Stratégies internationales de polémistes français d’extrême droite : perspective socio-historique
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- 1 Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Actes de l (...)
1Quelles sont les conditions sociales et intellectuelles de la circulation dans le temps et dans l’espace des discours polémistes ? Répondre à cette question impliquerait d’une part de comparer la configuration des rapports entre champ intellectuel, champ politique et champ médiatique dans différents moments historiques et / ou dans les différents pays, et d’autre part de reconstituer les circuits et réseaux transnationaux : traductions, adaptations, réappropriations, en tenant compte de ce que Bourdieu appelle le « décalage structural », à savoir le double décalage, temporel et culturel, qu’induit le transfert1. Cette contribution ne fera que dresser une cartographie incomplète et poser des jalons à partir de la France, dans une perspective socio-historique. Je commencerai par un rappel de l’évolution du genre pamphlétaire en France et de la situation des polémistes dans le champ intellectuel et plus spécifiquement littéraire, tout en montrant pourquoi cette histoire gagnerait à être insérée dans une approche transnationale. Puis je me concentrerai sur les stratégies de reconversion en politique de polémistes d’extrême droite contemporains à prétention littéraire, en particulier Renaud Camus et Éric Zemmour, et leurs stratégies d’internationalisation. En effet, à la différence du champ littéraire de l’entre-deux-guerres où l’on trouvait encore des figures de polémistes d’extrême gauche (tel Paul Nizan, qui venait cependant de l’Action française), dans le champ littéraire d’après-guerre, où les procès pour collaboration avec l’occupant jettent le discrédit sur la figure du polémiste, c’est surtout à l’extrême droite que se recrutent les polémistes, une situation qui persiste à ce jour. À l’instar de leurs prédécesseurs, c’est par les réseaux politiques que ces polémistes littéraires très ancrés dans l’espace national s’internationalisent.
Brève socio-histoire du genre pamphlétaire en France
- 2 Voir Marc Angenot, La Parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Paris, Payot, 1982, p. (...)
2Les polémistes situent leur discours hors de l’espace des possibles du champ politique de leur temps, et hors de l’espace des discours autorisés, voire légaux, en défiant les limites de la liberté d’expression : ils transgressent les censures propres au débat de l’espace public et les normes du débat lettré. Marc Angenot a étudié les figures rhétoriques de la parole pamphlétaire : elle met en scène un personnage solitaire non mandaté qui fait montre de courage intellectuel en élevant la voix pour crier son indignation contre un scandale, la « vérité » contre un « mensonge » institué2. À la différence des écrivains et intellectuels établis dont le discours est autorisé par des institutions (comme les académiciens ou les universitaires) ou par un groupe doté d’un capital de reconnaissance, le pamphlétaire tire sa légitimité de son isolement et des risques qu’il prend – preuve de sa bonne foi – en combattant une idéologie dominante ou ses représentants. La rupture avec les conventions langagières et discursives du discours policé est la marque de son anti-conformisme, et assigne à cette parole un potentiel subversif qui peut se révéler gratifiant auprès du public.
- 3 Christian Jouhaud, Les Mazarinades, Paris, Aubier, 1985.
3Si le pamphlet en France a une longue histoire qui remonte au moins à la Ligue, puis aux Mazarinades, dont Christian Jouhaud avait montré qu’il s’agit d’une littérature d’action3, il se caractérisait jusqu’au milieu du xixe siècle par sa forme courte, qui le rendait accessible au plus grand nombre, d’où son discrédit littéraire et sa dangerosité aux yeux des pouvoirs en place, État et Église, comme en témoigne encore le procès de Paul-Louis Courier en 1821. Ce dernier aura contribué à littérariser le pamphlet et à légitimer la figure de pamphlétaire : emprunté aussi bien aux philosophes (Rousseau en particulier) qu’aux auteurs anglais, en particulier Jonathan Swift, un des modèles de Courier, la figure héroïque de l’écrivain courageux combattant de manière désintéressée pour la vérité qu’il revendique, à une époque où le régime de liberté de presse commence à peine à s’esquisser avec la loi de 1819, se construit par opposition à celui de l’homme de lettres qui flatte le pouvoir, symbolisé par la figure du courtisan. Alors que ce dernier met sa plume au service des puissants de l’heure en échange de gratifications temporelles, l’écrivain-pamphlétaire n’est au contraire guidé que par sa mission qui est d’éclairer l’opinion, de faire connaître la vérité, ce qui lui vaut souvent d’être persécuté par le pouvoir.
- 4 Paul-Louis Courier, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1964, (...)
- 5 Voir Gisèle Sapiro, « Une catégorie éthique de l’entendement lettré : le concept de désintéressemen (...)
- 6 Voltaire, « Lettres, gens de lettres ou lettré », Dictionnaire philosophique, Paris, Imprimerie nat (...)
- 7 Armand Carrel, « Essai sur la vie et les écrits de Paul-Louis Courier » (1829), préface à l’édition (...)
- 8 Cité d’après Alain Dejammet, Paul-Louis Courier, Paris, Fayard, 2009, p. 451.
4Plus qu’un droit, dire la vérité constitue pour ces écrivains un devoir, lequel fonde l’éthique de responsabilité de l’écrivain en régime parlementaire. La vérité abolit les superstitions, démasque les impostures, combat les tyrannies. Il faut la faire connaître au plus grand nombre, la faire triompher, telle est la mission de l’écrivain. Courier s’appuie pour cela sur une référence étrangère, Jonathan Swift, qui, dans son « Pamphlet des pamphlets », est mis en scène sous un de ses pseudonymes, Bickerstaff : « Ce n’est pas un droit, c’est un devoir, étroite obligation de quiconque a une pensée, de la produire et mettre au jour pour le bien commun. La vérité est toute à tous4. » Avec la sincérité et le désintéressement5, le « courage » est une des premières qualités de l’écrivain. En effet, en disant la vérité, il prend des risques, il s’expose à la persécution, comme l’explique Voltaire dans l’article « Gens de lettres », qu’il a rédigé pour L’Encyclopédie6. L’écrivain qui dit la vérité a en outre une fonction rédemptrice, selon Armand Carrel lorsqu’il évoque Paul-Louis Courier, il « absout » sa génération face à la postérité si jamais on accuse celle-ci d’être restée « muette spectatrice de toutes les hontes de la France depuis quinze ans7 ». Il est le prédicateur et le prophète des temps modernes. Surnommé en son temps le « Rabelais de la politique », Courier légitime le pamphlet comme genre littéraire en l’inscrivant, à la suite de Bickerstaff, dans la lignée des épîtres de saint Paul et de saint Basile, des harangues de Cicéron, des philippiques de Démosthène, des Provinciales de Pascal et du Bon Sens de Benjamin Franklin. Son style incisif lui vaut la reconnaissance d’écrivains comme Stendhal, qui considère que « M. Courier est peut-être l’homme de France qui, depuis Voltaire, a écrit le pamphlet avec le plus de piquant, de malignité, avec le plus de verve8 ».
- 9 Cédric Passard, L’Âge d’or du pamphlet (1868-1898), Paris, CNRS, 2015.
- 10 Voir mon livre Les Écrivains et la politique en France, de l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie, (...)
