Notes de lecture – Rapports du jury de l’agrégation

Si l’on s’intéresse aux sciences du management, on pourra être tenté de voir quelle en est la vision véhiculée au plus haut niveau académique, à savoir celui de l’agrégation section économie et gestion dont les ressources des cinq années précédant la session en cours (programme, rapports du jury…) sont librement téléchargeables à partir du site https://www.devenirenseignant.gouv.fr/

Le corpus de notre étude se compose ainsi des rapports des années 2015 ; 2016 ; 2017 ; 2018 et 2019. 

De ces rapports volumineux, tous compris entre 147 et 216 pages, on se demandera quel en est le contenu et quelles en sont les implications y compris sous-jacentes pour les futurs candidats à ce concours offrant un “accès privilégié” à l’enseignement du second degré.

Tableau synthétique 1: 

20152016201720182019
Nombre de pages151147189216189
Exemples de bonnes copies02000
Corrigés complets10000

Les rapports du jury ont pour vocation affichée d'”aider les candidats à préparer les concours”. Dans les faits, s’ils font la part belle au soulignement des lacunes des agrégatifs des sessions précédentes, ils semblent moins enclin à offrir des moyens de préparation optimaux aux candidats.

Ainsi, les propositions de corrigés intégralement rédigés sont inexistantes – pour reprendre un de leurs vocables de prédilection – à une exception près (en 2015) et encore celle-ci est-elle justifiée par “la sensible baisse du niveau des copies [qui] a conduit le jury à proposer, cette année, un exemple de dissertation aboutie”. En lieu et place du corrigé, se trouvent le plus souvent des canevas de réflexion plus ou moins détaillés. Là encore, le jury insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un dû mais d’une réaction “face aux difficultés des candidats”, un effort consenti “cette année encore”.

Enfin, le retour sur épreuve s’assimile parfois à un simple survol (analyse du sujet sur une page, bien en-deçà des exigences qu’ont pu avoir le jury envers les candidats) assorti de conseils aux candidats d’une pertinence parfois contestable. Par exemple, l’invitation à “mobiliser judicieusement [ses] connaissances théoriques pour traiter les différents problèmes exposés” dans les conseils aux candidats relatifs à l’option D – Système d’information pourrait s’appliquer à l’ensemble des options.

L’on remarquera à ce titre le déséquilibre introduit entre la place accordée aux matières proprement dites (analyse des sujets, bibliographie indicative, propositions de corrigés, exemples de bonnes copies) et les nombreux conseils généralistes prodigués aux aspirants agrégés.

Si les savoir-faire et savoir-être ne prennent pas forcément le pas sur le savoir – au sens de connaissances académiques – et sa restitution au moment de la notation finale (on imagine mal, en effet, une copie hors-sujet obtenir la moyenne au seul motif qu’elle ne comporterait pas de fautes d’orthographes), le jury semble prolixe dès qu’il s’agit d’en détailler les attentes, au risque d’un dénigrement exprès des prestations des candidats. 

Tableau synthétique 2

20152016201720182019
Isotopie de l’humilité/ dépréciationhumble 1
humilité 1
insuffisant 10
inexistant 1

Exemple :”Beaucoup de copies révèlent un niveau de connaissances insuffisant (voire, dans certains cas, inexistant)”, p. 10
humble 1
humilité 2
insuffisant 12
inexistant 1

Reprise “copiée-collée” de la formule de 2015 p. 10
humble 1
humilité 2
insuffisant 10
inexistant 3

“la tenue vestimentaire est parfois exagérément estivale : les candidats doivent se présenter dans une tenue adaptée, le jury leur proposera de se mettre à l’aise et leur permettra bien évidemment de quitter la veste” p. 167
humble 1
humilité 2
insuffisant 3
inexistant 3

“Une telle difficulté à pourvoir tous les postes mis au concours résulte d’un niveau encore insuffisant et préoccupant des prestations fournies par les candidats, p. 3
humble 1
humilité 2
insuffisant 7
inexistant 2

Reprise “copiée-collée” de la formule de 2018 p. 3

Si elle n’est pas totalement absente, l’isotopie du mérite est souvent relativisée, comme dans l’exemple suivant où la mention d’une “minorité, non négligeable, de copies, montr[ant] une réelle préparation à l’épreuve” est immédiatement suivi par un rappel du fait que “ce n’est pas le cas de la grande majorité des copies”.

