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L’invisible dans la parole

La Parole chez Louis Marin est pensée avec sa part de magie, ce qui échappe au locuteur c’est aussi que la bouche est ambivalent au corps avec tous les enjeux de plaisir et souillure que l’ingestion comporte.

Mais la bouche est un lieu ambivalent du corps puisque c’est aussi celui du manger et du boire et où lèvres, dents, langue, palais, gorge travaillent alors pour appréhender, saisir, goûter, triturer, mastiquer, avaler. .. Et nous entrons dès lors dans le deuxième domaine de l’oralité dans lequel le même terme désigne tout ce qui a rapport à l’ingestion de nourriture, au besoin de manger et de boire, à l’instinct de l’autoconservation, dont le personnage essentiel dans le scénario d’origine serait l’in-fans, celui qui ne parle pas mais qui tête et suce le sein maternel pour en boire le lait nourricier, du cri initial de la demande dans la faim aux bruits de succion dans la «manducation», à l’expiration satisfaite du rôt dans le demi-sommeil de la satiété, sans oublier, à la fin du cycle, l’excrétion des déchets de l’assimilation de la nourriture.
Dans le langage et le rituel social, ce lieu ambivalent qu’est la bouche où s’ajointent les deux champs de l’oralité est marqué, dans son ambivalence même, par des règles qui en remarquent
la distinction et conjurent le risque toujours possible de leur mélange : ainsi on ne doit pas parler la bouche pleine, car la mastication en cours de la nourriture risque de brouiller par ses bruits l’articulation des signes de la voix et leur expression dans le souille de la phonè risque d’entraîner à l’extérieur des morceaux de la matière consommable et assimilable; ainsi on ne doit pas parler et manger en même temps par crainte d’un court-circuit toujours possible et d’une inversion des deux fonctions entre lèvres et gorge, puisque parler consiste à exprimer du souille à l’extérieur en l’articulant à son passage dans la «bouche» et manger, à ingérer de la nourriture à l’intérieur en la désintégrant par broyage et malaxage dans le même lieu.

in Louis Marin, La parole mangée: et autres essais théologico politiques,  Paris, Méridiens Klincksieck, 1986,

L’invisible et l’obscurité

Comprendre l’invisible qui régit les communautés humaines Relire des textes anthropologiques sur les sorciers et mystiques et établir un parallèle avec les penseurs Proposer une bibliographie complète sur le sujet et des fiches de synthèse en vue de préparer un article