RES-YB-782) avec ex libris de Jean Racine. Photo de droite : Sophocle, Tragédies, Paris : Turnèbe, 1553 (RES-YB-481) avec ex libris d’Antoine II Charpentier, médecin3  et deux vers grecs tirés des Olympiques de Pindare4 copiés de la main de Racine.

Un amateur d’éditions du XVIe siècle

« Je ne représente point à ces Critiques le goût de l’Antiquité. Je vois bien qu’ils le connaissent médiocrement. »

Racine, Alexandre le Grand (préface), Paris, 1566.

La « bibliothèque de Racine » a fait l’objet de tentatives de restitution5. Roy Clément Knight s’est intéressé en particulier à ses livres grecs (en grec ancien ou en traduction) et estime leur nombre à 1826. Fait notable, et qui ne manquera pas d’intéresser les seiziémistes : plus de 70 éditions ont été imprimées avant 16007. Ce sont des éditions réalisées par les plus grands humanistes philologues et/ou imprimeurs de la Renaissance : Alde Manuce, Filippo Giunta, Robert Estienne, Pietro Vettori, Michel de Vascosan, Adrien Turnèbe, Guillaume Morel, Henri II Estienne, Isaac Casaubon, etc. C’est dire leur prestige encore intact dans la seconde moitié du XVIIe siècle.

À la Bibliothèque nationale de France sont aujourd’hui conservés dix exemplaires de textes grecs ayant appartenu à Jean Racine. Ils sont représentatifs du goût du dramaturge pour ces « impressions tant élégantes et correctes »8 :

    • deux éditions d’Aristote de Pietro Vettori, l’Éthique à Nicomaque imprimée en 1560 à Paris chez Guillaume Morel (RES-R-784)9 et la Poétique imprimée en 1573 à Florence chez les fils de Bernardo Giunta10 (RES-Y-4) ;
    • l’édition vénitienne d’Euripide, imprimée en 1503 chez Alde Manuce11 (RES-YB-805 et 806) ;
    • l’édition de l’Iliade d’Homère imprimée à Paris chez Adrien Turnèbe en 155412 (RES-YB-522) ;
    • deux éditions de Platon, l’aldine de 151313 (RES-E*-635) et l’édition de Simon Grynaeus, imprimée en 1534 à Bâle chez Johann Walder (Ms. Supplément grec-23) ;
    • deux éditions de Plutarque, les Vies parallèles imprimées en 1517 à Florence chez Filippo Giunta14 (RES-J-88) et les Œuvres morales éditées par Guilielmus Xylander et imprimée à Bâle en 1574 (RES-J-105) ;
    • deux éditions de Sophocle : l’aldine de 150215 (RES-YB-782) et celle de Turnèbe de 155316 (RES-YB-481).

Des textes illustres, édités par des savants renommés, dans des éditions prestigieuses : Racine assemble l’élite des textes de la Grèce, restitués par les humanistes européens.

Deux exemplaires de Sophocle conservés à la BnF

« Voici encore une tragédie dont le sujet est pris d’Euripide. »

Racine, Phèdre (préface), Paris, 1677.

La bibliothèque de Racine comprend sans surprise de nombreux auteurs de théâtre de l’Antiquité, ainsi que ses théoriciens. Sophocle domine : trois exemplaires de la Poétique, trois d’Eschyle17, deux d’Euripide, mais six de Sophocle18. Sur ces six exemplaires, quatre sont aujourd’hui identifiés : aux deux de la BnF s’ajoutent un exemplaire de l’édition d’Henri II Estienne de 1568 et un exemplaire de l’édition de Paul Estienne de 160319. Nous nous attarderons sur les deux exemplaires conservés à la Réserve des livres rares de la BnF qui proviennent tous deux d’un don de Louis Racine (fils de Jean) à la Bibliothèque royale, en 1756.

Sophocle, Tragédies, Venise : Alde Manuce, 1502. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-782. Sur l’image de gauche, le plat supérieur ; sur l’image de droite, le livre assorti à son lieu de conservation.