Ainsi, si aucun des rapports n’oublie de rappeler (jusqu’à trois fois) aux candidats qu’ils doivent faire preuve d’humilité – ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi – leur fournir des exemples de bonne copie ou encore les féliciter pour les efforts fournis semble d’une importance moindre, ce qui se traduit quantitativement.

La reprise, par endroits intégrale, de passages du rapport précédent – outre le fait qu’elle facilite la rédaction du rapport par le jury – insiste sur le caractère itératif de candidats présentés comme répétant toujours les mêmes erreurs.

Si le jury assume l’utilisation du copier-coller pour des conseils qui gagneraient à être adaptés aux spécificités de chaque session et sujet, il n’hésite pas, à l’inverse, à faire preuve de créativité quant aux reproches adressés aux candidats (trois lignes sur la tenue vestimentaire des candidats en 2017, par exemple).

Ainsi, loin d’être un modèle, le rapport du jury, dans sa construction même, comporte certaines des erreurs reprochées aux candidats : 

  • ne pas plaquer le corrigé de l’an passé sur un nouveau sujet → réutilisation de paragraphes entiers de conseils aux candidats
  • ne pas utiliser de titres en deux parties utilisant des points de suspension → ce qui est pourtant fait dans une proposition de développement p. 19-20 du Rapport 2019
  • éviter les formules tapageuses et journalistiques → que dire de ces connaissances “inexistantes”, de ce niveau “préoccupant” venant compléter l’adjectif “insuffisant” pourtant transparent ?
  • faire preuve d’humilité → le jury “s’étonne”, “déplore” et en même temps “essaie toujours de faire preuve de bienveillance” face aux candidats [sic].

Certes, l’agrégation est un concours de haut niveau et il ne serait pas pertinent de souhaiter une diminution de l’exigence et de la sélectivité de celui-ci. Cependant, certaines remarques du jury s’apparente à de la moquerie

L’on déplorera donc que la lecture de cinq rapports consécutifs ne grandisse que de peu les connaissances théoriques en éco-gestion du lecteur (quelques auteurs, notions et pistes de réflexion peuvent être relevés et gagneront à être développées par des lectures ultérieures). Cependant, ces rapports sont une source de prix quant à la connaissance empirique des exigences d’un jury d’agrégation et des rapports de force inhérent aux hautes sphères académiques.

Sources :

https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/06/agregation-seulement-15-des-candidats-decrochent-le-graal-de-l-enseignement_5420075_4401467.html

https://www.devenirenseignant.gouv.fr/

Geek but not freak : approche de la représentation de l’intello dans The Big bang Theory

La série The Big Bang Theory, lancée en 2007 sur CBS marque une rupture avec d’autres séries comme Friends – ou de manière encore plus marquée Parker Lewis – dans lesquelles un personnage intello ou perçu comme tel se détache du groupe des personnages principaux pour en être au mieux l’ami dévoué, au pire le faire-valoir assumé. 

Ainsi, dans The Big Bang Theory, le groupe formé par les quatre protagonistes masculins répond aux critères habituels de “l’intello de la bande”. A l’inverse, Penny, leur voisine et amie, seule à ne pas disposer d’un grade universitaire, se retrouve en situation de minorité.

Pourtant, en déduire que les rapports soient inversés et que les intellos soient sans plus de nuance les héros de la série serait par trop rapide.

L’on pourrait ainsi reprocher à la série de reprendre à son compte l’exclusion de l’intello et plus largement de la différence avec le personnage de Sheldon – qui n’est pas sans rappeler la situation de Ross dans Friends. Tandis que Ross est l’intello bizarre de la bande d’amis de Friends, Sheldon est l’ami bizarre de la bande d’intellos de The Big bang Theory (avec un déplacement du degré d’affinité et de tolérance à la culture intello).

De même, si Penny est parfois moquée pour son manque de culture académique, elle n’apparaît pas pour autant littéralement stupide et serait ainsi la garante d’une certaine normalité sociale : si les garçons fréquentent Penny c’est que leur cas n’est pas si désespéré. En ce sens, Léonard – son petit ami parmi la bande – incarnerait un pont entre les intellos et les normaux.

