Ces lieux qui nous habitent

.

Il est des lieux qui nous habitent, ou est-ce une de nos mémoires ancienne qui les abrite ? De ces lieux qui reviennent nous hanter telle une vieille antienne psalmodiant son air languissant.

Monde étrange, impalpable. Vestiges antérieurs effacés de l’ici par la puissance du réel .

Le songe plus puissant que le rêve…

Elle erre dans l’hier. D’une nuit à l’autre, le présent s’efface.
Un chemin, une colline, une maison. Il lui faut marcher pour retrouver ce lieu jadis habité de joie ou les fleurs ont un parfum d’au-delà. ; au-delà de la raison, du réel, de l’espace, du temps.

Comme un regret, un tourment, une erreur, une injustice non réparée, ce rêve étrange et pénétrant, récurrent.

Pour s’y rendre elle devra traverser villages, plaines et bois. marcher longtemps. Remonter le temps, les saisons. Naître avec les aubes, mourir avec les crépuscules. Voir les arbres se couvrir de vert, de brun, puis de givre. C’est loin, très loin, il fait sombre à présent, un brouillard recouvre l’horizon de sa cécité. La maison se trouve être en hauteur, très isolée, elle domine un terrain en partie en friche. La propriété n’est pas clôturée autrement que par des buissons, branchages entrelacés, feuillus et épineux, et de ces haies naturelles que le vent sculpte.
Ce songe, c’est comme un vêtement que vous endossez et qui vous sied parfaitement, qui semble avoir été confectionné pour vous ; il se trouve avoir été déposé dans la garde-robe de vos nuits par une main inconnue.

Quelle étrange et inconfortable sensation que d’avoir abandonné le lieu attaché à votre âme, en un temps révolu et secret, par des liens indissolubles.
Comme un amour impossible qui erre, prisonnier à jamais de votre cœur.

Là se finit le rêve. Elle se réveille sans avoir résolu l’énigme. Aucune clef, aucun indice à ce jour, juste la sensation d’avoir traversé le temps.
.

Un amour impossible

Un amour impossible

« L’amour est plus beau quand il est impossible, l’amour le plus absolu n’est jamais réciproque. Mais le coup de foudre existe, il a lieu tous les jours, à chaque arrêt d’autobus, entre des personnes qui n’osent pas se parler. Les êtres qui s’aiment le plus sont ceux qui ne s’aimeront jamais. »

 Frédéric Beigbeder 

Julien convenait que ce pari était stupide, pourtant il ne se décidait pas à en arrêter la marche.
– Il faudra la séduire rapidement, lui avait dit Lucas. N’oublie pas tu n’as que deux mois pour la faire basculer. Puis de rajouter : avec ton charme ça ne devrait pas être trop difficile.

Deux mois semblaient être à Julien une éternité. Les femmes qu’il rencontrait habituellement sur internet n’étaient guère sauvages. Chacune des deux parties savait ce qu’elle cherchait et le désir n’engendrait jamais ni attachement ni amour.
Avait-il bu plus que de raison le soir où il avait relevé le défi lancé par Bastien, ce garçon nouvellement arrivé dans la bande ?

Séduire une femme mariée… il ne s’y était jamais risqué ou faisait l’autruche préférant ne rien connaître de l’intimité de ses futures conquêtes. Quand une femme lui plaisait, il ne s’inquiétait alors que du plaisir qu’ils pourraient en tirer tous les deux. Une exception toutefois pour la femme d’un ami ; l’amitié c’est sacré !


Le vin aidant, ils avaient tous pris ça à la légère, un peu même à la rigolade.
La courte paille tirée, le destin l’avait désigné comme étant le séducteur. Il n’en était guère enchanté, mais s’il laissait tomber maintenant ses amis en feraient des gorges chaudes.
Cette femme- là, elle n’était pas comme les autres. Il n’avait pas envie de la blesser.
Plus elle lui résistait, repoussait ses avances, et plus elle l’intriguait. C’en était presque déstabilisant et pourtant ce n’était pas pour lui déplaire. Il en avait assez de ces filles faciles à emballer, où tout s’offre sauf le mystère.