5Avec l’avènement de la Troisième République, le pamphlet change de camp, passant du côté des antirépublicains et des socialistes et anarchistes. Profitant de la grande loi républicaine de 1881 sur la liberté de presse, les pamphlétaires participent, comme l’a montré Cédric Passard9, à la politisation de l’espace public. On peut dire que ce processus est aussi lié à la professionnalisation du champ politique qui, avec l’avènement du parlementarisme et des carrières politiques structurées autour de la conquête des suffrages, exclut les intellectuels de sa sphère10.
- 11 Bruce F. Pauley, From Prejudice to Persecution: A History of Austrian Anti-Semitism, Chapel Hill, L (...)
- 12 Voir Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Le Seuil, 1999.
- 13 « 5 livres édités par Alain Soral interdits / censurés », Le Figaro, 13.11.2013 ; et Frédéric Haziz (...)
6Le pamphlet change aussi de format pour devenir un épais opus, à l’instar des pamphlets de Léon Bloy, qui en fait un genre littéraire, et des 1 200 pages de La France juive de Drumont, qui en révèle tout le potentiel lucratif, avec ses 62 000 exemplaires vendus la première année. Le livre paraît l’année même en traduction allemande, Das verjudete Frankreich: Versuch einer Tagesgeschichte, à Berlin, chez A. Deubner. Il assure à Drumont un renom dans les cercles antisémites. Drumont va ainsi préfacer un livre du prêtre antijuif August Rohling intitulé Talmud-Jude, qui était en fait un plagiat d’un livre de Johann Eisenmenger paru en 1700 en allemand sous le titre Entdecktes Judentum (« Le Judaïsme démasqué »). Le livre fut réédité sept fois et se vendit à des centaines de milliers d’exemplaires. Il valut à son auteur une chaire d’études bibliques à l’Université germanique de l’Ancien Testament à Prague en 1876. Rohling se constitua ensuite en expert dans les procès contre les juifs accusés de meurtre rituel11. On est ici clairement hors du champ littéraire international qui est en train de se former avec l’avènement des littératures nationales et la légitimation du genre romanesque12. En 2013, le pamphlet de Drumont a été réédité par un éditeur politique, Kontre-Kulture d’Alain Soral, de même que Le Salut par les Juifs de Léon Bloy ; tous deux ont été partiellement censurés à leur parution13.
- 14 Ralph Schor, L’Antisémitisme en France pendant les années trente, Bruxelles, Complexe, 1992.
7Si, dans les années 1930, Bernanos s’inscrit dans la tradition littéraire du catholique Bloy, Céline s’inspire aussi des pamphlets de Drumont, et profite de la vague d’écrits antisémites qui arrivent d’Allemagne en masse à cette époque14. Bagatelles pour un massacre (1937) atteint 75 000 exemplaires, beaucoup plus que ses romans. Le décret-loi Marchandeau 1939 qui interdit les propos racistes et antisémites met un terme à cette explosion de discours antisémites avant d’être abrogé par le régime de Vichy l’année suivante.
- 15 Cité par Jean Lacouture, François Mauriac, vol. 2 : Un citoyen du siècle, 1933-1970, Paris, Le Seui (...)
8Cependant, la figure prédominante de l’écrivain polémiste sous la Troisième République est le monarchiste Charles Maurras, secondé à L’Action française par un autre pamphlétaire, Léon Daudet, à propos duquel François Mauriac a écrit que « l’invective » « prend toujours sa source dans un cimetière d’œuvres avortées15 ». Ces deux auteurs sont la référence de la plupart des polémistes de l’époque. Tous deux s’inscrivent dans le champ politique, ou plutôt à ses marges, même si Daudet a été député de la Seine à l’Assemblée de 1919 à 1925.
- 16 L’Action française, 9 avril 1935.
9Ce sont aussi des journalistes. Depuis le début du xixe siècle, la presse est devenue le lieu privilégié de la parole pamphlétaire pour diffuser des messages politiques au plus grand nombre, ce nombre s’étant fortement élargi sous la Troisième République à la faveur de l’alphabétisation d’un côté et de la libéralisation de la presse de l’autre. Ces auteurs se partagent entre l’écriture d’ouvrages littéraires et politiques et le journalisme d’opinion, dans lequel ils manient au quotidien l’invective, la dénonciation, la stigmatisation (des juifs notamment), voire les appels au meurtre : Maurras a ainsi traité Léon Blum de « détritus humain », « un homme à fusiller, mais dans le dos »16, provocation qui a été suivie de l’attaque physique contre Blum en février 1936, et a valu au leader d’Action française d’être condamné à huit mois de prison et incarcéré.
- 17 Voir Jeffrey Segall, Joyce in America. Cultural Politics and the Trials of Ulysses, Berkeley, Unive (...)
10L’influence de Maurras dépasse le cadre politique et journalistique, ainsi que les frontières nationales. Il trouve un porte-parole même aux États-Unis, en la personne d’Irving Babbitt, réactionnaire sceptique qui y importe la querelle entre classicisme et romantisme, orchestrée en France par l’Action française. Son livre Rousseau and Romanticism, paru en 1919, fait remonter les origines des tendances artistiques modernes à la révolte romantique selon une argumentation qui rappelle la thèse de Pierre Lasserre dans Le Romantisme français (1907). Alors que la littérature classique met en scène les types les plus représentatifs, le romantisme s’intéresse à l’étrangeté, l’inattendu, l’unique, l’extrême. En privilégiant la subjectivité et l’éphémère plutôt que l’impersonnalité et l’universel, il représente un véritable danger pour l’ordre social. Comme ses homologues français, mais sans avoir le même impact, Babbitt mobilise les arguments contre le romantisme pour condamner la littérature moderne, qui a encouragé le narcissisme et le laxisme moral. Cette vision du monde va fonder les attaques de Wyndham Lewis contre Joyce et la levée de boucliers des New Humanists contre le modernisme dans les années 192017.
- 18 Je renvoie à mon livre La Guerre des écrivains (1940-1953), Paris, Fayard, 1999, rééd. 2006, p. 185 (...)
11En France, Maurras aura formé toute une génération de polémistes, dont les plus tristement célèbres sont Robert Brasillach et Lucien Rebatet, qui s’éloignent de leur maître après le 6 février 1934 pour s’orienter vers le fascisme. Sous l’Occupation, nombre de ces polémistes tentent de se faire passer pour une avant-garde : ils se réclament de Céline, qu’ils érigent en prophète, et entendent élaborer une critique fasciste18. Cependant, leur discours critique est hétéronome, réduisant le jugement esthétique au social, voire au biologique. Ainsi, Lucien Rebatet, dans Les Décombres, recourt pour attaquer Mauriac à la juxtaposition du registre religieux et des registres scatologique et sexuel.
- 19 Voir Gisèle Sapiro, Les Écrivains et la politique en France, op. cit., p. 83-106.