Le premier, conservé sous la cote RES-Yb-782, a pour titre complet :  « Σοφοκλέους τραγῳδίαι ἑπτὰ μετ᾽ἐξηγήσεων. Sophoclis tragaediae (sic) septem cum commentarius. Τὰ τῶν τραγῳδιῶν ὀνόματα. Tragœdiarum nomina. αἴας μαστιγοφόρος. Aias flagellifer. ἠλέκτρα. Electra. οἰδίπους τύραννος. Oedipus tyrannus. ντιγόνη. Antigone. οἰδίπους ἐπὶ κολωνῷ. Oedipus coloneus. τραχίνιαι. Trachiniæ. φιλοκτήτης. Philoctetes. » Il a été imprimé en août 1502 à Venise par Alde Manuce20. Racine y a annoté l’Ajax, l’Électre et l’Œdipe roi. Il est conservé dans sa reliure italienne d’origine (veau fauve estampé à froid sur ais, coiffe débordante — voir photos au-dessus), celle dans laquelle l’a manipulé Racine.

Le second exemplaire, conservé sous la cote RES-Yb-481, a pour titre complet : « Σοφοκλέους τραγῳδίαι. Αἴας μαστιγοφόρος. Ἠλέκτρα. Οἰδίπους τύραννος. Ἀντιγόνη. Οἰδίπους ἐπὶ Κολωνῷ. Τραχίνιαι. Φιλοκτήτης. Δημητρίου τοῦ Τρικλινίου Περὶ μέτρων οἷς ἐχρήσατο Σοφοκλῆς, Περὶ σχημάτων, Σχόλια. » La seconde partie de l’édition, contenant le commentaire de Démétrios Triclinios, manque. Le texte grec des sept tragédies a été achevé d’imprimer le 24 décembre 1552 (d’après le colophon), la date au titre est 155321 (nous utilisons la date de 1553 pour désigner cette édition). Racine y a annoté l’Ajax, l’Électre, l’Œdipe à Colone, Les Trachiniennes et le Philoctète.

On a ici une trace matérielle de la lecture attentive et réitérée de Sophocle par Racine22. Et pourtant, cet auteur n’est pas, contrairement à Euripide ou Sénèque, une source directe pour ses tragédies.

Électre est la seule tragédie annotée dans les quatre exemplaires — certes inégalement — nous nous intéresserons ici à cette pièce et aux annotations dont elle fait l’objet dans les deux exemplaires de Racine conservés à la Réserve. Récit fabuleux d’un faux messager, double reconnaissance, double meurtre, catastrophê du malheur au bonheur, peinture des caractères (en particulier féminins) — à quoi s’ajoute bien sûr la beauté des vers de Sophocle : on comprend tout ce qui a pu passionner Racine dans cette pièce23.

Sophocle, Tragédies, Venise : Alde Manuce, 1502. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-782 f. η4 r° (détail)

Électre, une « belle » tragédie

« Il n’y a rien de plus beau sur le théâtre que de voir Électra pleurer son frère mort en sa présence, qui en étant lui-même attendri est obligé de se découvrir »

Les annotations de Racine sur les exemplaires RES-YB-782 et RES-YB-481 datent des années 1662-7624, soit de la période au cours de laquelle Racine compose son théâtre profane — La Thébaïde est jouée en 1664 et Phèdre le 1er janvier 1677. Les deux exemplaires sont annotés de façon disparate : près de 250 notes marginales dans l’exemplaire aldin, 3 dans l’exemplaire de 1553.

« Pleurs bien passionnés »25, « belles plaintes d’Électra sur Oreste »26 : Racine écrit dans les marges de son exemplaire toute l’admiration qu’il éprouve pour la tragédie sophocléenne, sa langue et sa construction. Nous nous intéresserons ici à deux « types » d’annotations27 qui montrent ce que Racine recherche dans sa lecture de Sophocle. Il souligne la structure dramaturgique de la pièce (i) et met en exergue le caractère des personnages principaux (ii).

Sophocle, Tragédies, Paris : Adrien Turnèbe, 1553. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-481, p. 58.

Sur cet exemplaire, Racine n’a inscrit que trois notes au début de l’Électre. La première est à la fois une paraphrase et une synthèse des caractéristiques des premiers vers d’une pièce. La deuxième est la traduction des vers 2-3. Dans la dernière, Racine fait une analyse élogieuse des scènes d’exposition de Sophocle.  La première et la dernière note relèvent de l’analyse dramaturgique.