Les souvenirs remontaient. Il est de ces croisements imprévus, que le temps parfois nous réserve, reliant les évènements entre eux. Lui revenait, par l’intermédiaire de cette femme, une jeune-fille auprès de laquelle il était resté allongé une nuit entière, sans même la toucher. Il l’avait regardée dormir, abandonnée dans une confiance presque enfantine.
Au matin il avaient échangé un chaste baiser sur les lèvres avant de se séparer ; elle lui avait dit : maintenant, je peux mourir.
C’était si extrême cette réaction que cela lui avait fait peur.
Il n’avait jamais oublié.
Et c’est de cela aujourd’hui dont il voulait se souvenir ; de la fragilité de certains cœurs.

Julien et Emma

La poésie ne peut s’exprimer sans la mouvance des sentiments. Il faut la houle du grand large pour que la vague se forme à la surface, arrive jusqu’au bord, tantôt douce, tantôt violente, jamais inerte au flux et reflux des jours.
Plus la vague se retire loin et plus elle revient vigoureuse et chargée de ces éléments qui constituent la vie.
Ainsi naissance et mort se toisent, se croisent, complices dans les mots du poète.

Neuf mois dans l’ignorance de l’eau, des oiseaux, des étoiles, et puis la vie comme un cadeau.

Emma portait bien son prénom. D’amour, elle n’en avait jamais manqué. Pas seulement de celui que l’on reçoit dans l’enfance et qui constitue un socle pour le restant de la vie, Emma cultivait l’amour, comme on cultive un jardin ; en prenant soin des plus jolies fleurs, et de ces petites qui passeraient inaperçues sans le souvenir de celles, plus sauvages, qui poussent sur les talus et dans les champs et que les enfants cueillent en riant pour les offrir à leur maman.

Quand Julien l’aborda la première fois, Emma fut d’abord étonnée. Que ce garçon, sportif et jeune, s’intéresse à elle n’était pas dans l’ordre des choses.

Pas question de le revoir ! Cela n’avait aucun sens.

En partant, il avait discrètement glissé son numéro de téléphone dans la poche de son trench. Il pleuvait ce jour-là, ils avaient couru pour s’abriter sous un porche ; il la regardait : ses cheveux collés sur son front donnaient à tout son visage un air de jeunesse. Il en était agréablement surpris.
Elle portait une robe légère, trempée elle aussi ; le tissu imbibé d’eau dessinait ses formes, mettant en valeur ses petits seins.
L’orage grondait au loin, il tenta une blague qu’elle ne releva pas.

Ce garçon ne manque pas d’air, pensa t-elle en découvrant le bout de papier. Pourtant elle ne le déchira pas, le rangea dans un petit secrétaire puis n’y pensa plus.

La deuxième rencontre ressembla à un hasard, pour elle certainement, non pour lui.
Il ne parla pas du téléphone, semblait s’intéresser à sa vie, à ce qu’elle aimait. La conversation était plaisante, non dirigée, Emma prit confiance et accepta de le revoir.

À se confronter au réel on prend un risque énorme ; vivre dans le rêve est tellement plus confortable.
La vie rêvée est sans limite.

Emma rêvait plus sa vie qu’elle ne vivait ses rêves. Les pensées à ses yeux avaient autant d’importance que les actes ; si elles ne deviennent pas des actes, elles s’inscrivent pareillement et activent les mêmes aires du cortex cérébral.

On voudrait les pierres précieuses venues du ciel quand leur formation se fait dans les profondeurs de la terre.
Ce qui reste caché, là est le vrai trésor. C’est cela même que la poésie peut soumettre au jour sans en déflorer la nature profonde.

Où Julien teste sa stratégie…

Une semaine passa sans que Julien ne chercha à revoir Emma. Il mit en place la stratégie du manque par l’absence, tactique utile afin d’engendrer puis alimenter le désir. Cette stratégie marchait assez bien d’après sa propre expérience. Le « suis-moi je te fuis, fuis-moi, je te suis » avait encore de beaux jours devant lui selon Julien.

Qu’Emma ne pensa pas à lui, il ne pouvait l’imaginer…
Non seulement elle n’y pensait pas, mais il était sorti de sa vie tel qu’il y était entré, comme un passager en transit.
Julien n’avait pas assez médité la phrase
d’Aragon :  » Rien ne passe après tout si ce n’est le passant. « 

Emma ne pouvait envisager une vie réussie sans le respect de l’autre, et ce contrat moral, (entre l’être fait de corps et d’esprit et l’âme) sans lequel la vie n’est qu’un sac vide de sens. Elle ne recherchait nullement ce trouble, facilement atteint, et tout aussi facilement évanoui, des relations éphémères où trop de couples se perdent dans l’illusion d’un amour qui n’en serait que l’hologramme.