12Les modes d’intervention des polémistes se différencient de ceux des autres pôles du champ19. Lorsqu’on évolue du pôle dominant au pôle dominé, le discours tend à se politiser, mais selon des formes plus ou moins hétéronomes : alors que les polémistes, qui occupent des positions dominées au pôle hétéronome, subordonnent le jugement critique aux idéologies qu’ils défendent, les avant-gardes, situées au pôle dominé autonome, font de l’innovation esthétique une arme politique. À l’inverse, au pôle dominant, le discours tend à se dépolitiser : la politique est euphémisée sous la forme de la morale au pôle des « notables », et de l’esthétique au pôle des « esthètes ».
13Les écrivains d’extrême droite sont très concentrés au pôle des polémistes, même si l’on en trouve au pôle des « notables » (les académiciens Abel Bonnard ou Abel Hermant) ou au pôle des « esthètes » (Drieu La Rochelle, Montherlant). Le fascisme étant, du fait du décalage temporel, déjà « vieux » quand il est importé dans la France des années 1930 (le régime mussolinien s’est établi et « notabilisé »), il n’y rallie pas d’avant-garde, mais recrute dans la jeune génération en rupture avec l’Action française, les Brasillach et Rebatet, qui se constituent en figures de polémistes. Le seul qui aurait pu être situé à l’avant-garde est Céline, mais quand il devient pamphlétaire, il cesse d’être un écrivain d’avant-garde pour se ranger lui aussi parmi les polémistes, avant de se notabiliser sous l’Occupation.
14S’agissant de types idéaux qui fonctionnent de manière relationnelle, les écrivains peuvent en effet évoluer dans le temps entre ces pôles. Ainsi, le polémiste Charles Maurras se notabilise après son entrée à l’Académie française en 1938, et devient le conseiller du maréchal Pétain sous l’Occupation, cessant dès lors de critiquer le gouvernement en place : il ne parle plus de « politique étrangère », c’est-à-dire des Allemands qui occupent la France, et qu’il a pourtant combattus toute sa vie ; mais ne cesse de dénoncer les gaullistes et les résistants, d’appeler à l’exécution d’otages, de stigmatiser les juifs.
15Ce modèle analytique pourrait servir de cadre comparatif sans plaquer ces figures mais en repartant des principes de structuration des champs littéraires allemand, italien, espagnol, britannique, étasunien, etc. Ernst Jünger est par exemple un équivalent des « esthètes » dans le champ littéraire allemand. Autre « esthète », quoique d’un tout autre style : le poète Ezra Pound, un des chefs de file des mouvements modernistes des années 1920 dans le champ littéraire étasunien, qu’il a quitté pour l’Italie fasciste dont il est devenu un thuriféraire, et dont il fait la propagande dans des émissions radiophoniques. Une des difficultés tient au fait que les polémistes sont moins connus d’un pays à l’autre, ce qui s’explique par leur position dominée et très ancrée dans l’espace médiatique national.
La formation d’une internationale fasciste et la récupération de l’héritage littéraire d’extrême droite
- 20 Frank-Rutger Hausmann, „Dichte, Dichter, tage nicht!”: die Europäische Schriftsteller-Vereinigung i (...)
16Les contraintes hétéronomes imposées par l’occupation allemande ont ouvert une structure d’opportunité pour ces polémistes, leur permettant de conquérir des positions dominantes dans un champ intellectuel largement désaffecté, et de s’internationaliser. Certains ont ainsi bénéficié de la promotion exceptionnelle d’une traduction en allemand, et ont été invités en 1941 au Congrès des écrivains européens de Weimar. Initiée par Goebbels, l’opération visait à constituer une Union des écrivains européens. Selon Frank-Rutger Hausmann20, elle était conçue comme un anti-Pen-Club, instance internationale autonome formée par des écrivains après la Première Guerre mondiale pour pacifier le dialogue entre les cultures et protéger les écrivains menacés. Cette Union européenne se positionnait sans doute aussi contre le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture qui s’était tenu en 1935 à Paris. Surtout, le congrès de Weimar entendait faire la preuve qu’outre sa suprématie militaire, l’Allemagne était également devenue hégémonique sur le plan culturel, détrônant la France. Il s’agit donc clairement d’une instance hétéronome, servant des fonctions plus politiques que culturelles. Les 37 invités en provenance de différents pays d’Europe furent triés sur le volet par les ambassades d’Allemagne. Sept écrivains français s’y sont rendus, notamment Pierre Drieu La Rochelle, Marcel Jouhandeau, Robert Brasillach, Ramon Fernandez et Jacques Chardonne, avec leurs confrères d’autres pays, pour certains célèbres, à l’instar du norvégien Knut Hamsun, prix Nobel de littérature, et de l’unique femme, la Bulgare Fani Popova-Mutafova. Ce moment marque un temps fort de l’internationalisation de ces écrivains d’extrême droite. Ce sont plutôt les « esthètes », ou ceux qui se situaient entre ce pôle et celui des polémistes comme Brasillach, qui furent conviés.
17Les stratégies d’internationalisation varient ainsi aux différents pôles du champ littéraire. Si ce congrès est hétéronome, comme le sont les congrès des écrivains soviétiques, il adopte le modèle des organisations les plus autonomes tel le Pen-Club et y attire les écrivains les plus dotés en capital symbolique au sein du champ littéraire pour légitimer son entreprise.
- 21 Voir Pierre Hebey, La NRF des années sombres (juin 1940-juin 1941). Des intellectuels à la dérive, (...)
- 22 J’ai traité de ce paradoxe dans La Guerre des écrivains, op. cit., p. 377 sq.
18Au pôle esthète, les revues servent aussi à introduire des auteurs étrangers, à l’instar de La Nouvelle Revue française, reprise sous l’Occupation par l’écrivain fasciste Drieu La Rochelle, lequel a pour mission d’en faire une vitrine « chic » de la Collaboration. C’est pourquoi, contrairement au ton polémique que Drieu voulait donner à la revue au départ selon un projet d’éditorial retrouvé dans les archives21, l’Ambassade d’Allemagne lui a fait revoir sa copie pour adopter un ton plus distancié, « esthète », car il s’agissait de normaliser la situation d’occupation. Drieu doit aussi mettre en œuvre la politique de propagande nazie qui vise à promouvoir la littérature allemande en France. Le travail d’euphémisation « esthète » est ici paradoxalement imposé par des instances politiques et à des fins politiques22.
- 23 France-Amérique, 31e année, no 343-348, juillet-décembre 1940, et « Le comité France-Amérique en 19 (...)
- 24 Voir « Dernières publications du Comité France-Amérique et de l’Institut des études américaines », (...)
19Les « notables » ont des modes d’internationalisation plus mondains ou « académiques » : correspondants étrangers d’académies, réseaux diplomatiques, comme le très officiel comité France-Amérique, fondé en 1909 afin de favoriser le rapprochement entre les deux peuples, et où siégeaient près de la moitié des « immortels » auprès d’autres notables et de représentants officiels du gouvernement de Vichy tels que Lucien Romier. Ce comité était devenu un organe de propagande du régime. Il comptait, dans son conseil de direction, des « immortels » tels qu’Henry Bordeaux, Georges Duhamel, des écrivains comme Paul Valéry, Jean Giraudoux et Paul Morand, des membres de l’Institut, des ambassadeurs de France, et d’autres personnalités du monde politique, économique et intellectuel23. De 1940 à 1941, le comité France-Amérique consacre trois « Cahiers de politique étrangère », parus en version anglaise et espagnole, et quatre « Cahiers de la politique nationale » à des publications officielles du maréchal Pétain, sur l’armistice, sur le nouveau régime, sur l’éducation nationale, sur la reconstruction de la France ; dans cette deuxième série figure également Le Paysan français de l’écrivain Henri Pourrat, lauréat du prix Goncourt 194124.