(i) La dramaturgie de Sophocle illustrée

Au cours de sa lecture de l’exemplaire RES-YB-782, Racine s’attache à dégager une structure qui corresponde à la doctrine classique de son siècle. La tragédie est divisée en cinq actes et en scènes, définies par les entrées et sorties des personnages :

Acte I.er scène .I.ere Le Pédagogue28  explique le lieu de la scène, le temps et le sujet même29 (f. ε2r, v. 1). — Scène .2. Électra vient seule, et ils s’en vont pour n’être point vus. (f. ε3r, v. 77). — Scène 3.e Chœur de filles qui viennent… (f. ε4r, v. 121). — Scène 4.eme Chrysothémis vient (f. ε7r, v. 328).
Acte 2. Clytemnestre vient. (f. ζ2v, v. 516). — Scène 2.de Pédagogue. (f. ζ4v, v. 660). Elle [Clytemnestre] le [le Précepteur] fait entrer (f. ζ7r, v. 803). — Scène 3.e Électra demeure avec le chœur (f. ζ7r, v. 804).
Acte 3.e Sc. I.ere. Chrysothémis Électra. Choeur. (f. ζ8v, v. 871). Électra lui [Chrysothémis] dit de rentrer (f. η3v, v. 1052). — Scène 2. Chœur. Électra. Le choeur parle seul (f. η3v, v. 1058).
Acte 4.e Oreste. Électra. Le chœur. (f. η4r, v. 1098). — Scène 2.de Le gouverneur d’Oreste (…) (f. η8r, v. 1326). Électra entre un moment pour les introduire. Chœur tout seul. (f. θ1r, v. 1384).
Acte 5.e Scèn. I.ère. Électra sort … (f. θ1r, v. 1398). — Scène .2.de Oreste et les autres reviennent. (f. θ1v, v. 1424) — Scène .3.e Égysthe, revient… (f. θ2r, v. 1442).

Mettre en valeur les divisions de la pièce n’est pas étonnant de la part d’un dramaturge du XVIIe siècle. Remarquons cependant qu’il n’a déterminé une structure aussi précise que pour cette tragédie, dans cet exemplaire30. Peut-être Racine a-t-il eu du mal pour les autres à faire coïncider cette structure classique à celle de la tragédie grecque. C’est bien à travers le prisme du classicisme que le dramaturge appréhende Électre, car la structure d’une tragédie grecque est centrée autour du chœur, qui disparaît des tragédies à partir de la fin du XVIe siècle31. En mettant en exergue ce « plan », Racine démontre son très vif intérêt pour cette tragédie.

D’autres éléments de structures sont soulignés par Racine, pour lesquels la doctrine classique rejoint la théorie aristotélicienne. Le « Lever du soleil » est remarqué au début de la pièce (f. ε2r, v. 18)32. On lit, en marge de la tirade d’Oreste : « Nœud de la fable » (f. ε2v). Celui-ci y expose en effet la ruse que son précepteur et lui vont mettre en place pour venger la mort de son père33, ce qui correspond bien au « nouement » de l’action dont parle Aristote34.

C’est surtout la scène de reconnaissance35 qui est longuement annotée par Racine. « La reconnaissance la plus belle » est, pour lui, celle de l’Électre. Cette double reconnaissance occupe l’intégralité de l’ « acte IV » : Électre reconnaît d’abord son frère (« IV, 1 »), puis le précepteur (« IV, 2 »). Après avoir expliqué pourquoi Oreste a été « obligé de se découvrir » (f. η4r ; voir l’illustration plus haut), Racine écrit, en haut du folio η6r : « Reconnaissance d’Oreste » et en bas de la même page :

Cette reconnaissance est merveilleusement pathétique et bien amenée de parole en parole, en se répondant tous deux fort naturellement et tendrement.

Le dramaturge insiste sur la vraisemblance et la nécessité de l’enchaînement des événements : cette scène n’en est alors que plus émouvante et plus belle.

Sophocle, Tragédies, Venise : Alde Manuce, 1502. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-782, f. η6r.
Sophocle, Tragédies, Venise : Alde Manuce, 1502. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-782, f. η6v.

(ii) Des caractères en actes

Les actions des personnages sont motivées par leur caractère36. Par souci de vraisemblance, celui-ci doit rester cohérent du début à la fin de la pièce et expliquer le comportement et les paroles d’un personnage (c’est en réalité l’inverse qui se produit : le public déduit des paroles et des actions d’un personnage son caractère). Racine s’attache donc souvent à dégager le caractère des personnages tel qu’il ressort de leurs propos.