L’épisode 07 de la deuxième saison, The Panty Piñata Polarization, offre un indice de la valorisation – ou plutôt de la neutralisation comique – de la “normalité” de Penny au détriment des garçons, et ce de manière extradiégétique. En effet, lorsque Penny demande à voir l’émission télévisée “America’s Next Top Model”, ni Howard ni les autres personnages présents ne semblent la connaître. Il s’agit à première vue d’une situation doublement drôle et qui met les deux “groupes” de personnages sur un pied d’égalité comique : A) Penny adhère à une émission basée sur la superficialité, ce qui renforce de manière comique le côté non-intello de son personnage B) Howard ne connaît pas l’émission en question, ce qui renforce de manière comique le côté intello de son personnage. Pourtant, les rires des spectateurs que l’on peut entendre après les répliques d’Howard vont dans le sens d’une plus grande étrangeté risible de l’attitude de l’ingénieur – attitude pourtant équivalente en terme de risibilité à celle de Penny sur le script.

Mais l’épisode 06 de la saison 2, The Cooper-Nowitzki Theorem, est sans doute le plus parlant puisqu’il effectue une distinction jusque là absente de la série, à savoir la mise en opposition des tendances geek et intello des personnages. Jusque là présenté comme un tout, le caractère geekintello de Sheldon se trouve mis à l’épreuve par Ramona, une étudiante qui tente de le pousser à la recherche scientifique au détriment de ses activités de loisir (jeux vidéos, paintball…) qu’elle associe à une perte de temps. 

La culture geek se retrouve dès lors associée à des valeurs qui lui sont dans d’autres contextes refusées : sociabilité, sens de l’amusement… De son côté, le personnage de Ramona se trouve paré de tous les stigmates de l’intello coupé du monde dont la série semblait mettre un point d’honneur à se départir depuis une saison et demi. C’est ainsi le rejet de l’intello qui permet de souder le groupe à la fin de l’épisode. 

Sans leur côté geek, les intellos de The Big Bang Theory seraient-ils donc immanquablement perçus comme des freaks ?

Sources :

https://m.imdb.com/title/tt0898266/

https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-rires-enregistres-des-sitcoms-vous-influencent_fr_5d373c63e4b0419fd333d598

https://www.google.com/amp/s/observer.com/2016/04/how-a-tv-sitcom-triggered-the-downfall-of-western-civilization/amp/

La question intellectuelle chez Apollinaire (in “Les Méditations esthétiques”)

Guillaume Apollinaire, poète du XXe siècle s’il en est, s’est également illustré de par son activité de critique littéraire et artistique. Est-il d’abord un intellectuel ? Oui, sans conteste, si l’on pose cette question, mettons à un collégien d’aujourd’hui. Apollinaire a passé sa vie le nez dans les bouquins, comment en serait-il autrement ?

La réalité est évidement plus compliquée. La relation de Guillaume Apollinaire (1880-1918, pour les profanes) à la notion d’intellectuel dépasse grandement – et ne peut en aucun cas se réduire, du moins – à une situation d’appartenance.

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Le livre scolaire – initiateur d’intellos en puissance ?

En juin 2017, les éditions Bordas, poids lourd du secteur scolaire appartenant au groupe Éditis, publient sur différents réseaux sociaux l’affirmation suivante : « La lutte contre les stéréotypes de genre passe aussi par les choix de textes ». En d’autres termes, le contenu des extraits littéraires présents dans un manuel de français jouerait un rôle déterminant dans la construction de la personnalité des jeunes lecteurs. Sont ainsi préconisées les héroïnes fortes à dessein d’annihiler les préjugés sexistes sévissant dans les classes. En suivant cette logique, opter pour des héros en situation de réussite scolaire aurait un impact bénéfique sur les jeunes élèves. Pourtant, aucune de nos maisons d’édition ne revendique une action dans ce sens.

L’identification aux personnages apparaît être le « processus élémentaire de l’expérience de la lecture romanesque ». Ainsi, « si la majorité des morceaux choisis dans les manuels de lecture du Secondaire mettent en scène des personnages qui ont l’âge des lecteurs […], c’est pour que ceux-ci se reconnaissent dans ces héros » et entrent conséquemment plus aisément dans le récit.

L’édition scolaire est donc face à un double problème : celui d’attirer le jeune lecteur par des textes mettant en scène des personnages dans lesquels ils peuvent facilement se reconnaître et sélectionner des récits – si ce n’est édifiants – du moins porteurs de certaines valeurs.

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