20Les avant-gardes, qui contestent les instances de consécration nationales, s’inscrivent d’emblée dans des mouvements artistiques transnationaux, à l’instar du futurisme, de Dada, du surréalisme ou du situationnisme.
21Quant aux polémistes, ils sont les plus attachés aux cadres nationaux, par la presse notamment, et c’est par les réseaux politiques qu’ils s’internationalisent de manière idéaltypique. Retracer la formation des internationales fascistes d’après-guerre, sous la bannière européenne, permet de donner un aperçu de ce phénomène.
22Ainsi le réseau international des écrivains fascistes se reconstitue après la guerre aux marges de la reconstruction européenne, avec le Congrès de Malmö de 1951, qui avait pour objectif de réunir les droites radicales européennes sur un programme commun dans un Mouvement social européen en vue des élections européennes. Le congrès avait été préparé, lors d’une rencontre à Rome l’année précédente, par Maurice Bardèche (le beau-frère de Brasillach), Oswald Mosley, fondateur en 1932 de l’Union britannique des fascistes, Per Engdahl, leader du Nysvenska Rörelsen (NSR suédois), Karl-Heinz Priester, ancien leader de la Hitlerjugend, ancien SS, animateur de plusieurs amicales d’anciens nazis, fondateur de la revue Nation Europa, membre du cercle Werner Naumann (ancien collaborateur de Goebbels), qui était l’éditeur de Bardèche en allemand, et Horia Sima de la Garde de fer roumaine. Bardèche lance l’année suivante la revue Défense de l’Occident, qui sera la revue du Mouvement jusqu’à sa disparition en 1958 et qui lui survivra, animée par le négationniste François Duprat, lequel jouera un rôle clé dans l’articulation entre antisémitisme, antisionisme et anticommunisme tout en œuvrant à la réhabilitation du fascisme avec sa Revue d’histoire des fascismes, publiée entre 1972 et 1977.
23La scission au sein du Mouvement social européen provient du néonazi René Binet, un français ancien Waffen SS, qui développe dès 1946-1947 l’idée d’un remplacement de la population européenne par l’immigration dans les colonnes du Combattant européen, ancien journal collaborationniste de la Légion des volontaires français contre le communisme fondé par Marc Augier en 1942, qu’il a repris en 1946. Selon Binet, ce sont les juifs qui cherchent à détruire l’Europe en y faisant venir des populations venues d’autres continents. Il développe cette idée dans sa Théorie du racisme, ouvrage paru en 1950. En désaccord avec la mouvance de Bardèche qu’il ne trouve pas assez raciste, il fonde peu après à Zurich, avec le théoricien raciste et militant négationniste suisse Gaston-Armand Amaudruz – auteur en 1949 d’un livre intitulé Ubu Justicier au premier procès de Nuremberg, qui met en doute le génocide des juifs –, et le nazi suisse Ervin Vollenweider, futur fondateur du Parti populaire suisse, un mouvement plus radical, le Nouvel ordre européen (NOE), ouvertement raciste, pan-européen, et qui prône la décolonisation comme principe séparatiste (d’où la rupture avec Bardèche). Ce mouvement organise des congrès à Paris en mai 1952, à Hanovre en janvier 1954, à Lausanne en décembre 1956, à Milan en avril 1965, ou à Barcelone en avril 1969. Si le mouvement décline vers 1980, Amaudruz continue à publier son organe, Courrier du Continent, repris en 2012 par le négationniste René-Louis Berclaz.
- 25 Pauline Picco, « Penser et dire la race à l’extrême droite (France-Italie, 1960-1967) », Vingtième (...)
- 26 Razmig Keucheyan, « Alain de Benoist, du néofascisme à l’extrême droite “respectable”. Enquête sur (...)
24Quant au Mouvement social européen, il disparaît suite à ses divisions, mais subsiste dans les années 1960 un réseau informel autour de revues : ainsi Défense de l’Occident et la revue Europe-Action, animée par Dominique Venner, Gilles Fournier et Jean Mabire, sont en contact étroit avec le Centre Ordine Nuovo lié au mouvement politique du même nom en Italie, et proche du philosophe traditionaliste Julius Evola, qui traduit des articles publiés par ces revues. Comme l’a montré Pauline Picco, si sa résonance reste limitée aux quelques milieux d’adhérents (le tirage des revues varie entre 5 000 et 10 000 exemplaires), cette mouvance constitue « de véritables foyers de réflexion et de théorisation idéologique » dans les années 1960, substituant au discours antisémite jusque-là prédominant dans ces cercles, un discours raciste sur fond de décolonisation25. A collaboré à ces deux revues Alain de Benoist, un des fondateurs du GRECE, le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, et de la Nouvelle Droite, directeur des revues Nouvelle École (fondée en 1968), Éléments (1973) et Krisis (1988), qui prône alors un « racisme européen », racisme biologique qu’il transformera par la suite en « racisme culturel, ou “ethno-différentialiste” », dans le cadre d’une stratégie visant, suivant Ramzig Keucheyan26, à légitimer et rendre respectables les idées d’extrême droite. Il a aussi une stratégie d’internationalisation : la Nouvelle Droite italienne se forme en 1974 par les contacts avec son homologue française et a lancé en 1978 une version italienne d’Eléments ; de Benoit a aussi invité à siéger dans le comité de patronage de Nouvelle École Armin Mohler, ancien secrétaire d’Ernst Jünger, théoricien de la révolution conservatrice allemande et de la Neue Rechte. Selon Keucheyan, Alain de Benoit serait un des intellectuels français les plus traduits aujourd’hui, par des éditeurs d’extrême droite.
25Se créent aussi des maisons d’édition, comme Edizioni d’Ar, fondées en 1963 en Italie par Franco Freda, juriste et essayiste traditionaliste et national-révolutionnaire (il se réclame d’Evola) proche d’Ordine Nuovo, Ar étant un terme d’origine indoeuropéenne exprimant la vigueur physique et morale (aretè, aristocratie en grec). Y paraissent des livres de Gobineau et de Spengler entre autres « classiques », et des ouvrages idéologiques récents comme celui de Massimo Pacilio, L’Invasione. Prodromi di una eliminazione etnica (s.d.). Il existe des éditions d’Ar en français aussi, encore actives à ce jour (sans que j’aie pu élucider la relation avec la maison italienne), et qui ont publié dans les dernières années :
- une anthologie de Michel Schneider intitulée Principes de l’action fasciste : essai de synthèse pour un néo-fascisme, avec des textes de José-Antonio Primo de Rivera, Robert Brasillach, Pierre Drieu La Rochelle ;
- un recueil de textes d’Oswald Mosley intitulé Du fascisme au nationalisme européen (2019) et une traduction de son livre de 1947 L’Alternative (2020) ;
- des textes du théoricien italien de l’élitisme traditionaliste Julius Evola, qui se réfère à une tradition « aryo-nordique » promouvant un aristocratisme « mâle » contre le « principe féminin » incarné par la démocratie, et qui est devenu après la guerre une référence de la Nouvelle droite italienne, française et étasunienne, ainsi que des milieux néofascistes en Europe et aux États-Unis ;
- ou encore Alexandre Douguine, le théoricien et promoteur de l’eurasisme qui est un des inspirateurs de la Nouvelle Droite en Russie (et un des maîtres de Poutine).