Le chœur est qualifié par Racine de « timide » (ff. ε4r et ε7r) et de « craintif » (f. η2v). La timidité est aussi ce qui caractérise Chrysothémis, ce que note Racine (ff. ζ1v et ζ8v). C’est Électre elle-même qui le dit  :

ΗΛ. Ζηλῶ σε τοῦ νοῦ, τῆς δὲ δειλίας στυγῶ. (Él. v. 1027)
Électre :  Je te loue de ton jugement, mais déteste ta lâcheté (trad. P. Mazon)
Racine traduit : « J’aime votre esprit mais je hais votre timidité » (RES-YB-782, f. η3r)

Si Racine traduit ce vers, c’est surtout parce qu’il vient confirmer rétrospectivement37 le caractère de cette sœur, rendu sensible jusque là par ses paroles et ses actions. Toutes ces timides permettent de mieux mettre en relief le caractère du personnage central de la tragédie, Électre. Racine insiste bien sur cette comparaison :

Chrysothémis est la sœur d’Électra, mais plus faible qu’elle, elle s’accommode au temps et garde des mesures avec sa mère, vivant pourtant honnêtement avec sa mère (RES-YB-782, f. ε7r)

Dispute des deux sœurs.
Leur caractère transparaît bien ici. L’une est intrépide et fière, l’autre timide mais honnête et sans perdre le respect. (RES-YB-782, f. η3r)

Cette timidité du chœur comme de Chrysothémis sert de faire-valoir à la générosité et à l’héroïsme d’Électre. Dès la première entrée en scène du personnage, le lecteur écrit dans la marge de son exemplaire :

Il introduit dans Électra une femme affligée, constante dans son affliction, qui n’aspire qu’à la vengeance, qui aime son frère Oreste, qui est intrépide et qui se résout de venger elle-même la mort de son père, quand elle croit que son frère est mort (RES-YB-782, f. ε3r).

Sophocle, Tragédies, Venise : Alde Manuce, 1502. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-782 (ff. η1v et η2r).

Si ce discours d’Électre à Chrysothémis est « beau », c’est pour sa langue et sa construction mises en valeur par Racine. C’est surtout parce qu’il permet de peindre le courage d’Électre le plus naturellement possible.

Toujours soucieux de mettre en avant la vraisemblance de l’action, il motive le ton d’Électre quand celui-ci pourrait lui être reproché. Alors que sa mère s’écrie au moment où Oreste la tue à l’intérieur du palais, Électre, sur scène, encourage son frère : « Frappe, si tu en as la force, une seconde fois ! » (v. 1415, notre traduction). Racine justifie la violence de ces paroles38 :

Ce vers est un peu cruel pour une fille, mais c’est une fille depuis longtemps enragée contre sa mère (RES-YB-782, f. θ1v).

Après la douleur immense provoquée par le faux discours annonçant la fausse mort d’Oreste explose un bonheur infini dont Racine souligne la cohérence et la vraisemblance :

Il représente dans Électra une joie aussi immodérée que sa douleur était excessive. Elle ne craint personne, elle s’abandonne à ses transports avec la même intrépidité qu’elle s’abandonnait à son affliction (RES-YB-782, f. η6v).

Sophocle a voulu marquer l’imprudence des jeunes gens qui ne peuvent se contenir dans leurs passions, et afin que le spectateur ne trouve point étrange qu’on ne les a point entendus de la maison, il fait que ce vieillard [le précepteur] plus sage qu’eux a fait sentinelle à la porte (RES-YB-782, f. η8r).

Le personnage d’Électre et sa tragédie ont captivé Racine. Ce dernier en souligne la cohérence comme la grandeur : son caractère est rigoureusement illustré par ses actions et réactions et les explique en retour.

Ces caractères déterminent le comportement des personnages de façon naturelle : les événements s’enchaînent donc suivant une logique qui semble implacable. Conformément à la doctrine d’Aristote et à l’esprit classique, rien n’est en trop, tout est nécessaire — c’est ce qu’écrit Racine en filigrane ici.