Julien doute…

Malin celui qui peut dire pourquoi les événements ou les personnes arrivent à nous, sans prévenir, à tel ou tel moment de notre vie.

Certains diront : pur hasard ! D’autres imagineront un destin écrit d’avance, entre d’où nous venons et vers où nous allons : un corridor de sable fait de roche friable, ou un tunnel à la dureté du silex. Dedans un voyageur sans asile, libre arbitre capable à tout moment de tracer, dévier, redresser un destin.

« J’ai été trop loin dans l’absurde pensa Julien. »

Imaginons notre corps comme un véhicule dont notre esprit serait le conducteur. Qui du conducteur ou du véhicule est responsable de la perte de contrôle, du dérapage ? Et l’arbre isolé qui se trouve perdu là, au milieu du champ, quelle part doit-il endosser ?

Il serait absurde de penser l’arbre, ce dernier maillon de la chaîne, responsable des blessures occasionnées ; son implication n’étant pas de son fait.

Julien ne savait plus quelle stratégie employer pour se rapprocher d’Emma. Son semblant d’indifférence l’avait laissée de marbre. Il en devenait timide, à la limite de la gaucherie.

Il s’était mis en tête d’observer ses allées et venues.

Elle prenait place au cinéma ? Il s’installait quelques rangs à l’arrière pour la regarder sans être vu. Cela il aimait faire. Surtout quand les lumières baissent avant la séance et que les yeux doivent s’habituer à la pénombre. Il la perdait un moment, puis la retrouvait, et son désir se réinventait dans l’instant même où l’œil discerne à nouveau ce qu’il pensait avoir perdu. Il scrutait alors sa nuque mise en valeur par des cheveux relevés en chignon. Sa nuque, il en avait remarqué la grâce à leur première rencontre, quand il s’était levé pour chercher les cafés que le garçon tardait à leur servir.

Il avait admiré son dos, ses épaules, sa nuque. Elle inclinait légèrement la tête, il devinait, sans même la voir de face, ce petit air préoccupé qu’elle prenait souvent, quand l’absorbait un lointain, dont elle était la seule capable d’en saisir la ligne d’horizon.

La naissance d’un sentiment…

Julien ne dit rien de ce désir naissant, de cette émotion nouvelle qui habitait son cœur : une joie mêlée de souffrance. La joie d’un adolescent lors de l’éveil des sens et la souffrance de l’homme qui connaît la vie.

— Raconte ! Tu lui as bien volé un baiser.?
Il ne te reste plus que trois semaines pour la mettre dans ton lit lui rappela Lucas.

Ils étaient là à glousser de rire tout en le poussant du coude… Les garçons voulaient des détails croustillants, pénétrer les secrets d’alcôves, faire danser la romance.
Julien s’en agaça… ils furent surpris, mais il resta ferme. Ce qu’il éprouvait pour Emma, il le tenait serré sur son cœur, tel un talisman aux pouvoirs magiques dont il était gardien et garant du précieux mystère.
Les garçons, dépités, en furent pour leurs frais et restèrent sur leur faim.

Vivre devrait suffire, pourquoi devrions-nous apprendre à vivre ?

Le réveil d’Emma…

Où Emma finit par être troublée.

Quand la joie éclipsée combien le souffle est court…

Emma savait être fidèle à son mari et à ses engagements. L’amour, c’est du sérieux pensait-elle et si elle ne connaissait pas la tentation, c’est qu’elle en avait décidé ainsi.

À cette troisième rencontre avec Julien, il lui sembla découvrir le jeune homme pour la première fois. Elle réalisa, dans la minute même où elle le vit, qu’elle ne l’avait jamais vraiment regardé avant ce jour.

Il paraissait jeune, beaucoup trop jeune pour elle, dans ce blazer bleu marine à boutons dorés. Ce qui finit par la rassurer totalement. Lui, avait rougi sous son regard. Le fait qu’il ait pris soin de s’habiller pour l’occasion attendrissait Emma plus que de raison. Elle fut surprise de ce ressenti.

Il pleuvait encore ce jour. Tout comme la première fois, ils se mirent à l’abri sous une porte cochère.