- 27 Gisèle Sapiro, Des mots qui tuent. La responsabilité de l’intellectuel en temps de crise (1944-1945 (...)
26Malgré leur tentative de récupérer l’héritage intellectuel et littéraire de l’extrême droite pour se relégitimer, ces mouvements se situent hors du champ politique et hors du champ littéraire, aux marges du champ de production idéologique et du champ éditorial. La figure du polémiste a en effet été frappée de discrédit en France (et sans doute ailleurs aussi) à la Libération, lors des procès de l’épuration qui en ont fait des figures de traîtres irresponsables, et alors que la presse d’investigation d’origine étasunienne, introduite en France dès le Second Empire, s’imposait définitivement contre la presse d’opinion, littéraire et politique27. L’une des questions qui se posait dans ces procès était de savoir si ces polémistes avaient reçu de l’argent de l’étranger, ce qui aurait constitué la preuve de leur traîtrise.
- 28 Daniel Swift, The Bughouse: The Poetry, Politics and Madness of Ezra Pound, Londres, Harvill Secker (...)
- 29 Interrogatoires de Robert Denoël et de Thierry Maulnier, dossier d’instruction de Lucien Rebatet, A (...)
27Concernant la responsabilité, l’hospitalisation d’Ezra Pound en hôpital psychiatrique à l’issue de son procès en trahison constitue le cas-limite de déni de responsabilité (le dossier ayant justifié l’internement est aujourd’hui contesté sur le plan médical28). Il en va de même pour le norvégien Knut Hamsun, prix Nobel de littérature, pro-nazi convaincu, interné en hôpital psychiatrique après la guerre. On n’en a pas d’exemple en France, bien que des arguments en ce sens furent invoqués par la défense. Ainsi, dans le cas de Rebatet, son éditeur, Robert Denoël, interrogé lors de l’instruction, mit sa violence verbale, son antisémitisme, sa germanophilie sur le compte d’un fourvoiement dû à un « déséquilibre », un caractère « hypersensible » qui le rendait sans doute « pathologiquement violent » par moments. Aux yeux de son ancien camarade de rédaction Thierry Maulnier également, Rebatet était, à la différence d’autres collaborateurs de l’équipe de Je suis partout, « un garçon sincère mais hypernerveux, peut-être même violent sous l’effet de la boisson29 ».
- 30 Milton Hindus, « Trois semaines avec L.-F. Céline », Combat, 23 février 1950.
- 31 https://www.rtbf.be/lapremiere/article/detail_celine-1894-1961-un-grand-ecrivain-en-depit-de-la-fol (...)
28De même, lors du procès Céline, qui se tint par contumace, le commissaire du gouvernement suggéra que son cas relevait de la psychiatrie : il lui semblait impossible d’expliquer « autrement que par les suites d’une trépanation l’antimilitarisme du Voyage et le militarisme des Beaux-Draps ». Sa source était sans doute les observations de Milton Hindus, professeur à l’Université de Chicago, qui avait passé trois semaines auprès de Céline à Copenhague durant l’été 1948, et qui publia le fruit de ses observations en février 1950, à l’approche du procès, sous le titre The Crippled Giant : « Il a une plaque d’acier dans le crâne, là où il fut trépané, et des bruits dans le cerveau que lui seul peut entendre », notait Hindus, qui avait cru Céline sur parole. Les extraits parus dans Combat le surlendemain du procès accréditèrent l’idée que cet homme aux « longs cheveux de barde », qui ressemblait à « un chien hirsute inexplicablement blessé », était « plus que maboul » comme le pensait Gide : il était « complètement fou »30. Le thème de la folie de Céline a permis la dissociation de l’œuvre littéraire de l’écrivain, rééditée à partir du début des années 1950 par Gallimard (qui a récupéré le fonds Denoël après le décès de Robert Denoël), des pamphlets antisémites du polémiste, dont Céline a interdit la réédition (c’est cette interdiction que Gallimard était parvenu à faire lever auprès de la veuve de Céline, par l’intermédiaire de son avocat, en vue de rééditer les pamphlets, voyant qu’ils étaient déjà réédités au Québec où ils étaient déjà tombés dans le domaine public, mais Gallimard a finalement abandonné ce projet devant les arguments qui lui ont été opposés dans le débat public que cette affaire a suscité). Reste que le thème de la folie de Céline qui serait la contrepartie de son génie, selon la conception romantique du créateur, persiste à ce jour, en France comme à l’étranger : en 2017, la chaîne belge RTBF titrait une émission consacrée à Céline : « un grand écrivain en dépit de la folie antisémite31 ».
- 32 Voir l’épilogue de Les Écrivains et la politique…, op. cit., p. 359-368.
29Outre ce discrédit jeté sur la figure du polémiste, ce sont les changements survenus dans le champ de production idéologique, le champ du pouvoir et le champ intellectuel qui expliquent cette marginalisation. Concernant le premier, évoquons juste quelques moments clé : la délégitimation de la droite radicale après la guerre, son renouveau pendant la guerre d’Algérie, le rassemblement de la nouvelle droite intellectuelle conservatrice contre le communisme dans la deuxième moitié des années 1970, et, à partir de 1978, autour de la revue Commentaire inspirée de la revue néoconservatrice américaine Commentary32.
Résurgence des polémistes
- 33 Gisèle Sapiro, « L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques », Le Monde, 15 janvier 2016. V (...)
30La réapparition des polémistes dans l’espace public français des années 2000 est liée à une conjoncture de repolitisation du champ intellectuel et de droitisation de l’espace médiatique33. L’idéologie dominante à laquelle cette droite se confronte désormais est la philosophie des droits de l’homme, qui comprend l’antiracisme et l’égalité homme-femme. Les attaques répétées et ouvertes des polémistes contre ces principes, qui rassemblent la plupart d’entre eux par-delà les divergences, les excluent de la compétition légitime au sein du champ politique. Cependant, le discours culturaliste essentialiste des intellectuels de la droite radicale, qui apporte une justification lettrée à leur islamophobie, a trouvé une audience accrue dans le contexte des vagues d’attentats perpétrés par des groupes terroristes se réclamant de l’islam depuis le 11 septembre 2001, et s’est banalisé dans l’espace public. Il tend désormais aussi à s’internationaliser.
- 34 Voir Les Écrivains et la politique…, op. cit., p. 368-379.
- 35 Voir son ouvrage Interventions 2020, Paris, Flammarion, 2020, et son dialogue avec Michel Onfray da (...)
- 36 Voir l’analyse de ces évolutions dans Gisèle Sapiro, Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ?, Paris (...)