Sophocle, Tragédies, Venise : Alde Manuce, 1502. BnF, Réserve des livres rares, RES-YB-782

***

Les beaux vers et les beaux passages qui sont soulignés d’une façon ou d’une autre par Racine sont ceux où l’art poétique et dramaturgique de Sophocle est le plus sensible. Ceux qui montrent la nécessité de l’enchaînement des événements, ceux qui donnent les motivations des personnages. Ceux qui conviennent le mieux à la peinture des caractères. Ce sont ces paroles, parce qu’elles paraissent naturelles et immédiates dans la bouche des personnages, qui sont les plus touchantes. Quand Racine annote Électre, il dégage ce qui rend l’action vraisemblable et charmante — c’est-à-dire belle pour la spectatrice ou le lecteur du XVIIe siècle.

  1. M. Lange, « Racine et le roman d’Héliodore », Revue d’histoire littéraire de la France, 23e année, n° 1 (1916) p. 145 ; en ligne. []
  2. Pour plus de renseignements sur le sujet, voir R. C. Knight, Racine et la Grèce, Paris, 1950. []
  3. Antoine II Charpentier, qui a été Docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, est mort en 1677 (plus de détails). C’est sûrement de lui que Racine a eu cet exemplaire. []
  4. Ol. 7, 17-18 : « Heureux est l’homme auquel s’attache une glorieuse renommée ». []
  5. Voir notamment P. Bonnefon, « La bibliothèque de Racine », Revue d’histoire littéraire de la France, 5e année, n° 2 (1898), p. 169-219 ; en ligne. []
  6. R. C. Knight, Racine et la Grèce, op. cit., Appendice I : « La bibliothèque grecque de Racine », p. 413-421. []
  7. Nous reprenons la liste dressée par Roy Clément Knight, sans tenir compte des cas pour lesquels trop peu d’information sur l’édition est disponible. []
  8. Rabelais, Pantagruel (ch. 8), Lyon, 1532. []
  9. BP16_114818. []
  10. CNCE 28430. []
  11. CNCE 18373. []
  12. BP16_114371. Sur l’exemplaire RES-YB-522 en particulier, voir S. Phillippo, « The Legacy of Homer: The Iliad Annotations of Jean Racine », L’Antiquité classique, 65 (1996), p. 1-29. []
  13. CNCE 37450. []
  14. CNCE 47467. []
  15. CNCE 36139. []
  16. BP16_114347. []
  17. L’exemplaire de l’édition de 1552 (BP16_114327) conservé à la Bibliothèque de Chantilly n’aurait pas appartenu à notre dramaturge (R. C. Knight, Racine et la Grèceop. cit., p. 428-430). []
  18. Auxquels s’ajoutent cinq exemplaires (dont deux douteux) d’Aristophane, un exemplaire de Ménandre ; P. Bonnefon signale aussi un exemplaire d’Horace, deux de Sénèque, une édition des fragments de poètes latins, notamment Ennius, Accius, Lucilius, Naevius etc. (« La bibliothèque de Racine », art. cit.). Racine avait lu aussi Plaute et Térence (voir la Préface des Plaideurs par exemple). []
  19. Le premier est conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles sous la cote VH 12.260 (voir « Les livres grecs de Racine : deux séries inédites d’annotations marginales », Revue d’histoire littéraire de la France, 49e année, n° 3 (1949), p. 256-266 ; en ligne). Le second est conservé à la Bibliothèque de Toulouse sous la cote Racine 10 (voir R. C. Knight, Racine et la Grèce, op. cit., p. 423-424). []
  20. Voir la description détaillée de l’édition dans le Catalogue général. []
  21. Pour plus de détails sur l’édition, voir la notice BP16_114347. []
  22. Dans l’exemplaire de Bruxelles sont annotées Électre et Œdipe Roi, dans celui de Toulouse, Électre et les Trachiniennes. []
  23. Remarquons au passage qu’Électre est la première tragédie traduite en français — cette traduction, réalisée par Lazare de Baïf, est imprimée en 1537 (BP16_108678). []
  24. Les deux exemplaires ont probablement été annotés dans cet ordre chronologique. R. C. Knight, Racine et la Grèce, op. cit., p. 152. []
  25. RES-YB-782, f. ζ7v, v. 827-832. Nous donnerons les références aux pages des deux exemplaires de Racine, ainsi qu’aux vers dans cette édition : Sophocle, Électre, M. A. Sabiani (com.), A. Dain (éd.), P. Mazon (trad.), Paris : Les Belles Lettres, 2018. Les vers des éditions « modernes » ne correspondant pas toujours à ceux des éditions du XVIe, cela nous a paru simplifier la discussion. La traduction de Paul Mazon que nous citons a parfois été modifiée par Marie Anne Sabiani. []