De la toute neuve timidité de Julien, Emma n’en saura rien.

Le klaxon impromptu d’un véhicule la fit sursauter, sans aucune malice elle s’accrocha à Julien : celui-ci aurait voulu l’instant éternel ; le contact du petit corps chaud d’Emma sur le sien était doux, tel le duvet d’un moineau venu se poser dans la paume de sa main.

Emma frissonna. La pluie n’avait pas encore refroidi la température extérieure, ce qui se passait dans le corps d’Emma n’était autre que ce trouble inconnu jusqu’alors.

Julien enveloppa les épaules de la jeune femme de son blazer. Se faisant, sa main glissa sur la peau fraîche. L’important n’était pas de savoir si le geste était voulu ou pas, le corps seul en avait décidé.

À ce contact, ils ne purent dire une parole qui fut sensée. Les mots, inutiles, auraient brisé l’union de ces deux êtres, si différents et dans l’instant si semblables. Ce qui se passait autour n’avait plus d’importance. Le monde et son bruit n’arrivaient plus jusqu’à eux. Emma tourna un petit visage mi- anxieux mi -joyeux vers Julien, toute à ce trouble nouveau, elle n’osa prononcer un seul mot.

Le rêve inachevé…

Emma pense à Julien, Julien pense à Emma. Ils ne savent pas encore combien leurs pensées se croisent. C’est la période où tout est plus dense, où les cœurs se fondent en un seul, où le regard est dirigé vers un même horizon, où le poème s’énonce, où bascule la raison. Du matin qui s’étire au soir qui s’éternise, même pensée unique, même désir commun.

Julien en oublie le pari. Il ne voit plus la bande, il a peur que l’un des garçons rencontre Emma, lui parle, dévoile la supercherie.

Cette fois, c’est Emma qui fait le premier pas.

Les désirs transforment nos états d’âme : passeur du moi voyageur sondant la résistance à voguer d’une rive à l’autre, écho transportant langueurs et rêveries, soleils tremblants et ombres éblouissantes.

Elle s’est souvenue, le bout de papier plié, rangé dans le secrétaire. Son téléphone. Juste l’entendre, ce n’est pas fauter pense t-elle dans l’instant. Pourquoi cette soudaine culpabilité ?

Elle se lance. Une voix lui répond. C’est la voix de Julien, mais elle ne le reconnaît pas de suite, ses oreilles bourdonnent, elle bafouille un peu, se reprend : «  J’ai deux places pour le concert que donne Renaud Capuçon , et mon mari me fait faux bond. Il jouera du Bach, du Mendelssohn, j’ai tant envie de l’écouter, seriez-vous libre pour m’accompagner ? »

Maintenant c’est Julien qui bafouille sous l’émotion. Être en sa compagnie pendant tout un concert, peut-être même un peu après. Il se voit déjà la raccompagner, s’ouvrir à elle, lui avouer ses sentiments. Peut-être échangeront-ils un baiser…

«  A demain alors…»  

Emma est en joie. Elle décide de fêter cela à sa manière. Depuis plusieurs jours, par manque d’appétit, elle grignote sans faire un réel repas.

Elle enfile un jean, un tee-shirt, au passage saisit un gilet de laine resté sur le canapé du salon, crie à son mari qu’elle se rend chez le traiteur avant sa fermeture : il est déjà dix neuf heures. Elle est remplie de cette joie nouvelle, inattendue. C’est l’orage dans son cœur, dans sa tête. Elle a oublié que les plus beaux ciels ne sont pas sans nuages, et quele calme de la mer est à marée basse quand l’estran est déserté.

Elle descend le grand escalier quatre à quatre. Elle ne court pas, elle vole.

Elle pense à Julien. Percute un homme, celui-ci la reconnaît, c’est un des garçons de la bande. Elle est pressée, s’excuse, mais lui la retient. Il a l’air mauvais. Il lui demande si elle a vu Julien récemment, elle se trouble tout en demandant pourquoi. «  On ne le voit plus, on aimerait quand même savoir s’il a gagné son pari ? »

Emma est étonnée, questionne. Sa vue se trouble, elle n’entend plus l’oiseau de mauvaise augure. Un cri étouffé s’échappe de sa gorge, celle-ci est un étau. Des larmes de rage, de tristesse, de déconvenue, coulent le long de ses joues.