31Au sein de la droite ultraconservatrice et radicale, le mode d’intervention des polémistes, dont la figure la plus visible est Éric Zemmour, se différencie de celui des « notables » (Finkielkraut) et des « esthètes » (Michel Houellebecq, Renaud Camus, Richard Millet)34. Mis à part Houellebecq qui développe une stratégie habile pour diffuser des idées islamophobes sous couvert de littérature et sans apparaître, jusqu’à une date assez récente35, comme un écrivain engagé intervenant dans le champ de production idéologique, ces interventions se situent aux marges du champ littéraire qui continue de tenir en suspicion tout engagement politique trop marqué. La politisation de Renaud Camus et de Richard Millet est corrélative de leur trajectoire littéraire déclinante, et a eu pour conséquence, à terme, de les en exclure, malgré des tentatives pour les y maintenir (telle que le prix André Gide décerné à Millet)36. Mais elle a suscité l’intérêt de quelques éditeurs d’extrême droite à l’étranger.
32Tel est notamment le cas de Verlag Antaois, éditeur de langue allemande publiant des essayistes d’extrême droite, parmi lesquels, traduits du français, Charles Maurras (Mes idées politiques), des auteurs de la Nouvelle Droite comme Alain de Benoist et François Bousquet. On trouve à son catalogue quatre titres de Millet : un roman, son récit autobiographique Töten, et, en 2018, un recueil de textes politique, Verloren Posten, incluant De l’antiracisme comme terreur littéraire et Solitude du témoin ; ainsi qu’un titre de Renaud Camus, Revolte gegen den Grossen Austach, traduit par l’Autrichien Martin Lichtmetz, qui signe de son pseudonyme Martin Semtlisch, collaborateur de Neue Ordnung, et auteur d’un livre sur l’ethnopluralisme.
33En Italie, c’est la maison de tendance libertarienne Liberilibri, au catalogue divers, entre littérature et politique, qui publie les deux essais les plus controversés de Millet, Lingua fantasma. Elogio letterario di Anders Breivik (2014), et L’antirazzismo come terrore letterario (2016). Elle est aussi l’éditeur en italien du pamphlet revanchard Vanessavirus de Gabriel Matzneff (présenté comme un « grand écrivain français » [sic], publié chez Gallimard).
- 37 « Déclaration des hôtes-trop-nombreux-de-la-France-de-souche », Le Monde, 25 mai 2000. Cette contre (...)
- 38 Renaud Camus, « Nous refusons de changer de civilisation », Le Monde, 19 avril 2012.
34De Renaud Camus, c’est la pseudo-théorie du « grand remplacement » qui a circulé à l’international, plutôt que l’œuvre littéraire. Auteur apprécié au pôle de production restreinte du champ littéraire, qui cherchait à se « notabiliser » (il est lauréat en 1996, pour l’ensemble de son œuvre, du prix Amic de l’Académie française, où il fut candidat malheureux en 1999 et en 2000), Renaud Camus s’est engagé en politique et s’est radicalisé après le scandale suscité par les passages antisémites de son journal de 1994, La Campagne de France, publié par Fayard37. En 2002, il se déclarait candidat à la présidence de la République avec le parti de l’In-nocence qu’il a fondé pour défendre les « valeurs de civisme, de civilité, de civilisation, d’urbanité, de respect de la parole et d’“in-nocence” », avant d’appeler à voter Marine Le Pen pour faire barrage à l’immigration, grosse à ses yeux d’une menace de « changement de civilisation38 ». Dans Abécédaire de l’In-nocence (2010), il développait sa « thèse » du « grand remplacement », notion qui désigne la substitution des immigrés extra-européens à la population française « de souche », cause, selon lui, d’une « grande déculturation ».
- 39 https://www.cnre.eu/
35L’idée d’un « grand remplacement », que certains font remonter à Barrès, a été conceptualisée à la fin des années 1940 par René Binet comme on l’a vu. Remise au goût du jour par Renaud Camus, elle rencontre un succès immédiat parmi la droite identitaire. Dans son livre auto-édité Le Changement de peuple, paru en 2013, Renaud Camus développe sa « théorie », à savoir la supposée substitution des « peuples européens » dits « de souche » par des « immigrés extra-européens ». Il préface un livre de Gérard Pince intitulé Le Choc des ethnies : vers le génocide des Français ? (2015). Condamné en 2014 pour provocation à la haine et à la violence « contre un groupe de personnes en raison de leur religion » (l’islam), il rallie l’année suivante le parti satellite du Front national, Souveraineté, identité et libertés, et préside depuis novembre 2017 le « Conseil national de la Résistance européenne » qu’il a cofondé à Colombey-les-Deux-Églises, site du Mémorial Charles de Gaulle, et qui a pour slogan « Vive la France libre. Vive la civilisation européenne39 ».
- 40 Voir, par exemple, Ricardo Rossotto, « Teorie para-razziste alla velocità del web. Il caso Renaud C (...)
- 41 Hans Rauscher, « Der große Austausch », Der Standard, 5 août 2019.
36Si elle l’exclut du champ littéraire, cette réorientation vers la politique lui assure une nouvelle carrière internationale dans les circuits d’extrême droite. Les attentats perpétrés contre deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande), en mars 2019, par Brenton Tarrant, lequel a cité parmi ses références Renaud Camus, ont largement contribué à la visibilité internationale de l’idéologue, même si ce dernier proclame son pacifisme et son opposition à toute action violente40. Sa « théorie » connaît notamment un succès en Autriche où il fait référence auprès du FPÖ et des identitaires41. De sa stratégie d’internationalisation témoigne la publication en 2018, directement en anglais, à compte d’auteur, de You Will Not Replace Us!, qui synthétise ses « thèses » politiques à destination du monde anglophone.
- 42 Hugo Marsan, « La longue quête réactionnaire d’un plaideur immobile », Le Monde, 1er juin 2000.
- 43 Sur le racisme de l’intelligence, voir Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 198 (...)
37Entre cet engagement et l’œuvre, il n’y a cependant pas coupure mais continuité, sous forme de radicalisation. Analysant les journaux, chroniques et romans qui ont précédé La Campagne de France, Hugo Marsan y décèle une « idéologie de la supériorité de l’esthète » et un élitisme réactionnaire émaillé d’insinuations racistes et xénophobes42. Le racisme et l’essentialisme culturaliste s’y doublent d’un racisme de classe et d’un « racisme de l’intelligence43 », vision du monde que Renaud Camus partage avec Millet. Cette idéologie prend une forme dialoguée dans son roman L’Épuisant désir de ces choses (POL, 1995) où le protagoniste, figure d’éditeur parisien nommé Jean Deladevèze, tient de longs monologues sentencieux dans un français châtié au cours de repas où il affronte notamment sa fille ralliée à l’extrême gauche et qui s’oppose frontalement à lui, et le petit ami noir de cette dernière, que l’auteur fait parler dans un style de jeune de banlieue tranchant avec la norme littéraire incarnée par les discours de l’éditeur. Le roman trompe toutes les attentes, et en particulier celles qui ont trait à la bien-pensance : le manuscrit haineux et raciste Opus Niger reçu par l’éditeur se révèle avoir été écrit par un émigré juif d’Europe de l’Est rescapé de la Shoah ; l’éditeur se met en quête de son fils parti au Tibet en compagnie de la petite amie de celui-ci, avec laquelle le père entame lui-même une liaison. Ce roman illustre ainsi le travail d’euphémisation du politique par son esthétisation. La culture littéraire et la maîtrise de la langue servent à Renaud Camus, comme à Richard Millet, à légitimer une parole raciste interdite dans l’espace public.