  26. RES-YB-782, f. η4v, v. 1126 et suiv. []
  27. Nous ne prétendons pas ici faire une étude systématique de ces annotations, notre « typologie » ne saurait être exhaustive. Nous laissons notamment de côté les traductions des « beaux » vers et les précisions (historiques, mythologiques ou lexicographiques) qu’apporte parfois Racine au texte grec. Le lecteur inscrit souvent sous forme de sommaire les actions d’une scène : cela lui permet à la fois de se retrouver rapidement dans la pièce et de souligner l’enchaînement logique voire nécessaire des actions. []
  28. Le terme grec παιδαγωγός correspond à notre « précepteur ». []
  29. Racine note aussi la présence muette de Pylade. []
  30. L’Œdipe Roi de l’exemplaire RES-YB-782 comporte une structure, mais seulement jusqu’à l’acte III, scène 2 (v. 536). De même, sur l’exemplaire RES-YB-481, seules Les Trachiniennes présentent ces annotations, jusqu’à la scène II de l’acte III de nouveau (v. 605). []
  31. Voici la structure d’Électre : prologue [tout ce qui précède l’arrivée du chœur], v. 1-120 ; chant d’entrée du chœur [ou parodos], v. 121-250 ; premier épisode, v. 251-471 ; premier chant du chœur [stasimon], v. 472-515 ; deuxième épisode, v. 516-822 ; deuxième chant du chœur [stasimon et kommos], v. 823-870 ; troisième épisode, v. 871-1057 ; troisième chant du chœur [stasimon], v. 1058-1097 ; quatrième épisode, v. 1098-1383 ; quatrième chant du chœur [stasimon], v. 1384-1397 ; exodos, v. 1398-1510. Pour plus d’informations sur la structure dramaturgique de cette tragédie, voir le commentaire de Marie Anne Sabiani (éd. citée). À part le prologue et le premier épisode qui sont fondus en un premier acte, la structure en actes et en scènes correspond à peu près à celle en épisodes, le chœur passe néanmoins au second plan pour Racine. []
  32. « La tragédie s’efforce le plus possible de tenir dans une seule révolution du soleil », Aristote, Poétique, ch. 5 (trad. B. Gernez, Paris, 1997). []
  33. « Emploie donc à peu près ce langage : tu es un étranger, un Phocidien, et tu viens de la part d’un certain Phanotée, le meilleurs de leurs hôtes. Annonce, fais-en même le serment, qu’Oreste est mort, enchaîné à une destinée fatale » (v. 44-48, trad. P. Mazon). []
  34. Poétique, ch. 18 : « J’appelle “nouement” ce qui va du commencement jusqu’à la partie — la dernière — d’où provient le renversement vers le bonheur ou le malheur ; “dénouement”, ce qui va du commencement du renversement jusqu’à la fin » (trad. B. Gernez). []
  35. Poétique, ch. 11 : « La reconnaissance est, comme le nom même l’indique, le passage de l’ignorance à la connaissance, et le passage soit à l’alliance, soit à l’inimitié, de ceux dont la position par rapport au bonheur ou au malheur a été clairement déterminée. La reconnaissance la plus belle est celle qui est accompagnée d’une péripétie, comme, par exemple, celle de l’Œdipe. » (trad. B. Germez). []
  36. Poétique, ch. 6 : « j’appelle “caractère” ce qui nous fait dire des personnages agissant qu’ils sont tels ou tels […] Ce n’est pas pour imiter des caractères que les personnages agissent, mais il reçoivent leurs caractères en même temps et dans la mesure où ils agissent » (trad. B. Germez). []
  37. Chrysothémis sort définitivement de la scène et ne reparaît plus après le vers 1058. []
  38. Cette absence de pitié d’une fille pour sa mère est contraire à la vraisemblance comme à la bienséance. []
Philippine Azadian
Philippine Azadian

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Philippine Azadian (17 mai 2021). Racine lecteur de Sophocle. Vogue la galée. Consulté le 25 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/qphn


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