Elle s’élance sans un regard alentour, traverse la route. Elle ne ressent plus que la honte. Le froid est revenu, la joie l’a quittée.

Les secours arriveront trop tard. Dans sa main refermée un petit bout de papier froissé, le numéro d’un inconnu.

Tous droits réservés ©

Rebattre les cartes

Ce n’est qu’en partie que notre avenir nous appartient.

Rebattre les cartes
laissons à l’hypothétique
à l’aléatoire
sa part de destin.

Le réel est-il aléatoire ?

Et du rêve ? Qu’en est-il ?

En incluant mon rêve dans ma réalité, je lui donne un nouveau statut.
Une puissance et une liberté.
Le choix de ne pas me décevoir ou celui de me trahir, de m’abandonner.

Le réel n’est pas seul à asséner ses coups.

Si le rêve peut nous ravir, au sens de ravissement, il peut aussi nous emprisonner.

Le piège se referme.
Il n’y a pas de coup du sort quand nous créons nos propres prisons.

Nous nous sommes tenus au plus proche du rêve.
Nous l’avons bercé, alimenté, nous lui avons appris la marche, nous l’avons regardé grandir.

Nous lui avons donné l’essor nécessaire à son indépendance.

N’est-il pas notre enfant avant d’être notre maître, notre amant ?


Au risque de le laisser partir…

Souviens-toi

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Quand tu ne sais pas pourquoi ton cœur est triste

Souviens-toi

Quand tu crois vivre le pire

Souviens-toi

Quand l’avenir te fait peur

Souviens-toi

Quand les ombres te cachent le soleil

Souviens-toi

Quand l’air froid voudrait geler tes ailes

Souviens-toi

 

… Souviens-toi de lui.

 

D’or le sable des grèves

Sépia l’intissé des chagrins

Avant qu’un monde sans couleur

Emprisonne les bleus

Glisser sur le merveilleux

Tout amour naissant est sans défense.

Tout amour naissant est sans défense.

Les âmes délicates ne forcent pas l’espace fragile qui les sépare de l’autre.

Elles attendent d’être devinées.

Il faut beaucoup d’amour pour mettre sur pause ses propres murmures et accueillir l’autre dans ses silences.

Je partirai l’esprit tranquille, sans animosité, sans
cris ou reproches, menaces ou chantages.

Vous n’aurez donc pas de nouvelles.

Je laisserai une place au vide, au rien, au néant.
Il contiennent plus que moi-même.

Une place où l’on pénétre comme on le ferait dans un lieu saint, secret et mystérieux.

Faire de sa vie une prémonition

Quand les moments sont trop extraordinaires pour être vécus, ils s’invitent dans une autre dimension.

Sans autre refuge
que ce petit coin de l’âme
qui n’est pas blessé

Un destin qui se précipite vers son futur. Perturbe le réel.
Une illusion ?
Ou un de ces tours friand à la mémoire qui sur le présent greffe un instant perçu comme déjà vécu ou reconnu.

Un arrêt sur image ; le temps ne s’écoule plus, il fusionne au néant, replié sur lui-même.

Prémonition.

À rêver sa vie l’esprit finit par remplir toutes les cavités de sa ruche d’un miel doré, sirupeux et sucré.

Les plus beaux souvenirs sont ceux que la réalité n’a pas encore déflorés.





Tous les âges ou plus d’âge autour de cet instant

La fièvre du départ le froid du non retour
Pourquoi donc cette nuit plus longue que le jour
Et pourquoi les pourquoi eux aussi s’éternisent
Quand le silence seul pour réponse est de mise

Tous les âges ou plus d’âge autour de cet instant
Long sera le voyage où user mon tourment
Aux ailes des moulins plus de vent plus de brise
Sous ton regard baissé le temps s’immobilise

Il reste ton sourire entre ici et ailleurs
Qui transperce mon cœur qui transgresse mes peurs
Suspendue hors du temps cette interrogation
Aux portes de l’immense, au seuil de la maison.

Ce poème pour tenter d’expliquer ce sentiment étrange, déjà présent pendant la maladie, qui prend toute sa mesure quand la mort arrive.
Cette fusion de tous les âges en un seul. Ce n’est plus seulement le jeune homme qui nous quitte, mais avec lui tous les âges qui l’ont précédé.