38C’est aussi le cas chez Éric Zemmour, dans une forme différente, qui consiste à politiser l’esthétique, démarche typique du pôle polémiste, à la lisière du champ littéraire. Chroniqueur au Figaro magazine et journaliste à Valeurs actuelles, Zemmour a également eu des prétentions littéraires avant de se reconvertir en politique. En témoignent trois romans, Le Dandy rouge (Plon, 1999), L’Autre et Petit frère (Denoël, 2004 et 2008). Petit frère est un roman à thèse contre le multiculturalisme, à travers l’exemple d’une cité où la cohabitation entre communautés, portraiturées de façon stéréotypée, voire caricaturale, se tend, conduisant au meurtre d’un adolescent juif par son ami musulman, meurtre dont la motivation antisémite est étouffée par le narrateur, un socialiste de gauche lié au mouvement antiraciste, à la demande de son ami, homme politique de droite désabusé. À la fin du roman, ce dernier invite son ami à rencontrer « Nicolas » (Sarkozy s’entend), faisant allusion à la recomposition que celui-ci opère en attirant des intellectuels de gauche. Ce roman à la tonalité sociale et politique immédiate ne suffit pas à faire de son auteur un notable des lettres.
- 44 Léonard Billot, » Angelo Rinaldi proteste contre la remise d’un prix à Éric Zemmour », Libération, (...)
39Auteur de portraits d’Édouard Balladur et de Jacques Chirac qui attestent son ambition de se « notabiliser », il établit sa position dans le champ de production idéologique en tant que polémiste. Dans ses pamphlets, il pourfend l’antiracisme, qu’il assimile au communisme, le multiculturalisme et le mariage pour tous. Premier sexe (Fayard, 2006), traduit en italien chez Piemme et en espagnol chez Homo Legens (2019), déplore la féminisation de la société. Mélancolie française (Fayard, 2010), qui a soulevé une polémique à propos de sa vision de l’histoire de France, s’est vendu à 60 000 exemplaires et a été récompensé par le Prix du livre incorrect. Condamné le 18 février 2011 pour provocation à la discrimination raciale en raison de sa justification, sur France Ô, du « droit » des employeurs de refuser des Arabes ou des Noirs, il remporte peu après le prix Richelieu, que décerne l’association Défense de la langue française à un journaliste qui « aura témoigné par la qualité de son propre langage, de son souci de défendre la langue française ». Cette récompense a provoqué la démission d’Angelo Rinaldi du jury. L’académicien a exposé ses raisons à Libération : « […] je refuse de présider une association qui récompense et donc légitime la propagande haineuse de M. Éric Zemmour […] Je démissionne donc de mes fonctions de président de Défense de la langue française et quitte totalement l’association44. »
- 45 Bertrand Guyard, « Éric Zemmour : les vrais chiffres de vente du Suicide français », Le Figaro, 16 (...)
- 46 L’année précédente avait paru La France n’a pas dit son dernier mot chez un éditeur de Varsovie, Ws (...)
- 47 Merci à Very Guseynova pour avoir effectué ces recherches.
40Dans Le Suicide français (Albin Michel, 2014), il construit un système d’oppositions qui vise à remettre en cause l’idéologie dominante au nom de valeurs patriarcales qui assuraient selon lui la stabilité et la grandeur de la nation, faisant de la famille la cellule d’une conception organiciste de la société. Le pamphlet devient rapidement un best-seller avec plus de 400 000 exemplaires vendus45. Il est traduit en italien (dans une toute petite maison, Enrico Domiani, en 2016), et en polonais (Biały Kruk, à Cracovie, en 202246), mais pas en allemand ni en anglais. Pas en russe non plus, cependant l’introduction est traduite sur un blog avec 70 commentaires et l’ouvrage est recensé dans la revue Problèmes de stratégie nationale de l’Institut russe d’études stratégiques, liée au gouvernement. L’article que Zemmour a publié dans Le Figaro du 14 octobre 2016, « La guerre de civilisation actuelle se fonde autant sur la géographie que sur l’histoire », est référencé dans nombre d’articles de la presse russe47. Cet engagement a débouché sur une tentative de reconversion en politique, comme dans le cas de Renaud Camus, avec une candidature à la présidence de la République en 2022.
Conclusion
41Alors que le pamphlet s’était inscrit depuis Paul-Louis Courier dans le champ littéraire au moment de son autonomisation, par ses liens avec le journalisme littéraire et politique, et alors qu’il pouvait encore apparaître dans les années 1930 comme un genre littéraire à part entière au sein du champ littéraire français, la délégitimation de la figure du polémiste à la Libération et la différenciation entre champ littéraire, champ politique et champ journalistique (au profit du journalisme d’information) exclut le pamphlet du champ littéraire national et transnational : c’est, on l’a vu, par les circuits politiques de la droite radicale que ces textes circulent et sont érigés en références idéologiques et en source d’autolégitimation par ces mouvements eux-mêmes situés en marge du champ politique, mais dont le discours a fortement gagné en visibilité dans l’espace public depuis les années 2000. D’où les tentatives de relégitimer ces auteurs du passé, tels que Maurras ou Jünger, sur le plan à la fois littéraire et politique.
Notes
1 Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Actes de la recherche en sciences sociales, 2002/5, no 145, p. 3-8, repris dans Impérialismes. Circulation internationale des idées et luttes pour l’universel, Paris, Raisons d’agir, 2003.
2 Voir Marc Angenot, La Parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Paris, Payot, 1982, p. 73 sq.
3 Christian Jouhaud, Les Mazarinades, Paris, Aubier, 1985.
4 Paul-Louis Courier, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1964, p. 214 (1re éd. 1951).
5 Voir Gisèle Sapiro, « Une catégorie éthique de l’entendement lettré : le concept de désintéressement », Revue Silène, 22 novembre 2017 (en ligne).
6 Voltaire, « Lettres, gens de lettres ou lettré », Dictionnaire philosophique, Paris, Imprimerie nationale, 1994, p. 324.
7 Armand Carrel, « Essai sur la vie et les écrits de Paul-Louis Courier » (1829), préface à l’édition des Œuvres complètes de Courier en 4 volumes, Paris, A. Sautelet et Cie, 1829-1830, vol. I, p. 33.
8 Cité d’après Alain Dejammet, Paul-Louis Courier, Paris, Fayard, 2009, p. 451.
9 Cédric Passard, L’Âge d’or du pamphlet (1868-1898), Paris, CNRS, 2015.
10 Voir mon livre Les Écrivains et la politique en France, de l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie, Paris, Seuil, 2018, p. 21-38.
11 Bruce F. Pauley, From Prejudice to Persecution: A History of Austrian Anti-Semitism, Chapel Hill, Londres, University of North Carolina Press, 1992.
