1Ce second fascicule sur « la pensée critique de Francis Dubost » vient, en forme de coda, terminer le premier, paru au printemps 2025. Il en reprend les intentions et les fils conducteurs en explorant les traces d’une pensée critique encore vivante chez les médiévistes sensibles à l’acuité d’une lecture qui sait ajuster, dans le détour des signes, les images et les idées. Le premier volume s’attachait à étudier la texture de cette pensée, ses mécanismes, son outillage, ses concepts et ses catégories, ses tentations théoriques toujours profondément ancrées dans les textes et leur poétique, à mi-chemin entre art de lire et art d’écrire. Celui-ci descend au plus près des signes car, comme le soulignait Francis Gingras en présentant le premier fascicule, « la pensée critique de Francis Dubost ne se limite pas à faciliter la lecture des anciens textes français : dans le miroir du fantastique se diffracte une certaine idée de la littérature et de la construction du sens ».
2Dès lors, si pour Francis Dubost « la littérature demande à être perçue comme miroitement de ce qui n’est pas, ou de ce qui n’est plus, ou de ce qui devrait être autrement » (Dubost 2016, 22), le signe est cette merveille qui miroite ce qu’elle est autant que ce qu’elle n’est pas. Pour qu’il y ait un Autre, un Ailleurs et un Autrefois, il faut qu’il y ait un Même, un Ici et un Maintenant et qu’ils renvoient vers ce qu’ils ne sont pas. Telles sont en particulier les épiphanies du Graal, signe acuminal s’il en est, autour duquel se nouent deux traditions romanesques, un « Graal-théâtre » et un « Graal-histoire » (Dubost 2016, 369), deux herméneutiques aussi, qui distinguent un art de faire signe d’un art de faire sens (J.-R. Valette), également induits du silence de la merveille.
3Dans ce silence, et notamment lorsque le signe prend la forme d’un langage non verbal et qu’il s’approprie les prestiges du visuel (C. Nicolas) ou s’élargit à la mesure d’une lecture narrative de l’espace (I. Fabre), une présence s’impose, un vide se comble où le voir devient savoir. Ce rapport au savoir, que Francis Dubost (1998) explore à travers le « conflit des lumières », est encore un miroitement. On ne saurait en effet « se contenter de chercher la loi qui règne à l’intérieur d’un texte ; en explorant le monde du dedans, force sera bien d’apercevoir tous les apports, tous les échos externes. L’on se trouve incité à un va-et-vient. L’attention au dedans nous reporte au dehors » (Starobinski 1974, 178). Aussi, à la lumière d’une lecture dubostienne, le procès des revenants dans une saga islandaise peut-il se comprendre comme un jalon dans la redéfinition du rôle social des chefs traditionnels de l’île au cœur d’une société en mutation (T. Tulinius).
4Ainsi, l’héritage intellectuel de Francis Dubost peut fructifier dans son actualité et sa pertinence renouvelées, en invitant à « lire tot el » à sa suite (F. Gingras) et à construire une poétique de la pensée. L’enjeu n’est pas mince sans doute car, ainsi que le notait Daniel Poirion en 1974 :
Le domaine de la littérature médiévale garde encore le secret de finalités oubliées. Finalités, et non causalités, car le sens des œuvres humaines ne se trouve pas dans un enchaînement de causes, comme la critique à prétention scientifique semble parfois le croire. L’homme se définit par ses projets, et le sens de ses actes se dessine par rapport à ses intentions, à ses motivations plus ou moins conscientes. À cet égard […] la littérature n’est pas muette comme un monument de pierre. Encore faut-il bien comprendre ce que ses écrits veulent dire. (Poirion 1974, 9)
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