12 Voir Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Le Seuil, 1999.
13 « 5 livres édités par Alain Soral interdits / censurés », Le Figaro, 13.11.2013 ; et Frédéric Haziza, Vol au-dessus d’un nid de Fachos : Dieudonné, Soral, Ayoub et les autres, Paris, Fayard, 2013, p. 67.
14 Ralph Schor, L’Antisémitisme en France pendant les années trente, Bruxelles, Complexe, 1992.
15 Cité par Jean Lacouture, François Mauriac, vol. 2 : Un citoyen du siècle, 1933-1970, Paris, Le Seuil, 1990, p. 351.
16 L’Action française, 9 avril 1935.
17 Voir Jeffrey Segall, Joyce in America. Cultural Politics and the Trials of Ulysses, Berkeley, University of California Press, 1993.
18 Je renvoie à mon livre La Guerre des écrivains (1940-1953), Paris, Fayard, 1999, rééd. 2006, p. 185-189.
19 Voir Gisèle Sapiro, Les Écrivains et la politique en France, op. cit., p. 83-106.
20 Frank-Rutger Hausmann, „Dichte, Dichter, tage nicht!”: die Europäische Schriftsteller-Vereinigung in Weimar 1941-1948, Frankfurt am Main, Klostermann, 2004.
21 Voir Pierre Hebey, La NRF des années sombres (juin 1940-juin 1941). Des intellectuels à la dérive, Paris, Gallimard, 1992, p. 145.
22 J’ai traité de ce paradoxe dans La Guerre des écrivains, op. cit., p. 377 sq.
23 France-Amérique, 31e année, no 343-348, juillet-décembre 1940, et « Le comité France-Amérique en 1942 », Journal des nations américaines, « La vie française », 20e année, no 711, série de guerre, no 114. Musée de la Résistance Nationale (MRN).
24 Voir « Dernières publications du Comité France-Amérique et de l’Institut des études américaines », Journal des nations américaines, ibid.
25 Pauline Picco, « Penser et dire la race à l’extrême droite (France-Italie, 1960-1967) », Vingtième Siècle, vol. 130, no 2, 2016, p. 77-88. Sur ces réseaux et revues, voir aussi Olivier Dard (dir.), Supports et vecteurs des droites radicales au xxe siècle (Europe-Amériques), Convergences, vol. 68, Bern, Peter Lang, 2013, p. 139-166.
26 Razmig Keucheyan, « Alain de Benoist, du néofascisme à l’extrême droite “respectable”. Enquête sur une success story intellectuelle », Revue du Crieur, vol. 6, no 1, 2017, p. 128-143. https://www.cairn.info/revue-du-crieur-2017-1-page-128.htm.
27 Gisèle Sapiro, Des mots qui tuent. La responsabilité de l’intellectuel en temps de crise (1944-1945), Paris, Le Seuil, coll. « Points », 2020.
28 Daniel Swift, The Bughouse: The Poetry, Politics and Madness of Ezra Pound, Londres, Harvill Secker, 2017.
29 Interrogatoires de Robert Denoël et de Thierry Maulnier, dossier d’instruction de Lucien Rebatet, AN : Z6 255 no 2999.
30 Milton Hindus, « Trois semaines avec L.-F. Céline », Combat, 23 février 1950.
31 https://www.rtbf.be/lapremiere/article/detail_celine-1894-1961-un-grand-ecrivain-en-depit-de-la-folie-antisemite?id=9617694. Sur ce sujet, voir la thèse d’Isabelle Blondiaux, « Louis-Ferdinand Céline et la chose psychiatrique », Amiens, 1991.
32 Voir l’épilogue de Les Écrivains et la politique…, op. cit., p. 359-368.
33 Gisèle Sapiro, « L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques », Le Monde, 15 janvier 2016. Voir aussi Frédérique Matonti, Comment sommes-nous devenus réacs ?, Paris, Fayard, 2021.
34 Voir Les Écrivains et la politique…, op. cit., p. 368-379.
35 Voir son ouvrage Interventions 2020, Paris, Flammarion, 2020, et son dialogue avec Michel Onfray dans Front populaire, 1er décembre 2022.
36 Voir l’analyse de ces évolutions dans Gisèle Sapiro, Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ?, Paris, Le Seuil, 2020, p. 181-194. Je ne reviens pas ici sur le cas de Richard Millet.
37 « Déclaration des hôtes-trop-nombreux-de-la-France-de-souche », Le Monde, 25 mai 2000. Cette contre-pétition, signée par 26 intellectuel·le·s dont Derrida, Deguy, Lanzmann, Judith Miller, Sollers, et Vernant, répondait à la pétition en défense de Camus diffusée le 16 mai et signée par une centaine de personnalités du monde culturel.
38 Renaud Camus, « Nous refusons de changer de civilisation », Le Monde, 19 avril 2012.
39 https://www.cnre.eu/
40 Voir, par exemple, Ricardo Rossotto, « Teorie para-razziste alla velocità del web. Il caso Renaud Camus », L’Incontro, 24 mai 2019 ; James McAuley, “How Gay Icon Renaud Camus Became the Ideologue of White Supremacy. The bizarre odyssey of the ‘great replacement’ theorist shows that kitsch can kill”, The Nation, 17 juin 2019 ; Marc Bassetts, « El ideólogo francés que inspira al supremacismo blanco », El Pais, 9 août 2019 ; Norimitso Onishi, “The Man Behind a Toxic Slogan Promoting White Supremacy”, The New York Times, 20 septembre 2019.
41 Hans Rauscher, « Der große Austausch », Der Standard, 5 août 2019.
42 Hugo Marsan, « La longue quête réactionnaire d’un plaideur immobile », Le Monde, 1er juin 2000.
43 Sur le racisme de l’intelligence, voir Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980, rééd. 1984, p. 264-268.
44 Léonard Billot, » Angelo Rinaldi proteste contre la remise d’un prix à Éric Zemmour », Libération, 7 mars 2011.
45 Bertrand Guyard, « Éric Zemmour : les vrais chiffres de vente du Suicide français », Le Figaro, 16 octobre 2014 : https://www.lefigaro.fr/livres/2014/10/16/03005-20141016ARTFIG00014-eric-zemmour-les-vrais-chiffres-de-vente-du-suicide-francais.php ; et https://www.bfmtv.com/people/tv/le-livre-de-zemmour-toujours-en-tete-des-ventes-avec-celui-de-trierweiler_AN-201412210010.html.
46 L’année précédente avait paru La France n’a pas dit son dernier mot chez un éditeur de Varsovie, Wszystko co Najważniejsze, 2021. Merci à Maria Tyl pour avoir effectué cette recherche.
47 Merci à Very Guseynova pour avoir effectué ces recherches.
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Référence papier
Gisèle Sapiro, « Stratégies internationales de polémistes français d’extrême droite : perspective socio-historique », Revue des sciences humaines, 351 | 2023, 17-34.
Référence électronique
Gisèle Sapiro, « Stratégies internationales de polémistes français d’extrême droite : perspective socio-historique », Revue des sciences humaines [En ligne], 351 | 2023, mis en ligne le 01 janvier 2024, consulté le 08 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rsh/3249 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsh.3249
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